ANNALES
L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE
BELGIOUE.
TOME SEIZIÈME.
ANVERS,
IMPRIMERIE J. E. BUSCHMANN , RUE DES ISRAÉLITES,
(Imprimeur de l'Académie d'Archéologie de Belgique).
1859.
IHEGZnYCENTEK
LIBRARY
NOTICE HISTORIQUE
SUR
LE VILLAGE DE VINDERHOUTE
(flandre-orientale),
SES DROITS FÉODAUX ET SES LÉGENDES;
M. Jules HUYTTENS,
Membre effectif de l'Académie d'Archéologie de Belgique, delà Société des Beaux-Arls et de
Littérature de Gaud ; de la Commission des Monuments, etc., etc.
L'étude des archives de la plupart de nos villages offre à riiistorieii
et à rarchéologue belge une mine féconde à exploiter. Les traces de
monuments qu'on y retrouve , les droits seigneuriaux , les us et coutumes,
les légendes enfin, forment autant de sujets d'étude utiles, précieux
souvent pour l'histoire du pays.
Nous avons jusqu'ici étudié trente-denx de ces villages flamands , nous
en avons fait l'histoire , et peut-être ne lira-t-on pas sans intérêt les
documents relatifs à Vinderhoute, qui commence la série des villages de la
Flandre-Orientale.
Le village de Vinderhoute est situé le long du canal de Bruges , et forme
une île que trois ponts unissent aux villages deMariakerke, de Tronchiennes
et de Lovendeghem. 11 comprend l'ancienne baronnie de ce nom et a long-
temps appartenu à l'illustre famille de Gavre.
L'étymologie du nom de ce village paraît assez certaine , car deux auto-
rités s'accordent cà lui donner la même origine. MM. De Smet et Willems
dérivent Vinderhoute , de Vinder et holte ou honte. Les Vinders étaient
les juges arbitraires dans l'ancienne législation gantoise.
— 6 —
Voici les différentes manières dont on a écrit le nom de Vinderhonte et
les diverses époques où il en est fait mention dans l'histoire : en 967 villa
de Windreholt, en 11-21 Venderholt, 1 100 Yendcrliod, 1120 Windeiliout;
Sanderus écrit Vindexhoute.
Viuj(lr()(ir(ij>hie du village de Vinderhonte doit avoir été autrefois très-
curieuse : ainsi aux trois ca/es d'aujourd'hui, il faudrait encore en ajouter
deux autres , fini ne nous sont connues que par les terriers ; deux hras
de la Lys s'y joignaient. Le premier hras était la vieille Lieve , creusée par
les Gantois en 1251. Partant de Gand , elle traversait les prairies de
Wondelghem et d'Everghem, arrivait au Rabot, où était établi un toi ap-
partenant aux seigneurs de Yinderhoute, et continuait son cours versDarame;
mais elle coupait deux fois la vieille cale à laquelle elle mêlait ses eaux ,
et qui lui servait de décharge ; les écluses étaient établies , un pou
au-delà du Rabot actuel , à l'endroit appelé aujourd'hui Den Kom. Cette
cale se dirigeait ensuite le long du jardin de M. Van Loo, traversait la
commune de Lovendeghem et arrivait à Vinderhonte, où, prenant le norh
d(» nes d'or au soleil, le susdit
vendeur par les susdites lettres de procuration reconnut avoir bien
reçue dudit Hacquinot de Lescluze, au nom de l'acquéreur. Et pour ce qui
regarde le restant , savoir huit mille cent livres de Paris , le prédit Hacquinot
au nom que dessus, a promis de payer fidèlement à Ferry de Gro» etc.
afin de rembourser certaine rente héréditaire de cinq cent quarante livres
de Paris reconnue ci-devant au profit de maître Jean de Gros hypotéquée
sur le susdit fief et seigneurie de Vinderhoute et de Merendré; à condition
de pouvoir rembourser la même rente, pour la dite somme, sauf aussi
(|ue le vendeur ses hoirs et successeurs puissent avoir l'autorité de reprendre
le même fief et seigneurie lorsqu'ils en auraient le loisir etc. Fait et passé
l'an mil cinq-cent et neuf le vingt-huit avril. »
Il paraît que peu après la famille ou le même Jean de Laval racheta la
seigneurie de Vinderhoute, car en 1513 un Jean de Laval la revendit de
nouveau à Mcssire Jacques de Luxembourg, seigneur de Fiennes, qui en 151 7
la vendit à Lievin Van Pottelsberghe. Voici la copie de l'acte de vente :
Messire Jacques de Luxembourg, seigneur de Fiennes etc., ayant acheté
du seigneur de Chateaubriant, le chcâteau, labaronnieet seigneurie de Gavre,
Velsike, Oordeghem, Moreghem, Vinderhoute et Merendré, avec leurs ap-
pendances et dépendances etc. considérant les bons et loyaux services , que
déjà a faits et fait journellement et espérant que fera encoi'e par la suite , le
bien aime Messire Lievin dePoltelsherifhe, receveur général des Flandres, et
— 13 —
autres causes, a celui mouYant etc. El pour IVn récompenser, fut content
et lui laissa la terre et seigneurie de Vimlerhoute et Merendré, avec leurs
appartenances et tlépendances ensemble cinq bonnicrs de terre , gisans en
la paroisse de Leerne , tout tenant en fief du Roi notre Sire. Â savoir
lesdits Vinderhoiite et Meerendré de sa cour de Termonde et ces cin((
bonniers de son château de Gand ; et ce pour la somme de dom-e mille
livres de quarante gros monnoie de Flandres la livre , qu'il sera tenu de
payer une fois au dit Monseigneur Jacques de Luxembourg etc. Fait le
43 juin 1517.
Messire Charles Baron de La Lainr] seigneur d'Escornay eut procès contre
Messire Lievin de Potteisberghe , chevalier et Receveur des Âydes de Flan-
dres , sur ce que ledit seigneur de La Laing , maintenait avoir droit de
Retrait , et pour reprendre et retraire à titre de proximité du côté du
S"" de Chateaubriant les terres et seigneuries de yindcrhoiite et Meerendré,
que ledit Messire Lievin De Pottelsberghe avait en propriété depuis un an ,
pour la somme de douze mille livres de quarante gros la livre , monnaie
de Flandre etc. Une transaction eut lieu , et il fut résolu que Messire
Lievin de Pottelsberghe payerait audit seigneur de La Laing , la somme de
douze cent soixante six livres de quarante gros monnaie de Flandres la
livre etc. Fait le 3 juillet 1518.
Ce Lievin van Pottelsberghe resta dès lors sans conteste seigneur de
Vinderhoute ; bien qu'il ait porté le titre de chevalier , il ne fut créé
qu'en 1514. « Den derden december 1544quamde keysere Carolus binnen
Ghendt en lach er vvel een maend , eer hy vertroc maekte hy vier Poorters
van deze stede tôt Ridders : Adriaen Rets, Gyselbrecht de Gruutere
Mh. van Exaerde en Francies Van Pottelsberghe heere van Vinderhoute.
Ce fut par alliance que la seigneurie de Vinderhoute entra dans la famille
des Woiitei's , qui s'allia à son tour aux Le Poyvre et aux Carnin , famille
éteinte aujourd'hui.
Voici les noms des différents seigneurs de Vinderhoute :
Raze de Gavre H 97
Rasses de Gavre 1275
Rasses de Gavre 1319
_ 14 —
(iuidd (le Lav;il Montmorency 1.13IÎ
Philippe de N;inmr Montmorency 1380
Hector Enguerrand Laval 1417
Guido Tuepin 1428
Jean de Laval 1448
François de Laval 148'2
Jean de Laval 1502
Jean de Luxembourg 1513
Lievin van Pottelsberghe 1517
P'rançois van Pottelsberghe 1562
Jean Wonters 1595
François Wouters 1603
Jean Wouters 1 61^3
François Wouters 1708 *
Guillaume Le Poyvre 1 73()
Le comte de Carnin 1798
Le comte de Carnin. . 1830
Les prérogatives et les droits des seigneurs de Vinderhoute sont com-
plètement constatés par un acte notarial lait en 1702, et que je possède.
Le préambule et la première page me manquaient ; mais, g^ràce à M. Van
Hoorebeke, j'ai pu confronter mon manuscrit avec un acte de dènomlire-
ment qui est sa propriété, et qui date de 1 160. Je l'ai trouvé en tout con-
forme au mien.
« Messire Guillaume seigneur de Qiiienville , chevalier conseiller et
chambellan de monseigneur le duc de Bourgogne et son bailli de Terinonde
reconnut et confessa d'avoir reçu le rapport et dénombrement , de la
très-noble et puissante dame , madame Anne comtesse de Laval, dame de
Vitry, de Gavere et de Tinteneat, d'un certain fief , dont la tenure s'en
suit ci-après : c'est le rapport et dénombrement de la terre et seigneurie
ie Yinderhoiile et de Merendré , et des appartenances et appendances , à
telle justice, seigneurie , franchises , libertés, droits, prolhts, censés,
rentes et revenus et enmlumens comme cy après s'ensuit : que Anne com-
tesse de Laval, dame de Vitry de Gavi'e de Tinteneat, tient en un plein
— 15 —
fief et hommage, de très-haut et très-puissant prince et très-redouté
seigneur, monseigneur le duc de Bourgogne , de sa maison et cour de
Termonde. »
» Premièrement appartient <à la ditte terre et seigneurie de Vinderhoute
et Meerendré toutes justices, haute moyenne et basse, tonnelieu par terre
et par eau, Dontmedame est tenue à cause du dit tonnelieu, d'enti'etenir les
chemins et ponts de Vinderhoute et de Merendré à ses frais. Et appartient
au dict seigneur tous biens et avoir trouvé , tout droict de confiscations
comme des Bastarts, et de ceulx qui sont estrangès et doultremer, et aussy
de ceulx qui par leur fauts, fourffaictures ou délicts , leurs biens doibvent
confisquer les meileurs catheulx et les biens et avoir estrangers amendes
de trois livres et en dessoubz et toultes amendes qui appartiennent aulx
jugemens des hommes de la court féodale de Yinderhaute a scavoir amendes
de soixante livres, de dix livres et en dessoubs selon le droict de la ditte
cour et l'exigence du cas et spécialement tout ce que à hault justicier
appartient et peut et doibt appartenir sans exception quelconque.
» Et pour la dicte justice ajouuerner et garder au nom du dict seigneur
appertient à la dicte terre et seigneurie de Yinderhaute et de Meerendré
et aux appartenances et dépendences ung Bailly et en la seigneurie de
Yinderhaute deux maires et un messier, a scavoir en la paroiche de Yin-
derhaute un maire et un massier, et à Belsele qui est en icelluy seigneurie
de Yinderhaute ex-tendant es paroiches de Everghem et de Lovendeghem
aussi un maire et y a une vierschaere à Yinderhaute et sept echevins dont
les trois eschevins sont demeurans en la ditte paroiche de Yinderhaute ,
quattere eschevins sont demeurans au dicte Belsele.
Item appartient à Meerendré ung maire ung messier et un vierschaere et
sept eschevins dont les trois eschevins sont demeurans en la paroische de
Meerendré deux en la paroiche deHansbeke et deux paroische de Landeghem
tousmanans et demeurans soubs la dicte seigneurie de Meerendré lesquels
maires des dits seigneuries de Yinderhaute et Meerendré font avecq les
eschevinsdes héritemens et adhéritements et loix appartenans aux jugements
des eschevins hors mis les jours de plays généraux de quinsainesetont le
pouvoir les dicts maires de prendre saysir et arrester de tout cas soit
criraminel ou civil sans qu'ils puissent délivrer à tels droicts et sallaires
comme Ion est accoustume de prendre.
— 16 —
IttMii appartioiit à la dicte soigutniric de Vindeiiiaule et de Meerendre
une iKitable court des hommes de fief qui tous prennent leur ressort à la
cMurt de Vinderliaule appertenant au dit seigneur dont en sont trente cincq
liels à plain relief et quarante-t|uali'e fiefs à la meilleure des poulie des
trois années et deux fiefs à demy relief et quand on les vend le dixiesme
denier relief comme dessus et droict de Caraerlaige et sont yceux fiefs
gisans et extendans en divers lieux et paroiches dedans le pays et comté
de Flandres , c'est a savoir es paroisclies de Vinderhaute de Meerendre ,
de Landeghem, de Lovendeghem, de Mariekercke, de Somerghem, de
Oostwynt'kel, de Ursele, de Tronchiennes, de Wyncle, de Wachtebeke, de
Aertvelde, de Assenede, de Safielaere, de Heusdene, de Thielt, de Putthem
et de Ruyslede, ausquels hommes de fiefs appartient la cognoissanceet juge-
niens a la sentence du Bailly de Vinderhaute ou dudict seigneur de la vie
et de tous faicts criminels si grand et de quelque condilion quilz soyent
appartenant a leur judicature et pareillement de touttes choses touchans
aulx fiefs tenus de ladicte cour en quelque places que yceux fiefs gisent.
item ont encores lesdicts hommes le pouvoir a la semonce du BaiHy de
Vinderhoute de juger a Banier ung malfaicteur soit par contumace ou
aultrement cent ans, cinquante ans, dix ans, trois ans et ung an selon la
qualité et grandeur du meffaict hors de la seigneurie de Vinderhoute et de
Meerendre sans plus et sy le Bailliu faut sa demande plus avant de Bannier
hors de la ditte seigneurie de Vinderhoute et de Meerendre et aussi long
que le ban dudict seigneur peult et doibt extendre de vuyder de ans soleil
luissant la paroische ou le ban sera pronunche et dedans trois jours les
seigneuries dudict seigneur dont il et seigneur et souverain seigneur de
tous malfaicts et exactions faii tes et per pctrez et esceulx soubs la sei-
gneurie de Vinderhoute et de Meerendre et ailleurs ou ladicte seigneurie
sextent
Item enti'es lesquels fiefs tenus de ladicte court et seigneurie de Vinder-
houte (jui tout sont gisans dedans le pays compte de Flandres comme dict
est en y a aulcune qui ont le pouvoir pour leur justice et seigneurie entre-
tenir gouverner et garder de commettre certains officiers lesquels font loy
avecq hommes de fiefs eschevins ou tenans detel cas que appartient a leur
jugement et quant ilz ne peuvent cognoistre de crime le bailly et ces loix
— 17 —
(lo Vindcrliaute ou de MeproncIreeuroiU de ce lacni^noissanrr rhascuii selmi
son ordre, et appartient audict seigneur tous les melieurs cathels de ceuix
qui transpassent soubs les d' fiefs tenus a ladicte cour de Vindoiiaute.
Item g'ist es paroisches de Vinderhaute, de Everghem, de Lovendeglieni,
de Mariekercke, de Tronchienes et de Saffelaere certain nombre de terre
appertenant à plusieurs personnes la quelle terre est appelle poursuicte
de iief, c'est a scavoir que ceste terre resortyst soubs plusieurs fiefs tenus
de laditte cour de Vinderhaute a lung plus a lautre moings et ceste terre
est franche de rentes, mais son les héritiers de la d' terre et poursuicte de
fiefs tenus au trespassement de leur chef aussy avant qu'ils resortissent
audict fief du trespasse chascun selon la qualité et grandeur dont il est
héritier de payer et destribuer es reliefs des fiefs soubs qui leur poursuicte
de fief resortissent et toultes les sollemnités des lois appertenant à la ven-
dage des heritemens et adheriteraens, et tousaultres legalitezde la d* pour-
suite de fief se fait par le bailly et hommes de fiefs de la court de Vinderhaute
et en appartient audict seigneur le dixiesnie denier que le vendeur doibt
payer et le XV*" denier que acheteur doibt payer quand on le vend.
Item appertient, et prend son ressort a lad' court de Vinderhaute ung
fief qui est appelle le fief de Albinsvoorde gisant a Belseele et la en tour en
la paroiche de Everghem, auquel fief appertient un disrae a la valeur de
trois livres parisis pour chascun an et vingt et un sols parisis en rentes
heritables que paye douze bonniers de terre appelle cheynslant appertenant
à plusieurs personnes.
Item ressortissent audict fiefz de Albinsvoorde douze bonniers d'héri-
tage et est nomme terre de chevaulx et encores douze aultres bonniers de
francq héritage appeliez pour suictes et celluy qui est homme de ceste fief
a au trespas de Iheritier qui doit ycelle rente double rente et le quinsieme
denier au vendage de douze bonniers de terre appelle cheynslandt et des douze
bonniers appellee terre de cheval de quelles terres celluy qui est homme
dudit fief en est maire et peut establir un maire et aluy appertient amen-
des de deux solz parisis lequel maire faict des heritemens et adheritemens
par ces tenans des deux parties de terre dessus nommez et peut ledict
maire saisir les bestes quil trouve dommaigeant les biens desdicts héritiers
et faire visitations escouaiges des chemins, et quand les tenans desdicts
25 XVI S
— 18 —
(ioiizo l)()iiniers de tVancq héritages en ont fait vendage rie la dite terre ou
l'en t'ait les solemnitcz de loix par le bailly et lionimes de Vinderhaute et
en appartient aiidict Seigneur le 7 deniers du vendage desdicts douze
bonniers de terre qui est francq héritage et poursuicte de fief a scavoir le
dixiesme deniers et aussy droict de relief, et est en la volunte dudit Seigneur
au trespas de l'homme de ceste fief de donner ledict fief a quelque personne
que lui playst moyennant que la personne soit tenant et héritier en les
douze bonniers de francq héritages et poursuicte de fiefs dessus nommes,
et est ledict fief tenu de service a la mort a plain relief et vingt sols parisis
pour le chamhrelaige et quand il est guerre et que les hommes sont tenus
de servier le comte de Flandres l'homme dudict fief est tenu de servir
ledict Seigneur a ung cheval aux dépens des tenans dudict douze bonniers
de terre appelle terre de cheval.
Item appertient aux hommes de le court de Vinderhaute la cognoiss»nce
et jugement de tous abus messus et autres mesfaictz perpetreez et faictz, par
les loix resortisans à la court féodale et vierschaere de Vinderhaute
et de Meerendre soyent hommes de fiefz eschevins ou tenans et les
amendes jugeez appeitiennent dudict Seigneur et lesdictz eschevins
de Vinderhaute et de Meerendre ont la cognoissance et judicature
aussy avant que la seigneurie jurisdiction et eschevinaiges s'extendent de
tout cas criminels et civil soit de la vie ou autrement comme le cas requiert
et le pouvoir de bannir en la semblable manière comme les hommes de fiefs
de Vinderhaute peuvent faire et aussy ont lesdites eschevins la cognoissance
de tous autres cas et fourfaictures soit a la requette des partyes et de juger
amendes de trois livres ou en dessouhs au proffict dudict seigneur.
Item appartient au jugement desdicts eschevins de Vinderhaute et de
Meerendre et a chacun a son degré de tous les héritages tenus et resor-
tissans en chascune seigneurie et eschevinage et pareillement la cognois-
sance des héritages tenus des subjects et hommes de fiefs dudict seigneur
a cause de sadicte seigneurie de Vinderhaute et de Meerendre moyennant
que lesdicts subjects et hommes de fiefs n'en ont même le pouvoir de
cognoissance par leur justice.
Item peut ledict seigneur ou son bailly de Vinderhaute et de Meerendre
tous serfs bastarts ou gens estiangiers qui son doutre mer a franche de leur
— lî) —
l)i('ns estans soiibs lui parmy payant au trespas d'yceuU suubs lailictc sei-
gneurie au diet seigneur le nielicr cathel.
Item esquelz seigneuries de Vinderliaute et de Meerendre ledict seigneur
peut par son Itailly et hommes de lief de la cour de Vinderhaute ensemble les
Eschevins dechascuneseigneurie faire tenir une fois l'an une souveraine franche
vérité dedans le quinsiesme jour devant ou après le StI\emy,laquellesouveraine
francheverite publiera la Eglise de Vinderliautealamesseetalaplace de Belsele
après medy et y sont tenus de venir tous lesraanans de laditteseigneuriesoubz
l'amende de trois livres et a lafrance vérité de Meerendre après ce quelle est
publie par un dimanche a la messe aux églises de Meerendre , de Landeghem
et de Hansheke, y sont aussy tenus de venir tous les manans et tenans de
laditte seigneurie de Meerendre soubz l'amende de trois livres exeptez
tant seulement les tenans de la d.t« seigneurie qui sont manans soubz la
seigneurie du seigneur de Hansheke, et pareillement sont affranchez les
manans dudict seigneur de la paroisse et seigneurie de Meerendre , de
Landeghem et dudit Hansheke, de point aller a la franche vérité de Hans-
heke , ausquelles souveraines franches vérités on tient enquisition de toutes
offences mallaicts fourfaictures escheu et perpetreez sous lesd.' seigneu-
ries depuis les derniers franches veritez dont lors le jugement n'en est
encouru.
Item pareillement peut b^dil seigneur tous les ans une fois faire tenir
par son bailly et hommes de fiefz de Vinderhaute soubs la seigneurie que
s'extend en la paroisse de Sommergheni appeliez les douze bonniers une
souveraine franche vérité a la quelle sont tenus par crys d'Eglise a
Sommerghem , a Waerschoot et a Oostwinkel de venir les mannans et
tenans dudit seigneur soubz la seigneurie gisans esdits trois paroisses
sur ram.endc de trois livres, et tout ce que l'on trouve en l'enqueste a la-
ditte franche vérité soit criminel ou civil appartient a la cognoissance et
aux ju;.;cmens des hommes de la cour de Vinderhaute et les amendes et
exploits et proffycts appertiennent audict seigneur.
Item quand unepersone soit accuse par l'enquestre d'une franche veiité
tenu par les hommes de fiefz de Vinderhaute et Eschevins dudict Vin-
derhaute ou de Meerendre soit de crime ou de civil , le bailly peut celluy
qui est accuse mettre a loy et a justice devant les hommes de fief ou devant
lesdits Eschevins le(|ur! ijm'iI liiy plaist.
— 20 —
Itt'iii iii> [iciivciit iiiiU Si'ii;iiciii's iiy leurs nlliricr-; (1(> par eux tenir iiy
t'airi' tenir iVaiichc vo ite iiy nulles autres verite> soiib/. la Seiii;iieurie de
Viinlerhaiite et de Meerendre en nulles places ou ledict seigneur est
soii(ueuret souvei-ain seipeurny aussy ny prévient prendre cognoissance
dequ!>l(|uesraitsou offence que sesoyent Eschevins souk laditte seigneurie
dudict seigneur mais appertienent proinpteinent la cognoissance et juge-
nuMit aux loix dudict seigneur.
Item les manans et suhjeets du dict seigneur demeurans es pai'oisses de
Vindeiliante, de Delsele, de Everghem, de Sommerghem, de Waerschodt, de
Oostwynkel et aussy ceux de la paroisse de Meerendre, de Landegeni , de
Hansi)eke y sont fraucq et point tenus daller aux franches vérités que le
hailly du Vieu (Irocq tient en sa seigneurie de Somerghem et des apperte-
nances et en autres places la entour.
Item peut le bailly de Vinderhaute et de Meerendre tenir aunom^du
dict seigneur soubs chauscunedes seigneuries deVinderhaute et de Meerendre
cliascun an trois franches plaids appelles en flaniman (jmnve ghediwjheii la
ou touttes les manans desdits seigneuries par cris d'église sont adjourfies
et tenus y venir soubz lamende de deux solz parisis et peuvent lesdits subjets
et manans dudict seigneur sur lun huître faire demande devant la loy et les
procès demerei' jusquesà la fyn sans aucunes despens.
Item peut ledit bailly de Vinderhaute et de Meerendre de tous mesfiùts
et débats escheus et perpètres soubz lesdittes seigneurie et appertenances
et ajjpendences soyent ci'imiiiels ou civils par jugement des hommes de
liefs ou des eschevins aussy que le cas le requiert tenir enquestes et vei'ite
aiqielles vérités journales tous les fois qui luy plaisl soit par plaintes de
partyes ou aullreuu'nt et contraindi'e par cris d'Eglise dey venir tous ceux
que du faict scavent a parler et que le bailly y vouldra faire produire pour
lesdits faicts offenses faire en suyr justice selon l'accusement et grandeur
du mesfaict.
Item tous ceulx qui sont justices ou bannes de faits criminels par
laditte ju-tice dudict seigneur soit par jugement des hommes de bef ou des
eNrlii\iii- tons leurs binis lieO, héritages meubles et chathels sont confisque
an pruuicl diulil seigneur aussy avant quils sont soubz la seigneurie de
Vmlieibiute et de Meeicndre et des appartenances et appeudences.
— 21 —
Item ledit seig-rieiir ou son hailly au nom de liiv peut tous bannis hoors
de sa terre et seigneurie soit par ses hommes de fief ou eschevins rappeller
et quittei- lediet ban comme l'on a accoustume, et eul\ restituer leurs biens
conlisque estans ou gisans soubs ledit seigneur.
Item a ledit seigneur ou son bailly de Vinderbaute et de Meerendre le
pouvoir de faire justice par jugement des hommes ou des eschevins de
laditte seigneurie de Vinderbaute et de Meerendre de quelque mesfait que
se soit perpetreez et commis en laditte seigneurie ou de faire composition
au malfacteiir de son raalfait et quand un malfacteur soit condemne a
meurir a la volunte dudict seigneur ou de son bailly ledit Seigneur ou son
bailly peut quitter la mort et pardonne au malfaicteur sou malfait après
sentence donne, attendu que tous ceulx qui sont jugées a la mort soit
par hommes de fief ou Eschevins de Vinderbaute ou de Meerendre on les
juge et condemne a la volunte et mercy du seigneur tant seulement.
Item peut le bailly de Vinderbaute et de Meerendre avecq les hommes
de fief ou Eschevins mettre a question et gehunne un malfaicteur et le
mettre a justice sans pour cela prendie ne demander congé au bailly de
Termonde ne d'aultres officiers.
Item les subjects et mannans de la seigneurie- de Vinderbaute et de
Meerendre sont tenus lun lautre reprocher de leurs affaires et demandas
devant la loy dudit seigneur la ou ils sont demeurans, et si ils faisoyent le
contraire ailleurs ils seroyent jugies en l'amende de tioiï; livres parisis et
seroit celuy qui l'aurait reproche par esti^ange loy tenu de lui rembourser
tous les despens.
Item peult le bailly de Vinderbaute et de Meerendre de tous plais et
procès qui son en loy soit par poursuicte de partyes ou pour les causes dud'
seigneur prendre un jour de delay seignourieusement pour une fois de
chacun procès et ainsi continuer ledit procès jusques au jour de pro-
chaines plais.
Item a ledit seigneur la preragative et franchise de faire par son
bailly et Eschevins tous les ans soubs la seigneurie de Vinderbaute et de
Meerendre une franche vérité quand les derniers sont surannées aussy de
faire statuts ordonnances et deffcuces nécessaire pour sadicte seigneur
et les faire publier pour les entretenir sur telles amendes comme l'on est
— 22 —
accoustume, et toutes les amendes qui sont soubs trois livres et en dessus
deux sols parisis son à la volunte de la loy de les haulcher ou les dimi-
nuer a leur discrétion selon l'exigence du cas.
Item les Eschevins de la vierschare de Vinderhaute et les Eschevins
de la vierschare de Mcerendre et tous les autres loyx tenans et apperte-
nans a laditte seigneurie de Viiuierhaute et de Meerendre vont a leur chef
de lov et resortisseiit a la cour féodale de Vinderhaute pardcvant les
hommes de fief dudict seii,nieur et lesdits hommes de Vinderhaute vont
a leur chef de loy et resortissent à la court féodale de Tenremonde.
Item peut le hailly de Vinderhaute et de Meerendre ou les manans de
chascune seigneurie avecq les Eschevins du lieu tous les ans faire escou-
aiges deschevins pour plancques fosses banlokes et cloctures estans souhs
ladicte seigneurie et exploiter et lever les amendes y appertenantes au
proffyct dudict seigneur. *
Item peut le bailly de Vinderhaute et de Meerendre aller avecq les
Eschevins de chacune place quand il luy plaict en laditte seigneurie visiter
le poix les j)ains do boulengiers les mesures des taverniers de grains et
de toultes denrées et si auscunes fussent trouves injuste ledit bailly le
peult par jugement desd.' Eschevins empescher yceulx poix mesures et
esploiter les amendes y appertenantes sur les coulpables.
Item apperlient proprement et entièrement àla jurisdiction et cognoissanee
dudit Seigneur et a ses officiers les cours de toultes les riviers et eaux
estcndans en laditte seigneurie de Vinderhaute et de Meerendre sans que
nul autre y ayt aulcunne cognoissance auxquelles rivires et eaux apper-
tient audit seigneur et aulcunes de ses hommes feodaulx la pescherie et se
aulcunes estoient accusez ou trouve d'avoir pesche esdicts rivires ils seroit
en l'amende de trois livres parisis au proffit dudit seigneur.
Item appertient au dis seigneur le cognoissance de tous malfait offences
et delicls faits et pcrpetreez es dit rivires soyent criminaulx ou civils et
pareillement appertiennent audit seigneur la cognoissance de tous cas
ciimiiiels ou civil faictes et perpeti'cez sur les chemins estendans esdictes
seigneuries entièrement, sans (|ue nul aultre y ayt ou peult avoir aulcune
cognoissanic combien que lesdils iivi)-es ou eliemins s'estendont en
|ilu>ieurs lieux jniii-eant cl .ileiieoiitre d'autres vasseaiilx ou seigneurs mais
— 23 —
entant que lesdits rivires et chemins s'extendent d'un cotte a lencontre du
Prince et appertient audict seigneur la cognoissance de la moictie desdits
rivires et chemins et au Prince laultre moitié.
Item appertient audit seigneur une court des hommes de fief gisans en la
paroisse de Aertvelde qui resortist a la cour de Vinderhaute dont on tient
quatorze fiefs et hommaiges et sont appelles iceux fiefs Yunu et hun et est
chascun Yunu et hun grand deux cens verges gisans en plusieurs places et
paroisses et doit chascun fief appelles Yunu et hun chascun an de service
audit seigneur quattre sols parisis et a la mort et quand on vend ledit fief
aussy quattre solz parisis sans plus, en oultre sont tenus les hommes des-
dits junu et hun a tenir chascun quattre vasseaux de es faisant meil dont
le receveur de briefs de Haeltert chacun au mois de mars en prend son
droict a savoir l'un desdicts vasseuilx , et luy sont tenus de donner tous les
ans une fois un disner et a ses chiens du chault lait du blan pain et si aul-
cunes desdicts hommes de fiefs appelle junu et hun suit en deflfault l'exécution
en appartient au Bailly de Vinderhaute ou a son lieutenant et aux hommes
desdits junu et hun, et est tenu de chacun junu et hun certain nombre
d'heritaige appertenant a plusieurs personnes qui payent a cause de leur
dict héritage tout à la charge dessus dit, et appartient au jugement des
hommes des junu et hun la cognoissance des heritemens et adheritemens
et aultres legalitez desdit héritages a cause duquel ledict seigneur doibt
de service chacun an au prince une pair de gans et un blanche verge
pelle et prendent lesdits hommes de junu et hun leur ressort aux hommes
de la court de Vinderhaute comme a leur chef lieu.
Item peuvent les sujets dudict seigneur de sa dicte seigneurie de
Vinderhaute et de Meerendre eux mètre a purge pardevant sesdits bailly et
eschevins d'illecq de tous cas criminel ou civil a scavoir que ilz se peuvent
mettre en la main de justice dudit seigneur et eux purger par certains
jours lesquels on doibt publier par crys d'église , publiquement selon la
coustume et se lesdits subjects toutes les solemnitez et journées de le purge
entreutenne soyent trouvé innocens de leur cas que on leur imposoit et
que ils soyent de ce déclarez et adjugées quitte ils doibvent de ce demeur
a tous jours quitte.
Item appartient audict seigneur a cause de sadite seigneurie de Vinder-
— 21 —
hiitile la pessclierye en la rivire appelle le lionne qui court de Gand ;V
Daniiue aussi avant qu'elle s'extend en la seigneurie de Vinderhaute et ap-
pt'ilifiit a la cognoissance du Bailly et Eschevins de Vinderhaute
de tous cas criminel et civil laicts et perpétrez en ladicte rivire aussy
avant que ladicte rivire s'extend en laditte seigneurie de Vinderhaute.
Iteiu a ledit seigneur en la paroisse de Vinderhaute et de Meerendre
francq moulage la ou tous les subjectsduditseigneur sont tenus de mouldre
leurs grains chascun sur l'amende de trois livres parisis et le sac et les
grains fourfaicts au proffict dudict seigneur.
Idem a ledit seigneur soub lad" seigneurie de Vinderhaute et de Mee-
rendre franche garenne de conyns, lièvres, pertries et des oyseaulx de
rivire et si aucunes fussent accusse davoir prins conyns , lièvres , pertries
ou oyseaulx de rivire, il seroit en l'amende a scavoir de conyns , . lièvres ,
et pertries de trois livres parisis et de oyseaux de rivire en iamendff de
dix sols parisis.
Item appertieiit la franchise aud' signeur qu'il peut a son plaisier mettre
et ('slal)lir soubs les seigneuries de Vinderhaute et de Meerendre et les
iilipertenance moulyns soit a vent ou a eau moullant graines ou oylle.
Item contient ledit fief de Vinderhaute et de Meerendre un grandeur
dedans coniprins la court de Vinderhaute fosses motes terres prêts pastures
bois eaux inoras et rivires, cinquante bonniers dheritage ou environ. Item
en bruyères et ostines cincquante bonniers ou environ.
Item appartient audict seigneur a cause de la dicte cour de Vinderhaute
et de Meerendre certaines mouturies cest a scavoir la moictie des fruits
de sept bonniers et demy dheritage, item le quart des prolficts de dix bon-
niers trois cens cincquante verges de terre appelle la quatriesme garbe et
la cincquiesme part des fruicts et trois bonniers et demy de terre appelle la
cincquiesme garbe et sont tenus les gens qui tiennent la terre de la qua-
triesme et cincquiesme garbe la part dudict seigneur des fruicts venants
des dits terres délivrer en la grange de la court de Vinderhaute avant qu'ils
puissent leurs fruicts mouvoir des camps.
Item appertient aud' seigneur la moictie des fruicts de environ dix
Mif sures de prêts a Meerendre gisans en la Praire de fourkmeersch dont
ceux fini b'N tiennent son tenus la part dudit seigneur de faulf|uer et
— 25 —
fener a leurs despens et la moitié d'yceliiy seigneur délivrer a la court de
Vinderhaute sans les despens dudit seigneur avant iju'ils puissent leur
moitié mouvoir des prêts et le dit seigneur est tenu de donner aux chartons
a manger et a leurs chevaulx de l'avoinne.
Item appertient audit seigneur a cause de sa ditte seigneurie de Vinder-
haute et rentes en deniers escheant a la S^ Remy vingt et un livres sept
sols Parisis, item aveq lad« rente audit St Remy six vingt et une poulie
et demy et un cappon.
Item audit Vinderhaute au Noël cent trente spend et le quint d'un spent
et est brey item audit Noël a Vinderhaute treize rasiers de molle avoine
ajipelle wilde retitie.
Item a la recepte dudit Vinderhaute a la St Remy cinquante livres dont
la cour est une court et terroir gisant à Waerschoot apresent appertenant
au cloistre de Waerschoot.
Item a la dicte recepte du dit Vinderhaute a la St Remy cincquante trois
sols Parisis sur le fief de Madame Isaheau de Gistelle gisans à Wachtebeke.
Item à Oostwynckel rentes en deniers dix sols parisis.
Item appartient audit seigneur a censé de sa seigneurie de Vinderhaute
rentes en deniers, escheans au St Remy a Relsele en la paroisse deEver-
gheni dix livres sols parisis.
Item rentesdedeniersaudit Relsele appelle Y^'' Reelen renteàlaSt Martyn
cincq livres et quand l'on vend de héritage qui paye laditte rente appelle Jo'"
Beelen rente le quinziesme deniers et appertient a cause de son fief qu'il
tient de la cour de Vinderhaute et en fait on les héritements par la maire
dudit et les Echevins dudit seigneur audit Belsele.
Item appertient audit seign"^ audit Belsele rentes en deniers au Noël sept
livres cincq sols parisis.
Item avecq laditte rente cincq poulies deux muys sept rasiers et trois
quartiers d'avoine et onze rasiers et trois quartiers de bled.
Item pour l'octroy du moulaige du moulin au vend audit Belsele douze
rasiers de bled et du molin au vend faisant oylle tiois lots d'oylle.
Item appartient audit seigneur a cause de sa seigneurie de Meerendre
rentes en deniers en la paroisse de Meerendre escheans a plusieurs termes
qnarante-huict livres dix-sept sols tiois deniers ob et noeuf poulies.
— 26 —
Item audit Meereiulre au Noël viugt mues cinc(i rasiers, six couppes
et (lemy mtdle avoine petite mesure dont les deux rasiers font une
rasière mesure du lieu.
Item audit Moerendre avecq iaditte avoine encores sept muys une rasiere
et domy molle avoine dont les cineq rasiers font deux rasieres mesure du
lieu et trois muys cincii rasieres cincq couppes et demy d'orge.
Item appai'ticnt audit seigneur a cause de Iaditte seigneurie rentes en
deniers en la paroisse de Landegliem qui est soubs ladicte seigneurie de
Meerendre escheans a plusieurs fermes seize livres sept sols deux deniers
et trois poulies.
item liuict muys six rasieres et sept couppes et demy molle avoine pelitte
mesure comme dessus.
Item deux muys six rasiere et deux couppes dorge et neuf muys dix
rasiere et trois coupes de broy. .
Item appertient audit seigneur a cause de ladicte seigneurie de Mee-
rendre en la paroisse de Hansbeke qui est de la seigneurie de Meerendre
rentes en derniers a la St-Remy sept livres quinze solz deux deniers
parisis et trente quatre poulies et trois cappons.
Item noeufsols au Noël et est appelle argent dofferande, item audit
Nnel huit couppes et demy et le quart de couppe et la deuxiesme part de
couppe de molle avoine petitte mesure, item six rasieres et une couppe et
demy dorge item audit Noël douze rasieres de bled que doiht... a cause
de rente audit Hansbeke appelle quatriosme garbe.
item appertient audit seigneur soubs la seigneurie des d(ui/.e bonniers
a Sommerghem et la entour rente en deniers escheant a la St Remy et
au Noël trente deux sols noeuf deniers item douze rasieres de molle avoine
petitte mesure.
Item sont les subjects de Vinderhaute et de Meerendree tenus
audit seigneur à corrouees et débites comme au temps passe l'on est
accoustume.
Item peut ledit seigneur commettre et establir sur ladicte seigneurie de
Vinderhaute et de Meerendre un rocepveur et un dercq pour la court des
hommes et les Kschevins.
Item sont tenus de ladicte seigneum; ilc Viiiderliaulc plusicuirs places de
— 27 —
terres gisans en la paroisse de Tliieit, de Waerschoodt, de Sleydini;he, de
Oost-Eecloo, de Mariakerke , de Troncheenes et de Saffelaere sonbz laquelle
terre et places ledit seigneur a telle liaulteur prorogative et seigneurie
comme il a en sa seigneurie de Vinderhaute et s'en font les loixet adherite-
mens par le loy de Vinderhaute, et de tous les héritages gisans soubs la
seigneurie de Vinderhaute et de Meerendre et es places dessus nommes
appertient audit seigneur quand on les vend le dixiesme denier de service
de vendaige et de tant que les héritages gisent en la seigneurie de Vinder-
haute appertient audict seigneur de fourmouture au trespas de l'héritage
donhle rente a payer dedans quinze jours après les trespas de Iheritier
sous l'amende de trois livres.
Item appertient audict seigneur la moitié du passage au bacq et flote
de Vinderhaute au lez et cotte de Vinderhaute et lui appertient aussy
entièrement le passaige et tonllieu de Westbeke et si aucuns sefforcoint
de nos vouloir payer le droict accoustumes audits deux passaiges il seroit
en l'amende de trois livres et a chascun passaige doibt une personne une
maille et une personne a cheval quattre maille pour le droict dudit passaige.
Item peult le Bailly dudit Vinderhaute et Meerendre et les hommes
de fief de la court dudict seigneur ou les Eschevins desdits seigneuries
chacun de sou degré touttes les fois que débat est entre partyes soubs
lesdits seigneuries prendre treffues de quinze jours et si aulcunes desdits
partyes ne goudessit de donner les treffues ils seroient tenus de lamende
de trois livres par jugement des eschevins et par jugement des hommes
en lamende de soisante livres et les treffues demeureront ferme et
estable et si la paix n'en fesist dedans lesdits quinze jours on prendroit
aultres treffues par trois quinziesmes et après par trois dix sept
sepmaines et ainsi avant on les metterait en trêves anuelles laquelle
seigneui'ie de Vinderhaute et Meerendre, en la manière comme dessus est
declairez je Guillaume le Poyvre fils de Guilliaume Esquier causa uxoris
Isabelle Thérèse Woutes fil de Philippe Franchois esquier seigneur dudit
Vinderhaute et Merendre audict lieu mon beau père confesse de tenir en
plain fief et hommage de notre susdict souverain seigneur et prince sa
majesté catholicque comme compte de Flandres de sa dit maison et cour de
Tcnremonde estant ledit (ief et seigneurie oblige a fov hommage et service
lie IdvaiitP o[ a plaiii irlicf de dix livivs jiarisis d viiiyt sols parisis de
chambrelage a la mort et (juaiid on le veut aiissy pour relief de dix livres de
chanibralaiie et vingt sols son plus le tout soubs protestation ordinaire et
sans estre reprins si plus ou moins audit lief et seigneurie appartcnoit etde
laugnienter ou corriger selon deroist et au jugement des hommes de fief
de laditte court, et témoin de quoy avons signe ceste et selle de nostre sel ce
viiicgt sisiesme juin mil sept cent huit : et estoit signe Guilliame le Popre
daer op gedruckt stont een cachet in roode lacke in kennisse der waerheyt
is dese by den bailliu gesegeldt en de greff'' ond' actum ut supia. » Ende
was onderteekent D. Pauwelaert. »
Vinderhoute est aujourd'hui bien dérlm de son ancienne splendeur. II
forme un des plus petits villages de la Flandre et sa population n'était en
1.S58 que de 610 habitants.
(lomme, presque toujours , chaque village n'a eu propremetit de
position civile qu'cà dater de la fondation de son église , celle de
Vinderhoute remonte à une haute antiquité. Mirœus et surtout le cartulaire
de St-Bavon , commencé par M. Serrure, et qui n'a jamais été publié,
ainsi que l'histoire de l'abbaye de Sl-Bavon de M. Van Lokeren , nous
donnent sur ce point les indications l(>s plus intéressantes.
On trouve dans une charte par laquelle le roi Lothaire confirme , à la
prière du comte Baudouin et de l'abbé Womars les possessions de l'abbaye
de St-Bavon , ces mots : hi villa Wiiiderholt œcclesia cum manso. Cette
charte est du 9 mai 967 ; elle fut donnée dans la cité d'Arras (l'ancien
Nobiliacum.)
Dans le même ouvrage de M. Van Lokeren : une lettre d'Olbebald, abbé de
St.-Bavon, à Otgive, femme du comte Baudouin iV, dans laquelle, et d'après
les ordres de cette princesse, il fait l'énumération des saints dont les corps
reposent à l'abbaye, ainsi que celle des différents biens que le monastère pos-
sédait à cette époque, ou de ceux qui lui avaient été enlevés : cette
charte est de l'an 1019 à 1034. Et in pago Gandense in Vinderholt
rcdeyia una.
Puis Lambert, évoque de Toui'uay, accorde à l'abbaye de St.-Bavon le
patronage des Eglises de Haspere, et(". , de Vindcrhotit l'an 11:21.
Le PapeA diieu IVcontirnu^ les pos^es'^ions de l'abbaye de St.-Bavon, et
— 29 —
(^iiti'P aiitiTs cello des vinjit-quatre autels exempts de tout persniint, nous
y trouvons allare de Vinderholt l'an 1156.
Le Pape Alexandre III confirme à l'abhaye de St.-Bavon la possession de
diOerents privilèges et d'un grand nombre d'autels: Alture de Vinderliort,
l'an 1170.
Dans la liste des noms de ceux qui pereevaient les rentes et les revenus
de l'abbaye de St.-Bavon, avec l'indication de leur nature, du mode de leur
perception, et des individus qui étaient tenus de les payer, nous voyons que
vers l'an 1 1!20 c'était un certain Boindin de Mère qui était receveur pour
le village de Winderhout.
L'église que l'on vient d'abattre éta'vt à une seule nef et de construction
moderne, elle était consacrée à St.-Bavon, patron du village.
Grâce au bourgmestre et aux soins de M. le curé Van Laere , à
qui je me plais de rendre toute justice, nous n'avons pas ici à regretter ces
actes de vandalisme qui ont allligé depuis quelque temps nos prineipales
églises, ces actes que du temps de la première République on appelait
sacrilège, profanation, et qu'aujourd'hui , notre siècle plus indulgent qua-
lifie du nom honnête de nécessité ; je veux parler de ces bris de pierres
tumulaires , de ces ventes scandaleuses, qui mettent à l'encan, et le
souvenir de nos pères et bien souvent le nom du fondateur et du bientaiteur
de l'Église ; ici tout a été conservé avec un soin religieux et tel que l'exige
la mémoire de ceux qui ne sont plus.
Autrefois il y avait au milieu de l'église, un monument sépulcral magni-
fi({ue, dont il ne reste plus que le souvenir; il fut abattu pour faire place à
une chaire; le casque ainsi que les éperons qui étaient sur le tombeau ont
été retrouvés et sont conservés religieusement à la cure.
Le nombre des pierres tumulaires estasse?, considérable ; les plus remar-
quables sont celles • de la famille Wouters, le Poyvre, Carnin , d'un
membre de la famille Zoete et de son épouse Catherine Van Borsselle de l'an-
née 1562, une autre du curé de Vinderhoute, Guislain Ringoet, de l'année
1HG7. Parmi les modernes, on remarque celle de messire Gaspard Borluut et
et le monument consacré à la mémoire de M. Vande W^oestyne, d'un beau
travail et dû au ciseau de M. Simonis.
Outre l'église, il y avait autreroi> à Vinderhoute un hôpital et probable-
— 80 —
mont une riiijiollc y attenante ; le terrier de 152-4 en tait mention à la
page xliij : « Eene partye land s'up beede de utganghen van den siecker-
lieden liid, do straet zoo men ryt naer Brugghe, etc. » Effectivement ces
denx cluMiiins existent encore. Comment et par quelles circonstances, cet
hôpital a-t-il (Hé coiistriiit"!' nous l'iiinorons complètement ; seulement on y a
découvert à diverses reprises des ossements humains : cet endi'oit s'appelle
de II End.
Si nous en jugeons d'après les terriers, l'église de Vinderhoute était autre-
fois très-riche et percevait de beaux revenus ; ces biens, quoique restreints
aujourd'hui , ne sont pas encore sans valeur. Ce fut du temps de Louis XIV
que les principales propriétés de l'église furent vendues , et voici à quelle
occasion : Le curé de Vinderhoute, fuyant le mauvais vouloir des soldats
français, venait de temps à autre et en cachette visiter ses ouailles ; un
parti hostile au curé résolut de le perdre, et se mit d'accord avec des
soldats français et des Reitres allemands, et leur promit de livrer le
pasteur <à la première occasion favorable; or, par une nuit obscure, le
curé étant venu visiter son église, les traîtres se rendirent en toutf h.àte,
au canal de Bruges, le côté opposé était occupé par les ennemis, et ils
prononcèrent ces mots de trahison dont le souvenir est encore conservé :
« De bruyt is maegd gewoorden. >> Le curé fut pris et transporté à
l'Écluse, et fut racheté par le village , et c'est <à cette occasion que l'on
vendit les biens de l'église.
il est naturel qu'après avoir parlé de l'église, et en avoir décrit toutes
les péripéties, nous parlions de ses ministres ; voici comment P. DeJonghe
dans son Getilsche Ceschiedenis , et dans un manuscrit ou augmentation
et suite du P. De Jonghe que je possède, lelate l'histoire d'un curé de
Vinderhoute, nommé Gillis de Meyer.
En mars l^OS, selon de Jonghe, et le IT) juillet selon mou Mss., fut
arrêté (op het Niewhindt) le curé de Vindeihoule, Cille de Meyer, avec
quatre do ses complices, pour cause d'héiésie et pour avoir tenu des
conciliabules. Le 3 avril le curé de Vinderhoute, revêtu de ses habits
sacerdotaux, fut amené par ordre de l'évêque do Tournay , devant un conseil
d'ecclésiastiques; on lui coupa d'abord un peu de ses cheveux, puis on
lui gratta la peau des doigts avec un couteau d'argent, et lui arrachant
— al-
lés vêtements sacerdotaux, on prononça ces mots : " Exiio tilii vestoni
justilise quani volens abjecisti. » A quoi il répondit d'une voix haute et
ferme , de manière à être entendu de tous ceux qui se trouvaient dans la
salle, car ceci se passait à huis-clos : « Imo vestem injustitiae. » Après ce
jugement il fut mené au château des comtes, où le lendemain on lui lut
sa sentence qui le condamnait à être pendu.
Mais les soldats Espagnols, après l'avoir extrait de la prison , l'ayant
cruellement lié et bâillonné, trouvèrent que la sentence était trop douce ,
et alléguant les décrets de l'Empereur, ils le traînèrent à la place de
Ste.-Pharailde ; chemin faisant, le Mestre del campo lui porta au visage
un coup si violent, que le sang lui découlait de toute la ligure, puis ils
l'enfermèrent dans une maisonnette , faite de fagots de bois et qu'ils rédui-
sirent en cendres : ces faits se passaient le 4 avril 1568.
LISTE DES CURÉS DE VINDERHOUTE.
Ghislain Ringoet. . . . 1362
Lievin Roelins 1 502
GilledeMeyer 1568
Van Pouckes 1 685
Van Butsele 1702
De Vylder 17i)8
TRADITIONS, SOUVENIRS, LÉGENDES.
Comme presque tous les villages de la Flandre , Vinderhoute a conservé
des souvenirs des chevaliers du Temple. Au confluent de la vieille Lieve,
de la cale et d'un cours d'eau dont j'ignore le nom, se trouve une
élévation, ou ce que nous nommons en flamand (eene motte), admirable-
ment située pour la défense. Je n'ai trouvé nulles traces du château
qu'on prétend y avoir existé; cependant il m'a été assuré, par des per-
sonnes dignes de foi , qu'il n'y a guère longtemps, un en voyait encore de^
— 82 —
tr;irrs. Dans les terriers que j'ai ronsnltés, je n'en ai trouvé aiiciuie
mention; il est vrai que le plus ancien ne date que de 1524; or si ce
cliAteau a existé, il aura probablement subi le même sort que tous les biens
de l'onlre, lors de sa suppression.
On ilistini;ue très-bien les fossés aujourd'hui couverts de joncs, que
l'on perce facilement et qui sont d'une grande profondeur; l'endroit où
était situé ce château s'appelle « den dooden Man. » A côté se trouvait un
petit bois, qui seul a conservé le souvenir de ces hommes bardés de fer;
ce petit bois se nommait « den yzeren Man. »
Comme tous les vieux chfiteaux, celui de Vinderhoute est célèl)re par
ses revenants; entre différentes traditions, j'en rapporte une qui m'a paru
la plus curieuse. Un seigneur de Vinderhoute, voyant sa fin approcher,
a>sembla tous ses enfants et leur fit jurer, sur le salut de leur <àme,
d'accomplir le vœu qu'il allait faire ; les enfants l'ayant juré , il se "fit a]iporter
un sac de grain et le précipitant dans les fossés du château , il leur
ordonna de faire dire autant de messes , pour le salut de son âme , que le
sac renfermait de grains; les enffints firent dire tous les jour? une
messe, les successeurs en firent de même , mais ayant été négligé , peu-à-
peu, le vœu tomba en désuétude et on finit par l'oublier. Aussitôt il ne fut
bruit dans le village que de ce qu'on avait vu une voiture attelée de six
chevaux blancs, dont les yeux lançaient des éclairs et qui parcouraient au
galop la longue allée de chênes, qu'arrivés au château, les portes s'étaient
ouvertes avec fracas; le seigneur descendait de son carrosse antique et
après s'être promené en long et en large, il prononçait un discours en
une langue inconnue, et aus>itôt un prêtre venait y dire la messe : les
possesseurs du château, ayant oui la chose, remirent en vigueur le vœu de
leur ancêtre et fondéient à perpétuité une messe qui se dit encore tous
les jeudis.
Au bout d'une des allées du château se trouve une chapelle dite de Ste.-
Anne. Voici l'origine qu'on attribue à sa fondation : l'union d'un des
seio-neuis de Vinderhoute restait stérile, et le noble seigneur vovait
avec chagrin sa maison sur le point de s'éteindre. Dans sa douleur, il
résolut de s'adresser au dispensateur de tout bien , et selon le goût de
répo(iue il fit le voni suivant : « Si Dieu m'accorde le bonheur d'avoir
— 33 —
des enfants, je promets de les lui consacrer et de les haltiller, pendant
l'espace de sept ans, si c'est un mâle en récollet et si c'est une fille en
religieuse, de plus de bâtir une chapelle en l'honneur de Ste.-Anne et d'y
exposer leurs poi'traits. » Ce vœu fut exaucé et Dieu donna au Seigneur
de Vinderhoute un fils et une fdle; sa promesse fut tenue et les portraits
des enfans décorent aujourd'hui encore les murs de l'église.
Voici la seconde tradition : Le seigneur de Vinderhoute avait un fils
aveugle. Un jour qu'il se promenait avec lui dans sa garenne, l'enfant
s'arrêta tout à coup et fit remarquer à son père qu'il voyait un chevalier
tout habillé de blanc ; le père s'arrête , regarde , ne voit rien : l'enfant
avilit recouvré la vue ; en mémoire de ce miracle il bâtit une chapelle,
qu'il consacra à Ste.-Anne, et l'orna des portraits de son fils et de sa fille.
Le village de Vinderhoute est très-pauvre en objets d'art ou de curiosité.
La seule chose remarquable est la maison qui servit , lors de la construc-
tion du château, à abriter les ouvriers. Ce bâtiment est très-grossièrement
construit; il repose sur six chênes massifs, les arbres ont jusqu'à deux
pieds de largeur, sur un d'épaisseur ; la largeur totale du bâtiment est de
vingt-neuf pieds , sur quarante-neuf de longueur.
La toiture est surtout remarquable par son extrême solidité. La maison
se compose de deux énormes chambres, deux foyers de huit pieds de
largeur sont en pierre de taille, ornés de têtes de lion grossièrement
sculptées.
SS XVI
RAPPORT
fait par M. DIEGERICK, membre de l'Académie, sur la Notice
qui précède.
Après avoir examiné, la Notice historique sur le village de Vinderhoute,
par iM. J. IluYTTENS, je pense que ce travail, qui prouve de la part
de son auteur des recherches consciencieuses et étendues , paraîtra a\'^n-
lageusement dans les Annales de l'Académie.
« L'étude de l'histoire de la plupart des villages du pays, dit
» M. Huyttens, oflVe à l'historien et à l'archéologue une mine féconde à
n exploiter. » Partant de ce principe, M. Huyttens nous apprend qu'il a
étudié jusqu'ici trente-deux villages de la Flandre-Orientale, et commence,
par la notice sur Vinderhoute, la série qu'il se propose de publier.
Après avoir indiqué la position de ce village, l'auteur en donne l'étymo-
logie (Ui nom, et indique la manière dont il s'est ortographié aux diverses
époques, à commencer de l'an 967. — Passant ensuite à la description
hydrographique de ce village, il nous fait connaître les différentes cales,
canaux, etc., qui coupent et qui limitent son territoire.
Kii racontant l'iiistore du village, il nous fait connaître un beau trait
du bailli Jacques de Brou qui sauva la seigneurie et les communes
environnantes, do l'incendie et du pillage ordonnés par le Dauphin (jui
cdniiiiaiidait Tarmée de Louis XIV.
L'auteur nous donne ensuite la liste des baillis depuis liOi : puis
passant à l'historique du château il nous fait connaître les dilïérentes
— 35 —
familles qui en furent successivement propriétaires, à commencer de Rase
(le Gavre(l 197) jusqu'au comte de Gamin (1830). La liste de ces seigneurs
est suivie d'un document excessivement intéressant, contenant les préro-
e'atives et les droits des seiîrneurs de ce villa2,'e. »
Passant ensuite à l'historique de rép,lise, M. Huyttens nous indique les
diverses chartes qui eh font mention et dont la plus ancienne remonte à
Tan 967. 11 nous fait connaître les divers monuments, les diverses pierres
tumulaires qui ornent encore et qui jadis ont orné ce temple ; nous parle
ensuite de ses ministres , des persécutions que quelques-uns d'entre eux
ont éprouvées de la part des troupes françaises, sous Louis XIV; de
l'apostasie d'un autre de ces ministres qui fut brûlé à Gand en 1568. Il
finit enfin cette partie par la liste des curés de Vinderhoute de 136'2 à
1768, liste malheureusement très-incomplète.
Enfin M. Huyttens termine son travail intéressant par un chapitre qui
n'est pas des moins curieux , et qui porte pour titre : Traditions , souve-
nirs, légendes.
Je pense donc, comme je viens de le dire, que cette notice mérite à plus
d'un titre de trouver place parmi les publications de l'Académie et j'en
propose l'impression.
FXTRUTS
D UN
ANCIEN ORDINAIRE
QUI PRESCRIT
les Ornements, Reliquaires, Draperies, Vêtements et autres objets
du culte dont on doit se servir pour toutes les fêtes de l'année ,
DANS UNE ÉGLISE AU XVIe SIÈCLE ,
PAR ♦
M. Alexandre SCHAEPKENS,
Membre corrcspnndant de 1" Académie, chevalier de l'ordre de la Coiirouoe de chêne.
^ LITURGIE.
De nos jours la liturgie et tout ce qui a rapport au culte dans
nos anciennes églises sont étudiés avec soin. Les l'ccherclies les plus
minutieuses sont faites pour connaître tout ce qui composait l'ameublement
et l'oiuementation des églises au moyen âge; on s'intéresse aux moindres
détails, on dessine, on publie tout ce qui nous reste dans ce genre,
les amateurs collectionnent les instruments du culte qui offrent un
caractère, les artistes s'en inspirent et les industriels les copient; culin
rien qui révélo une pensée ou un souvenir du passé n'est dédaigné dans
les ivclioclics de l'intelligence curieuse.
En effet Tart et l'industrie ont produit des trésors dans nos anciens
édifices religieux ; mais il ne nous reste, pour ainsi dire, que des débris
de ces ricbesses qui sont d'autant plus précieux qu'ils sont plus rares.
— 2,7 —
Beaucoup d'objet ayant servi au culte ne nous sont plus connus que de nom ;
d'autres, dont il ne nous reste que quelques rares spécimens , ne laissent
pas deviner quel en était l'usage, ce qui crée des difficultés aux artistes ou
savants qui analysent ces ouvrages et qui cherchent à expliquer la pensée
dont s'est inspiré l'auteur. Il nous semble donc qu'il est utile de faire con-
naître les catalogues des anciens trésors , les céréraoniaux, ou tous autres
documents qui traitent de la décoration des lieux consacrées au culte, où
tout ce qui servait journellement ou à certaines époques de l'année est
désigné ou prescrit pour chaque fête que l'Eglise célèbre.
Dans ce but nous donnerons ici quelques extraits d'un ordinaire,
manuscrit, qui servait pour le service religieux de toute l'année à
l'ancienne collégiale de Saint-Servais , à Maestricht.
Nous avons extrait et traduit du texte original de ce manuscrit les
paragraphes les plus intéressants, dans lesquels il est question de la
décoration des autels ', des vêtements des prêtres, des étoffes, des tapisseries
et autres ornements de l'église, et surtout des reliquaires qu'on portait
dans les processions aux différentes fêtes de l'année. Ces descriptions
révéleront la richesse de cette ancienne basilique, et feront connaître
des objets précieux et intéressants sous le rapport de l'art et de
l'industrie.
SEPTEMBRE.
La nuit de la fête de la Nativité de la Vierge, les gardiens vont prendre,
le matin , la coupe ^ {cyphus) de saint Servais , pour l'affluence ' des
pèlerins.
La châsse de saint Servais est découverte i.
* Dès lelX^ siècle on exposait les reliques sur les autels. Au X« siècle on y place des
images. Les premiers autels étaient creux et en bois et se fermaient comme des boîtes,
d'après saint Augustin.
* Cette coupe se compose d'une coquille enchâssée dans un ciboire en forme de
grappe de raisin.
' Pi opter concursum. ha. fête de saint Servais était très-célèbre au moyen âge, et des
pays les plus éloignés des pèlerins affluaient pour venir prier à son tombeau.
* La châsse était placée sur le maître-autel, au fond du chœur, avec quatre autres
chilsses plus petites , oruées des portraits de saint Monulpiie , Goudulphe , Vaicntiu et
— 38 —
A la messe, le doyen porte rinuigeen ai'gent de l;i Vici'i^e. Deux cuCaiits
de clKeiir {sclwlares), portant des chandeliers en argent, précéderont
(iniir honorer les rcliqnes. Si la fête arrive un dimanche, on portera la
châsse en ivoire *.
A la fête de la dédicace de l'église, on placera sur le maitre-autel après
les matines, pour la grand'messe , la tète de saint Servais 2, après avoir
déposé celle de la Vierge.
A la procession, le doyen portei'a la monstrance de M. Robinus ', le
diacre h; bras de saint Thomas ■», le sous-diacre la monstrance contenant
des reliques de saint Nicolas et de sainte Agnès ^.
A la fête de l'élévation de la Croix, on posera sur l'autel le crucifix à la
place de la statue de la Vierge. A la messe, on placera prés de lautel
trois jocalia contenant des reliques avec leurs coussins e, qu'on porte dans
la procession les jours de Rogations. Aux jours de fête double», qui
arrivent les dimanches, on ne porte pas les reliques processionnellement ,
mais elles restent exposées sur l'autel.
Pendant l'octave de la Nativité de la Vierge, tout l'office se célèbre
au nouvel ouvrage (supra novum opns) \ et l'aide sonneur * y portera les
nappes et le reste des ornements de l'autel, devant la statue de saint
Camiiiic, évêques. Ces quatre petites châsses se trouvent dans la collection du prince
Sditykofr, à Paris.
' La grande châsse en ivoire du trésor, mesurant deux pieds et demi (près de 73
centimètres) contenait les reliques de saint Jérôme et de ses compagnons qui périrent
en martyrs près de Cologne , et les restes d'une des onze mille Vierges. Nous croyons
que c'est cette châsse qu'on portait dans les processions.
' Buste en or du saint, orné de pierres précieuses. En 1372, le chapitre de Saint-
Servais lit don à l'empereur CJiarles IV, pendant sa présence à Maestricht, d'une partie de
la tête du saint.
' On désignait souvent les reliquaires par le nom de leurs donateurs.
* Une partie du bras de saint Thomas apôtre, envoyée de la Palestine à l'église de
Saint-Servais , par Godefreid de B(niillon.
' Iti'llc monslraiice, en style ogival.
" Tria jucalia reliquiarum ciim suis pulvinarihus.
' On désignait ainsi la clôture du ciiœur avec l'autel de Saint-Servais ([ui faisait face
à la grande nef.
' Siib cinupiinalo; .
— 39 —
Servais. On y place les cierges, entre autres trois bougies dans la lanterne,
dont une aux premières vêpres , les deux autres aux matines , à la messe
et aux secondes vêpres.
A la fête de saint Mathieu apôtre, le célébrant porte à l'autel la mon-
strance, contenant les reliques de saint Mathieu, de sainte Agnès et de
saint Nicolas.
Le jour de la fête de sainte Thècle, on perpétue le souvenir de la destruc-
tiott de la ville de Liège '. ^ ' ''■'
OCTOBRE.
A la fête de saint Denis, et à celle de saint Géréon, on porte la tablette
carrée dorée dans laquelle se trouvent les reliques de saint Denis, de saint
Germain et de sainte Aldegonde.
A la fête de saint Géréon, on porte la grande tablette, contenant les
reliques de ce saint.
A la fête de saint Amand, on porte la tête de ce saint ^.
A celle des apôtres Simon et Jude, on porte ' les reliques de ces saints
et celles de saint Laurent. Quand les reliques se trouvent sur l'autel aux
fêtes triples , on y place des chandeliers en argent pour les honorer.
NOVEMBRE.
A la fête de la Toussaint, on porte les reliques de saint Pierre et d'autres
apôtres martyrs, de saint Nicolas évêque, et de sainte Agnès. A la fête
de saint Martin, confesseur, le doyen porte \e jocale de M. Robinus, dans
lequel se trouve une dent de saint Martin.
A la fête de saint Liévin martyr, on porte la tête de ce saint.
A la fête de sainte Cécile vierge, on porte la monstrance de sainte
Agnès, contenant des reliques de sainte Cécile.
A la fête de sainte Catherine, on porte la petite tablette à quatre pieds,
dans laquelle se trouve de l'huile que distillait le corps de cette sainte.
' Serait-ce le souvenir du fameux sac de la ville de Liège par Charles le Téiiiéraii o
cil Ur.8? »
* Portrait en buste du saint.
' On portait les reliques processionnellenient.
— 40 —
A l;i fi'li' lie ^liiiî Aiidn'' , on porte la gnimle monstrance, conloiiant dos
i(^lii|li(N (lu ^;iiiii ;
.\ la l'i'tt' (le sainte Barbe, la grande tablette dorée qui contient des
reliques de cette sainte;
A la fête de saint Nicolas, la monstrance contenant une dent et un doigt
du saint.
A la fête de la Conception de la Vierge , la statue * en argent, contenant
de son lait ;
A la fête de saint Thomas apôtre, le brasTiu saint.
A la Noël on découvre la châsse. A la grand'messe, le doyen porte la
monstrance dans laquelle il y a du sang de Notre-Seigneur.
Le diacre porte celle renfermant une partie des cheveux de la Vierge.
A cette fête on chante les secondes messes au nieuw werk ', où l'on place
des vierges.
A la fête de saint Etienne ', le célébrant porte la monstrance de saint
Pierre, dans laquelle il y a des reliques du saint.
A la fête de Saint-Jean-Baptiste, on porte des reliques du saint.
' statuette en argent travaillée ou repousséc.
' Ailleurs on désigne cet endroit en latin.
' Les premières reliques furent apportées en Occident en -ilfi, par Orose , qui revint
de Jérusalem. Orose déposa ces reliques (de saint Étieime) dans l'île de Majorque , à
l'église de la ville de Malion. On les apporta à Uzale, en Afrique, où Évode, évêque de
cette ville, les reçut.
l'n chirurgien , nommé Concordius , s'étant rompu le pied , fut guéri par sa foi en
saint Etienne. Ilvint rendre grâces de ce bienfait à l'église des martyrs Félix et Gennade,
près d'Uzale , où il laissa son bâton de voyage. L'évèque Évode trans|»orta de cette église
vers Uzale du sang de saint Etienne , dans une fiole.
L'évèque assis sur un char, accompagné des fidèles en procession , chantant des
psaumes et portant des cierges , lient les reliques sur ses genoux. Les reliques furent
déposées dans l'église , sous l'abside , c'est-à-dire dans le sanctuaire , et mises sur le
trône de l'évèque, couvertes d'une draperie. On mit ensuite les reliques sur un petit
reposoir, dans un lieu fermé, où il y avait des portes, et une petite fenêtre par où on
faisait toucher les linges qui guérissaient les maladies. On mit devant la mémoire de saint
Etienne un voile donné par un inconnu , où était peint le saint , portant sur ses épaules
une croix , de la pointe de laquelle il frappait la porte de la ville et en chassait un
dragim. Crite peinture dans une église est reniarqu:ible. Flki uv, llisloirc de l'Edlise.
l. V, p. .Mii.
— 41 —
JANVIER.
A la fête de la Circoncision, le doyen porte la monstrance contenant du
sang de Notre-Seigneur.
A la fête des Innocents, les enfants de chœur [achohres), fêtent ce jour.
Les gardiens reçoivent du Recteur des écoles un sexlale devin de Gulzen '.
A l'Epiphanie, on se sert pour la messe de l'ancien ornement en di-ap
d'or ^ de M. Vaken. Ce même jour on expose le tableau de la Nativité ù:'
Notre-Seigneur avec les Piois Mages, qui y restent jusqu'à la Purification.
A la fête de sainte Agnès vierge , l'ofticiant porte la monstrance
contenant la mâchoire de la sainte et des reliques de saint Nicolas.
A la fête de saint Vincent martyr, on porte la grande tablette avec les
reliques du saint.
A la fête de saint Paul, le célébrant porte la monstrance contenant des
reliques du saint.
A la fête de saint Charlemagne idem.
FÉVRIER.
A la fête de saint Biaise martyr, on porte la nouvelle grande monstrance
avec les reliques du saint.
A la fête de sainte Agathe vierge, le chantre porte la chappe avec
l'agrafe ornée de la figure de la sainte. On porte la grande tablette avec
les reliques de la sainte.
A la fêle des saints évêques de Maestricht, le célébrant porte la tête de
saint Amand '".
* Guhen , endroit où le rliapitre avait des vignobles.
' Depaniio aureo. Nous citerons à ce propos un autre riche ornement, portant la date
de l-i92, qu'on conserve encore à l'église. C'est une chasuble sur laquelle est représenté
le CiuTst en croix. Dieu le Père est figuré au-dessus de la tête du Sauveur, les attributs
des évangélistes sont placés aux extrémités supérieures de la croix, au pied de laquelle se
trouve la Vierge entourée de soldats qui assistent à pied et à cheval au crucifiement,
richement costumés. Le tout est délicieusement travaillé à l'aiguille. Sur le devant de la
chasuble sont représentés des saints sous des baldaquins en style ogival. Ce précieux
tableau brodé a subi une triste restauration sous le dernier doyen de l'église.
■^ Portrait en buste du saint.
— 42 —
A la i(He de la chaire de saint î^icrre, on porte les reliques de la chaire,
de la table et de la chaîne du saint apôtre.
A la fête de saint IMathieu , apùlre on se sert de la chappe avec l'agrafe
ornée du portrait du saint. Le célébrant porte la petite tablette avec les
roli(|Ups do saint Mathieu et de la colonne de la passion de Notre-Seigneur
Jésus-Christ.
MARS.
A la fête de l'Annonciation de la sainte Vierge, on porte la monstrance
contenant une partie de ses cheveux.
AVRIL.
A la fête des Rameaux, le doyen porte à la procession un jocale du
seigneur Robinus de Scliwalnien ; le diacre et le sous-diacre, deux jocalia
avec les coussins, renfermant du bois de la croix de Notre-Seigneur.
Liber agendoriim. Les gardiens du trésor peuvent assister au service de
la semaine sainte. Celui qui a la semaine doit être muni des clefs du
trésor en accompagnant le doyen.
On doit placer la clef de saint Servais avec l'ange en argent, le matin
vers quatre heures. Le gardien porte la clef à l'autel pour la bénédiction
de l'eau. On bénit l'eau en y plongeant la clef *.
Après l'office le matriculaire descend la tablette ou tableau {tabula) sur
lequel il est d'usage d'exposer les reliques, et les gardiens déposent le
(■noplorinm (sic) et nettoient ledit tableau ; ou bien cela se fait le jour
précédent après l'office de la messe.
La nuit de la fête de Pâques, le doyen ou le vice-doyen descend dans
la crypte en chantant à voix basse : Rex fjloriœ. On y fait l'office. Le
doyen reçoitlacroixdu suaire, il porte le suaire au cou et sort parla porte
opposée de la crypte pour monter au chœur. Il place la croix sur son pied
qui se ti'ouve sur le maître-autel, et ensuite prés du tableau de l'autel.
Ensuite, le gardien reçoit le suaire et le fixe sur le jubé, sous le grand
crucilix placé devant le chœur, et qu'on appelle le nouvel ouvrage. Le
suaire y est exposé tout développé.
' La (ici' en aigciil de saint Servais l'iail imiiét i>ar une slalue ifanyc assise, ciselé
en aiKenl.
— 43 —
Le jour de Pâques, le doyen porte lejocale de saint Jacques ou celui de
saint André ; le diacre le jocale de saint Simon et de saint Jude apôtres, et
le sous-diacre le jocale de sainte Marie-Madeleine.
A la procession, on porte la châsse en ivoire. Le samedi pendant l'octave
de Pâques, on dépose le suaire déployé devant le chœur et on le place dans
un coffre qui sert aux ornements du carême.
A la fête de la lance et des clous, on place les reliques de la sainte
croix avec leurs coussins qu'on porte ordinairement les jours des Rogations.
Pour la fête de la vision de saint Servais, on ne découvre pas la châsse
du saint. A la procession le doyen porte la clef du saint, le diacre la tête
de saint Arnaud, le sous-diacre le jocale avec les reliques de saint Nicolas.
On porte aussi la châsse en ivoire.
On donne à porter au doyen, au vice-doyen ou au célébrant, la grande
tablette qui n'est pas de forme carrée, renfermant des reliques de saint
Georges.
A la fête de saint Marc évangéliste, le gardien prendra au trésor et
placera au chœur la châsse en bois dans laquelle il y a des reliques de
plnsieurs saints, qu'on a l'usage de porter les jours des Rogations. Avec la
châsse, il prend le feretrum dans lequel la châsse en ivoire est ordinai-
rement portée. 11 orne la châsse d'un baldaquin brodé d'or *. •
MAI.
A la fête de saint Philippe et de saint Jacques , on porte la monstrance
avec les reliques de ces saints.
A la fête de l'Invention de la croix, on place près de l'autel trois petiœ
reliqtdarum Stœ-Cnicis , avec leurs coussins 2.
On trouvera à la fin de quelle manière on suspend les reliques pour
l'exposition , et quelles sont celles de ces reliques qu'on expose la veille de
Saint'Jean dans l'huile.
Pour cette fête on n'exposera pas la monstrance contenant une partie
' Les jours des Rogations on allait en procession au faui)Ourg de Wyck , au faubourg
de Saint-Pierre ; on sortait aussi par la porte dite Linderkruis Poorl.
'^ Le chanoine , Jean Meen , fit faire trois agrafes de la sainte croix.
— îl —
(les clievpux (lu saint, ni les dcii\ aiitivs relitjues, à cause des fêtes triples
(|ui peuvent arriver.
Il l'aut remarquer tiu'à l'exposition des reliques, à celle Irte ou d'autres
seiulilables, on ne place aucun ornement de fête autour de l'autel. Les
tapis ne sont pas déployés à cause du concours de pèlerins ou de cam-
pai;iiar(ls. Pour celte fête on porte la coupe icjnihiisi de saint Servais à la
ciiamhre des gardiens. Les oiri'andes provenant de la coupe sont pour ces
derniers , et servent à couvrir les frais de l'exposition des reliques.
En I 49:2, on convint avec les gardiens que les offrandes provenant de la
coupe seraient jointes aux autres offrandes, et que cba([ue gardien aurait
un florin d'or du Rhin pour ses frais, résultant de l'exposition des reliques-
L'an 1564, le dernier jour capitulaire avant la fête de saint Servais, les
chanoines convinrent en chapitre, que chacun devant être présent à
lexposition et au replacement des reliques, aura, au lieu d'un tlorio. d'or
et du gohelel de vin pour les frais , quatre sous de Brabant pour le
gobelet de vin , et, au lieu d'un florin d'or, les gardiens recevront chez le
cellerier huit florins de Hornes ou quatre florins pour chacun des garcfiens.
A la fête de saint Servais, on place sur l'autel un socle pour la tête du
saint. A la procession, le doyen porte le jocaîe du rév. M. Robinus dans
lequel il y a deux dents de saint Servais , le diacre le jocale de saint
André, le sous-diacre le jocale avec une partie des cheveux de la sainte
Vierge et de saint Jean évangéliste. Deux jours avant la fête de saint
Servais on prend au trésor, pour l'exposer sur l'autel , le texte des fêtes
doubles ou des reliques pour les pèlerins , et un des chapelains se tient
auprès de la statue de saint Servais avec la clef du saint.
A la fête de l'Ascension, on découvre la châsse de saint Servais. Aux
vigiles de Pentecôte, on la découvre également. Pour la fête du Saint-
Sacrement on pose sur l'autel un socle pour la tête de saint Servais. On
découvre la châsse du saint. Après la messe on fait une procession par la
ville, le doyen porte le saint Sacrement avec deux gardiens, le diacre le
liras de saint Tiiomas, la grande raonstrance nouvellement faite, et le sous-
diacre la monvirance de sainte Marie-Madeleine '. Deux chanoines portent
' Don (lu i('-v. M. Schw.ilmcn.
— 45 —
l;i tète de saint Servais , quatre chapelains les aide et deux chapelains
portent la châsse en ivoire.
On achète trois corbeilles de roses ou d'autres fleurs pour le buste de saint
Servais. Les gardiens prendront leurs précautions pour le dais à porter
au-dessus du saint Sacrement, qui doit être orné, selon le temps qu'il
fait, par le gardien des linges.
A la fête de la translation de saint Servais, on découvre la châsse. A
la procession le doyen porte la monstrance de saint Jacques ou de saint
Pierre apôtres. Le diacre porte le bras de saint Thomas, le sous-diacre
la tête de saint Amand.
En 1567, les chanoines ordonnèrent que la tête de saint Servais ne
serait portée processionnellement que deux fois l'année en dehors de la
sacristie, à la fête de saint Servais et à celle du saint Sacrement, pour
qu'elle fût moins souvent montrée en public, afin de la tenir en plus grande
vénération.
JUIN.
A la fête de la Trinité, on découvre la châsse de saint Servais : à la fête
de saint Martin de Tongres, on la découvre également. A la procession qui
se fait autour du Vrijthof on porte les reliques de la sainte Croix avec
leurs coussins.
A la fête de saint Jean Baptiste , on se sert de la chape avec l'agrafe
ornée du portrait du saint. A la fête de saint Pierre et saint Paul, on
porte la monstrance contenant une partie de la chaîne de saint Pierre.
JUILLET.
A la fête de la ville, le premier dimanche de ce mois , on fait proces-
sion autour du Vrythof. On porte la tête de saint Servais. Le doyen porte
la monstrance du rév. M. Robinus , le diacre la tête de saint Amand ,
le sous-diacre la monstrance de sainte Marie-Madeleine.
Si cette fête tombe dans l'octave de saint Jean, on célèbre le
Triomphe le jeudi {feria quarto).
Si la fête de la Visitation de la Vierge arrive un dimanche , on fait
procession autour du Vrijthof \wi\r la fête de la ville. A la fête de l'octave
de la Visitation de la Vierge les heures sont célébrées en tout au nouvel
— 46 —
ouvrage, roniino il est d'usage, exceplr à l'époque de l'exposiliiHi des
reliques , paire. i|Li'alors on n'entre ni dans la sacristie, ni au nouvel
ouvrage.
Exposition des reliques pendant l'octave de la Visitation de la Vierge.
Le 9 juillet on expose les reliques pour la première fois (l'exposition so-
lennelle ou septennale), et pendant l'octave des saints Monulphe et Gon-
dulphe pour la seconde fois, ce qui eut lieu en 4-480.
Vers le commencement du mois de juillet, on célèbre le service anni-
versaire del'écolàtre Guill. de Sainte-Marguerite et du chevalier de Sainte-
Marguerite.
A la fête de saint Monulphe et saint Gondulphe, l'officiant, en se ren-
dant à l'autel pour célébrer la messe, porte la monstrance renfermant des
reliques de ces deux évêques.
A la fête de sainte Marie-Madeleine, on porte la monstrance renferiHant
des reliques de cette sainte.
A la fête de saint Jacques, apôtre, on porte la monstranecde ce saint.
On fête la translation de saint Charles, empereur.
AOUT.
A la Transfiguration la châsse est découverte.
• On expose sur l'autel le portrait {faciès) de Notre-Seigneur ', qui se
trouve dans la chambre.
A la fête de saint Laurent , on découvre le devant de la châsse , vers
l'autel ^. A la messe le célébrant porte la monstrance contenant de la
cervelle de saint Laurent.
A l'Assomption de la Vierge, la châsse est découverte et on place sur
l'autel la statue de la Vierge. On fait une procession solennelle sans reliques,
à cause des cérémonies de ce jour. Pendant l'octave de l'Assomption on
célèbre les heures au nouvel ouvrage [novum opus).
' La face du Christ. Tableau attribué à Van Eyck. Il était d'une grande fraîcheur
(le couleur, on le portait processionnellcnient à certaines fêtes de l'église. A la supjuession
du chapitre il passa dans le cabinet d'un amateur de tableaux à Heidelberg.
' Sur ceUe partie de la châsse est figuré Dieu , comme juge au jour dernier.
NOTICE
SUR
LES NÉGOCIATIONS
QUI ONT EU LIEU ENTRE LES
Éî ATS- GÉNÉRAUX Eï LE DUC D'A^OU,
après ia tentative de ce prince de surprendre Anvers
(1583. — JANVIER A AVRIL);
PAR
M. I. L. A. DiEGERICK,
Membre effectif de l'Académie , professeur à l'Alhéuée royal d'Anvers, etc.
(Suite voir Tome XlIIe, paye 5.)
IL
Nous avons publié , dans le tome XIII'"" des Annales de l'Académie
d'Archéologie , le commencement d'une notice sur les Négociations qui ont
eu lieu entre les Etats-Généraux elle due d'ÀJijou, après la tentative de ce
prince de surprendre la ville d'Anvei^s. Des circonstances indépendantes
de notre volonté nous ont empêché jusqu'ici de continuer cette notice ,
et ce n'est qu'après un long espace de temps que nous venons enfin tenir
la promesse que nous avons faite à la fin de l'article précité. Nous
continuerons donc sans autre préambule.
Nous avons vu qu'après l'échec qu'il avait éprouvé à Anvers le duc
d'Anjou s'était retiré à Termonde, cherchant vainement à justifier sa
conduite. Les États-Généraux pour faire lever le siège d'Eindhoven , ne
pouvaient se passer des troupes du duc, et le prince d'Orange , trop confiant
dans les troupes françaises , se présenta le 1 3 février devant les États-
Généraux et y exhiba une note en cinq articles , qui avait pour but de
reprendre ou plutôt de continuer les nè.;ociations avec François d'Alencon.
Voici cette note :
— 48 —
» Artiolos sur ijiio}' scnihlc (iiic iMessieiirs los Ktatz poiinunt
» adviser. •
« 1" Premierenipiit , revoir losarticles sur (juoy l'on ti'aictera avec S. A.
pour desassii'Li,ei' la ville d'Entlioven ^, les diminuer ou augmenter, comnie
il trouvera convenir.
» 2° De regarder quels gens Messieurs vouldront adjouter aux forces
de Son Altesse , alin que en temps Ton les poeult advertir, et aussi
regarder pour avoir de l'argent.
» 3° De adviser où l'on prendroit des vivres tant pour le camp , que
pour trois ou quatre jours de vivres pour Son Altesse.
» A'^ Après , de regarder sur les principaulx articles que l'on debvroit
proposer à Son Altesse en cas que l'on veult traiter avecq luy; et comme
désia plusieurs instructions et articles sont conceuz , Messieurs les députez
les pourront reciiHiillir et en faire ung escript pour l'envoier * toutes
les villes.
» 5" De adviser si l'on envolera maintenant quelque ung avecq Mons*" de la
Val , et qui ; comme aussi sur ceulx quy debvent aller à Bruxelles sur les
principaux articles ^. »
Les Etats-Généraux abondèrent dans le sens du prince d'Orange; un
avant-projet pour reprendre les négociations avec le Duc, fut arrêté et
communi(iué aux différentes villes ; mais quelques difficultés soulevées
par Bruxelles et par Anvers suspendirent la décision définitive des
Etats-Généraux jusqu'au 10 février suivant ^.
A cette date les Etats-Généraux désignèrent Adolphe de Meetkercke *
conseilller d'Etat et président du conseil de Flandre ; Alhertus Léoninus,
chancelier de Gueldre ; Henri de Bloyere ^ , bourgmestre de Bruxelles ;
i Eiiidl)oven , pctile ville du Brabaut septentrional sur la route de Liège à
Bois-lc-l)uc.
î Aux archives d'Vpres.
3 Lettre d'Erasme Zoetens, député aux États-Généraux, au magistrat de Bruges.
20 février 1583, aux arcliives d'Ypres.
* Voyez la notice sur Meetkercke et Léoninus dans la première partie de cet article.
f> Henri de Bloyere, fut un des partisans les plus zélés du prince d'Orange. 11 jouissait
d'une grande influence à Bruxelles car en 1577 il o.sa airéter un courrier qui apportait des
— 49 —
Maximilieii Van Duvenede, et M''' Guillaume Everaerls , conseiller et
pensionnaire d'Anvers , pour se rendre auprès du duc , et renouer les
négociations. Le but de leur mission était surtout d'obtenir des troupes
pour se porter au secours de la ville d'Eindhoven , et de faire évacuer les
villes de Termondc , de Vilvorde , de Bergues-St.-Winoc et de Dixmude ,
en offrant en échange, nu duc, la ville de Bruxelles comme résidence à
certaines conditions.
Voici l'instruction que les États-Généraux délivrèrent à leurs députés :
» Instructie van t' giiene de lieeren M'^*' Âdolf van Meedtkercke ,
raedt van Staten ende président van Vlaenderen; ended'heer Albertus
Leoninus, cancelier van Ghelderland; Jonclieer Hendryc de Bloycre,
burchnieester van Brussel ; Jonclieer Maximiliaen Van Duvenede ;
meester Wiellem Everaerts, raedt ende pensionnaris van Ândtwerpen,
ghedeputeerde van de Générale Staten , tsamen of den meerderen deel
van lien lieden zullen zyne hoocbeyt aendienen.
» Ten eersten , zullen de voorscrevene ghedeputeerde doen de behoirelyke
ende oedtmoediglie recommandatie , ende, met aile de reverencie daertoe
dienende, excuseren het vertreck van de resolutien, zyne hoocheyt verseke-
rende dat de Générale Staten hebben hunne uuterste debvoir ghedaen
omme zyne hoocheyts goede intentie naer te coramene ende de selve zo
zeer te haestene ende te voorderen als het moghelyc is.
» SuUen voorts verclaeren dat de voorsc. Staten Generael ghelet
hebbende op de missive van zyne hoocheyt , van date den V*' february,
ende de propositie by den heere Grave de Laval ende den heere Van Villers '^
verbalic ghedaen ende daernaer by ghescrifte overghegheven , bidden zyne
hoocheyt seer ootmoedelic datdezelve believe goedt te vindes de poincten
dépêclies de l'empereur aux États-Généraux et décacheta ces lettres. En 1578 il fut
député à Gand , de la pari de la commune de Bruxelles, pour faire renouveler le traité
d'union du Brabant et de la Flandre , de 1339. En 1579 il est un des colonels de la
bourgeoisie. En 1580 l'archiduc .Mathias le nomme premier échevin , et enfui l'année
suivante il est promu à la charge de premier bourgmestre , qu'il occupe pendant quatre
années. (Gachard, torrespondanve. de Guilhmme-le-Tacitiirne. Tome IV.)
1 Voyez la notice sur le Seigneur de Villers, dans la l"""^ partie de cet article.
2S XVI 4
— 50 —
onde artiriil(Mi iiacrYolulicndp , om daer eiide tciidcii voordtM' L;]iecomnuiiii-
ceert te worden, op Impe dat de zelve eoniiniiiiicatie zulekeii elVeel zal
liebbeii als lot ineei'dcren dienst van zyiie liooelicyt emle ^velvae^en ende
verzekerthcvt van deii laiiden sal Ijcvonden wnrdeii te belioiren.
') Item, Yorzuecken dat Zyne Hooclieyt believe de stede van Vilvorde ende
Dendermonde te oiitledeghen van fransche garnisoeneii , ende de selve
stcden te laeten voorsien met nederlantsclie soldaden , ten contentemente
van de Staten Gencrael ende respective provincien van Biaband ende
Vlaenderen, volghende de presentatie by Zyne lluoglieyd ii,hedaen door den
voorscreven heere Graef van Laval ende Villers.
« Ende voorts verclaeren dat boewel myne IieeFe de Generaele Staten
vvel haddeu veiiiopt de leden van Ylaendeien te venvittighen , dat, midts
ledigbende (b? voors: steden van VilvooiMb' en(b> Denremonde , Syne
lloocbeyt in iianden zoude gbestelt worden de stadl van l'russêl vogi' syne
l'esidentie in der manière iiier nae volgiiende, hebbende daertoe aen de
ghenieente lop wyens adveys znick vvas voorgbeslagben) gbedaen ailen
moglielieke debvoir dat zy noebtans gbebeelick insisteerden daf Zyne
Iloogbeyt van gbelycken zonde ydelen ende laeten bezetten met neder-
lantsclie knecliten ten contentemente van de vier leden van Vlaendren die
steden van Dixmude ende Wynocxberghen , sullen daeromme verzoucken
dat Zyne lloocbeyt ghelieve daer inné te condescenderen , ahvaer by dat
gbebeelic znllen worden gbeweerdl allen mistronwen ende diflidentie, ende
der ghemeente by consequentie oirzake ghegbeven om liaer in de voordere
ende principale comniunicatie van ailes te gbcwilli^lier te laeten vinden
tôt dienst van Zyne Hoocbeyt ende van den lande.
» Elnde zoo verre van noode is de voorscrevene steden te vei'zien van
Gonverneiirs ende Supeiinteiuienten , dat de voors: provincien respective
zullen liebben de denominacie van drie personen , omnie daer unt eenen
gbecozen te wordene.
» item, zullen devoorscreven Gouverneursoft Superintendcnten de gar-
nisocnen ende Magistracten van de voorscrevene steden van Vilvoorde,
Dendermonde, i)i\mude ende Winocxbergben , Zyns Moocbeyts volck,
ilicnaers, lioden ende brieven laten vryelic passeeren, zo dicwils ais bel
van noode wrrdl , inaei' (;n zullen niet liliebouiJeu zvn eenicli crvchsvolek
— 51 —
aldiiei' (hier te laeteii passeroii , dan by ordoiinancie van Zync llooclioyt,
belioirlyc glioparaphcert , eiulo dat alleenlic in zo cleyn giietale als de
Gouverneurs ende Ma^istraet vau die plaetse goedl vinden zulleu ; dat de
voorscrevene stedeu ontlcdieht mi\e van inlantsclie knecliten voorsien zynde,
Zyu Hoocheyt zal outfangen wordoii hinneu de stadt van Brussele op
conditien naervolghende.
« Inden eersten , dat Zyne Hoocheyt met die van zynen liove ende
giievolch , waer af Zyne Hoocheyt zal ghelieven een roile te dresseren ende
de selve die van Brussel overgheven ; midtsgaders vi'' Zwitsers t'zynder
guarde ende deffentie van der stadt, zal commen binnen de voors: stadt
ende aldaer ontfangheu worden , J)ehoudens dat de Staten Generael tôt
guarde ende deffentie alsboven , ende verzekertheit vander voorscrevene
steden , znllen noch daer inné legghcn vi'- inlandtsche soldaden , welver-
staende dat eerst uutghetiocken zal worden het oudt garnisoen.
)) Item, dat Zyne Hoocheyt binnen de stadt van Brussel niel en zal
nioghen doen of laeten commen eenicli ander crychsvolck , dan met voor-
gaende consente van de Staten van Brabant ende leden der stadt van Brussel.
» Item , dat de voorscrevene stadt van Brussel , ende de voorscrevene
iidandtsche soldaten suUen eedt doen an zyne hoocheyt van niet te atten-
teren , doen of laeten attenteren jeghens dezelve zyne hoocheyt , oft die van.
zynen liove.
» Item, dat van ghelycken zyn hoocheyt zal eedt doen van niet te atten-
teren, doen of laeten attenteren in pi'ejuditie van de zelve stad , of hunne
rechten, privilegien ende vryheden ; noch oock in prejuditie van de ghere-
formeerde religie, Staten Generaal ende van Brabant.
" Item, dat ghelycken eedt zullen doen die van zynen huuseende hnve,
metgaders oock de voorscrevene zwitsers, ende dat de Staten van Brabant
ende de stadt van Brussel zal daer af ghelevert worden behoorlick bescheet
onder.de zeghelynghe of signature van de hoofden ende officieren der
zelver, ende namentlyck oock van voorgaende ende naervolghende poincten
tonderhouden.
» Item , dat zyne hoocheyt buuten de capelle van den hove niet en zal
moglien innoveren, doen noch laeten innoveren nopende d'exercitie van de
l'oomsche religie.
— 52 —
,> Moni, liât (le compaignien niytei'oii, dieiiende op do vaert, zal blyven
in don di(Misl van de voors. stadt ondcr tbevol van den mai'istrapl, de
welcke oock zullen eedt doen van niet te attenteren, docn of laoten atten-
teren teglien zyne lioocheyt.
)' Item , dat trcckendc /.yne lioocheyt biuiten de voorscreven stadt, t'zy
in den leglicr ofte elders, dat liy ten versoucken van de Staeten van Brabant
ot'tc van den leden der voorscrevene stadt , de zelve stadt zal ontledighen
van de voors. garnisoencn van de zwitsers, ende de zelve stadt zal laeten
bezetlen met zuleke andere crysclivolck als de voors. Staeten van Brabant
dat ziillen goedt vinden.
» Knde tôt meeider verzekertheyt van zyne lioocheyt dat den heere
aniptman ende eene van de Burchmeesters, met drie of vier andere, ter
begheerte van zyne hoogheyt, znllen zyne hoocheyt te ghemoete commen,
medebrynhgende acte van den magistraet, wyden raedt, ende nation, daer
by zy znllen consenteren ende gheloven zyne lioocheyt biniien Briissel te
aennemene in der manière alsvoren.
» Dat zyne hoogheyt zal believen zyn crychsvolck van zwitsers ende
tVansoysen te schicken naer Eindhove , daer by ghevoiicht znllen worden
de rnyteren ende andere crychsvolck wesende in Brabant, Ghelderlant,
Vlaenderen ende elders, ophope dat t' selve crychsvolck tsamen ghevoiicht,
met de gratie van Godt almachtich, znllen sterck ghenoch zyn van Eind-
hoven te ontsetten ende nocheeniglie plaetsen op den viant inné te neniene.
» Ende treckende den legher naer Eindhoven dat den selven sal verzien
werden van vyvers zo zaen als liet cryclisvulck sal ghecommen syn te
llynghene.
» Aldus ghearresteert in de vergaederingln^ van de (leneraele Staten ,
r.\nd\v(i'i)''ii 'b'ii >^'>^ febrnai'v ir)83 ^
« (Onderteekent) »
« M. i)K Hknntn. "
Ontre celte insfiiiction orficielle, dans laiinelle ini voit jiercer partout
l.i inrliance des États à l'égard du dur dWiijdU. les (lr)(ul('s reçurent une
iiivtiuction secrète, dont voici l;i teneur :
i Alix arcliivi's (l'Ypios.
— 53 —
« Secrète iiislructie voor Adolf van Mectkercke , raedt van Statcn
ende président van Vlaenderen ; lieer Albcrtus Leoninus , cancellier
van Ghelderlandt; joncklieer Heindryc de Bloyere, borclinieester van
Brussele; joncklieer Maxiniiliaen van Duvenede, heerevan Duymbeke;
niecster Willem Everard, raedt ende pensionnaris der stadt van
Antwerpen ; ghedeputeerde van de Staten Generael , van t'guene sy
znllen tsamen of den meerderen deel van hemlieden , indien des noodt
zy, Zyne Hooclieyt aendienen.
(( In den eersten , of Zyne Hooclieyt eenighe zwariclieyt vouwende van
eenighe steden te ydelen , ende met nederlandsclie knechten , ten conten-
tenientc van den Staten ende respective provincien , te laeten besetten
voor ende aleer liy sal liebben naerder verzekeringhe , ende dat liy binnen
de stadt van Brussele zonder eenighe diOiculteyt zal onttaen worden ,
tghene voorseyt es glieeffectueert hebbende, zuUen de voors. ghedeputeerde
Zyne Hooclieyt voor naerder verzekertheit moghen presenteren vyf of zes
ostagiers van eenighe ghequalilieerde ende notabk^ persoonen der voors.
stadt, tzy van den magistraten ofte buyten andere lieden derzelve.
» De vvelcke liun binnen der stede van Denremonde zullen vynden ende
Zyne Hoocheyt volghen ter tyt toe dese binnen de voors. stadt van Brussele
zal zyn ontfanghen , volghende d'articulen van hunne opene instructie.
M Ende alzo by de gheconcipieerde instructie den voors. ghedeputeerden
ghegheven om Zyne Hooclieyt aen te ghevene, onder andere poincten
ende articlen Zyne Hoocheyt aensocht wordt, dat treckende der fransche
garnisoenen uuyt Denremonde ende Vilvoorde , ooc zoude ghedient zyn le
treckene de fransche garnisoenen wesende in de steden van Dixniude ende
Berglies-S*-Winocx , ende dat Zyne voors. Hoocheyt daer inné zwaericheyt
zoude moghen maken , ten opsiene dat by de voorgaende missiven van de
Staten aen Zyne Hoocheyt ghescreven alleeiielic versocht waeren de resti-
tutie van de steden van Denremonde ende Yilvoorden , so zal myne voors,
heeren de ghedeputeerde believen Zyne Hoocheyt aen te geven dat tvoor-
gaende scryven van de Staten alleenelic een concept es gheweist, ende in
ettecte eene hope waer duere men zoude moghen commen in verecninghc
ende reconciliatie met Zviie Hoochevt.
— 54 —
.. Maor (le v.ixkc î;lionpcii(l zyiulc de provincieii endo !;homeeiitoii Yamicr
^lodoii, helilKMi dio van Bnigglie, Vpre en van dfn Vrvon, i-pprestMitcronde
do dric loden van Vlaendoron, goet ghevonden bovcn de vonrgaende
stedeii van Denremonde ende Vilvoorden , ooc te verzouckeuc de ruyniinglie
van de soldatcn vvescnde te Dixmude ende Berghc-S'-Winocq , ende dat
nnyt rnnsideratie dat de gliemeenten van dien qiiartieren daer zulcke
niiddcli'ii [(' L;lie\villiger zullen verstaen tôt die volcumnien vereenynglie
ende reconciliatie met Zyne Hooclicyt, want ghelyck de steden van
Oenrcmonde ende Vilvoorde dienen rcspectivelie die van Ghendt, Andlwer-
pen ende andere circonvoisine plaetsen, zo dienen ooc de voors. steden
van Dixnnide ende Berglie de voors. van Brugglie , Ypre ende Vrye.
» Anderssins, ende by fauttc van dien, alzo de steden van deii we^-t-
quartiere hemlieden diier de restitiitie van Denremonde ende Vilvoorde niet
en ziillen laeten dyncken ghebeneficeert tzyne , es te beduchten daf zy te
((nalycker vallen sullen in eenighe voorder handclinghe ende vob:onimen
trcoiiciliatic met Zyne Hoocheyt; daer ter contrarie Zyne Hoocbeyl libe-
ralick scbeedende of rnyrnende de voors. ste{bMi van l)i.\nuide ende Bergbe,
zal de gbemeente van den westquartiei'o eenc vaste imprcssie dan nenien
van zyne goedc affectie ende goetwiliicheyt, ende dat zyne intcnlie es
dese reconciliatie aentegaen met een goeden liberaien ende gbedelibercer-
ileii \\ille.
« Knde niet te min zo verre dit provisioneel tractaet dner mi(bb'lc van
het verziieck van de restitutie van de voors. steden van Dixmude ende
l^ergben zoude achter blyven, zo zullen de voors. gbedeputeerde uaei'
dnyterste debvoir daer inné by bemlieden te doene, zoo verre alst andersins
niet wezen en mach, eyndelinglie resilieren ende afgaen van de petitie van
(1er slede van P>ei'glie, ende vastelic insisteren in de restitutie ende
(intledinghc van der stadt van Dixmude, verdaerrcnde zulck liet uyterste
te zyne daertoe de voors. van Ypercn ende van den Yryen zouden connen
ciiudesrrndercii , "bcwerct z\ andersins iiiieen uiiddelen en zouden weten
uni contentement te glievene buere respective i;lienu'enteii ^. »
1 .\u\ airliiM's irViui'-.
Munis (le ces iiisli'iictioiis, les dépiitcs se reiKliieul le lemli'iiiaiii à
Tcrmoiide et furent rceus par le due d'Anjou le 21 levriei'. Celui-ci
paraissait assez disposé à accepter l'offre des Etats-Généraux , mais ceux
de son conseil se montrèrent excessivement parchiaulx et ha près. Après
de longs pourparlers, et grâce surtout à l'intervention du duc de Mont-
pensier *, du comte de Laval et du Seigneur de Villers, le duc, malgré
son conseil , promit enfin d'accepter les propositions des Etats-Généraux et
les députés espérèrent d'obtenir, le lendemain , la signature du prince.
Voici en quels termes les députés rendent compte aux États-Généraux
du résultat de leur première entrevue avec le due d'Anjou :
« Messeigneurs , nous avons cejourd'huy tant communiqué et traicté
avecquc son Alteze, laquelle avons trouvé fort raysonnable et entièrement
enclin aux conditions par vous proposés , nonobstant quelques difficultés
au contraire ; mais ceulx qui sont du conseil se sont monstre fort par-
chiaulx et liapres; et néantmoings par l'ayde de Dieu et assistance de
ÎVlonseignur le Ducq de Montpcnsier, conte de Laval , Seigneur de Villers
et aultres , avons tant faict que Son Alteze , non obstant les opinions con-
traires , en est condescendu; et espérons que aurons demain au malin
sa signature. Bien entendu que pour le secours de Eindlioven accélerei'
et faire entrer les Swytsers en la ville de Bruxelles, Son Alteze nous a
déclaré avoir besoing d'argent jusques à dix-mille escus , qui font trente-
mille llorins, moyennant lesquelz il vousasseure de mestre en carapaignc
ungne bonne armée, laquelle avecq les françois du pays, seront entièi'e-
ment bastant non seulement pour Icdict secours, mais aussy pour défaire
l'ennemy. Et comme la chose est de telle importance comme vos Sei-
gneuries seavent , tant pour led' secours et ce qui en despend , comme
aussy pour donner satisfaction à Son Alteze et à ses gens de guerre, et
mesnie pour éviter plus grand dommaige a ces povres villageois , vous
supplions qu'il plaise à vos Seigneuries d'y prendre le regard qu'il con-
vient et surtout pourveoir , selon ce qu'il convient, pour la conservation
1 François de Bourbon, dm" do Moiilpeiisier, [uinco du sang de Franre. Il coinniandail
les Irnnpes du duc irAnjou , on Flandre, et. était acconipagiié du maiéchal de Biron. 1!
avait fortement désap|irouv(', le projet du due d'Anjou de surprendre Anvers.
— se-
rt seiu'ctc du pays, et mesnips pour rvilor los incommoiiitc/. iiidicibli^
qui snut à craindre par le rclanlemont dudicl secours. Et surtout prions
que les vivres soyent incontinent envoyez. Nous rendrons paine que Son
Aile/.e fera marcher ses i;ens vers llinghene, l'orchem et Mariakercke et
delà plus avant à Eindlioven , dont demain pourrons envoyer plus grande
cerliorilé , surche, Messeii;ncurs, après voz humbles recommandations a
vo/ bonnes grâces supplions Dieu le créateur vous conserver à sa digne
protection.
» De Teud(Miiionde le \xj de i'ebvrier lôSLi ^.
)) De Vos Seigneuries,
» linmbles serviteuis.
Adoli'iie de Meetkehcke
.Albeutis Leomm's •
everaert v.vx duve^nepe.
(Suscriptiou)
A îMesseigneurs
Messcig'' les Estats-géuéraulx
des provinches unies,
r»p''' le xxij t'eb'"'' après les ix iieures.
I,a négociation, comme on le voit, avait lait un p;is ; il ne s'agissait
plus que d'une (|nestiou d'argent , des sommes uéccssaii'es pour V(dei' an
-accours d'Eindhoven et pour fournir des vivres à l'armée. Les Etats ne per-
(liicnl ])i\> i]c temps et dés le lendemain (^23 février) ils adi'essèrent aux
divers États des provinces et aux villes, d(?s dépèches pour les engager
à faire lever immédiatement leur ([uote-pait dans les sommes accordées
au duc pour les besoins de l'armée -.
Le duc avait promis; mais il n'avait pas encore signé le nouvel accord ;
on connaissait rincoiislance de son cai'actére , la mobilité de ses volontés
et sa faiblesse. Et en ell'ct , après cette longue conféi'cnce, ses conseillers
parviiu'cnl à jclci' rirri'snlulion dans son esprit. Le lendemain loi(|ii''
I .\ll\ Hirllivcs il ^|Mrs.
AiiN ;mliivi'< (t'V|iies.
— 5? --
les députés se présentéi'eiil pour la sigiialiirc de l'accord coiisciiti la veille,
ils lie purent être admis en la présence du prince, mais celui-ci leur lit
remettre par écrit quelques nouvelles observations , qui portaient surtout
sur l'insuffisance du nonilire de six cents suisses destinés à lui servir de
'^imh à Rruxelles etc. Le duc était malade ce jour là : soit que son
indisposition lut réelle, soit que ses conseillers, connaissant sa versatilité,
craiyiiassent de le mettre de nouveau en relation avec les députés , il no
parut point ce jour là, et on négocia par écrit.
Ces détails nous sont fournis par une lettre adressée le lendemain ("28
février) par Van Meetkercke aux députés des États de Flandre. En voici
un extrait : 11 leur dit (jue , connaissant la légèreté du prince, il n'a
pas voulu leur écrire plus tôt parce qu'il s'attendait plus ou moins à un
revirement : « Merckende dat zyne goede intentie zeere lichtelyck ver-
» andert ende overgliestelt moclite werden by eeniglie van zynen raede.
;) Twelcke wy oock met eflectie eensdeels gliisteren ende lieden gliewaere
» zyn glieworden , midts dat zyne hoocheydt ons in gheschrift overghe-
» gheven heeft zekere zwaricbeden ende diffîculteiten , daer op wy oock
» scriftelyck verandwoordt hebhen tôt meerder verclarynglie van zyne
» ende onse intentie. Âls sedert heeft zyne lioocheyt zeere cranck glie-
« vveest ende medecyne ghenomen , zoo dat wy gheene audientie ghehadt
)> en liebben , dan alleenelyck van eeniglie van zyne ghedeputeerde van
» de welcke wy ghenoucli konneii vcrnemeu dat zyne hoocbeyt zeer
X willich is totten accorde ende restitutie van de steden van Dender-
» inonde , Yilvoorde, Dixmude, ende Wiuocx-Berglieu te verstaene. Maer
" al de zwaricheyt valt daer op dat zyne hoocheyt ende zynen raedt
)» acliten dat de \V zwitsers te cleene verzekertlieit es voor zynen persoon
» ende tôt bewaernesse der stadt Brnssele die, men verstaet, willich is,
» meerder garnisoen van zwitsers in te nemeiie ; zonderlinghe dat ooc in
» de zelve stede gheduerende deze oorloghe gheleghen liebben ineer dan
» ij"' mannen zoo te voet als te perde, daer nochtans gheen prince van
» lande in en was ; ende daer omme eeniglie zouden beter vynden dat
» zyne hoocheyt terstondt zyne année metten voetvolcke ende peerdc ,
" ligghende in Braband , (llieldiv ende Vlaendren schicte ten secourse
» van Kindhoven , ende liiimeii niiddelen tvdt oorde gbave omme te
— 58 —
. vil( |p (l(> st/Mioii van Vilvunidc, Dixmiide eiido Winocxbcrglie blyvcndc
» Zyiir Iloni^hint alliier , iiistede van te ghacn naer Briisscle, om dat
» nicii (le Zwitsers , die men van elcanderen niet wel scheedon en
" can , sonde mogiien gliesaeniclyc employeren in den Icgliere, tweickr
» ouck niet glieschieden en can ten zy dat nien hem lieden providerc
" van outrent xxx'" gnldenen ofte nieerdere somme, daer of mynlieerc
» de staten liy liaere lirieven van gliisteren ons hope glieglieven lieh-
» ben. -Middeler tyt zonde men menghen ghereedscliap maeken onime
" Zyne llooclieyt toi Brusscle te doen trecken , en de voort , waeil
» noodt, alhier simiil et semel tractieren op zyne weder annemynghe,
» veiiossinglic van ghevanghenen , stuck van Dnnckercke ende anden;
« poincten ten principale , daerop alsnn ons dynckt de zaeke alleene ende
" principalyc te rustene, etc. i «
l'ne antre diinciilté surgit : Les Élals-tiénéraux avaient proposé au duc
la ville de Bruxelles comme résidence, en échange des villes de Termonde,
Vilvorde, Dixmude et Bergen-St-NYinoc ; mais quand cette proposition
fut connue à Bruxelles, le peuple s'en émut, devint menaçant, et ne
voulut , en aucune manière , consentir à recevoir le duc d'Anjou. Les Etats-
(iénéraux se trouvèrent ainsi eux-mêmes dans l'impossibilité de tenir leurs
promesses, ce qui ne contribua pas peu à ralentir les négociations et à
mécontenter le duc d'Anjou qui, depuis quelque temps, avait déjà subi
tant d'humiliations.
Le "Hj du même mois le duc chai'gea de nouveau le comte de Laval ,
les Seig''* Des Pruneaux 2 et de P'onspertuys de se rendre à l'assemblée des
Etats-Généraux , et d'y proposer en son nom l'évacuation des villes <le
Vilvoi'de et de Termonde. Il proposait en outre de se retirer à Dixuinde
jusqu'à ce que toutes les diilicultés fussent entièrement applanics, et
d'envoyer immédiatement son armée au secours d'Eindhoreu , ou ailleurs ,
si on le jugeait convenable, pourvu toutesfois (ju'on lui fournit les vivres
nécessaires.
Voici la déclaration (|ue 1('> députés du prince présentèrent aux États-
Ciéiiéraiix le lendemain ^7 février.
' .\ii\ Hiihivos (i'Y|irc's.
' Hiiilir i|r Smliics, Sci.y'' Dns l'runi'aiix, atiibas^iid'iii liii iliic il'.Viijnu aux Pays-Bas.
— 59 —
« Lorsciu'il fut mis on avant à Vilvorde ([iiel([ues articles do la purl de
Messieurs les États Généraulx, Son Alteze eiist ferme confiance que bien
lost il se resoiildrait iing bon accord , pour à quoy parvenir vinrent Messieurs
leurs députez à Termonde avecq articles par lesquels ils olïraient à son
Alteze de lui délaisser la ville de Bruxelles pour demeure avecq i;arnison
de Suysses, et aultres conditions contenues en l'instruction dressée pour cest
eiïect. Sad''^ Alteze accepta et condescendit facillement ausd''^'^ oIVres , et
lurent envoyez avecq lesd'* députez pour accélérer la conclusion et aggréa-
tion d'icelles, les S"'* de Fonspertuys et de Yillers, quy pour toute responcc
rapportèrent une simple lettre desd'^ Estatz par laquelle ilz mandaient
n'avoir peu faire condescendre le peuple à ce party, mais qu'en rendant les
villes de Tenremonde et Vilvorde, dont il n'avait esté faict aiilcune mention,
ilz espcroient faire agréer tout le reste du contenu auxd'^ articles. Et
combien que ceste remise et lonpeur, avec ce que lesd'* Estats n'avoyent
renvoyé aulcun desd'* députez pour traicter de cest affaire, donnast à Son
Alteze occasion d'en moins espérer qu'il n'avoit pensé . il voulust pour
faire cognoistre davantaige sa droicte et sincère intention pi'ier Monsg-'' de
Laval et le Seig'' de Yillers de prendre la charge de ceste négociation , et
donna pouvoir aud' S'" de Laviil de traicter absolutement de toutes choses
avec([ lesd's S'' des Estatz, tout aussy que sy luy mesmes en personne y
cust esté , acceptant les conditions portées par lad' lettre , quy estoit sa
demeure à Bruxelles, restituant les villes de Tenremonde et Vilvorde,
demeurans quant au reste les articles premiers en leur force et vertu.
Moyennant ce Son Alteze esperoyt qu'il ny auroit plus nulle longueur ny
diniculté et que par le brief retour dud' S'' de Laval tous différents seroient
terminez. Toutefois il est advenu que pour avoir responce qu'il a demeuré
dix sept jours entiers aud* Anvers, et enfin sont venuz lesd'* députez avecq
luy, quy, tant s'en fault qu'ilz ayent appoi'té quelque résolution de ceste
affaire qu'ilz sont entrez en termes du tout esloingnez de là , sy plains de
difficultez et desadvantageuses conditions qu'il n'y a nulle apparence y
entrer.
» Surquoy après avoir esté ([uati'c à cincij jours en conférence , cherchant
Son Alteze piartous moyens les meilleurs expédiments pour parvenir alad'*^
réconciliation, de luy tant désirée, comme ses offres et patience le
— 60 —
tlnnoiislioiil, a faict prier IcsiV" drpntpz par Messeigneurs de Montpensier,
Maresclial de lîiroii , i et aiiltres Seig''^ du ('oiiscil de proposer et l'aire deiix-
iiieiiie^ (|ii('l(ine nuvei-tiire raisoniialde : ce qu'ayans remis à Son Alteze et
iceile supplié trrs-humhleiiient de déclarer ce (|iril désire leur a faict
l'ouveiture et ollre quy ensuyt :
« Oîie Son Alteze s'asclieniinera pai' lieux seurs et convenables à la
qualité (le sa personne, et dont les passaiges luy seront ouverts, en la ville
de Dixniude, où il séjournera jusquesà ce que tous différons soient vuidez
et déteiminez tant avecq lesd'« députez qu'avecq Messieurs des Estatz, quy
se pourront commodément approcher pour y donner plus d'avancement.
" (Jue son armée à l'instant mesme, du lieu où elle est à présent, sera
employée au secours d'Eindhoven ou aultre tel endroict qu'il sera advisé
poui' le mieulx, en Iburnissant les vivres et argent nécessaire à iceile pour
la faire marcher.
» One les prisonniers et meubles dont est faict mention en tous les
articles précédents seront restituez. Et en ce faisant Son Alteze tirera les
gai'uisons franchoises hors des villes de Tenremonde et Yilvorde pour y être
mis de naturelz du pays, avecq gouverneurs aggréables aux Estatz et
à la province telz que bon leur semblera.
» Cependant il sera fuurny vivres pour lad'' armée , dés demain , (!t y
sera continué de jour en jour en telle quantité qu'accordera le S"" Despru-
neaux quy a la charge et superintendance d'iceulx.
') l'aicl à Tenremonde le wvj'' febvi'ier 1581].
)i Exhibé aux Estats généraulx des
pi'ovinces unies par Messieurs le (lomte
DE L.vvAL , les S'** Dksimu NK.vrx et
FoNPERTUYS cexxvij de fcbvrier 1583. »
» (Signé.) M. DK Hennin ^ »
' .\rtiianil dr (iiinlaull, Seig'' il lianiii lic liiroii , clicvalit r des ordres du mi, maréchal
de Kraiici', rlr. !1 avait ('ti' cnvoyi' par ilciiii III dans los Pays-Bas au secours du duc
d".\iijiiii. Il lui lui' d'iiM i(iii|i de canon en lôlt'i à Mpi'inai ru CJianipagne , en vonlant
rTiMinailiv ci'ltr plaer ddiil il taisait le siè;;e.
- .\m\ ari'liivi's (rV|iii'--,
— 61 —
Le 27 et 28 février les Etats-Généraux déliliérèiTtit siif la nouvelle
propositiun du duc d'Aujuu : les séaiiees furent agitées, orai^eiises ; les
États-Généraux ne purent accorder au duc la ville de Divniude comme
résidence , sans le consentement préalable des Etats de Elandre , comme
ils n'avaient pu accorder la ville de Bruxelles sans le consentement des
États de Brabant. D'un autre côté les troupes françaises étaient sans vivres.
Le duc demandait une décision prompte ; il avait ordonné au comte de
Laval de quitter Anvers si les États ne se prononçaient pas immédiatement,
déclarant , qu'à son grand regret , les États le forceraient à traiter avec
l'ennemi, puisqu'ils ne cherchaient, par le? longueurs, qu'à taire périr son
armée par la famine et pai' la peste. i
Les États-Généraux soumirent donc à ceux de Flandre la proposition
d'accorder provisoirement, au duc d'Anjou, la ville de Dixnuide comme
résidence (!'' mars) , mais comme la réponse ne put arriver assez à temps
pour l'impatience du duc, celui-ci commencha fort à s'ennuyer des Jungiteiirs,
et adressa le 3 mars aux États-Généraux la lettre suivante :
« Messieurs , ayant reçu la lettre que vous m'avez escripte , je vous ay
desputé votre courrier, et pour responce je vous diray qu'avecq les longueurs
qui commenchent fort à m'ennwjer , jespérais qu'à tout le moins vous
satisferriez à l'envoy des vivres que voz députez m'avoient promis , où
ne voyant guère d'apparence , il semble que ce soit pour me réduire en
nécessité, ce qui ne peult apporter beaucoup de faveur en voz négociations.
4 « Zyne liuoclicyt lieefl den grave van Laval onlboden , dat zoo verre de
staten iiiet gheresolveeit en zyn niorglien (2 mars) ende hem dieu dach noch lalen
weten liunlieden resolutie, dat liy wederom keeren zoiide ende de staten wel expresselirk
angheven, dat, tzynder leetwezen, zy lieni oorzake glieven zullen van te Iracteren metten
vijcmden, glieemerct dat hy anders gheene conjecture nemen en can uuyt deze langhe
tardiviteyt van resolutie , dan dat de staten zoucken al zyn volck te doen vergane van
liongere, ende laeten afsterven van peste ende andere miserien, te wyle zy zynen legiien;
middelder tyt nyet en voersien van vivres , protesterende daeronnne wel expresselic dat
aen hem niet en liechl dat raen de gheconcipieerde leconciliatie niet en voordert , niaer
wel an de staten, dewelcke hehooirden naerder inteziene de periclen daer zy by faulte
van accorde ai)parent zyn inné te vailene. » — Extrait d'une lettre d'Érasme Zoetens,
député aux Etats généraux, aux magistrats de Bruges, datée dWnvers, 1'' mars 1583.
— Aux archives d'Ypres.
— 0.2 —
Vous avez assez recogiieu quelle est ma volunté et comment je me suis
reiii^v a tous les partis (jiie m'ont este présentez. J(^ vous prie ([ue nous y
mettions une lin, ne povans noz alVaii'es de tous eolez que empirer par tant
(le (lilays , et le pays mal assisté des Ibrces (jne j'ay en main; je vous
lais juger si le delVault s'en peut attribuer à moy , qui n'ay aultre
intention que de veoir ung' bnnetasseurérestablissement, pour l'ailvanche-
numl duquel je m'employerai de tout mon pouvoir. Ce que je vous prie,
embrasser aussy de votre part , selon l'espérance ((ue vous m'en donnez ,
et cependant m'envoyer les vivres nécessaires à la nouri'iture de nmn
arnu'e. Attendant la résolution que m'apporteront mon cousin , Mous'' de
Laval et les Seig''" Despruneaux et Fonpertuis, je prieray Dieu, Messieurs,
qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. A Termonde le iij'' de mai's 158o.i "
» V'''' alTeclionné atiiy. »
» FrAN(JOVS. )'
(Siiscripiionj.
>( A Messieurs les Fstats généraux des
provinces unies des Pays-Bas. »
« Ilp'' le iiij'' dud' mois 1581». »
Cependant arriva la réponse des Etats de Flandre, et les États-Généraux
donnèrent la réponse suivante aux |)ropositions du duc d'Anjou.
» Les Estats généraulx des proviucus unies des Pays-Bas ayans veu et
entendu les poinctz et articles prins par la résolution de Son Altcze le xxvj
de ce mois de tehvrier, en la ville (Je Tenremonde, et oy le rapport de leurs
députez retournez dmU. Tcnreumnde, ensemble ce qu'il a pieu à Son Alteze
taire proposer ausd'^ Estalz par les Seig''^ Conte de Laval , des Pruneaux
et Fonpertuys, déclarent (ju'ilz eussent bien esjteré ((ue son Âteze eusse esté
servie des'eslargir davantaige pour jdus taid assoupir les diflkultez esvenues;
iu'antnu)ings pour éviter ultérieure longueur et approcher sy près qu'il est
jwssible à l'intention de Son Alteze, sans taire long récit de ce qui a esté
traicté os comnuinications précédentes , supplient qu'il plaise à s(»n Alteze
1 Aux arrlii\fs (l'Yinfs.
— 63 —
l'aire inconlinont marrlior los suisses et aiiUres u,ens de yiierrt; vers
Hyngheiie et Boi'iiem pour se joindre avecq les aiiltres gens de gaierre et
conjoinctement procéder aulx secours de Eindlioven et aultres exploicts
contre le commun enneniy , à quoi lesd'** Estatz présentent furnir
ungue foiz, en argent, la somme de ', et pour vivres
la quantité de . par cliascun jour, consentent
(juc Son Alteze passera seurement et librement jusques à la ville de Di.v-
mude , en donnant hostagiers qualiliez et saflisans es mains desd'''
Estatz , que , sitost lad'' Alteze sera entrée en lail" ville de Dixmude,
seront retirées les garnisons fransoyses lioi's la ville de Vilvorde et
Termonde , et y remises aultres garnisons du pays agréables aux d'"
Estatz; et commandera Sa d'*^ Alteze bien sérieusement aux garnisons
fransoyses estant en la ville de S'-Winocx-Berghen , d'en sortir pour y
mectre des aultres aussi agréables aulx Estats ; quoy faict seront rendu à
Son Alteze les d'* ostagiers avecq les prisonniers franchois encoires déte-
nuz en la ville d'Anvers, en payant les gratuitez par eulx promis. Mais
en cas qu'il soit plus agréable à Son Alteze de tenir sa résidence en la
ville de Bruxelles , ou à S'-Winocx-Berghes , lesd'^ Estats promectent le
choix à Sa d'*^ Alteze d'aller résider en lad"' ville de Bruxelles avecq xv^',
suisses, ou aud' S*-Winocx-Berghes , avecq telle garnison qu'il plairat à
icelle, moyennant qu'il rendra oultre les aultres villes susdites lad^*" ville de
Dixmude devant que lesd''" ostagiers retourneront, comme a esté dict au
regard de la reddition des aultres villes. Suppliant d'advantaige qu'il
plaise à Son Alteze pour ester tout soupçon et donner plus grand conten-
tement à la commune, de remectre la religion reformée par touttes
lesd'p» villes, comme elle a esté devant ce changement 2. »
En même temps les Etats-Généraux envoyèrent au duc une nouvelle
légation char-ée de continuer les négociations, elle se composait d'Adolphe
de Meetkercke , ElLertus Léoninus, Henri de Bloyere , bourgmestre de
Bruxelles , Henri Couweghem conseiller et pensionnaire de la même ville,
et Guillaume Everaerts, pensionnaire d'Anvers. Le 5 mars ces di'pntés
t Ll-s nombres sniU restés en lilaiii-.
- Aux airliives trYpres.
— 64 —
roçiiiTiit leur coiiimission et leiu' iiistruclioii ol partireiil avec le coniU'
(le Laval et les Stù^neiiis îles Prunaiix et de Foiispertuis , pour se rendre
auprès du duc d'AnjdU.
Voici eu i[uels teruies les Etats-Généraux infornièreut le Duc de l'arrivée
de ces députés.
" Monseigneni" ,
>' Kucore que Messeig''" le Comte de Laval et les Seig''« des Prunaux
et Kouspertuis ari'iverout iilus tard que Y*"'' Alteze n'a désiré, la supplions
lie ne le prendre de mauvaise part , c(mHue ne procédant de vostre i'aulle,
mais parla difliculté de l'alVaire; et avons si bien besoigné, (jue des-
peclions avecq restes noz députez aveci{ si raisonnables articles et condi-
tions , ((uesperons V'"" Alteze en recevra contentement ; prions très-hum-
blement de les vouloirs croire , et qu'il plaise V'*^ Alteze s'y acconftuoder
comme jusques ores elle a monstre d'en avoir la bonne volonté. Et nous
leleraus a ce qu'Icelle entendra d'iceux plus amplement luy baiserons en
toute révérence les mains, supplians le créateur,
'I Monseigneur, d'augmenter la grandeur de V'" Alteze, avecq le bien
et repos de ces pays. d'Anvers ce V jour de mars 158;} ^.
» De V'" Alteze,
» Très-humbles Serviteurs.
» Les Estats-Ciénéraux des piovinces unies des Pays-Bas ,
" Par ondonnance desd"* Estats,
M. I)k Henmx. >:
(Suscription)
" A Son Alteze,
Le Seig'" de Duymbeke , Maximilien van Duvenede , ayant été remplacé
dans cette légation par Henri île (lonweghem, conseiller et pensionnaire
de P)ruxelles, les Etats délivivrent à leurs députés une nouvelle com-
mission et une nouvelle inslruction. Voici ces deux pièces diplomatiques:
' Aii\ ai'fliivt's irVpres.
— 65 —
« Commission pour les députez. »
» Les États-Généraux des provinces unies des Pays-Bas , scavoir
faisons que avons coramiz et déportez , commectons et déportons par cestes
les Seig'' Messire Adolf de Meetkercke, conseiller du conseil d'Estat,
président de Flandre; Messire Elbcrtus Leoninus, chancellier de Gueldres;
le S"' Henry référant d'en traicter et conférer avecq vous plus
amplement lorsque j'aurai eu ce bien d'ouyr sur ce et avoir la bonne volunté
et commandement de mon d* Seigneur, lequel avecq voz bons congé et
permission, je désire de veoir au plus tost que faire se pourra, vous priant
tous et conjurant par la charité de vostre patrie de vous disposer à recevoir
en ce faict les plus modérez conseils, et de y vouloir aussy apporter de vous-
mesmes les moyens et expédions que nous attendons et de voz bontez et de
voz prudences ; comme pareillement de ma part je vous promecteray. Mes-
sieurs , de ne y obraecter chose qui soit en mon pouvoir, et de me y
employer de bonne foy avecq le mesme zèle et affection que je ferois s'il
s'agissait de conserver ma propre vie.
« Sur quoy, Messieurs, je finiray ce propos après vous avoir offert
suyvant la charge que j'en ay, et en l'occasion qui se présente, et es
aultres occurences qui vous concerneront, la favorable assistance et amitié
de sa dicte Majesté, i »
(Signé). « Bellièvre. »
Après cette ouverture , de Bellièvre se retira à Termonde , près du duc
d'Anjou, où, au témoignage de Meetkerkes, il ne cessa , ainsi que le
Maréchal de Biron, de lui donner les meilleurs conseils.
(La fin à une autre livraison.)
1 Aux archives d'Ypres.
8 Lellre de Meetkerckc aux Etatu ijénéraicx du 6 mars i-'î83 ; aux archives d'Ypres.
73 —
LA MORT D'UN BON ROI.
La mort vient d'enlever le roi modèle des souverains : Ferdinand fl ,
roi des Deux-Siciles , est décédé, à un âge peu avancé, le 2!2 mai 1859.
C'est une perte immense, qui jette la consternation et la douleur dans le
royaume qu'il a gouverné avec tant de sagesse. Jamais roi n'a plus mérité
d'être aimé de ses sujets , au bonheur desquels Ferdinand II vouait tous
les instants de sa vie ; jamais roi n'a plus dignement représenté la monarchie ;
jamais roi n'a plus généreusement encouragé les sciences et les arts. Aussi
cette perte sera déplorée par tous les gens éclairés et bien pensants.
L'Académie d'Archéologie, dont Sa Majesté distinguait les travaux, prend
une part sincère à cet événement douloureux , et elle ne peut manquer de
consacrer dans ses Annales quelques lignes à la mémoire de ce prince chéri
et si justement regretté.
Le roi Ferdinand II était un exemple de piété chrétienne. Le journal
officiel de Naples nous apprend que lorsque, le 12 avril dernier, il reçut
le saint viatique ordonné par les médecins , Sa Majesté était enfermée dés
le point du jour avec son confesseur, et à huit heures du matin le saint-
sacrement sortait en grande pompe de la chapelle de Caserte. Ce fut une
triste et touchante cérémonie; la reine soutenait la tête du roi, son
confesseur était à sa droite , ses dix enfants agenouillés en pleurant , entou-
raient son lit pendant que le prêtre élevait le saint ciboire au-dessus de la
tête des nombreux assistants.
Le roi fit signe alors qu'il voulait parler, et prenant un crucifix qui lui
était présenté par son confesseur, il resta un instant recueilli , puis s'écria :
« Mon Dieu, protégez ma femme et mes enfants ! Mon Dieu, protégez mon
» pays et mes peuples! Mon Dieu, protégez mon pauvre peuple! » Laissant
ensuite échapper le crucifix de ses mains , il contemple et reçoit l'hostie
sainte. Il était calme, impassible, pendant qu'autour de lui éclataient les
sanglots. Ses facultés iiitcliccluollcs no l urit point abandonné; il a attendu
la mort avec cette patience et cette résignation qui caractérisent le véritable
chrétien dans ses derniers moments.
La reine , cet ange de bonté , cette femme , si vertueuse , si digne de
son royal époux, n'a pas voulu le ijuitter un instant : elle n'a cessé de
veiller sur lui , jour et nuit, avec le plus admirable dévouement.
Le roi Ferdinand II était franc , loyal , exempt de toute morgue , simple
dans sa manière de vivre , ayant un excellent cœur, qui lui avait acquis une
grande popularité, il joignait à ses belles qualités de vastes connaissances
en plus d'un genre. L'instruction publique, les sciences et les arts l'occu-
paient beaucoup. 11 aimait les hommes de lettres et les récompensait large-
ment. Il a honoré d'une grande Itienveillance notre président, M. de
Kerckliove, auquel il a conféré, paimi d'autres distinctions, le titre
héréditaire de Comte. ' ,
Voici comment un des plus éminents publicistes français , un écrivain
consciencieux , apprécie ce monarque dans son excellent et célèbre
journal :
« Dieu a rappelé à Lui — dit l'honorable M. Louis Veuillot — l'âme
» généreuse et chrétienne de Ferdinand, roi des Deux-Siciles.... L'Europe
» a perdu un homme , un homme fait pour être encore compté dans une
» époque où cette espèce aurait été nn)ins rare , un homme et un roi ! Et
» quoiqu'il y ait loin du trône de Naples et de l'histoire de Ferdinand au
» trône et à l'histoire de Louis XIV , cependant il ne s'en faut pas de
» beaucoup, peut-être, que l'on puisse dire aujourd'hui ce que l'on disait
» en Europe lorsque Louis XIV venait de quitter la vie : le Roi est mort.
» Né dans l'exil, en 1810, pendant le règne de Murât, couronné en
» 1830, au début du règne de Louis-Philippe, Ferdinand a gouverné
» près de trente ans. Durant cette longue période, l'une des plus péril-
» leuses où les trônes se soient vus engagés , il a tenu les rônes sans
» douter de son droit et sans le laisser entamer, sans douter de son peuple
» et sans le liahir. Il n'a pas conspiré contre son peuple ni contre lui-même
" avec la révolution , soit par aveuglement d'esprit, soit par faiblesse de
» cœur. Des rois de son temps, peu auront mérité cet éloge. Son oncle
» Louis-Philippe, politi(iiu' admiré, lui conseillait de mollir, délivrer
— 75 —
» quelque chose. Il répondit qu'il avait reçu la couronne tout entière, qu'il
» la laisserait tout entière à son héritier. Il s'est tenu parole. Mali!;ré les
Il attaques de la révolution , malgré les succès qu'elle a ohtenus ailleurs ,
» malgré les brillantes alliances qu'elle a formées , il a vécu roi , il est
» mort roi.
» Il laisse à son héritier légilimt- une couronne intacte, un état pros-
» père; et le fils de Ferdinand , s'il veut suivre ses maximes , peut résister
» glorieusement aux ennemis que son père a vaincus.
i> Le roi Ferdinand devait naturellement mourir dans la disgrâce des
» hommes de désordre, ne s'étant laissé ni battre, ni tromper par eux.
» A deux reprises, au début et dans la seconde moitié de son règne, la
» premièi'e fois cédant peut-être à de généreuses illusions , la seconde
» fois pour ouvrir une issue au torrent qui menaçait d'emporter les digues,
» il donna, dans une certaine mesure , ce que l'on appelle des institutions
» libérales. Comme il ne les avait pas données pour qu'elles servissent
» contre lui et contre la paix publique, il les reprit dès qu'il vit que la
» fourberie révolutionnaire en faisait cet usage. Le peuple des Deux-Siciles
» comprit que l'autorité de son roi lui valait mieux que le joug des fac-
» tiens ; il prêta main-forte pour maintenir l'intégrité de la couronne.
» Sous cette couronne il se sentait libre et respecté , défendu contre ces
» faquins , ces insolents et ces pervers qui , pleins de folie, d'orgueil et
» d'avidité , se déclarent les juges et les maîtres de leurs concitoyens et
» veulent à main armée leur imposer des lois étrangères. Lorsque derniè-
» rement une bande de ces législateurs, partie du Piémont, mais formée
» en Angleterre , voulut envahir le sol napolitain , les paysans eux-mêmes
» la mirent en déroute. Ainsi , ce roi qui savait et qui voulait rester roi ,
» chose dès longtemps , en plus d'un pays , passée de coutume , il était en
» même temps, autre singularité, un roi populaire. Ce que le vrai peuple
» demande aux rois , c'est d'être de vrais rois
» Aucun prince de nos jours n'a été plus longuement , plus savamment ,
» plus impudemment calomnié que le roi de Naples.
« 11 y a huit ou dix ans, un Anglais , un de ces cafards anglais qui vont
" faire donner l'estrapade à leurs sujets des colonies, et "qui, après une
)' tournée de philanthropie en Europe, de retour à Londres , dénoncent les
— 7fi —
» m('taits et les cru.iutf's des g-oiiv(M'iiciiioiits catholiques ; un do ces verlaciix
» dont la Grande-Bretagne abonde , prit la direction de la guerre des
>' pamphlets, contre le roi Ferdinand. Il inventa l'innocent Poërio et ses
'• innocents compagnons, et leur fameux martyre, et les cachots affreux,
» et les tortures affreuses , et tout ce que l'on a tant répété. C'était pendant
» que l'Angleterre faisait ces douces répressions des mécontentements de
» rionie ; à la veille de ces douces répressions de la révolte des Indes, où
» des capitaines anglais allaient être félicités par leurs généraux pour avoir
» fait fusiller, en une seule séance , six cents hommes qui se croyaient
» couverts par une capitulation. Malgré Corfou , malgré les Indes et malgré
« l'Irlande, le pamphlet du très-Jwnorable M. Gladstone fut reçu comme
» la vérité même. Par l'ensemble et par la frénésie des commentaires , le
» roi Ferdinand , si populaire chez lui , devint le personnage le plus impo-
» pulaire de l'Europe. •
» L'Angleterre poussa ferme ; elle y avait son intérêt. Les déclamations
» contre le roi de Naples en faveur de la liberté et de l'humanité couvrent
» une vieille entreprise commerciale et politique sur les soufres et les ports
» de la Sicile. Mais qu'importe à la révolution ! Tant de cris et de clameurs
» finirent par dominer tout. Le roi de Naples trouva peu de défenseurs
» dans le monde trompé ou intimidé. Les hommes les plus intéressés à la
» conservation, c'est-à-dire à l'honneur de la monarchie, abandonnèrent
« la cause de ce monarque , auquel ils ne pouvaient refuser ni leur estime
» n.i leur admiration. La révolution l'avait trop pris en haine ; le « Bourbon
» de Naples » était pestiféré. L'autre jour encore , le jour même où
» Ferdinand mourait , de misérables bouffons pouvaient impunément se
» livrer sur son compte à leurs lazzis accoutumés, et qui n'ont pas cessé
» durant cette agonie de deux mois. Jusqu'à l'heure suprême, ils ont à
» loisir insulté la double majesté de la coui'onne et de la mort. Le dégoût
» même étant forcé de se taire, tout s'est tù.
'> Un roi pourtant n'a pas détourné sa tête , ni sa main , ni laissé ignorer
>: les sentiments de son cœur. Le Souverain-Pontife , du haut di; son trône
» environne de tant d ennemis, au fort de la tempête élevant sa voix sainte
» a prié pour la conservation des jours de Ferdinand. Les desseins de la
» sagesse divine étaient inébranlables, puisfjue cette prière ne les a pu
— 77 —
' rlianger. Pie IX ne demandait pas seulement à Dieu de laisser sur la
» terre un roi catholique', plein de foi et d'énergiques vertus; il priait
» pour riiùte généreux qui jadis, avec un dévouement fdial , lui avait
)» donné asile. Mais si l'auguste mourant a vu que le trône périssable de
» la terre ne lui serait pas laissé plus longtemps, avec quelle ferme
» espérance, aux dernières fêtes de Pâques, n'a-t-il pas dû entendre les
» promesses que le roi des rois , prêt à monter sur le Calvaire , adresse
» à ceux qui ne l'auront point trahi : « C'est vous qui êtes demeurés
» fermes dans mes tentations et dans mes maux; c'est pourquoi je vous
» prépare le royaume, comme mon père me l'a préparé. »
» La révolution , pressée de voir Ferdinand mourir, a lâché sur lui ses
» sicaires. Dieu l'a mis à l'abri des sicaires, comme la fidélité de son
» peuple a mis sa couronne à l'abri des séditieux. Ce n'est pas le poignard
» d'un assassin qui lui ôte la vie , ce n'est pas une sédition qui lui ôte le
» trône. 11 meurt entouré de respect, entouré de son armée et de son
» peuple à genoux , son sceptre à la main , assez ferme encore dans cette
» main mourante pour qu'aucune audace n'ait entrepris de l'arracher. Et
» sa mort sera pleurée , et on le portera glorieusement au tombeau de ses
» pères, et son souvenir protégera les premiers pas de son fds. »
Le successeur du roi Ferdinand II est un prince rempli d'instruction
et de bonté, il suivra donc les traces de son auguste père. On nous dit
de même le plus grand bien de sa royale compagne. Comme tous les autres
princes et princesses de la maison de Bavière. — Maison exemplaire par
sa moralité et par ses vertus domestiques — elle a été élevée dans de bons
principes, elle a reçu une éducation accomplie.
— 78 —
LA MOllî DU PRÉSIDENT D'HONNEUR DE L'ACADÉMIE.
La perte i|iie lAcadémie vient (Ucprouver en la personne de son prési-
dent d'hoiiueiir, Son Altesse Impériale et Royale Monseigneur l'Archiduc Jean
d' Autriche, la péntMre d une profonde douleur, qui sera partagée par tons
ceux qui ont connu cet excellent prince, si vénéré et si universellement
aimé.
L'Archiduc Jean était un savant distingué, un pi'oteclenr éclairé des
lettres, un homme de guerre d'une valeur reconnue, il savait gagner
tous les cœurs par sa bonté , par sa franchise et sa loyauté , il aimait
passionnément la science archéologique , ce que prouvent les importantes
fouilles qu'il fit exécuter sous sa direction en Styrie. Il était président de
la Société historique et archéologique de Gratz.
L'archiduc Jean-Baptiste-Joseph-Fabien-Sébastien d'Autriche fest décédé
à Gratz, le 11 mai 1859 , des suites d'une paralysie des poumons. Né le
20 janvier 1772, il était le quatrième fils de l'Empereur Léopold II et de
l'Impératrice IMarie-Louise , fille du roi Charles III d'Espagne. Il *était
frère de l'Empereur François I*""; du grand-duc de Toscane , Ferdinand III ;
de l'Archiduc Charles; de l'Archiduc Joseph , ancien palatin de Hongrie;
de l'Archiduc Renier, ancien vice-roi du royaume huubardo-vénitien , et
enfin de l'Archiduc Louis , propriétaire du régiment d'infanterie n" 8. Il
était par conséquent grand-oncle de l'Empereur régnant.
Felilmaréchal Autrichien, propriétaire du régiment des dragons n" 1 ,
chef du bataillon de grenadiers-sapeurs dn corps du génie Russe, pro-
priétaire du IG" régiment Prussien d'infanterie, l'Archiduc Jean avait
occupé pendant quelque temps , en 1848, les fonctions de vicaire-général
de l'empire.
L'Archiduc, qui depuis ces événements s'était retiré dans IcTyrol,
avait é[i()u>é en 1827 , en mariage morganali([ue, IM"'' Anne IMochel , élevée
au rang de comtesse de Meran, baronne de lîrcudhof. Un seul lils,
François, né en 1839, lieutenant en premier au régiment d'infanterie
Auliichicii , giaii(l-d;ic Con>lantin de Russie, est issu de cette union.
EXTRAIT DES PnOCES-YRUBÂUX
ET
DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE.
MM. le duc de San-Miguel, président de l'Académie royale d'Histoire
d'Espagne ; le duc de Piivas, président du Conseil de l'Académie royale
des Beaux-Arts (Academia de San-Fernando). de Madrid ; de Bermudez
de Sotomayor, conservateur du cabinet Numismatique , et le commandeur
Hartzenbusch, premier bibliotbécaire delà Bibliothèque Nationale d'Espagne,
chargent notre président, M. le comte de Kerckhove, d'exprimer à l'Académie
leurs remercîments pour les avoir admis parmi ses membres.
— L'Académie impériale des Sciences de Vienne, la Société Historique
de Styrie , l'Institut de France , la Société royale des Sciences de Saxe et
plusieurs autres Compagnies savantes remercient l'Académie pour l'envoi
de ses publications.
— Le congrès Scientifique de France adresse à l'Académie le programme
de sa session qui s'ouvrira à Limoges, le 12 septembre 1859.
— L'Académie royale des Sciences d'Espagne , l'Institut impérial des
Sciences, Lettres et Arts de Lombardie et d'autres sociétés scientifiques
font parvenir à l'Académie les programmes des prix qu'ils mettent au
concours.
— M. le comte de Kerckhove, président, annonce la mort de l'illustre
Alexandre de Humboldt, membre honoraire de l'Académie depuis sa
fondation
Humboldt était la plus grande célébrité scientifique de l'époque. Nous
n'essayerons pas de rendre à cette belle et immense mémoire l'hommage
qui lui est dû, et nous n'essayerons encore moins de rappeler ses titres à
— 80 —
l'immort;ilit('' ; litres ([ui fout ilc ce douloureux évéuenienl un deuil pour
le monde savant. Il suffira de dire : Ilumboldt n'existe plus!... Les
sciences ont perdu cette gloire unique qui n'est plus anjourdhui qu'un
souvenir, mais un souvenir qui sera en vénération jusqu'à la dernière
postérité.
— M. le Président annonce également la mort de M. Alexandre de
Richter, ministre plénipotentiaire de l'empereur de Russie en Relgique,
membre honoraire de l'Académie; la mort du docteur Théodore Neumann,
secrétaire-perpétuel de la Société des sciences de la Haute-Lusace , membre
correspondant de l'Académie , l'un des écrivains les plus érudits d'Alle-
magne, et la mort de M Alex. Hermand, membre correspondant de l'Aca-
démie, l'un des fondateurs de la Société des Antiquaires de la Morinie ,
qui a laissé après lui d'excellents travaux, d'honorables souvenirs et de
nombreux regrets.
— M. le Président annonce ensuite la mort du célèbre artiste Espagnol
de Madrazo, premier peintre de la reine Isabelle II, directeur du musée
royal de peinture et de l'Académie supérieure des beaux-arts (Académie
royale de San Fernando) à Madrid, admis récemment au nombre des
membre honoraires de notre Académie, décédé le 8 mai dernier.
M. de Madrazo avait une réputation européenne ; il était un des
meilleures coloristes de nos jours. Nous l'avons souvent entendu citer,
par beaucoup de connaisseurs des beaux-arts, comme le premier portraitiste
de l'époque , et ceux qui ont vu , dans les palais royaux et dans les prin-
cipaux cabinets d'Espagne, le grand nombre de magnifiques et admirables
portraits exécutés par cet éminent artiste sont parfaitement d'accord à le
regarder comme tel.
M. de Madrazo était non-seulement un peintre de premier talent, mais
c'était en même temps un homme de lettres de mérite et un
excellent professeur. Sa mort est une perte immense pour l'enseignement
des beaux-arts en P'spagne, qui sous sa direction coniniençaient à se
relever.
M. df! Madrazo joignait à son beau talent un caractère très-loyal et très-
oiiligeaiil. M. de Kcrckhove, présideutde rAcadémie, pondant son séjour à
.Madi'id, a eu occasion de s"eiu'oiiv;iini're.
— 81 —
Voici hi lettre ((lU! M. de Madrazo écrivit à notre président an snjet de
son admission comme membre honoraire deTAcadéniie ;
« Madrid, le 10 janvier 1859.
» A monsieur le comte de Kcrckhove , président de l'Académie d'Archéologie
» de Belgique.
» Monsieur le comte ,
» La distinction que sur votre bienveillante proposition a daigné m'ac-
» corder l'Afiadémie d'Archéologie de Belgique en m'inscrivant au nombre
j) de ses membres honoraires , dont je viens de recevoir le diplôme , me
» flatte au plus haut point et me prouve que par rapport au domaine des
» sciences et des arts , l'esprit de nationalité exclusif et jaloux n'a plus
» d'empire dans cette belle contrée qui fut jadis un des plus riches fleurons
» de la couronne de Charles-Quint.
» La Belgique et l'Espagne sont sous tous les rapports étroitement unies
)i jusqu'à la lin du XYII^ siècle, et même à l'époque de leur séparation
j) politique intimement liées par le commerce de leurs plus brillants génies,
» se rencontrent de nouveau aujourd'hui dans la voie large et paisible de
« la restauration intellectuelle dont les recherches archéologiques con-
i> stituent l'un des plus puissants moyens.
» Je suis heureux, monsieur le comte, de me trouver associé dans cette
« grande œuvre aux travaux de l'illustre académie que vous avez fondée :
» je serais fier aussi de pouvoir contribuer au progrès de votre tâche.
j> Malheureusement mon âge assez avancé ne me permettra guère que
» d'applaudir à vos succès; mais, si votre indulgence aidant, il me prenait
)) de temps à antre le désir de vous faire part de quelque idi'e utile
» accomplie dans le pays que j'habite, croyez que je ne manquerai pas à
» l'honneur de correspondre avec cette savante corporation au sein de
» laquelle je me trouve si gracieusement appelé.
» Veuillez , monsieur le comte , remercier bien de ma part tous mes
23 XVI 6
— 82 —
» dignes confrères , et ;ii;réoz rassiiraïuc de la liante ((nisiilrralioii et de
- l'estime sincère de
» Votre très-lmmble serviteur et directeur de l'acadéniie des
»i beaux-arts.
(Signé) José de Madkazo. »
— M. le secrétaire fait part de la perte que l'Académie vient d'éprnnver
dans la personne de l'un de ses plus savants membres correspondants,
M. Dumont, ancien architecte-dessinateur de la Commission royale des
monuments.
Lorsque la mort est venue frapper M. Dumont, il était dans toute la
vii^ueur du talent et la force de l'âge; il n'avait que quarante-sept ans, il
pouvait encore aspirer à de nombreux et brillants succès. Cependant la
carrière de M. Dumont a été bien remplie. Travailleur infatigaWe et
consciencieux , artiste plein de feu et d'imagination , il laisse après lui des
ouvrages qu'on cite à plus d'un titre comme des modèles d'ordonnance et
de goût. M. Dumont était ce qu'on appelle un artiste fécond. Il unissait à
une grande facilité de conception, une véritable supériorité de talent pour
les détails; il possédait, à un haut degré , on peut le dire, les qualités qui
font les vrais artistes,
M. Dumont a construit beaucoup d'édifices publics, et le Quartier
Léopold , cette merveille de notre capitale , lui doit une partie de ses plus
beaux hôtels. Il excellait surtout dans le genre gothique. Sous ce rapport,
en elTet , il a donné les preuves les plus incontestables de la souplesse de
son grand talent.
L'église gothique de Saint-Boniface à Ixelles a été construite sur les
plans de M. Dumont, ainsi que les prisons cellulaires du pays. Mais, je
n'essaierai pas d'ènumérer ici les nombreux travaux que l'on doit à ce
laiioiicux artiste. Je ne puis que répéter que sa carrière a été bien remplie
et (|iH' peu d'artistes ont autant travaillé et aussi bien réussi que lui.
M. Dumont avait été longtemps l'arcliitectc-dessinateur de la Commission
royale des monuments ; il avait lésigné ces honorables fonctions depuis
peu de temps, et sa nomination comme membre de ce collège d'artistes eftt
été assurée s'il avait vécu plus longtemps.
— 83 —
M. Dumoiit était chevalier de l'ordre de i.i'opold, commandeur de
l'ordre de Danebrog de Danemark et chevalier de plusieurs autres ordres.
Sa mort laisse un grand vide parmi ceux qui l'ont connu et excitera des
regrets profonds. C'est surtout dans la vie de famille que M. Dumont se
distinguait par son grand cœur. 11 avait une L; lie âme et tous les nobles
sentiments lui étaient familiers.
— M. le comte de Kerckhove fait connaître la mort de l'un de nos plus
anciens membres honoraires, M. de Givenchy, secrétaire-perpétuel de la
société des antiquaires de la Morinie, membre de plusieurs sociétés
savantes , auteur de différentes publications archéologiques d'un éminent
intérêt. Notre savant confrère M. Henri de Laplane, qui a lu à la société
des antiquaires de la Morinie et publié une excellente notice sur M. de
Givenchy, dit , après avoir énuméré les titres de cet homme de mérite et
de bien à l'estime publique dont il jouissait en France et à l'étranger. —
« Homme d'intelligence et de cœur, plein de droiture et de modestie,
» serviable, généreux, loyal, modèle de bon ton, d'amabilité, de cour-
» toisie tel fut le collègue que nous pleurons et qui semble emporter
» avec lui dans la tombe le cachet de cette vieille urbanité française dont
» presque seul ici il paraissait avoir gardé le secret. Au milieu de nos
» transformations politiques, M. de Givenchy voyait avec peine disparaître,
» avec les modernes idées, cette politesse exquise, les formes agréables
» qui, dans la société , distinguent toujours l'homme bien élevé Ces
» formes, ces manières, ce dévouement, ce cœur, il a été heureux de les
» retrouver du moins dans sa famille qui , comme lui , jouit d'un si haut
» degré de l'estime et de la sympathie publiques »
— Notre célèbre confrère M. deSiebold, membre honoraire de l'Académie,
nous adresse , en partant pour le Japon , sa lettre d'adieu , que nous nous
plaisons à reproduire dans nos Annales :
» C'est dans l'intérêt des sciences ainsi que de l'industrie et du com-
merce , que j'ai répondu à l'appel lionorable de la Société de commerce
néerlandaise , d'entreprendre un second voyage au Jcapon. Trente-six ans
se sont écoulés depuis que j'ai abordé les côtes inhospitalières de l'Empire
de Nippon , fermées depuis le milieu du XVIl^ siècle à toutes les nations
Européennes, excepté aux Hollandais, qui, grâce à leur politique purement
— 84 —
comniciciale , ont su conserver des relations amicales avec ce peuple ,
le plus civilisé de l'Asie orientale , mais aussi devenu , par des tristes
expériences , le plus méfiant de notre globe.
» Les résultats de mes recherches scientifiques et mes nombreuses
découvertes sont connues pour la plupart et appréciés par le monde savan-t
et industriel.
» Cependant ce n'étaient que des fruits cueillis sur un terrain borné
par des restrictions politi((ues et soigneusement gardé p;ir la méfiance d'un
gouvernement patriarchal et despotique à la fois.
» Les temps ont changés depuis ma première visite dans cet empire an
Lever du Soleil, et j'espère que l'ouverture de ses ports au commerce du
monde contribuera à favoriser plus qu'auparavant les recherches scientifi-
ques et à faciliter l'exploitation des richesses du règne de la nature dans
ce vaste archipel, limitrophe de l'Empire Céleste, et qui s'étend de§ îles
Philippines jusqu'à l'embouchure de l'Amour. Mais le but de ma seconde
visite dans ce pays empreint des traces de la civilisation antique de l'Asie
orientale, ne se borne pas à exploiter les richesses de la nature et de
l'industrie; ce sont les résultats de mes efibrts foiîs, durant un séjour de
sept ans chez cette nation intelligente et curieuse, pour y répandre nos
connaissances; ce sont les progrès de l'école que j'y ai fondée, et dont les
élèves se distinguent à présent à la tète du développement scientifique
dans ce vaste empire insulaire mis en rapport avec les nations les plus
civilisées de notre globe. Cette réussite, ces fruits salubres de mes travaux
et de mes principes philanthropiques, m'engagent à portera cette nation
brave et noble, — dont le gouvernement m'a accordé gracieusement la
permission de revenir, — mes secours, soit pour lui indiquer les matières
premières, les produits de son pays, propres ta nourrir les sources encore
peu fertiles pour le commerce avec les étrangers, et pour la mettre à
même de continuer des relations amicales avec le monde commerçant, qui
se dirige actuellement vers l'hémisphère boréal de l'Océan pacifiipie, soit
pour lui aidei- ;"'. consolider et à conserver sa tranquillité séculaire, et son
indépendance, par le pouvoir de linfluencc intellectuelle — l'émanation
féconde de l'esprit bumain de notre siècle.
« Dans cette espérance et encouragé par racciirij llatteur des résultats
— 85 —
de mon premier voyage , je m'adresse par cette lettre aux Mécènes qni
ont bien vonUi protéger mes publications vastes et conteuses, aux académies
et aux sociétés savantes qui ont daigné m'admettre dans les rangs de leurs
membres illustres, aux sociétés d'borticulture et d'agriculture qui ont
honoré de diplômes et de médailles le voyageur botaniste ayant doté leurs
champs de végétaux nouveaux d'ornement et usuels , et aux corporations
industreilles et commerciales qui savent apprécier les produits de la
culture et de l'industrie des Japonais , et qui tâchent de les appliquer à
leur industrie et en faire partie de leurs spéculations.
« Je vous adresse donc, Messieurs mes collègues, mes confrères , et
mes amis," dans l'empressement causé par des préparations indispensables
pour un voyage aussi lointain et aussi important, que j'entreprends après
des méditations sérieuses — dans un Age bien avancé , mais réanimé du
zèle énergique de ma jeunesse — - par ces lignes de remercîment, d'estime
et de dévouement — un dernier mot d'adieu , des paroles sincères et
graves, en vous priant, Messieurs, de continuer à me donner des marques
de votre souvenir bienveillant, et de m'envoyer les fruits de vos travaux,
rafraîchissant l'esprit dans des pèlerinages fatigants, ainsi que vos
observations savantes et vos questions curieuses , afin d'en tirer profit ,
durant mon eloignement de vous, et d'être en état de donner des
éclaircissements réciproques.
« Quant à quelques parties de mes ouvrages sur le Japon qui ne sont
pas encore terminées , c'est le dessein principal de mon voyage de les
compléter, et d'y mettre la dernière main au Japon même , tandis que j'ai
pris les mesures nécessaires pour que l'iniprcssifui des livraisons supplémen-
taires soit exécutée durant mon abseiu^e. Il me reste encore à vous
communiquer. Messieurs, qui saurez apprécier les sentiments paternels,
la décision que j'ai prise, de me faire accompagner par mon fils aîné,
càgè de douze ans et demi seulement, pour l'initier au Japon même, h
l'étude de la langue et de la littérature chinoise-japonaise, pour déposer
dans son sein mes expériences riches et utiles , et pour témoin de mes
exploits dans l'intérêt des sciences, de l'industrie et du commerce, pour
pouvoir rendre compte un jour — si la Providence ne m'accordait pas le
bonheur de revenir auprès de vous — de mon dévouement pour l'agiandis-
— 86 —
senii^iit de nos connaissances et ponr le développement de la civilisation du
i^enre humain, et de mes efforts pour découvrir de nouvelles sources pour
le bien-être public.
i< Stat sua cuiqiie (lies, brève et irr'eparahile tempus omnibus est vitae,
sed famam et tendcre factis, hoc opus est! » ViRGiL.
(' Leyde, le 22 mars 1859. Th. Fr. de Siebold. »
L'Académie a reçu , depuis la dernière livraison de ses Annales , les
envois suivants :
1 . De l'Université royale de Christiania , l'ouvrage intitulé : Konge-
Sqcih't.
2. De la même, l'ouvrage intitulé : Olaf den Helliges Safja Ned Snorre
Strulasson.
3. De la même , une brochure intitulée : Foreniugen til Jiosrke fortids
min desmerhens Bevaring .
-4. De la même, une brochure intitulée : Det Oldnorske Siwogs eller
Norron-asprogets grammatik; par Munch et Unger.
5. De la même , le traité de Holmboe intitulé : De prisca Re Monetaria
Norvegia.
6. De la même, le livre intitulé : Oldnorsk Lœsebog med tilliorende
glossarium ; par Munch et Unger.
7. De la même, la brochure de Sophus Bugge sous le titre de Garnie
No7'ske folkeviser.
8. De l'Académie impériale des sciences de Vienne, les Sitzungsherichte
philos.-histor. Classe, Band XXIII Heft 1, 2, 3, 4, et Fontes rerum
anstriacarum Band XV.
9. De la Société historique de Styrie , ses publications de l'année 1858.
10. De l'Académie royale des sciences de Madrid , les tomes I*"", II , III
et IV de ses mémoires.
11. De l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, les
tomes XI , XII et XIII de son Bulletin de la classe historico-philologique.
12. De l'Institut impérial des sciences, lettres et arts de Lombardie ,
^es publications de l'année 1858.
13. Delà Société lablonowski de Leipsick, l'ouvrage du docteur Théodore
— 87 —
Ilirsch. — Danznjs Humleh-und (jewerbsgescliichte tinter der Herrschaft
des Deutschen ordens — qu'elle a couronné
14. De la Société d'histoire naturelle de la Prusse Rhénane et de West-
|ihalie, ses publications des années 1856, 1857 et 1858.
15. De la Société royale des sciences de Saxe, Berichte iiher Die
verhandelungen der philologisch — historische classe; 1857, l et II;
1858, I.
16. De la Société des sciences de la Haute-Lusace , les 1«"', 2"!^ et 3"
livraisons de 1856 et 1857 de son recueil intitulé : Neii.es Lausitzisches
Magaz-in.
17. De la Société historique du Haut-Palatinat et de Piatisbonne,
Achtzehnter Band der gesaimnten verhandlungen tind zehnter Band der
neuen Jolge.
18. De la Société historique de la Basse-Bavière , les l''"et ^^''^ livraisons
du 5'' volume de ses Mémoires.
10. De la Société historique des cercles de Souabe et de Neubourg,
son Dreiundzwanzigster Jahres-Bericht fiir dus Jahr 1857 .
20. De la, Société historique et archéologique d'Ûsterland, le ¥ volume
de 1858 de ses Mittheilungen.
21. De la Société archéologique et historique du Duché de Nassau,
le 2'2 volume de l'ouvrage de Hermann Bar sous le titre de Diplomatische
geschichte der Abtei Eberbac.
22. De l'Académie impériale des sciences, belles-lettres et arts de
Dijon, le tome V'' de ses Mémoires; année 1856.
23. De la Société pour la conservation des monuments historiques
d'Alsace, les tomes P'', II^' et lil« de son Bulletin; années 1857, 1858
et 1859.
24. De l'Institut archéologique Liégeois la 2'^ livraison du tome III de
son Bulletin.
25. De la Société historique d'Utrecht, ?,ei publications de l'année 1858.
26. De l'Académie royale de médecine de Belgique, les n°.^ 5, 6 et 7 du
tome II de son Bulletin.
27. De la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, les
cahiers d'avril , de mai et de juin 1859 de son journal de médecine.
— 88 —
^8. Delà Société des antiifiKi'nTs (h^^icardio, I(Mi" I de <on llnUelin
dp l'année 1859.
:20. De M. (larnier, secrétaire-perpétuel de la Société des antifjnaires
de Picardie, le Rapport sur les Iravaiix de cette société, pendant Tannée
1857-1858.
30, De la Société des anli(|uaiies de l'Ouest, son UuUcini du premier
trimestre de 1859.
31. Du Comité flamand de France, les n»* 13 et 14 janvier, février,
mars et avi'il 1859 de son Bnllelin.
3:2. De la Société de médecine d'Anvers, les livraisons des mois de
février, mars et avril 1859 de ses Annales.
33. De la direction du journal de l'imprimerie et de la librairie en
Belgique, les n"^ de janvier, de février et de mars 1859.
34. De la direction du Messager des sciences !ustorifiues,*etc., la
l""" livraison de Recueil de l'année 1859.
35. De la Société libre d'émulation de Liège son Annuaire pour
l'année 1859.
3G. De l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts
de Belgique, le n" 3 de son Bulletin du tome VI 1859.
37. De la Société pour la recherche et la conservation des monuments
historiques dans le Grand-Duché de Luxembourg, ses Publications de
l'année 1857.
38. De la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, le n° 3 de son
Bulletin de l'année 1859.
39. Du Bibliophile Belge, le cahier de mai 1859 de son Bulletin.
■iO. De M. Diegerick, membre effectif de de l'Académie , son ouvrage
intitulé: Correspondance de Valentin de Pardien , seigneur de La Motte,
gouverneur de Gravelines, etc. (157i-159i.)
•il. Du même, son inventaire anahjtique et clironoloijiijue des chartes et
documents npiutrtenant aux archives de la ville d')'pres.
i'2. De M. Henri (h\ Laplane, membre correspondant de l'Académie à
St-Omer, son Ehxjede Louis-Alexandre-César Taljin de (jivenchij.
13. De M. Kugène van Bemmel, s?i Notice sur rèijlisc Sninte-Certrude
(I Nivelles.
— 89 —
H. De M. Auguste Le Jolis, membre correspondant île l'Académie à
Cherbourg, sa Notice intitulée: De la tonalité du plain-chant , etc.
IS. De M. d'Otreppe de Bouvette, membre honoraire de l'Académie à
Liège , son troisième volume — mars 1859. — • (Causeries de salons.
46. De M. Ulysse-Capitaine , membre correspondant de l'Académie à
Liège, sa Notice historique sur la société libre d'émulation de Liège.
47 De M. Louis de Baecker, membre correspondant de l'Académie
à Bergues, deux Notices extraites de la Ptcvuede l'art chrétien, dont l'une
est intitulée : L'art dramatique chrétien dans le nord de la France , et
l'autre : Le tombeau de la première reine chrétienne du Dcnemark.
48. Du même, son compte rendu de l'Histoire de la nlle de Montdidier
par Victor de Beauville.
49. De M. le vicomte Gustave de Juillac, membre correspondant de
l'Académie à Toulouse , les deux premières livraisons du recueil intitulé :
Eglises et châteaux du midi de la France.
50. De M. le docteur Erlenmeyer, médecin à Berndorf près deCoblentz,
son Mémoire intitulé : Die gehirnatrophie der Erwachsenen.
51. Du même, son mémoire intitulé : Die Verhandelungen der Deutschen
Gesellschaft flir Psgsckiatrie uiid gerichtlirhcn Psychologie.
52. De M. le docteur Pli. Wirtgen, sa Flore de la province Rhénane et
de ses environs.
53. De M. Aguilar, directeur de l'observatoire de Madiid, sa Notice
intitulée : Anuneio del Eclipse Anular g central que tendra Lugar El 15
de Marzo de 1858.
54. De M. le docteur Verga, président de l'Institut impérial de
Lombardie, sa Notice intitulée : Délie Allucinazioni Gangliari.
55. De M. Cantu, secrétaire-perpétuel de l'Institut impérial de
Lombardie, sa Notice intitulée : Délie Lingue Italiche.
56. De M. Lindenschmit , membre correspondant de l'Académie à
Mayence, la première livraison de son Recueil intitulé : Die Alterthitmer
unserer Eeidnischen vorz-eit.
57. De M. Edouard Van Cauwenberghe , membre correspondant de
l'Académie à Audenarde, sa Dissertation sur l'origine et l'Etymologic
25 XVI 7
90 —
(l'Atideiianlc , suivie d'un document inédil sur lu ijéuéaUHjie des sires de la
même ville.
58. Jhi nii'Uit', sa Notice sur la première foulaine mmunnentale à
Audenurde.
.")•.(. De M. l'alibé J. Corblet, membre cunespoiidant de l'Académie à
Amiens, le ir 5 — mai 1859 — de sa Revue de l'art chrétien.
OO. l>ii même, Note sur une cloche fondue par M. G. Morel, de Lyon.
Cil. De M. le chevalier C. Padiglione, de Naples, une Notice intitulée :
// lihisone hella Ueal (]as(i Di Baviera.
5'^. De M. de Riedwald , de Vienne, le n" 1 de son Mhietueiue /eitunij
fur Wi-^r^enschafl.
SUPPLÉMENT DU TABLEAU GENERAL
MEMBRES DE L'ACADÉMIE.
Heiiibre effectif :
MM.
HUYTENS (Jules), membre de la Commission (FAntiquités et de la Société royale
des Beaux-Arts et de la Littérature, etc., à Gaad.
Ifleiubre lionoraire :
DIETRICHSTEIN (S. E. le comte Maurice-Joseph-Jean de), conseiller privé
actuel et chambellan ini|iérial-royal, ancien grand-maître de S. M. l'im-
pératrice d'Autriche, chevalier de l'ordre de la Toison-d'Or, etc., etc.
N.-B. — C'est par une erreur typographique que le nom, si cher aux lettres,
du vénérable comte de Dietrichstein — que l'Académie d'Archéologie s'honore de
compter parmi ses membres honoraires depuis sa fondation — n'a pas paru dans
le tableau général.
C'est à la même erreur qu'il faut attribuer l'omission suivante dans le tableau
général :
Heiitbre eorres^pondaiit :
CAPITAINE (Ulysse), secrétaire de l'Institut archéologique de Liège, membre de
la Société libre d'Émulation de la même ville, de la Société historique
et littéraire (b^ Tonrnay, etc.
GUILLAUME DE U M ARCR,
SEIGNEUR DE LUiMEY,
AMIRAL DE LA FLOTTE ET GOUVERNEUR DE HOLLANDE SOUS
GUILLAUME DE NASSAU , PRINCE d'orANGE ,
(1566 - 157«)
m, E». MAERTEafS,
Docteiii- en pliilosopliiii ol, lettres, membre elTectif de l' Académie
Larévolulion qui, au seizième siècle, souleva les dix-sept provinces unies
contre la tyrannie de Philippe II est une des plus glorieuses et des plus,
mémorables de celles qui sont inscrites dans les fastes de l'histoire. Nulle
part plus d'abnégation et de dévouement chez les chefs , plus d'héroïsme
chez de simples particuliers dont les noms ne sont pas môme passés à la
postérité.
Mais rarement aussi on a vu plus d'horreurs attrister l'humanité : on
aurait dit que le délire s'était emparé de tous les esprits , catholiques et
protestants rivalisaient sur le terrain de la cruauté , les représailles san-
glantes se succédaient, la vengeance assouvie faisait renaître la vengeance.
Au milieu de ce déchaînement de passions violentes, de l'enivrement
que semblait donner l'odeur du sang, Guillaume d'Orange apparaît seul
calme et réellement grand ; pour lui l'intérêt de la patrie, la dignité de
l'esprit humain à qui répugne la servitude morale de l'intolérance reli-
gieuse , soit catholique , soit protestante , l'emporte sur les considérations
plus étroites de partis. Protestant lui-même, il réclame la liberté de
25 XVI 8
— 94 —
culte pour les ('.'itlioliqnos et s'élève contre ceux qui d'opjjrinu's veulent
devenir oppresseurs.
Si tant d'animosité avait pénétré les âmes, c est qu'il ne s'aii;issait pas
seulement de rindépendance politique, du maintien des pi'iviléi,fes, de
la sauvegarde d'intérêts matériels, mais, chose l'uneste, la guerre avait
revêtu un caractère religieux et ce caractère même semblait prédominant.
C'était au nom de la religion outragée que Philippe II et son féroce
lieutenant, le Duc d'Albe l'aisaienl des Pays-Bas, un immense charnier ;
c'était aussi au nom de la religion que des bandes de pillards, de vaga-
bonds, poussés par une main inconnue, se ruaient sur les églises et les
couvents , enveloppant dans la même ruine les ministres du culte et les
objets d'art vénérés par les lidéles. Le catholicisme et la réforme s'entre-
choquaient, se disputaient la place, ne pouvaient vivre côte à côte. Un
moment on avait eu l'espoir d'être entrés dans une nouvelle ère, c'était
le i23 août 4500 : effrayée de la révolte qui éclatait sur tous les points,
effrayée des progrés des sectaires qui s'étaient déjà emparés de plusieurs
églises où retentissait maintenant la voix de leurs ministres, la gouvernante
Marguerite de Parme avait déclaré aux comtes d'Egmunt et de Hornes et
au prince d'Orange, qu'elle suspendait l'inquisition dans ses états , qu'elle
permettait, dans certaines limites, aux dissidents l'exercice de leur culte.
Aussitôt les nobles des Pays-P)as , déjà ligués contre la cour d'Espagne ,
avaient lutté de toute leur inlluence et de toutes leurs forces contre les
iconoclastes.
Mais les églises rendues au culte catholique, et la tranquillité rétablie,
Marguerite retracte les concessions que la peur lui avait ariachées et
s'armant d'un courage et d'une résolution au-dessus de son sexe, elle
profite de la ib'sunion des piincipaux seigneurs pour rétablir presqu(!
partout ranci(!n ordre de choses. « Si le bonheur et le repos de nos pro-
» vinces, si le rétablissement du calliolicisme avaient été la vraie lin de la
» politi(|ue de Pbiliiqie II, plus (|ue jamais l'occasion s'était pi'ésentée (h;
» l'atteinilre. Le plus grand tu)mbre des anarchistes avaient quitté le pays,
). ceux (|ui restaient ne pensaient qu'en tremblant aux scènes d'horreur
w qui l'avaient désolé et se cachaient devant la puissance de la gouver-
;> naiite; loin de songer à de nouveaux scandales, à de nouveaux excès,
— 95 —
» ils so soraiont hâtés de rentrer dans l'ordre, si le monarque avait voulu
» sincèrement jeter sur le passé le voile de l'ouhli. Mais àceprix, Philippe II
» auraitperdu l'objet deses vœux les pluschers : ladestrnction (k:^ privilèges
» et des Etats-Généraux. Il trouvait bien mieux son compte à envoyer une
» armée en Belgique et à la traiter en pays conquis. ■• « Philippe II, on ne
peut plus en douter, était fanatiquement attaché à la religion de ses ancêtres,
nous ne disons donc pas que, pour lui, le rétablissement du catholicisme
dans nos provinces ne fut qu'un prétexte, mais <à coup sûr ce n'était pas le
seul but de sa politique. Comme son père, il se proposait d'annihiler
l'esprit remuant des Belges, d'achever l'ouvrage des ducs de Bourgogne et
d'établir chez nous le despotisme royal comme l'entendaient les Espagnols,
les Italiens, les Français méridionaux et tous ceux qui avaient hérité cet
esprit de servilisme des peuples soumis aux Bomains.
Cependant le duc d'Albe, à la tète d'une armée aguerrie, marclie sur ! i
Fîclgique; la terreur le précède, des nobles, des commerçants, des ouvriers
se hâtent de fuir par milliers leur patrie et de transporter à l'étranger leur
or et leur industrie. A peine arrivé, le nouveau gouverneur inaugure une
époque sanglante dans nos annales, par l'emprisonnement et le supplice de
tous ceux qui pouvaient lui inspirer de l'ombrage. L'inquisition d'Espagne,
à la demande de Philippe II, avait fulminé contre les habitants des Pays-
Bas une sentence de mort, qui enveloppait également et ceux qni s'étaient
rendus coupables d'excès contre le clergé ou le culte catholique, et ceux
qui ne s'y étaient pas opposés; l'arrêt s'étendait également à tons les
signataires du compromis des nobles. Deux seigneurs catholiques tolérants,
qui avaient réclamé la liberté de conscience, le départ des troupes Espagnoles
et la convocation des États-Généi'aux, mais qui depuis les fureurs des
iconoclastes avaient dans une sorte de découragement abandonné le drapeau
de l'opposition pour la cause royaliste, avaient payé au prix de leur sang,
leurs services et leur fidélité quand même à une cause injuste.
A peine étaient-ils tombés sous la hache du bourreau, qu'on oublia leur
défection, on ne vit plus que deux martyrs dont la mort avait racheté les
faiblesses, faiblesses assez excusables chez eux, qui n'avaient pas un
' Altmeyer. — rue sur(nr::ah' rlu tribuiiiil de saitg , pagps 15 et IG.
— 96 —
instant al)an{lonn(; la foi de leurs pères, et qui se voyaient souvent (lépass(^s
pai' un parti trop pressé d'arriver à son but. A la nouvelle de l'exécution
illégale de ses deux anciens alliés, le prince d'Orange avait dit : « J'ai la
» conviction intime qu'un tel forfait ne restera pas impuni ; tous les
» hommes de Cd'ur qui ont connu ces nobles victimes doivent par action
» ou conseil aider à les venger *. »
Guillaume avait dit vrai : un cri de réprobation s'éleva des dix-sept
provinces; partout éclata avec une passion terrible le sentiment de la
vengeance, la vengeance elle-même devait enfanter des héros ellrayants,
terreur de l'humanité dont ils s'étaient cependant constitués les vengeurs.
Parmi ces hommes dont les crimes doivent en grande partie retomber
sur ceux qui les ont poussés dans cette voie, aucun ne paraît plus violent
dans sa haine aux Espagnols, plus implacable dans ses pri^ncipes (jue le
farouche Guillaume de la Marck, l'amiral des gueux de mer qni par la
prise de la Briel jeta la base de l'indépendance des Provinces-Unies.
Guillaume de la Marck, seigneur de Seraing, de Lumey et d'autres
seigneuries de l'évéché de Liège, appartenait à l'une des plus puissantes
familles de cette province : sa maison avait fourni deux évé(iues et plu-
sieurs mambourgs; un de ses ancêtres, dont on lui a souvent ilonné le
surnom, fut le fameux de la Marck surnommé le Sanglier des Ardenn(!s.
Par sa mère, Guillaume de la Marck, plus généralement connu sous le
nom de Lumey, appartenait à une famille noble de la Hollande, aussi
regardait-il ce comté comme une seconde patrie, Il y avait, du coté de sa
mère, parenté entre lui et le comte d'Egmont, et il ne l'oublia pas dans
les vengeances terribles qu'il tira de ceux qui avaient fiit mourir son
malheureux parent, alors que le lils même de celui-ci, pour une poignée
d'or, allait lâchement servir les assassins de son glorieux père.
Quoique la principauté de Liège fût restée indépendante de l'Espagne,
elle n'était [las étrangère aux soutlVances (>l aux luttes des provinces
voisines. L'hérésie s'y était glissée à la suite des prédicateurs Luthériens et
Calvinistes, et, vers le milieu du seizième siècle, y avait fait déjà des
prosélytes nombreux. Guillaume et ses frères paraissent avoir été des
' Archives de la Miiisiin d'Oraïujc, Idiiic III, pap;»' 245.
— 97 —
[ii'cniicrs qui ombrassiM'ent la nouvelle relii^'ion , et ce pourrait bien être
l'opposition au catholicisme au moins autant que l'amour de sa patrie qui
le mit au nombre des si!i;nataires du compromis. Il eut du moins le courage
de persévérer dans la lutte, alors que la frayeur et la désespérance eurent
notablement affaibli , si non dissous, la ligue des nobles. On le voit avec
un petit nombre d'autres se grouper à Vianen autour de Brederode,
l'assister de son bras et de sa fortune dans l'opposition armée de celui-ci
à la gouvernante '.
Le prince d'Orange qui , à l'approche du duc d'Albe , s'était retiré en
Allemagne , était parvenu , à force de courage et de persévérance , à sur-
monter les obstacles qui Tempèchaient de voler au secours de sa patrie.
Tout semblait l'y convier; les proscriptions, les confiscations de biens,
l'échafaud qui s'élevait sur tous les points du pays, en un mot, la plus
affreuse tyrannie lui permettait de se présenter armé sur le sol des
Pays-Bas, non comme rebelle à son roi , mais comme vengeur de la patrie
opprimée par le duc d'Albe. C'était avec autant de raison que d'habileté ,
que l'illustre réfugié avait écrit sur ses drapeaux : « pour la loi , pour le
peuple , pour le roi » ; en effet ce n'était pas h celui-ci qu'il se préparait à
faire la guerre mais au satrape cruel sur lequel il pouvait faire peser la
responsabilité de tout le sang versé.
Le centre des armements du prince d'Orange était à Dillenbourg ; c'est
là que venaient le rejoindre les vaillants confédérés qu'avaient épargnés
les premières luttes; Lumey était parmi eux, son nom et ses richesses
devaient en faire un précieux auxiliaire. Il avait amené avec lui une
troupe nombreuse de Liégeois, sectaires ardents, qui tous, comme lui,
avaient juré de se laisser pousser les ongles , la barbe et les cheveux ,
jusqu'à ce que la mort des comtes d'Egmont et de Hornes fût vengée.
Lumey avait encore une autre mort à venger , c'était celle de son frère :
celui-ci, auquel quelques historiens donnent le nom de Guillaume, ci-
devant chanoine tréfoncier de Liège , avait soutenu avec le seigneur de
Villiers le premier combat pour la cause de la liberté ; l'issue de ce combat
Stuada, de Dello BcUjuo , livie VI.
— m —
avait t'U' malhciiiciist', liallii^ smis les iiiiirs de Dallii'iii . ! un lui cxéciité
à Bnixolles, l'aiitie à Maestriclit '.
Ia' ({iiicoiiis (lu seigneur Liégeois devait sourire il'aiitant |iliis au prince
d'Orange, (jue l'intention de celui-ci était de pénétrer dans les Pays-Bas
par la principauté de Liège, de gagner cette piovince à sa cause, et
d'iililcnir pai' ce (lél)ul hrillant, le soulèvement de tonte la Belgique '2.
L'épée et surtout rinlluence de rilluslre réfugié Liégeois pouvaient lui être
d'un grand secours dans cette entrepi'ise.
La crainte (|u"inspirait le ducdAlbe, le peu de confiance qu'on avait
dans la réussite de la révolution, et surtout l'habileté du prince-évèque
furent des obstacles contre lesquels vinrent échouer toutes les tentatives
de (iuillaunie.
Luniey commandait un corps d'armée dans cette expédition dirigée
contre son propre pays, mais les chroniques se taisent sur îa pai't exacte
qu'il y prit. Tandis (jue 1 armée orangiste assiégeait la ville de l^iége ,
défendue avec un courage opiniâtre, il se tenaitxampé dans les environs de
Huy, et rien ne prouve qu'il ait réellement tiré le glaive contre ses
concitoyens, lla-reus rapporte que de la Marck avait faite entrer quelques-
uns de ses soldats Liégeois dans la ville assiégée, avec mission de la
soulever contre le gouverm^ment et d'y ranimer lepaili du prince d'Orange.
Son rôle se borna-t-il à user ainsi de son inlluence, et fut-il tr(q) prudent
pour exposer aux hasards d'une entre])i"ise peu favorisée, des richesses
si utiles au parti (ju'il avait embrasssé? Il est vrai (jue s'il y eut calcul il ne
lui servit pas beaucoup , car, la même année , la cour féodale de la principauté
de Liège pi'ononça contre Lumey conliscalion de tous ses biens de famille,
parce qu'il portait les armes contre la religion catholique. Mais plus tard ,
quamJ il revint habiter le pays où il était né, la coui' impériale, connue
nous le verrons, cas.sa l'arirt de conliscalion et lui rendit ce dont on
l'avait déjxinillé au profit de l'évi'que et de son chapitre.
lî'cîsl à celle époque (|ue icmonlenl les premières accusations de cruauté
' Le i>i(ilcslaiilisnic dniis les /ijm/.s tir l.iiiilitturtj l't d'oiilre Miusc , par GllAKLES
Rahi,enhk(',ii. Iîcvih' lriiiir>ti'ji'il(' , iiii/,i('iiii' miIiiiih'.
* Tiib'iuitiiK .Ilsik, /<'.s /V/)/.s-/j(/,s si)u-\ Pl>iln>in' II, tiniH I, |Mi;i' 308-30'.).
— 99 —
portées contre Liimey : on rapporte f|iril prit iiii jour un pauvre moine,
fait prisonnier sur un bateau qui descendait la Meuse , le lia à la queue
de son cheval, le traîna ainsi à travers les champs , les forêts , jusque
sous les murs de Huy où il lui donna le coup de grâce. Quelques historiens
disent qu'il livra au feu le monastère des dames du Val-Notre-Dame,
d'autres au contraire tel que Chapuys, prétendent que les dames de ce
monastère furent traitées gracieusement. Le pillage et l'incendie d'autres
couvents lui sont également attribués. Us est difficile aujourd'hui de
décider si ces faits sont faux ou vrais ou énormément exagérés , et si
les excès commis par des soldats, le plus souvent dans la misère la plus
complète, n'ont pas été imputés au chef, comme on l'a fait pour le prince
d'Orange lui-même. Toujours est-il que la restitution de ses biens faite
à de la Marck serait un ûiit incompréhensible eu présence de tant de
crimes s'ils avaient été avérés. D'un autre côté, comme c'était au nom
de la religion catholique que les Espagnols versaient tant de sang , Lumey,
partisan fanatique de la réforme, enveloppait, dans la même haine, on
ne peut le nier, et les oppresseurs du pays et les ministres de leur religion.
Si donc lui-même ne s'est pas conduit en soudard ivre de sang, il est très-
probable qu'il ait, par une certaine passivité, encouragé ces représailles
barbares d'un parti contre l'autre. Du reste nous présenterons plus tard
ce qu'il dit lui-même pour sa justification, non pas dans ces circonstances
mais dans d'autres analogues.
De 1568 à 1570, l'existence de Lumey nous est inconnue. Se
réfugia-t-il avec les exilés Liégeois à Sedan où régnait un prince protestant
de la maison de la Marck ou suivit-il le prince d'Orange en France?
Quoiqu'il en soit, ce n'est qu'en 1570 que le nom de Lumey devient
historique. A cette époque, ce nom s'est tout à coup répandu sur le littoral
de la Hollande où il inspire l'effroi à tous les partisans de l'Espagne.
Guillaume de la Marck parcourait alors les mers , à la tête des gueux ,
la plus étrange et la plus héroïque réunion d'hommes qui se soient levés
pour défendre une cause.
Quelques mots sur ces défenseurs de la liberté dans les Pays-Bas : le
malheur semblait attaché au prince d'Orange, son frère Louis avait été
battu à Jemmingen , lui-même avait échoué dans ses entreprises contre
— 100 —
révrclu' (le l^ii'm'; fil Fanic, il avait subi les revers dis IIiil;u('ii(iIs, à .laniac
et à Monteontoiir. Déjà pour acquitter les Irais de ses ariuenuMits, il
avait été ohlii<é de vendre jusqu'à ses joyaux. Tout autre eut été déciuiragé,
mais lui, lidéle à sa devise, sœvis immotvs in imdis , restait inébranlable
dans ses projets; il se préparait même à renouveler la lutte avec de
nouvelles forces , mais en attendant il se gardait bien de laisser ses ennemis
en repos. Suivant les conseils de l'amiral Coliguy, il avait agrandi son
plan d'attaque jus(ju'à porter la guerre sur les eaux de la Manche et de
la mer du Nord.
Depuis des siècles, les Flamands, les Zélanilais, les Hollandais et les
Frisons avaient de hai'dis marins qui allVoiitaient les dangers de l'Océan
piiur l'aire du butin sur l'ennemi ou pour proléger le commerce. Cette
marine, pro|)riété des villes ou de quelques particuliers, avait pris un
grand développement après les premièi'cs défaites de ceux qui, sou:^Je nom
d(^ gueux, avaient commencé la lutte contre l'Espagne. Des nobles, des
artisans, des laboureurs, des commerçants, avaient fui leur patrie;
les uns s'étaient établis à l'étranger, mais d'autres , poussés par la
vengeance et aussi par le besoin, s'étaient livrés avec ardeur aie piraterie.
Quelques nobles, signataires du compromis, de riches négociants
é(|iiipèrenl à leurs frais des vaisseaux qui mesurai(>nt de cin([uante
à cent tonneaux, et armés de six à vingt canons. Leur jiicmier
lieu de réunion fut Embden, dans la Frise-Orientale , puis successi-
vement dilférents ports du sud de l'Angleterre. C'est dans ces lieux
que venaient accourir, de toutes les parties des Pays- l'as, ceux que
révoltait la domination espagnole. Bientôt l'on vit, sous le nom de gueux
de nu-r, des hommes échappés aux batailles, d'autres à (|ui riu(|iiisilion
avait enlevé père, mère, femme mi ciilaiit^, tous bouillant de colère, la
haine ou le désespoir au cœur, parcourir, en pirates, la Manclie, la mer du
Nord, l'Escaut et le Vlie, attaquant cl coulant bas les vaisseaux Espagimls,
et ne respectant pas loujoui's les droits tU)> neulies. Il fallait attacher ces
hommes à wne autorité supn'me, ré;.;ulariser leursellorts divisés jus(|u'ici ,
utiliM'rlesi'icbes butins (|ui l'iaiciit le [il us souvent gaspillé.v eu orgies brùtab'>;
c'est ce (pie comprit riuilbunne. l'rolilaiil de son litre d(! souverain de la
pi incipaulé de Aassiii, il dclivia en son iiiuii des commissions aux chefs
— 101 —
des gueux de mer, et s'entendit avec eux pour le partage du butin. De plus
il choisit parmi eux un amiral en chef de toute la flotte, et préluda ainsi à
l'organisation d'une marine nationale, qui devait devenir l'auxiliaire le plus
redoutable de la révolte des Pays-Bas. Chose remarquable et trop ignorée !
Ce fut la Belgique qui fournit les premiers amiraux de cette marine nais-
sante, appelée plus tard à de si brillantes destinées. Le choix que le prince
d'Orange fit successivement, pour commander sa flotte, des deux seigneurs
de Bergues , appartenant à la noblesse du Hainaut, de Gilain de Fiennes,
seigneur de Lumbres , de Guillaume de la Marck et plus tard du fameux
Boisot, seigneur Bruxellois, peut nous donner une idée du nombre et de
l'importance des réfugiés Belges qui sacrifiaient leur fortune et leur sang
pour une cause dont leur patrie devait plus tard se séparer.
Cette charge d'amiral en chef n'était confiée qu'à ceux qui , par leurs
richesses, leur naissance et leur bravoure, avaient un ascendant marqué
sur des hommes à qui répugnait la discipline, et qui jusqu'alors s'étaient
abandonnés à toute la violence de leurs passions.
En 1572, le commandement des gueux de mer, réunis sur les côtes de
l'Angleterre, appartenait au seigneur delà Marck. 11 avait remplacé de
Fiennes qui se trouvait probablement , à cette époque , à la Bochelle avec
le comte Louis de Nassau. On ne trouve point dans Bor la lettre ordinaire
par laquelle le prince conférait cette dignité. Ne pourrait-on pas admettre,
(ju'en l'absence de leur amiral, les gueux ont placé Lumey à.leur tète,
lui reconnaissant l'intrépidité, l'énergie, et aussi le nom et la fortune
nécessaires pour occuper cette place. Quoique dépouillé de son patrimoine,
il devait avoir de nombreuses ressources, car plus tard il prétendit dans sa
défense avoir armé et complètement équipé, à ses frais , les vaisseaux avec
lesquels il entra en HoUatide. Son nom devait trouver une grande popula-
rité : nous avons vu qu'il appartenait à la fois à la noblesse de Liège et à
celle de .Hollande. Sous lui, la flotte des gueux s'accrut d'une manière
remarquable. Parmi ceux qui vinrent se ranger sous les ordres du nouvel
amiral , deux hommes, qui devaient rendre les plus grands services à la
cause nationale, méritent d'être signalés : Guillaume de Trelong de Blois
et .lacob De Uyk d'Amsterdam. Le premier avait équipé à Embden un
navire de 10 canons; l'équipage avait reçu le l»apt('me du feu, avant
— 102 —
(l'avoir rejoint la flntte stationnée en Angleterre; car, arrêtés dans les
glaces du Ziiiderzee, tout près des côtes, ils durent soutenir un véritable
siège contre les soldats espagnols, envoyés par Bossu, gouverneur espagnol
de la Hollande. De Ryk était un riche négociant qui, forcé de quitter sa
ville natale et dépouillé de ses biens, alla s'établira Dantzig, y amassa
bientôt de quoi armer un vaisseau, obtint une lettre de marque du prince
d'Orange et vint s'unir aux hardis corsaires de la mer du Nord. S'il faut
en croire Hooft , De Ryk aurait fait souvent entendre aux autres capitaines
des gueux qu'il était temps de cesser ces petites expéditions d'écumeurs,
indignes d'hommes de leur importance et qu'il fallait enfin frapper un
coup qui servit à la délivrance de la patrie *. L'idée de De Ryk ne tarda
pas à être réalisée. La reine d'Angleterre, comprenant de quelle importance
serait pour son pays l'indépendance de nos provinces, avait jusqu'alors
favorisé d'une manière assez ouverte les entreprises des réfugiés* des Pays-
Bas. Tout-à-coup elle parut changer de politique et ordonna à Lumey et
aux gueux d'évacuer ses ports. Elle n'avait osé refuser cette satisfaction à
Philippe II dont elle craignait la puissance, mais elle ne laissa pas d'aider,,
en secret, à la révoluion qui sapait la puissance de son rival , et l'on vit
maintefois des soldats anglais combattre, dans la Néerlande, sous les
drapeaux des gueux.
Depuis longtemps Guillaume d'Orang-e cherchait à se rendre maître
d'une des villes des provinces occidentales, qui pût servir de ceutre
d'action àl'armée qu'il se proposait de faire entrer dans le pays. Retiré en Alle-
magne , il entretenait une correspondance secrète avec ses partisans dans
les Pays-Bas septentrionaux , se tenait au courant des événements et de
l'état des esprits et, suivant qu'il jugeait l'occasion opportune, il essayait,
par le moyen des gueux, de soulever telle ville ou de s'emparer de telle
autre. Jusqu'au moment où de la Marck quitta l'Angleterre, avec quarante
vaisseaux, toutes ces tentatives avaient échoué. C'était à un Liégeois qu'il
appartenait d'arborer le premier le drapeau île la liberté sur les remparts
d'une ville des Pays-Bas , et de donner enlin aux insurgés , non le signaf
• P. C. IIOOIT, Nedcilamlsrhr Inshinrii . VI 1)0(1, ii;i;;o -i-i'.l.
— 103 —
du combat mais celui de la victoire. Jamais le moment n'avait été plus
favorable : sans s'inquiéter des privilèges de nos pères, le duc d'Albe avait
voulu établir un nouveau système d'impôts. Il avait frappé le commence
d'une contribution permanente de dix deniers par cent sur la vente des
meubles, et de cinq deniers par cent sur la vente des immeubles. Ces deux
impôts rencontrèrent une opposition générale : les états des diverses pro-
vinces s'y opposaient , et les intérêts menacés achevèrent le mécontentement
porté déjà à un si haut degré par l'inquisition , le maintien des troupes
Espagnoles et tant d'autres mesures vexatoires.
Ce fut le 30 mars de l'année 1572 que la flotte des gueux quitta
l'Angleterre ; le 3 avril , vers le soir, elle se trouvait près de l'embouchure
de la Meuse, en face de la forteresse de Briel, dans l'île de Vorn. La
plupart des historiens Néerlandais prétendent que les gueux s'étaient mis
en nier, dans l'intention de faire du butin et que le vent les avait poussés
vers l'embouchure de la Meuse. Suivant d'autres, l'attaque de la Briel
serait au contraire la réalisation d'un plan mûrement délibéré, et auquel
Elisabeth ne serait pas restée entièrement étrangère. Les cin^onstances
dans lesquelles le fait s'est présenté semblent devoir faire admettre cette
hypothèse. Au moment où les gueux se présentèrent devant la Briel, la
garnison était allée forcer les bourgeois d'Utrecht à payer les nouvelles
contributions. Luniey et son lieutenant ïrelong, dont le père avait occupé
un emploi dans la magistrature de celte ville, avaient des intelligences
dans la place. A l'apparition de la flotte , un batelier nommé Koppestok ,
quitte la côte, vient à bord, se présente à ïrelong, puis retourne
dans la ville avec l'anneau de ce capitaine. Le batelier vint jeter
la terreur dans les esprits et paralyser ainsi toute défense, en annon-
rant partout que le nombre des ennemis s'élevait jusqu'à cinq mille,
tandis qu'ils n'étaient que cinq cents. 11 avait été chargé d'engager
les magistrats à entrer en négociation avec l'amiral, qui ne se proposait
que de délivrer la ville de l'impôt du dixième denier, et de la protéger
contre la tyrannie du duc d'Albe. Tandis que Koppestok faisait connaître
au Conseil les intentions de ceux qui l'avaient envoyé, Lumey et Trelong
s'avançaient vers la ville avec une poignée de soldats liégeois , flamands et
hollandais. La réponse des magistiats lardant trop longtemps , les gueux
— 104 —
commencèrent l'attaque, et, au bout de (|uel(jues heures, entrèrent dans la
place par deux portes opposées.
Maîtres de la ville, les soldats de Lumey épargnèrent les bourgeois,
mais ils se jetèrent avec fureur sur les églises et les couvents qu'ils livrèrent
au pillage. La première ardeur passée, Lumey semble avoir reculé devant
la difficulté de conserver sa conquête, de la détendre, avec si peu de forces,
contre les troupes espagnoles, qu'il devait s'attendre à voir arriver de toutes
parts. Trelong et De Ryk firent heureusement valoir l'importance de la
place, dont le port présentait un refuge à la flotte chassée des ports anglais,
et l'utilité qu'il y avait pour le prince d'Orange, de trouver, en arrivant
dans les Pays-Bas , une ville forte où il pût hardiment se retirer. De la
Marck se rallia bientôt à l'opinion de ses frères d'armes , et tous ensembles
prirent l'énergique résolution de défendre la Briel jusqu'à la dernière
extrémité. Aussitôt on transporte sur les remparts l'artillerie des vaisseaux,
la population semble tout-à-coup considérer ces hommes rudes et intré-
pides comme des libérateurs. Tous de concert travaillent aux fortificaiions,
les femmes mômes déchirent leurs vêtements pour en faire des mèches de
canons et d'arquebuses, L'amiral, qui n'avait voulu abandonner la ville que
par défiance de ses forces, écrit immédiatement à Guillaume d'Orange pour
le prier de lui envoyer des secours. Il appelle les émigrés autour de lui ,
envoie partout des émissaires pour leur faire connaître qu'il y a enfin un
coin de leur patrie où ils peuvent aborder sans crainte du tyran , cause de
leur expatriation. Celui-ci cependant, tout en cachant son dépit, comprenait
l'importance de la conquête faitepar les gueux. 11 voyait la faute qu'il avait
commise en dégarnissant les places maritimes pour concentrer ses troupes
dans l'intérieur. Lorsque la nouvelle de la prise de la Briel lui parvint ,
il se préparait à tirer une sanglante vengeance des Bruxellois, qui les
|)remiers avaient refusé de payer le dixième denier. Ajournant ses projets,
il ne songea plus qu'à anéantir l'ennemi dont la présence devait soulever
les provinces septentrionales. Mais déjà le gouverneur espagnol Bossu
l'avait devancé ; d'après ses oi'drcs, huit compagnies s'étaient réunies à
Maerlandsluys, en face du f(U't de la Briel ; les troupes fureul passées dans
des bateaux sur le rivage de l'île de Voni et, commaiulèes par Bossu
lui-même, elles marchèrent sur la ville rebelle. Le gouverneur ne s'était pas
— 105 —
muni d'artillerie, car il avait la convictinn que Rriel se rendrait aux premières
sommations. Mais il ne connaissait pas l'énergie des soldats de Lumey. Ceux-
ci, cachés dans les jardins qui entouraient la ville, accueillirent les Espagnols
par une vive arquelmsade , tandis qu'un charpentier brisant une écluse , à
coups de hache, ouvrait une voie aux eaux qui inondèrent tous les environs.
Pendant ce temps Trelong, à la tète de quelques hommes déterminés, allait
incendier et couler bas, les bateaux qui avaient amené les Espagnols. Bossu
perdit la moitié de ses troupes , le reste échappé avec peine à l'inondation et
au feu des remparts, parvint, dans le plus malheureux état, sous les murs
de Dordrecht. C'était la première d'une série de détaites qui devaient faire
perdre aux soldats espagnolsle prestige de leur réputation d'invincibles, qu'ils
avaient tant de fois méritée.
Quelques jours après cette victoire, le chef des gueux réunit les habi-
tants de l'île de Vorn et leur dicta le serment qu'il imposa plus tard aux
autres villes de la Hollande. "• Ils s'obligeaient à reconnaître le prince
d'Orange comme Stadhouder du roi, à lui être fidèles en cette qualité, et à
défendre l'île contre tous les efforts du duc d'Albe. Ainsi la révolte ne
paraissait pas, à en juger par les termes, dirigée contre le roi, au contraire
elle se faisait en son nom contre celui qu'il avait revêtu d'un pouvoir illimité
sur ses sujets. Les plus hardis auraient reculé devant l'idée de porter les
armes, d'une manière ouverte, contre le pouvoir royal, tant le principe de
l'autorité politique était encore fortement empreint dans les esprits, quand
déjà l'autorité religieuse perdait son empire.
Le succès obtenu par Lumey se répandit dans tous les Pays-Bas et y fut
accueilli avec allégresse. La population, si longtemps engourdie dans ses
souffrances, semblait se réveiller au milieu des chants satiriques et des
caricatures mordantes, qu'on répandait sur celui qui naguère faisait dresser
sa statue superbe dans la citadelle d'Anvers. De toutes parts, des provinces
méridionales comme des provinces septentrionales, on accourait à la
Briel pour renforcer les rangs des vaillants défenseurs de la liberté.
Malheureusement pour le succès de la cause du prince d'Orange, il y avait
< Quand nous disons Hollande, il s'agit toujours de l'ancien comté de Hollande
anjourd'lini divisé en deux provinces : Hollande septenlrionale et Hollande méridionale.
— lOG —
panni ces soldats de la lihorté trnp do ij;ons à ravidité desquels le bris^aiidage
souriait plus que les succès les plus i;iorieux.
Quatre mois s'écoulèrent depuis la prise de la Briel jusqu'à la
première convocation des états de Hollande à Dordrecht, où l'on
devait formuler et consacrer solennellement la révolution. Pendant ce
temps, la plupart des villes de la Hollande, de la Zélande et de la Frise
chassèrent leurs garnisons et se déclarèrent pour Guillaume d'Orange.
Flessingue en Zélande et Enkhuyzen sur le littoral du Zuiderzee étaient
devenus deux nouveaux centres d'action. Le prince d'Orange tout en main-
tenant Lumey à Briel , avait nommé dans chacune de ces deux villes un
lieutenant-général , chargé de la conduite de la guerre et de l'administra-
tion de la contrée qui lui était assignée. Un événement de la plus haute
importance favorisa les efforts des luitenants du prince d'Orange , ce fut
la prise de Mons, le 15 mai, par Louis de Nassau à la tète d'un^ petite
armée de Huguenots, enrôlés avec le concours de Coligny et l'autorisation
de Charles IX lui-même. Le duc d'Albe avait déjà réuni une arméç pour
aller dompter les provinces septentrionales , mais changeant d'idée à la
suite de cet événement, qui lui montrait l'accord existant entre les Nassaus
et la cour de France , il porta toutes ses forces vers le Hainaut et réserva
pour plus tard la soumission des Hollandais et des Zélandais. Grâce à ce
plan , les idées révolutionnaires se propagèrent avec la rapidité de l'in-
cendie dans les provinces insurgées, et l'on put s'y préparer en sécurité
à la résistance qu'on devait faire plus tard aux attaques des Espagnols.
Le rôle de Lumey avait changé depuis qu'il avait pris la résolution de
conserver et de défendre sa conquête. 11 laissa le commandement de la flotte
à son lieutenant Barthel-Entes , se contenta d'en diriger les opérations,
et mit tous ses soins à fortifier et à sauvegarder la position qu'il avait
prise. On ne peut lui dénier dans l'origine de la guerre une prudence
et une habileté qui semblent souvent en opposition avec la fougue de
caractère dont on l'accuse. Il avait écrit immédiatement après la prise
de la Briel , à Guillaume d'Orange pour lui demander des secours,
mais le Stadhouder ne pouvait que promettre. Peut-être donna-t-il alors
à Lumey le titre de lieutenant-général en Hollande, nomination dont on
trouve la copie dans Bor, sans iiulication de date. Lumey n'oublia pas la
— 107 —
haute responsabilité qui pesait sur lui; il n'eut garde de quitter Briel ,
car il se déliait des habitants , et cependant il prit une large part dans
le développement que prenait le parti orangiste.
Les Pays-Bas avaient les yeux fixés sur ce coin de terre où flottaient
les drapeaux allégoriques des gueux et l'étendard des de la Marck ; on
savait que là campaient des soldats qui avaient repoussé la première infan-
terie de l'époque, et de toutes parts on venait réclamer leur concours pour
continuer le mouvement qu'ils avaient si bien commencé. Mais leur chef
avait compris qu'il fallait avant tout un boulevard et qu'il serait très-
imprudent de disséminer ses forces, aussi, tout en encourageant le mou-
vement insurrectutionnel par l'envoi d'émissaires habiles, il tenait ses
forces réunies, prêtes à résister, s'il le fallait, à un coup demain. Cependant
il envoyait parfois des secours dans les villes révoltées, mais c'étaient des
avanturiers qui se présentaient journellement à lui, ou des bandes d'ico-
noclastes encore couverts des vêtements de leurs victimes, prêtres ou
statues, tombés sous leurs coups. 11 mettait quelques centaines de ces
hommes, le plus souvent sans armes, sous le commandement d'un de
ses officiers et la ville qui avait réclamé de l'aide devait les nourrir et les
équiper. Quoique l'autorité de Lumey se bornât à la Hollande, ce fut lui
et son agent le seigneur Van Kuyk , qui emportèrent Flessingue et la ville
de Veere dans le courant de la révolution.
Voici à l'occasion de ces deux villes deux faits qui semblent donner à
de la Mark des qualités qu'on lui a souvent refusées. Le capitaine De Ryk
qui avait été envoyé en Angleterre pour convertir en munitions quelque
riche butin fait par les gueux de mer sur les Espagnols, faisait voile vers
la Briel avec trois vaisseaux montés par cinq cents exilés, lorsqu'il
rencontra plusieurs barques chargées d'hommes et de femmes qui fuyaient
Flessingue. Cette ville venait de chasser la garnison Espagnole , mais elle
était menacée d'une vengeance éclatante par la garnison de Middelbourg,
et se trouvait incapable de résister à une attaque sérieuse. De là, la
panique qui s'emparait de quelques esprits. Telle était le conliance qu'in-
spiraient les gueux de mer , qu'à la vue de leur pavillon , les émigrés
craintifs sentent renaître leur ardeur, ils se pressent autour de De Ryk ,
le supplient de retourner avec eux dans leur ville natale pour y achever la
— 108 —
rôvoliilion conimeiirci!. Do Uyk nisislc à leurs priôros, ot |)oiirqiioi?
parce (juc, (lit lloot't fini rapporte cette histoire, le capitaine n'osait pas
s'écarter de la mission qne lui avait confiée Lumey , si inflexible quand
il s'agissait de discipline militaire. Ce ne fut qu'après bien des supplica-
tions, après l'avoir menacé de la responsabilité des conséquences de son
refus, que les réfugiés parvinrent à entraîner De Ryk vers Flessingue. De
Flpssin;j,ue, où il ralfermit la révolution , il se dirigea sur le Veere où
doux partis étaient aux prises, celui de la liberté et celui du duc d'Albe.
Le premier allait avoir le dessous, car Middelbourg avait envoyé une
partie de ses soldats contre les rebelles. Le capitaine des gueux se présenta
à propos pour assurer la victoire aux orangistes. Ce succès était dû à
une désobéissance, à une infraction ta la discipline; le rigide lieutenant-
général ne put cependant pardonner à son officier d'avoir outrepasse ses
ordres. Il voulut faire arrêter le coupable, mais le prince d'Onange plus
facile à excuser une faute qui avait été si utile à son parti, promut le capi-
taine au grade d'amiral.
Cette anecdote semblerait prouver assez que Lumey attachait beaucoup
d'importance h la discipline militaire , pour autant , peut-être , qu'il ne
s'agissait de nuire directement au culte catholique. Un autre fait , montre
qu'il ne manquait pas non plus dans certaines occasions d'habileté politii[ue.
Deux pécheurs de cette même ville de Veere , pendant qu'elle était encore
attachée à l'Espagne , avaient été faits prisonniers dans les eaux de la
Briel. Le lieutenant du prince les fit relâcher et leur accorda en outre
le droit de se livrer à leur industrie sans payer d'imposition. Cette même
franchise fût accordée aux autres pêcheurs de la Veere. C'était se gagner
d'un coup une partie notable de la population de cette ville, qui ne
pouvait s'empêcher de comparer la générosité des partisans du
prince d'Orange à la cupidité vexatoire du duc d'Albe. Ce furent ces
mêmes pêcheurs, devenus partisans dévoués des guoux , (jui commencèrent
à la Veere la révolution que De Uyk vint achever qnobjiio temps après.
Ainsi Liimoy avait incontostablonionl d'aulres (jualités qu'une rage
aveugle contre le catholicisme. 11 serait imililo do vouloir le juslilier sur
ce point ; il est dans son camp ce que lo (\ur d'AIbo osl dans le sien,
le type do l'intolérance religieuse ; partout où pénétraient ses soldats.
— 109 —
le clorp.v, ninlLi,!v los conditions anxquellps lo plus souvent les villes se
l'endaieiit, était livré à des supplices atTreux, soit sur les lieux, soit à la
Kriel, sous les yeux nièrnes de l'iniplacable Liégeois.
Nous passons bien des événements qui contribuèrent à rendre l'année
157:2, une des époijucs les plus mémorables de l'histoire des Pays-Bas, pour
arriver à la premièie convocation des États de Hollande où l'on eut enfin à
s'occuper de la nouvelle position que les événements accomplis avaient faite
au pays.
La défection de tant de villes, les avantages éclatants remportés par les
gueux de mer, qui venaient encore d'anéantir la magnifique flotte avec
laquelle Medina-Cœli voguait vers nos provinces, la haine qui éclatait de
toutes parts contre le duc d'Albe, le besoin qu'il avait d'argent et l'impos-
sibilité où il était de faire lever l'impôt du dixième denier, firent songerie
gouverneur Espagnol à revenir à une ancienne combinaison financière, déjà
approuvée en 1569 par les états : la contribution annuelle de deux millions
de florins.
En conséquence il ordonna aux différents gouverneurs de provinces de
réunir les Etats, afin de leur proposer de payer les deux millions de l'année
courante. Bossu reçut les mêmes ordres ; les exécuta-t-il dans la Hollande,
où peu de villes lui restaient fidèles? Le duc d'Âlbe avait fixé la convocation
au 15 juillet, elle devait avoir lieu à La Haye, encore au pouvoir de ses
soldats. Ce jour môme, il y eut une réunion des députés des villes de la
Hollande, mais ce fut à Dordrecht et sous la protection d'un détachement
de deux cents hommes du commandant de la Briel.
Cette assemblée fut le premier essai d'une organisation politique de la
partie des Etats qui s'affranchissait du joug espagnol.
Le prince d'Orange fut déclaré n'avoir jamais perdu le titre de Stadhouder
de Hollande, Zélande et Utrecht, que le roi lui avait conféré. En cette
qualité, il fut chargé de la conduite de la guerre contre le duc d'Albe. Ce
fut aussi à l'assemblée de Dordrecht, que, sur la proposition de Marnix de
Sainte Aldegonde, on proclama enfin la liberté des cultes et on imposa
une tolérance mutuelle aux protestants et aux catholiques. Ces principes
ne devaient être malheureusement que trop souvent violés au milieu d'une
population aigrie par de longues souffrances.
in XVI 9
— 110 —
Liimey, qui avait eu dans cette assemblée son représentant à côté de celui
du Stadhouder et de ceux des villes, se présenta lui-même, après la déci-
sion des affaires les plus importantes pour faire connaître aux états la pro-
curation par laquelle le prince le chargeait, en son absence, du gouverne-
ment de la Hollande et de la conduite de la guerre dans ce pays. Voici le
résumé de cette pièce, conservée dans les annales de Bor. Les sujet jidèles
du roi d'Espagne pour échapper à l'esclavage et à l'odieuse tyrannie du duc
d'Albe, ont pris les armes non contre le roi, mais contre le gouverneur des
Pays-Bas ; ils ont confié la défense de leurs droits au prince d'Orange.
Celui-ci se croit obligé de faire tout ce qui dépend de lui pour la réussite
de la cause à laquelle il s'est dévoué. En conséquence, persuadé du dé-
vouement, de l'abnégation et des talents militaires de son neveu bien-aimé,
le comte Guillaume de la Marck, il le nomme son lieutenant-général dans
la Hollande. En cette qualité de la Marck composera son armée de «lanière
à concilier le bien-être et la défense du pays; il en nommera les chefs,
soumettra les places qui reconnaissent encore le duc d'Albe, leur imposera
le serment de fidélité au roi et à son Stadhouder, le prince d'Orange, contre
le duc d'Albe et ses complices; maintiendra dans leurs fonctions les magis-
trats des villes qui se soumettront, et accordera également sa protection
aux catholiques et aux protestants. Lumey était chargé de veiller à ce que
les revenus de la couronne et de toutes les communes fussent perçus fidè-
lement; il lui était aussi expressément enjoint de faire conserver, avec
soin, les livres, cahiers, registres et tous les papiers déposés dans les
greffes, les archives ou chez les officiers civils. Puis le prince revenait
encore sur un point qu'il n'avait fait qu'efileurer, il recommandait vivement
à son lieutenant de se garder de toute violence contre les catholiques et
leurs prêtres, de s'opposer au pillage des églises et des couvents et de punir
sévèrement toute infraction h ces défenses. La fin de cette pièce établit les
j-apports qui devaient exister entre le gouverneur de la Hollande et ceux des
autres provinces; ils devaient se tenir mutuellement au courant de leurs
opérations et se prêter tout l'appui possible. Les différents points que nous
venons de parcourir se trouvaient encore longuement développés dans des
instructions, en dix huit articles, qui furent également lues aux députés.
Après celte lecture. Lumey jura de se conformer aux ordres du prince, les
— 111 —
membres des états le reronmirent en sa qualité Je gouverneur et lui pro-
mirent, personnellement, le respect et l'obéissance voulus. Cependant le
comte de la Marck prétendit plus tard, que déjà alors éclata contre lui
le mauvais vouloir des états: il leur avait demandé, dit-il dans sa défense,
six mille écus pour continuer la guerre avec avantage ; on hésita long-
temps et avant que tous furent d'accord , un des membres était passé
à l'ennemi avec la caisse qui contenait vingt-quatre mille florins.
A partir de l'assemblée de Dordrecht, le rôle de Lumey devint plus
actif: pour se livrer avec plus d'ardeur à la mission qu'on lui avait confiée,
il se fit remplacer, dans l'île de Vorn, parle plus distingué de ses officiers,
le fameux Trelong.
La fougue du Liégeois et l'intolérance de ses idées l'emportèrent mal-
heureusement trop loin, il négligea souvent de se conformer aux prescrip-
tions si humaines et si sages du Stadhouder. Plus souvent encore il laissa
impunis les crimes de ses farouches satellites, ses gardes de corps Liégeois,
qui, dévoués à leur chef, avaient abandonné comme lui les luttes sur mer,
depuis que d'autres voies étaient ouvertes à leur courage.
Cependant le duc d'Albe craignant de voir Guillaume d'Orange, qui
s'avançait de l'Allemagne avec une nouvelle armée, unir ses forces à celles
de Louis de Nassau, pressait le siège de Mous et avait appelé à lui pour en
finir plus vite, les garnisons de Piotterdani, de Delfshaven et de Delft. Le
lieutenantdu Stadhouder profite du départ destroupesEspagnoles pour péné-
trer dans les villes qu'elles avaient quittées et les lier à la cause orangiste.
Il s'empare aussi de Schiedam et de La Haye et entre en triomphe à
Leyde où son écusson remplaça, à l'hôtel de ville, celui du duc d'Albe.
Ainsi grâces à des circonstances qui détournaient le duc d'Albe de ces
contrées , la Hollande et la Zélande voyaient se consolider de jour en jour
leur indépendance. Le nom du seigneur Liégeois y était devenu très
populaire ; on le considérait comme un des ennemis les plus redoutables
du duc d'Albe, et comme tel il avait sa place dans les chants satyriques,
les pamphlets, les caricatures mêmes, qui de toutes part venaient frapper
l'oppresseur des Pays-Bas. Dans une de ces productions dues au gros
esprit de nos ancêtres, on avait représenté Lumey s'approchant , par
derrière , de son ennemi , et , d'une main , lui plaçant sur le nez d'énormes
— 112 —
liinetlcs (,illiisi((ii à l;i IJricl ; <'ii |];iiii;iiiil Hril sii^iiitic liniclfcs), t;m(lis (|ii('.
do l'autre, il lui met iiii mors dans la lioiiclic ^
Malgré les succès doLumey, la principale ville de la Hollande ne
s'était pas encore soumise aux décisions de l'assenihlée de Dordreclit,
c'était Amsterdam. Cité puissante par sa situation , sur un bras du
Zuiderzee, par sa population nombreuse et par ses richesses, elle était
un danger pei'manent pour la cause de la liberté. Déjà on avait songé à
ruiner son commerce en bloquant ses ports , mais une Hotte P^spai^nole
croisait dans le Zuiderzee, et la ville même avait (|uel(|ues vaisseaux (pii
pouvaient lutter avec avantage contre ceux des i;iu'ux de mer. Ce])endaiit
les liabitants d'Amsterdam n'étaient pas tellement soumis aux volontés de
l'Kspagnol, (ju'ils eussent perdu tout sentiment d'iiidéj)endance, au
contraire, ils avaient l'ésisté à l'élMblissenuMit du dixième denier, et
s'étaient toujours opposés à recevoir chez eux une garnison éh'angére.
Ces précédents et divers bruits sur la formation d'un parti national
puissant dans la ville, autorisaient assez le représentant du prince à croire
qu'Amsterdam n'attendait que la présence d'une armée pour suivre
l'exemple des autres villes Hollandaises, Profitant du pouvoir dont il
était revêtu, il fait réunir de nouv(?au les états à Ilaarlem, leur propose une
expédition contre Amsterdam et demaiule, dans ce but, quatorze mille
ilorins. On les lui promit ainsi (|ue toutes les munitions (pi'il fallait pour
un siège de cette importanre.
Lumey vint prendre position dans le couvent de Calluiyseii, près de la
ville l'oyaliste; douze canons (ju'il avait amenés sont placés en batterie,
et un trompette est envoyé vers les remparts, avec des lettres des états,
pour sonuuer les habitants de se joindre à la cause commune. Mais le
nu^ssager est accueilli à coups de feu, on refuse même de lire ses dépèches.
CeptMidant Uossu venait de jeter dans la place quatre compagnies de soldats
Wallons; ils font deux sorties vigoureuses contre les travaux des
assiégeants et chaque fois ils sont repoussés avec perte. Malgré ce premier
succès, Lunu'v perdit l'espoir de voir se soulever Amsterdam, comme
il l'avail cru. Les états ne lui envoyaient . pas les secours promis;
* Sthada, (le Ih'lh) lîehjiri), liv. VII.
— 113 —
)ln'()iii';it^(', il lève le siège et se l'elire après avoir brfilé les faiiboiirgs.
LVxpédilioii (rAnistenhiiii paiait avoir été la première cause de
disseiitiiiieiit entre les états et le comte de la Marck. Celui-ci en attribuait
la non-réussite au manque de parole de ceux qui lui avaient promis de
lardent et des munitions et qui l'avaient laissé dans un dénuement complet.
Les autres, au contraire, prétendaient que c'était la réputation d'into-
lérance qu'avait Lumey, et la sauvage cruauté de ses soldats, qui avaient
empêché les habitants d'Amsterdam d'ouvrir leurs portes aux partisans du
Stadhouder. Cette accusation pouvait avoir quelque fondement : la
population d'Amsterdam était à cette époque, et longtemps après,
éminemment catholique; elle devait donc être peu portée pour un
mouvement en faveur des assiégeants, dont le chef, au mépris de la
parole jurée, maltraitait le plus souvent le clergé catholique dans les
villes qui se rendaient. Lui-même ne put citer dans sa défende qu'une
circonstance où il se conforma, sur ce point, aux sages prescriptions du
Stadhouder, qui ne cessait de le rappeler à une conduite plus modérée,
ce fut lors de la prise de Schoonhoven : ses soldats avaient maltraité
d'une manière affreuse les prêtres catholiques, Lumey fit recherche)' les
coupables et, cette fois, la mort fut la juste punition de leurs crimes.
La position du parti orangiste était devenue tout à coup des plus
critiques : la sainte Barthélémy avait changé les dispositions de la cour
de France , et ce revirement privait les défenseurs de Mons de tout secours
d'hommes et d'argent. La ville tomba au pouvoir des Espagnols et
Guillaume qui était venu au secours de son frère, à la tête d'une armée
composée en majeure partie d'Allemands, fut forcé de licencier ses soldats,
qu'il ne pouvait plus payer. Alors il n'eut plus qu'une idée, se dévouer
au salut des provinces qui l'avaient mis à leur tête et venir partager
en Hollande les périls des héroïques bataves. Cette résolution s'ac-
cordait avec le vœu général de ce comté. L'administration de la
justice avait besoin d'y être réorganisée, aux désordres de la guerre
s'ajoutaient les excès d'une soldatesque en délire, les troupes de Lumey et
ceux de Sonoy, gouverneur du Walcrland, autorisés par l'exemple de
leurs chefs, faisaient presrpie regretter la tyrannie Espagnole.
La présence du Stadhouder rétablit momentanément la traïuiuillité;
— 114 —
chefs et soldats leiureiit Tordre de respecter les propriétés et les personnes.
Nous avons vu (|ue Lumey lui-mèiiie semblait être entré dans une nouvelle
voie, mais il devait eu sortir bientôt, lidèle à son opiniâtreté l'anatique.
Cependant un orage terrible s'approchait de la Hollande: don Frédéric,
le lils du duc d'Albe, après avoir soumis toutes les villes de la Flandre et
du Brabant qui s'étaient déclarées contre son père, venait de s'emparer le
:2i novembre de la ville de Zutphen , dans la Gueidre. Violant les con-
ditions de la reddition , les Espagnols se jetèrent sur les malheureux
habitants de celte place et en firent une boucherie horrible. La nouvelle
de ces massacres jeta le découragement dans toutes les villes de la (iueldre,
le comte Vanden Bergh, qui y commandait, prit honteusement la fuite et le
drapeau abhorré de l'Espagne remplaça partout les couleurs du prince.
La Hollande est envahie à son tour, Naarden subit le sort de Zutphen,
ses habitants sont égorgés jusiiue sur les marches des autels. Ma's, cette
fois, un cri de vengeance répond aux cris des victimes. Loin de se
décourager comme leurs voisins , les Hollandais et les Zélandais samblent
reprendre une nouvelle ardeur, les catholiques s'unissent aux protestants,
car ils n'étaient point épargnés dans cette tuerie : le soudard Espagnol,
quand une de ses victimes lui disait : « épargnez-moi, je suis catholique, »
lui répondait froidement : « tant mieux pour votre àme *, » et il achevait
impitoyablement son co-religionnaire. C'était dans cette union des catho-
liques et des protestants que gisait tout l'espoir du prince d'Orange et de
ses amis. Malheureusement ils étaient mal secondés, Lumey surtout, à
qui répugnait le système de tolérance adopté parles états, semblait tout-
à-coup redoubler de fureur contre ses adversaires religieux. Les Français,
dit Hugo Grotius, qui se trouvaient assez nombreux dans son armée,
entreleuaient chez lui, les idées de violence contre un parti dont ils avaient
eu tant àsouIVrir chez eux. Les meurti'es de don Frédéric s'étaient d'ailleurs
ajoutés à ceux de son père; le sang répandu à Ilots sur le sol néerlandais
semblait donner le vertige à ce caractère ardent. C'est sous l'impression
de ces sentiment que le faiouche Liégeois commit une de ces actions qu'on
ne peut qu'expliquer sans pouvoir les justifier, un crime qui devait attirer
' JoHA.N Barlette, de Grondifijijing , etr. 230.
— 115 —
(■(tiilre lui l'indignation de tous les hommes de bien à qiielqii'opinon qu'ils
a|ipai't.inssent. Voici le l'ait tel qu'il est rapporté par un des écrivains pro-
testants les plus favorables au comte*. «Cornélius Musius, septuagénaire et
littérateur distingué, dirigeait le couvent de sainte Agathe à Delft. La
modération de ses principes et ses hautes connaissances le rendaient cher
au prince d'Orange , qui l'admettait même souvent à sa table. Il avait été
sévèrement défendu au clergé d'entretenir des relations avec l'ennemi , Mu-
sius, comme les autres, avait promis de se conformera cette loi. Quelle fut
la surprise du prince d'Orange , quand il apprit un jour que son protégé était
en fuite, depuis le matin, vers l'armée espagnole qui occupait La Haye.
Lumey, qui était près de Guillaume , lui propose aussitôt de se mettre à la
poursuite du fugitif et de le ramener. Le prince consentit et vers le soir le
malheureux vieillard tombe au pouvoir du gouverneur de la Hollande.
Il fut transpoité à Leyde et mis entre les mains d'une commission composée
de deux commissaires de Lumey, de son aumônier et de son grand prévôt,
commission qui devait immédiatement juger le pauvre fugitif. » Il est
curieux de voir comment l'historien protestant que nous suivons dans le récit
de cet incident , insiste sur ce semblantde justice pour justifier la conduite
du trop zélé Lumey. C'est lui qui donne à cette commission, toujours
attachée ta la personne de Guillawne de la Marck, le titre pompeux de conseil
de guerre, puis il fait remarquer que la condamnation à mort qui frappa
Musius fut portée par ce tribunal et non par le comte. L'ancien gueux de
mer craignait de se voir enlever sa victime , et , dans cette crainte , il pressa
le dénouement de ce drame. Les portes de Delft avaient été fermées, par
son ordre, devant un messager du prince d'Orange, qui venait réclamer
Musius. Le même soir, eurent lieu l'arrestation, l'application de la torture,
le jugement, et l'exécution du directeur de Ste-Agathe. Cette justice
expéditive , cet autre tribunal de sang qui accompagnait partout Lumey, ne
semble-t-il pas une atroce parodie de ce qui se faisait près du duc d'Albe.
La mort du prêtre catholique Musius souleva la colère des états et
du prince d'Orange. Mais il fallait user de prudence, de la Marck avait
ses partisans, la populace partageait ses principes, et on était arrivé à un
' .\ui;.\DT, Ahjenwcne Gesrliiedenis, rtc.
— 116 —
monifiU (lillicilc m'i le coiipalilc |i.'tiivait reiuli'c do ti'ès yi'ands services
coiiinie liomnie de yucne.
Les Espagnols, aprrs la chute de Naai'den , avaient investi Ilaarleni.
Celte ville pi-ivée de tout secours extérieui'soutint peiidantsept mois le siège*
d'une armée de plus de 80,000 hommes. Plusieuis fois le prince d'Orange
tâcha mais inutilement dedcbloijuer le place ou d'eu ravitailler la garnison,
le plus souvent les Espagnols étaient prévenus de l'arrivée de leurs ennemis
et les surprenaient dans des embuscades. Tel fut le sort de Lnmey qui ,
dés les premiers jours du siège, fut envoyé au secoui's de la ville investie.
Cependant, dans cette circonstance, la conduite du lieutenant du pi'ince
d'Orange, comme soldat, fut irrépiocliahle, et s'il échoua, il se montia,
comme toujours, intrépide et vaillant. Le comte Liégeois avait été charge
de convoyer vers Haarlem cent chariots chargés de vivies et de muni-
tions; les troupes ([u'il commandait se composaient de six compagnies
d'infanterie, de six cornettes de cavalerie et de six pièces de campagne.
Un paysan prévint les Espagnols de l'arrivée des Orangistes, et Don
Frédéric marcha à leni' renconti'e à la tète de forces supèi'ieures en
nombre. A la faveur d'un brouillard é|)ai^, le (ils du duc d'Albe surprend
les Hollandais à une lieue de Ilaarlem, il fond sur eux, sans leur donner
le temps de se mettre en bataille. Cependant cin(|n;inte cavaliers Hollandais
se précipitent vaillamnu'nt sur les Espagnols, mais ils sont repoussés sur
l'infanterie où ils mettent le desordre. Lue paniijue s'empare des esprits,
les porte-étendai'ds veulent en vain aia'i'ter la fuite, queli|ues-uns s'enve-
loppent le cùjps dans les plis de leurs drapeaux et préfèrent attendre la
mort à leur poste plutôt que de fuir honteusement. Le nom d'un seul de
ces hommes héroïques a passé jusqu'à nous, c'est celui d'un Flamand,
Jacques Martens, fils du président de la cour de Gand *.
Lumey, par son exemple, encourageait tant de bravoure , mais ce fut
en vain. Le désordre avait pénétré dans les rangs, les phalanges Espagnoles
balayaient tout devant elles, et bientôt il ne resta sur le champ de
bataille que le commandant de l'expédition, seul avec sa vaillante garde
Liégeoise. Il se défendit comme un lion, un cheval lut tué sous lui,
' Ariapt. Algrtncrnr Cesilnnlcuis , ih.
— 117 —
mais la position était désespérée, il fallut se retirer. Don Frédéric souilla
son triomphe en faisant mourir ses prisonniers dans des sourt'raïu'es
atroces, et Lumey n'eut garde de ne pas user de représailles sur douze
Espagnols qui étaient tombés entre ses mains.
On dirait que les états de Hollande avaient attendu l'issue de l'expédition
de Haarlem, pour sévir entin contre celui auquel on reprochait tant de
violence. Voici quelle circonstance leui' en fournit l'occasion : Bartel Entens,
lieutenant du comte, poussait à faire répandre dans le peuple des bruits
injurieux pour les membres des états : les soldats, prétendait-il, ne
recevaient pas de solde , ils manquaient de vivres , la direction des affaires
était aux mains de quehiues traîtres. Bartel et son supérieur immédiat
Lumey furent appelés à Delft , devant le Stadhouder. Bartel ne retracta
guère ses paroles et se montra tellement emporté contre ses supérieurs
qu'on voulut s'assurer de sa personne. Alors le comte Liégeois, épousant
la querelle de son campagnon d'armes , tenta de le faire sortir de la ville,
en dépit des ordres formels des états. Ennemi de toute division dans
son parti , le prince d'Orange voulut s'interposer entre les membres des
états et ses deux soldats, mais tous se montrèrent intraitables, et les plus
faibles furent sacrifiés. Le 5 du mois de janvier, les cloches de Delft appe-
lèrent la garde urbaine sous les armes, et, sur l'ordre du bourgmestre
catholique Huigjanszoon, les deux officiers du prince d'Orange furent
arrêtés.
Aussitôt arrivent de toutes parts des accusations contre Lumey, il est
transféré de Delft à Gouda , tandis que Bartel , après une courte détention ,
est rendu à la liberté. On lui ôte, par ordre du prince, la charge de
gouverneur de la Hollande , on casse toutes les commissions délivrées en
son nom. Mais le gouvernement de la république naissante était bien
faible pour pouvoir agir avec vigueur contre un homme dont la popularité
était si fortement enracinée dans le parti protestant exalté. On crut
devoir prendre toutes les précautions contre lui : ses soldats furent
écartés, ceux qui étaient préposés à sa garde reçurent double solde.
Puis effrayé des sympathies que le prisonnier rencontre dans la populace,
on le relàdie; plus tard on le réincarcère de nouveau pour le iv'làcher
Hucore, !'t toujours san^ s'inquuHer d'aucune forme régulière de justice.
— 118 —
Cependant les griefs ne manquaient pas contre cet homme emporté dans
ses opinions et qui semblait nuire à la cause de l'indépendance nationale
au moins autant qu'il y servait. Dès que le comte Liéi^eois s'était vu
arrêté, il avait exigé que les états lui communiquassent l'acte d'accusation
auquel il avait à repondre.
11 y répondit en eft'et, et de manière à embarraser beaucoup ses
adversaires. En l'absence de principes bien établis, et en présence d'une
organisation aussi imparfaite que celle de la justice d'alors, sa justification
parut assez complète pour qu'on se vît forcé de le mettre en liberté. L'acte
d'accusation des états et la réponse de Lumey se trouvent rapportés dans
Bor. La dernière pièce l'emporte évidemment sur la première ; en la
parcouront on est frappé de l'esprit ferme et logique de son auteur. C'est
en même temps, une critique de la conduite des états pendant la guerre;
une justification de tous les actes qu'on reprochait à l'ex-gouverneur de la
Hollande ; enfin , c'est une protestation énergique du prisonnier contre le
déni de justice et les mauvais traitemens dont il prétend avoirtàsepl.'îindre.
Examinons rapidement ces trois parties du mémoire justificatif de Lumey,
et nous aurons une idée assez juste du caractère et des principes exclusifs
de l'ancien amiral des gueux de mer.
Nous avons vu que déjà lors de l'expédition d'Amsterdam , Lumey se
plaignait des états, ici, il ne garde plus déménagements et les accuse
formellement d'être composés d'hommes vendus au duc d'Albe, dont
l'insigne mauvaise foi a fait échouer plus d'nne entreprise. Tantôt, dit-il,
ils retiennent la solde des troupes, tantôt ils ne fournissent pas les sommes
qu'exigent la levée et l'équipement de nouvelles forces. Ils ont conservé
dans leurs charges des fonctionnaires et des magistrats dont les opinions
royalistes étaient connues de tous. On a négligé- de prendre des mesures
énergiques contre ceux qui, (juittant leur patrie, vont rejoindre l'ennemi
avec toutes leurs richesses. Des membres mêmes des états se sont rendus
coupables de cette trahison. Voilà les griefs que de la Marck élevait contre
ceux mêmes qui le mettaient en accusation. A cette conduite il iqipose la
sienne. Cette seconde partie du mémoire respire nneconvicliou bien forte
de son inuocence, cette conviction, il la puisait dans l'allachenient fanatique
qu'il |Mirl;iil ;iu cultr' rêluruir, iliuis si li.'iinc coutrerKspagucrl Ircalholicisnic
— 119 —
et surtout dans les idées d'intolérance qui régnaient généralement alors.
H est curieux cependant de le voir nier des faits qui ne répugnent
nullement à ses sentiments et qu'il ose proposer comme remèdes dans la
situation critique où on se trouvait. Il a suivi, prétend-il, toutes les
instructions du prince d'Orange. Si des excès déplorables ont désolé le
pays , c'est qu'ils sont inséparables de la guerre , ils ont eu lieu partout où
les mêmes circonstances se sont produites.
Les points principaux de l'accusation portée contre Lumey étaient : sa
conduite odieuse à l'égard du clergé romain , les proscriptions et les
meurtres des catholiques, l'incendie et le pillage des églises et des cou-
vents, tous crimes ordonnés ou tolérés par lui.
Voici comment l'accusé se défend :
« S'il y en a qui ont été forcés de quitter le pays, cela n'a été qu'après
M que l'hypocrisie et la trahison des catholiques se furent manifestées dans
» les massacres de la Ste-Barthélemy , de Mons et de Malines. » A ce
propos, il rappelle les défections des catholiques qui, dans certaines
villes, malgré le serment qu'ils avaient prêté, s étaient rendus aux
Espagnols dès que ceux-ci s'étaient présentés devant les murs. Aussi
n'hésite-t-il pas à jeter la responsabilité de tant de violence sur les
victimes elles-mêmes. Pour lui, il avait le droit et l'obligation de tout
faire pour sauver la contrée qu'on lui avait confiée. Cependant il n'a pas
généralement usé de ce droit, il s'est parfois montré d'une modération
qu'il déclare en opposition avec ses principes. Du reste , les églises ont
été le plus souvent saccagées par les bourgeois eux-mêmes ou par des
soldats que ceux-ci excitaient. Il reconnaît cependant qu'il n'a jamais sévi
contre les auteurs de tels actes, et pourquoi? C'est qu'ils ne lui parais-
saient nullement coupables. D'après lui, l'erreur et la vérité ne doivent
point vivre côte à côte , catholicisme ou protestantisme , une seule de ces
religions doit avoir ses temples et vivre au grand jour.
Mais quoiqu'il ait applaudi à des actes hostiles au culte catholique, il
n'a jamais permis, prétend-il, les violences sur les personnes ou la
violation du domicile des citoyens. Si des couvents ont été brûlés, des
moines ou des prêtres mis à mort, c'est qu'ils étaient convaincus d'intel-
ligence avec l'ennemi , c'est qu'ils trahissaient la cause nationale, on ne
— 120 —
faisait donc qu'applitfuer contre eux les lois de la guerre. C'est ainsi qu'il
veut justifier le nunirtre du prieur de Ste-Agatlie : Musius, écrit-il,
avait été parjure, il avait juré de ne point quitter Delft, et il fuit avec ses
trésors vers l'ennemi, pour exécuter les projets coupables qu'il avait
médités contre sa patrie. Si dans les exécutions on n'a pas toujours eu
égard aux formalités de la justice, c'est dit l'auteur du mémoire, que les
lois de la guerre l'en dispensaient , puis(iue les coupables étaient pris en
flagrant délit.
Les Espagnols, continue-t-il, eu ont-ils agi autrement avec leurs nom-
breuses victimes, ont-ils eu égard aux exigences de la procédure pour
faire mourir les comtes d'Egmont, de Hornes et tant d'autres gentils
hommes des Pays-Bas? se sont-ils inquiétés de la justice, eux qui ont
livré aux plus cruelles souffrances tant de milliers d'hommes.' « Et pour
)> terminer, » dit-il, « nous-mêmes ne sommes-nous pas, sans avoir été
» condamné régulièrement, soumis à l'outrage et aux mauvais traite-
» ments. » Cette idée lui sert de transition à la protestation violente
qu'il fait contre ses ennemis : lui, qui, après Dieu, a été la première
cause de l'indépendance des provinces du nord , lui , qui a sacrifié son
sang et ses biens pour la cause commune, lui, que ses ennemis mêmes
doivent reconnaître avoir bien mérité de la patrie, on le tient enfermé
comme uu criminel , il est traité par les siens comme le duc d'Albe même
ne le ferait pas s'il tombait entre ses mains. On n'a nul égard pour ses
services, pour le rang qu'il occupe, on livre même à la torture ses servi-
teurs lidèles pour en obtenir un témoignage contre leur maître. La fin de
cette longue défense est une menace véhéuKnite de s'adresser à tous les
princes protestants de l'Europe si on tarde à lui faire justice.
Ou peut juger de l'elfet pruiluit par ce langage ferme et hardi; cette
logi(lue iinphuable devait singulièrement plaire au peuple qu'exaspérait
jiarfois la conduite des Hollandais royalistes. Lumey fut rendu à la liberté,
les accusations portées contre lui restaient sans suite, mais il n'était point
satisfait : toujours plus pénétré de l'injustice dont il était victime, il
voulait qu'on poursuivit son pr'ocès ou (ju'on lui rendît les titi'es dont on
l'avait dépouillé. Il semblait (•onlinuer d(ïs relations avec ses anciens
soldats \\all(in>, ri uu'ww (mi pn'triKlail l'iivoir cntcudu se vanter (|u'il
— 121 —
avait à sa disposition 8,000 lioiiimes et 80 vaisseaux, et qu'avec ces
forces il ferait at-ir les états comme il l 'entendait. Ces propos éveillent
l'inquiétude de l'autorité; de nouveau l'ex-gouverneur de Hollande est
emprisonné, mais on ne tarde pas à favoriser son évasion.
Il arrive à Rotterdam, où il comptait beaucoup d'amis, et là, loin de
se tenir caché et de faire oublier ses torts, il redouble de violence, fait
lire par un notaire, devant le peuple assemblé, une protestation contre la
conduite de ses ennemis à son égard , et fait même afficher cet écrit aux
portes des églises. La populace fanatique murmure , la bible lui fournit des
allusions ; de la Marck est comparé à David , les membres des états aux
ennemis du prophète.
Cet entraînement du parti exalté pour l'ennemi de toute modération
était plein de dangers pour la révolution : Lumey apparaissait au peuple
comme le rival du prince d'Orange, il prenait même, dit-on , le titre de
comte de Hollande; sa soumission au Stadhouder était douteuse et il se
prétendait le véritable auteur du mouvement qui avait séparé les provinces
du nord du reste de la monarchie Espagnole. Fatigués de lutter contre
cet homme énergique et indomptable, se défiant de ceux à qui on confiait
sa garde , le prince et les états permirent enfin à Lumey de quitter le pays
où il avait fait tant de bruit.
Différentes versions se trouvent ici en présence : Les habitants de
Rotterdam, d'après les uns, auraient refusé de livrer de la Marck aux
agents de l'autorité qui voulaient l'emprisonner de nouveau, et ûivorisèrent
sa fuite. D'autres prétendent que Lumey fut contraint à s'éloigner;
d'autres encore, que lui-même réclama du gouvernement de pouvoir
retourner dans le pays de Liège et qu'on lui accorda sa demande, après
lui avoir fait promettre, par écrit, qu'il ne se vengerait pas sur les
Hollandais de tout ce qu'il avait souffert chez eux.
Sauf cette promesse qui ne pouvait pas avoir grande importance pour
un homme qui avait manqué souvent à sa parole, la dernière version
paraît la plus probable ; elle s'accorda le mieux avec la présence de Lumey
dans l'armée des états , le veille de la bataille de Gembloux.
Avant son départ, le comte Liégeois sentit le besoin de faire une nouvelh;
protestation : il cita solennellement ses détracteurs à venir soutenir
— 122 —
localement leurs accusations devant la cour de justice de l'empereur
d'Allemagne dont il dépendait comme comte du saint empire. Étrange
rapprochement ! Guillaume de la Marck dut quitter la Hollande à peu près
vers l'époque où le duc d'Albe quitta la Belgique ; les sentiments que ces
deux hommes laissèrent dans les cœurs honnêtes, devaient présenter de
l'analogie.
Cependant personne ne répondit à l'appel de Lumey, ses ennemis ne se
présentèrent pas à Aix-la-Chapelle pour soutenir les accusations portées
contre lui , et par décision du tribunal auquel il s'était adressé , il fut
rétabli dans son honneur , dans ses prérogatives de gentilhomme et dans
ses biens patrimoniaux ^.
Ce fut à Seraing que l'ancien lieutenant du prince d'Orange s'établit
d'abord , il y vécut quatre ans ne s'occupant que de loin de^ la cause à
laquelle il s'était dévoué. Une fois il semble sortir de cette espèce d'îipathie
où l'avaient jeté les revers de sa carrière, ce fut en 1578 : les états des
dix-sept provinces avaient déclaré la guerre au nouveau gouverneur Espagnol
Don Juan qui , après avoir d'abord accepté la pacification de Gand , avait
enfin levé le masque et se présentait comme le restaurateur de tous les abus
qu'on avait momentanément écartés. Les anciens services de Lumey n'étaient
pas encore oubliés , on connaissait le courage et la fougue des soldats
Wallons que nul mieux que lui ne pouvait commander. Les états firent
appel à son dévouement , et il futchargé de lever et de conduire à l'armée
des confédérés un régiment d'infanterie Wallonne. Lumey accepta; le
désir de combattre les Espagnols, ses anciens ennemis, lui fit oublier
sans doute de vieilles rancunes personnelles.
Il se trouvait dans l'armée nationale la veille de la bataille de Gembloux,
quand tout à coup il abandonne les 2500 hommes qu'il commandait et se
retire à Liège. Que s'était-il donc passé? Quelques auteurs avancent que
c'était le manque d'union et d'unité de vue des généraux qui lui firent
prendre cette résolution. La chronique de Hollande de Le Petit donne une
raison meilleure et plus conforme au caractère de notre Calviniste opiniâtre.
Le bruit s'était tout à coup répandu dans l'armée des états que l'archiduc
' Vervov. Gedenhweerâiqlip (jpiirliiedenix/ien , 5 — 6.
— 123 —
Mathias, prince catholique d'Allemagne, avait été reconnu gouverneur-
général des Pays-Bas , et que le prince d'Orange venait de lui prêter serment
comme son lieutenant général. Cette nomination d'un gouverneur catholique
exigée par les provinces méridionales , devait singulièrement déplaire aux
confédérés protestants , elle devait déplaire surtout h de la Marck qui devait
y voir la continuation de cette politique d'accomoderaent qu'il avait tant
blâmée en Hollande. Il ne fut point le seul à quitter l'armée, d'autres officiers
prirent le même parti , tandis que le commandant en chef, le comte de
Lalaing, se trouvait en ce moment ta Bruxelles, aux noces du seigneur de
Bersel. Don Juan profita de la malheureuse situation de l'armée des États,
il lança contre elle ses vieilles bandes aguerries et au bout de quelques
heures de combat la défaite des HoUando-Belges fut complète.
Cependant le comte de la Marck, pour s'assurer le payement des frais
que lui avait coûté la levée deson régiment, et dont on tardait à l'indemni-
ser, s'était emparé de la petite ville de Hertsegenrade et du village de
Heerle dans le Limbourg. A cette nouvelle, les états s'inquiètent, on répand
le bruit que Lumey a embrassé le parti de Don Juan, la garnison de
Maestricht est chargée d'embaucher les troupes du créancier des états.
Vervov raconte que dés la pointe du jour, les soldats orangistes s'appro-
chèrent du lieu où se tenait le régiment du comte, et qu'ils crièrent à haute
voix à ceux qui étaient toujours leurs frères : « que faites vous ici, soldats,
K votre colonel est un fripon, il vous fera passer dans le camp des ennemis
» de votre pays. «Les soldats de Lumey allèrent rapporter ces paroles à leur
chef et lui en demandèrent l'explication. Blessé dans son honneur par la
conduite étrange de ses alliés, le comte quitta entièrement le parti du
prince d'Orange et se retira à Liège dans une maison qu'il avait près
de l'église St-Martin.
Frédéric Vervov qui rapporte les derniers détails de la vie de Lumey et
qui servait dans le régiment dont il a été parlé, suivit à Liège son maître,
dont il était devenu l'ami. Voici comment il raconte la fin de notre héros:
« Le seigneur de Monceau et sa femme, sœur de Georges de Lalaing,
comte deRenneberg, logés à Liège chez leur oncle le chanoine de Renneberg,
vinrent diner un jour chez le comte de la Marck. Quelques temps après,
le chanoine invita à son tour Lumey à un repas. Le soir, de retour chez lui,
— 124 —
le coiiitt' so pl;iii^'nit à Vervov do tl mil ours atroces : il i^.tait empoisoiim^. Au
iTiiliou (lo SOS sduIVranoes liUmoy dit à son ami : « dôjà une lois j'ai été
oinpdisoiiiié, mais jamais jo no me suis trouvé aussi mal (qu'aujourd'hui,
si jo meurs, vous pei'di'oz un excellent ami. »
Le l""'" du mois de mai, l'an 1578, après sept jours de souffrances,
Guillaume de la Marck mourut entre les bras de Vervov. Ce chroniqueur est
très sobre de détails, il semble que par respect ou crainte de personnes
haut placées il n'ose point dire tout ce qu'il sait. Lui-même lit faire l'au-
topsie du cadavre ; les médecins constatèrent que le foie était déchiré et que
le comte était mort empoisonné. Son frère, Philippe de la Marck, chanoine
<à Strasbourg, fit transporter les restes du fougoueux hérétique à Lummey,
dans le caveau où reposaient ses ancêtres.
Mon savant ami , M. Diegerick , a attiré mon attention sur les
rapports qui s'étaient établis entre l'ennemi le plus acharné du*catholi-
cisme, et les de Monceau , connus pour leur dévouement au roi. M. Die-
gerick m'a fait remarquer, que ce fut cette même baronne de ^lonceau
qui plus tard engagea son frère Georges de Lalaing à trahir le parti des
États-généraux et à embrasser la cause de l'Espagnol. Aurait-elle, l'habile
intrigante, voulu profiter de la désunion entre Lumey et les Etats-géné-
raux pour l'entraîner à servii- le roi. Mais nous sommes réduits à des
conjectures, nul témoignage des contemporains ne nous permet d'avancer
une opinion positive sur la fin de l'ancien amiral des gueux de mer.
La nouvelle de la mort de Lumey se répandit en Hollande et y éveilla
d'anciens ressentiments. Les chroniqueurs protestants eux-mêmes, pour
rendre la mémoire de cet homme intolérant plus odieuse, prétendirent
qu'il était mort de la morsure d'un chien enragé. Ils voulaient ainsi mettre
sa fin en rappoi't avec les crimes qu'ils lui reprochaient.
Voici répitaphc flamande que le biographe Ilalma prétendait se trouver
sur le tombeau de Guillaume de la Marck , comme si celui-ci avait été
enterré en Hollande :
DE r.FiAVK VAN DER MARCK LU-.T IN MT C.HAF P.EGRAVEN ,
IIY ZWELGDE MENSCHEN RLOED, GKL'WEL, AI. S EEN RAVEN ,
UY 1S CESTORVEN VAN EEN DOI.LE HONOE REET
'T CAAT WKI. \1.S D' EENE IIùNO die DOL IS D' ANDER EET.
- 12.-) —
J'ai t'té tenté de réunir lès principaux faits do la vie de cet homme
étrange, qui, aune certaine époque, nous rappelle les Carausius, les
Civilis, les Bodwognat dans leurs luttes contre la domination romaine.
Mais, il faut le dire, ce n'est pas l'amour de la patrie qui est son princi-
pal mobile, c'est le fanatisme relii^ieux. Pour lui comme pour le duc
d'Albe, point de conciliation entre deux principes opposés, la réforme ou
le catholicisme, point de milieu !
Cette intolérance, que l'on accepta cependant plus tard , ne pouvait
plaire alors en Hollande où régnaientdes idées plus modérées. De la Marck
encourut la haine des deux partis à la fois, et de la cette unanimité des
chroniqueurs catholiques et protestants à accumuler contre lui les crimes
les plus épouvantables. Longtemps on a accueilli avec trop de crédulité
sur Lumey, des récits de cruauté et de violence inouie, mais, d'un autre
côté, des écrivains protestants modernes à l'esprit aussi étroit que ceux
qui de nos jours osent justifier Philippe II et son bourreau, ont eu tort de
vouloir le présenter sous un jour trop favorable. Sacrifiant h des principes
exclusifs et faux, il devait, emporté par un caractère ardent, descendre,
sans s'en douter peut-être, jusqu'au crime.
Pour moi , ce qui m'a le plus frappé dans ces recherches , ce n'est pas,
je l'avoue, le côté philosophique de la question, mais quelque chose
d'un tout autre ordre : C'est la demi obscurité qui enveloppe de toutes
parts l'histoire de Lumey, c'est le côté romanesque et mystérieux qui
domine chez lui, depuis son apparition dans l'armée du prince d'Orange,
jusqu'au moment où il vient mourir dans la demeure de ses pères d'une
mort violente et mystérieuse. Quelle est celte main cachée qui verse deux
fois le poison à l'ennemi le plus acharné de Rome? Faut-il ajouter cette
mort à celles des victimes si nombreuses de la vile politique espagnole
qui ne reculait pas devant le poison et le poignard frappant dans l'ombre,
pour se débarrasser de ceux qui inquiétaient le pouvoir? Cette mort n'est-
elle pas la fin d'un drame dont les différentes parties sont les différents
revers qu'essuya cet homme?
Il me semble que l'existence de Lumey serait un sujet fécond pour celui
qui voudrait l'introduire dans un roman historique, bâti sur cette époque
de notre histoire. Tout en conservant la vérité historique, si souvent
■>5 XVl 10
— 126 —
\'\o\h p;ir Ips romanriors, tout en mettant en Inmière le vrai raractère du
combat i^lorieux qne soutinrent nos pères pour la cause de la lilierté de
conscience, l'écrivain habile pourrait largement sacrilier à rimagination ,
condition nécessaire du roman, et produire ainsi une œuvre littéraire et
nationale à la fois.
COMMUNICATIONS
DE
M. le Baron de FIERLANT .
Consi-illPi à l;i (^.oiir dp (^.ass.ilidii ,]•■ B Igiciiii". mi^mliio loi r.'>p(iiii1;Mil de l'A. :ii|pnili!.
Lettre miressée à Monsieur A. G. B. Schaiief; , conservateur du Miia-e
d'Ariniires et d'Aiiliiiiiiléf; à lirii.reUes , le 2'i août )<95o.
Monsieur,
Parmi les pièces intéressantes qui composent les Analectes que vous
publiez dans les Annales de l'Acadé^nie d' Archéologie de Belfjique , se
trouve, pag. 4-8 et suiv., année 1854, l'inventaire du mobilier des ducs de
Brabant à Louvain.
La traduction de cette pièce présentant des lacunes, j'ai l'honneur.
Monsieur, de vous communiquer quelques conjectures afin de parvenir à
les combler ; ces observations pourraient, si vous les jugez assez raisonnables
et fondées , servir en quelque sorte de complément à cette pièce qui nous
représente si bien la simplicité de l'ameublement des anciennes résidences
de nos souverains.
Pag". 49, ligne 3 autaer-staen. Ne faut-il pas lire «î/faer-s^ee/f, pierre
d'autel (altare portatile)? Fallùt-il main-
tenir autaer-staen, je traduirais ce mot
par devant d'autel (antependium).
Id. ligne 15 ry-cleedereu. N'est-ce pas zy-cleederen , rideaux
qu'on avait coutume de pendre aux deux
cotés de l'autel , ainsi qu'il est encore
d'usage dans certaines églises, par exeniple
dans celle île .Moiitaigu et lieux voisins?
— 128 —
Page49, ligne V.KiK'c^^chchnidi'Iarr. Ne faut-il pas traduire cette locution
par chandelier servant de reHipiaire ou
avec reliijuaire? [Paix ou Pisiti pour
boîte à reliques).
1(1. ligne 2U , h] anche ne. Ne pourrait-on pas lire hJackene ou
blaeckene, rez-de-cliaussi^e — ^plain-pied?
(Consultez Kiliaen , v° hlack.) Compa-
rez la rubrique suivante : ce mot hlanc-
kene pourrait aussi designer la tour ou
partie du château connue sous cette
dénomination , et où se trouvait l'ap-
partement.
Id. ligne 29, met carden. De laine ou avec laine. ,
Page 52, ligne 6, huecsken. Ne conviendrait-il pas de 'traduire
ce mot par coffret ou holfe, au lieu de le
traduire par petit livre, et lire i^eut-ètre
huesken , connue à la ligne G-7 même
page?
Page 53, ligne 15, met carden. Garni de laine ou avec laine.
Page 54, ligne 26, / yuerve. Une javeline, ou bois, ou manche de
javeline , ou de lance.
Page 55, ligne 1-4, hulpeijsere. Pilon de ter.
Page 56, ligne 9,3, censen. Porte-lumières ou suspensions— la
partie de l'ameublement de la chapelle,
page 49, ligne 11, me paraît donner
lieu à cette interprétation.
Vous soumettant, quoique avec hésitation ces remarques, j'ai l'honnour
de vous prier, Monsieur, d'agréer l'expression de mes sentiments distingués.
Pj'>" DK FlKKLANT.
— 129 —
Oriroi (le Pliilippe IV accorde à la demande des relinieuses de l'hôpital de
Tnrnhoiit * ; aux pus de pouinm- aliéner le droit d'épave , qui leur avait
été concédé par Jean II , Duc de Lothier et de Brahant.
Philips bv de gratien Goedts coninck van Castillien , van Arragon , van
Léon, vanBeyden-Sirillien, van Ghenisalem, van Portugael, van Navarre,
van Grenade, van Toleten, van Valencien, van Gallicien , van Mallorken,
van Sivillien, van Sardanien, van Cnrduba, van Corsicque, van Miircie,
van Jaen , van Alagarbe , van Algesire , van Gibaltar, van de Eylanden
van Canarien en Yndyen soo orientale aïs occidentale , van de Eylanden
ende vasten eerden der zee Oceane, Eertshertoge van Oistenryck, van
Bourgognien, van Lotliryck, van Brabant, van Lirabourg, van Luxembourg,
van Gelre ende van Milanen, grave van Habsbourg, van Ylaenderen , van
Arthois , van Bourgoignien , van Thirol Palsgrave ende van Henegouwe ,
van HoUandt, van Zeelant, van Namen ende van Zutphen , prince van
Swave , marckgrave des heilighen Byckx van Boomen, heere van
Vrieslandt , van Salin , van Mechelen , van de stadt , steden ende landen
van Uytrecht, Overyssele ende Groeningen ende dominateur in Asien en
Afriken , allen dengenen die dese onse letteren sullen sien oft hooren lesen
Saluyt. Doen te weten dat wy ontvangen hebben die supplicatie van de
moeder ende andere conventualen van gastliuyse der vryheyt vanTurnhout,
' Jean II, Duc de Lothier et de Brabant, fonda un hospice (xenodorhium) dans sa ville
et seigneurie de Turnhout. — En 1338 Marie, sa petite-fdie, augmenta sa dotation. —
Le 26 août 1605, demande fut adressée à qui de droit afin que cet hospice fût converti
en hôpital. En 1608 l'évèque d'Anvers, Mirœus, admit cette transformation, mais elle
ne M accomplie qu'en 1611 d'après un avis favorable émis l'année précédente par le
magistrat de la ville et franchise de Turnhout. Jean Malderus occupant alors le siège
épiscopal , Jes religieuses de l'hôpital de Lierre , qui suivaient la règle de S'-Augusiin ,
y furent appelées pour soigner les malades; leur nombre s'accrut au point qu'en 1635
on put les envoyer à Breda à la demande du magistrat de cette ville, avec mission d'v
fonder un hôpital, mais deux années ajirès elles durent retourner à Turnhout, à la suite
de la prise de la ville par le prince d'Orange.
Consultez Latomus , Corsendoncn , \). 63.\xfi Gorcvu , Beschnjviiig van Turnlioul,
p. iO, 163, et sv. De R.^m, Sijnopsis monitmentomm , Ep. Antv. p. 50 et 337.
Le Roy, Notitia Mairhionatus S. R. Impcr., p. 393.
- 130 —
inhniiHpiiflc il.it sy r^rodlt'lyckx woidni nvcrvallcti vaii siecke persooiipn dio
welcko ingevolne van luiniit' pnttessie by luiii iiKieteti t-eassisteerd worden
eiide nnchtans met te wel versien en syri van niiddclen oni dcn voorscreven
last teonderstaeii niits in de teyenwoordigeconjuncture des tyts aile ding'eii
seer (lier is ende uyet teL;enstaende het selve niet en mach aen^esien woi'den
als die siecken eigeiincx niede te helpen syn gelycker wys die supplianten
het selve ooek nyet aeiisien niaer ondertnssclien hevonden dat sy perseve-
reien in liunnen i;oeden yvere genoodsaekt soude vvesen het godshuys teii
arliteren te stellen daer donr grnnte inronvenienten soude rysen jae
geseliaej)en wesen dat arme hiyden die weleke in groote quantiteyt aldaer
conenreren niet en soude connen gesolageert worden , daer omme sy
supplianten te raede gegaen hebben, persoonen aen de weloke den staet
van het gasthuys kennelyck is, ende bevondcn hebben dat onder diesobere
niiddelen daer mede het gasthuys begift is bedraegende alleenlylî honderd
Philippen jaerlyekx voor seven religieusen, eenige syn die weleke vercocht
synd(> prollitabelyker soude wesen naenientlyck 't recht van den vondt van
vcrloien ende vagante beesten als ossen , peerden , scliapen , verekens, bien
en diergelycke hinnen den bedryve van Turiihont, ende van aile die vi'ybe-
dfii (loi'pen ende plaetsen daerby gelegen binnen de liiniten van dry niylen
(d't ineer van Turnhout van weleke beesten die waeraelitige proprietarissen
niet vindlbaer en syn aen hun gegundt, ende gegeven by wylen hooger
rneniorien herloglie Jan van Lotliryck ende van Brabant ende daer naer
geconlirmeert, blyckende by de privilegien daer van synde, daer van
die supplianten jaerlyckx niaer en prulliteron acbtbien, negenthien,
twintich, een en twinticb, twee en twinticb soniwylen wat nieer ende
soniwylen min guldens, ende in toeconiende tyden alnoch soovele nyet
en snllen prolliteren, door dyen eenige dorpen tegenwoirdelyck res-
soileren ondei' 's Hertogenbossche , ende eenige door dien leenbeeren
ani luiii worden afgenonien , of wel ter oorsaecke van 't voorsereven redit
aen imn nnH'yelycblieyt woi'dt aengcdacn (Mid(! oversnickx geraden gevonden
hebben dat het voorsci'even recht j)ublickelyck soude worden vereneht
den nu'esti'n daer voor biedeiide, ende die pennin;;eii daervan |)rocederende
ter >rlv('n iiatneren aengelegl oiidal i\n] innecduie van bel voorsereven
-aslliiiv-r lii.c; iliioi ^iiiidc vcnneerderd W(n'den lot soul.iLicnient van de
— 131 —
arme Iiiyden , tôt onderlioiult vaii de welcke het voorscreven gasthiiys is
gesticlit, (loch alsoo het selvc aoii huii niet, en is gepermitteert soo haeden
sy oitffloedelyck. oni onse opeiie brieven van octroi daertoe dienende. Soo
eest dat wy die redenen voorscreven aengemerckt , ende hier op gehadt
ierst d'advies soo van de wethouderen der poort ende vryheyt van Turnhoiit,
als van den administrateur van onse bosschen ende goeden in 't selve
quartier geneygt wesende ter beden ende supplicatien der voorscreve
siipplianten , hebben die selve gegundt , geoctroyeert ende geaiithoriseert ,
gunnen , octroyeren ende aiithoriseren , hiin gevende oirlof ende consent
vuyt onser sonderlinger gratien by desen , dat sy den voorscreven vondt
publieckelyk binnen der vryheyt van Turnhout siillen mogen vercoopen ,
op conditie dat de penningen daer van comende oft procederende snllen
worden aengelegt ten selven natuere tôt soulagement van de arme luyden .
Ende den coopère oft coopers daer inné te doen of laeten goeden ende
erven soo dat behoort , de welcke pnbliecke vercoopinge , goedenisse ende
erfenisse wy van alsnu voor aldan hebben geauthoriseert hy desen niet
tegenstaende eenige costuymen ter contrarien , de welke wy voor redenen
hier voren verhaeit ende andere ons moverende hebben voor desen reyse
vuyt onzer rechten, wetentheyt ende princelycke macht gederoge.ert ende
derogeren, ontbieden daer omrae ende bevelen onsen lieven ende getroiiwen
cancellier ende andere lieden van onsen raede in Brabant, ende aile andere
onse rechteren, justicieren, officieren, ondersaeten, en hunnestedehouderen
dyen dat aengaen sal mogen dat sy in den voorscreven supplianten doen
laeten ende gedoogen van dese octroy oirlof consent ende authorisatie in
der vuegen ende manieren als voren mitsgaders den cooper oft coopers
van 't recht van den voorscreven vondt rustelyk, vredelyck ende volco-
melyk genieten endegebruycken, want ons alsoo gelieft, ende des oirconden
soo hebben wy onsen zegel hier aen doen hangen , gegeven binnen onso
stadt van Brnsele, twee en twintich dagen in de maent van april int' jaer
ons lieeren duizend zessehondert twee en deitig van onse rycken 't weU'sste.
Paraphé Bois\'
Sur le pli :
By den Coninck ,
P. Mastelyn.
— 133 —
l'I (tti ilos : oc\\i\\c v;ui Coiiiiuk uni hy t ('I;^^tluiys liiniicii Tiiriilioiil te
nioi^hen vercoopon t ri'clil van voiiill 't sv Gas.tluiys tuobeliooren.
Original sur jmrchemin.
CaUOLI UllMl ImPERAIUIUS TeSTAMEiNTLM ^.
CaBScir eram, Theatinus ^ ero. Da robur et arma
Petro, nt sit C;psar qui Theatinus erat.
Imperii tibi, IValer, ^ onus. Tibi régna, Philippe*
Fiii, subjectis acre jugurn et gemitus,
Militi* impielas dolus hinc, atque inde rapina
Sint, cadaver humo, linquo aniniain siiperis.
Quelques mots cunceriiuitt l'introduction de la culture du pin et du sapin
aux environs de Turnhoul.
Quoique l'on puisse dire en quelque sorte que le pin et le sapin croissent
naturellement dans toutes les contrées de l'Europe ^, l'introduction de la
culture régulière de cette essence de bois dans la Campine, comme produits
forestiers, ne semble dater que du XVII" siècle ; une pierre tumulaire que
< Tiré d'un mss. contemporain (sur la môme feuille se trouve un poëme dédié à
Paul IV, sipé Hier. Amatlli).
2 Paul IV (Jean-Pierre Garaffa) ^fut archevêque de Tlieate. — 11 mciiara des foudres
ecclésiastiques Cliarles V qui w. s'opposa pas avec assez de zèle aux Lutiiérieus , et
institua avec Si -Gaétan de Tliiennes les Tliéatins qui tirèrent leur nojn de son arche-
vr'clié de Tiieate.
3 Ferdinand 1.
■* l'Iiilijipc 11. V. Bulletin delà Commission d'histoire. T. 1, 2'' série, page 73 et 97.
^ Manuel île l'aihorisle et ilu forestier, jutr M. de PoEDF.uii;, au.\ articles /»m et
sapin — supji éniiMit à ce! niivrai^r par \c iihmmc aul(,'nr — mêmes articles.
— 133 —
l'on voit encoi'L' aujoiird'liiii dans l'église dn village de Vosselaer, près de
Tui'iilioiit, se rapporte à cette culture; voici l'inscription qu'elle porte :
HIER LEIT BEGRAEVEN DEN EERSAEMEN
AURIAMIS GYS BOSHUER DIE DEN
EERSTEX MASTEN BOOM GESAEYT HEEFT
IN HET GROOTEN HOUT BOS
STERFT DEN 8 OCTOBER 1676
ENDE
MARGAREET MERTENS STERFT DEN
20 MEERT 1675
EN
GYS STERFT DEN I"
DECEMBER ANNO 1712.
BID VOOR DE ZIELEN.
On sait que le Grootenhout Bosch, situé partie sous la commune de
Vosselaer, partie sous la commune voisine de Gierle, actuellement propriété de
M. le comte Amorie de Mérode, était autrefois une dépendance de la
seigneurie de Turnliout , alors dans le domaine de la famille du prince
d'Orange en la personne de la princesse douairière de Frédéric-Henri de
Nassau , Amélie de Solms * , qui occupait le château pendant une partie
du XVII'^ siècle.
MiR/EUS dans ses Opcra diploinafica '^ et Hoynck van Papendrecht dans
ses Analecta ^ rapportent qu'Henri de Nassau, qui décéda en 1538, avait
fait venir des pins ou sapins de la Norwége, qu'il en fit planter im petit
])ois près de Breda , ainsi qu'un autre dans ses propriétés situées près de
Diest.
D'un autre coté les comptes du quartier de Turnhout mentionnent, au
' Acte de donation par Pliilippe IV dr UU6. — Dans le Roy, Notitia Marrliiouatus
Sacii Romani Imperii , jiag. 397.
- Hnnriciis Nassovins iiiii decessil iri38, sylvnlani piopc Bredani ex pinis Norvegi»
arboribus et alteiam (uope Disfheiniuni planlavil. Mir^ecs, Opéra diplomatica , t. 1,
pag. 219.
= Toinus -2^"', iiaite l%pag. 398.
— 13t. —
U'uioigiiage du rapport de la sitiialiori administrative d« cette ville, fait
par leci)llége des bourgmestre et éclieviiis le loetobre 1858 ^, qu en février
l()r)8 plusieurs eliarges de sapin (niaste boomen utgedaen liggende) furent
cherchées à Ginneken, village situé aux portes de Breda, [lar ordre de son
altesse.
Ne peut-on pas conclure de tout ceci que la culture des sapins, (juoi-
que introduite dans C(!rtaines localités dès le commencement du XVI'" siècle,
s'était peu étendue dans la (^ampine, où l'on ne propagea aloi's celte culture
que par la transplantation, et que ce ne fut que sous l'administration
d'Adrien Gysou de son temps qu'on fit un premier essai pour la reproduc-
tion du sapin par le serais , essai qui a été si fertile en résultats que les
sapinières couvrent actuellement une ijrande partie des terrains, ancienne-
ment vagues, de la Gampine?
Inutile aliu's de Vive gemegt au lieu de ncafieijt sur la pierre tumulaire
de l'église de Vosselaer, ainsi que quelques personnes prétendent devoir le
faii'c; et de supposer que les arbres cliei'chés h Breda étaient pit)pres, à
l'exclusion de ceux de ménu^ essence croissant dans les environs, à être
sciés et employés aux charpentes, et destinés aux réparations du château:
ce qui est peu vraisemblable, puisque l'on n'avait oncoi'e pu expérimenter
les qualités plus ou moins favorables aux constructions de quelque impor-
tance et d'une durée en harmonie avec celle que l'on devait attacher à l'exis-
tence d'un manoir seigneurial. — Aussi ne lit-on pas dans les comptes
cités que l'on a transporté de Breda, des arbres coupés (afgekapt), mais bien
arbres déplantés (utgedaen); une autre circonstance encore fait supposer
que ces arbres étaient destinés à la transplantation : en même temps et
avec eux on transportait une charge de framboisiers et autres arbustes. ^
* Pag. 64 t;t 92.
' Voici les tenues des articles ilii riimpti' tels fin'ils sont rapiinrlés dans l'exposé
administratif :
Item gegeveii in l'eliinarii 1658 aen vyl' karren ^'eeie^'en lui r.iniickeii , loi liet lialen
vau inasie boomen iihicdaen ligL;einle loen 1er lyd in liel niasi liosrli de somme van
dertifli guidons.
In de selve maenl nog betaell aen twee karren masiboomen ende eene karre framboisen,
ende ander jilanlsoen afgesonden dour ordre van bare voors. Iioocbeil by Jaii Scliuer-
maris de som \an aehlien t;nldens.
— 135 —
Ajoutons ;i cela que la litne de lévrier est généralement mise à profit par
les agronomes pour la plantation des arbres et arbustes.
Le texte même de l'inscription funéraire nous fournit une nouvelle
observation en ce sens.
Pour indiquer que ce fut Gys qui le premier scia du bois de sapin
provenant de la forêt de Grootenhout , on se serait exprimé dans les
termes suivants : die den eersten maslen boom van heï (jrootenhoiits bos
ijcsaciid hcefl , et non in heï groolenliouls bos, le lieu étant indifférent
pour l'opération du sciage. x\joutons enfin que c'est plutôt que le sciage, le
repeuplement et la plantation des arbres qui rentrent dans les attributions
d'un régisseur (boshiiër).
lùiijyn'inles de deux sceaux du cabinet d'antiquités appurteuant à Monsieur
Van GeucclUtn, président du tribunal de première instance à Turnhout.
Inscriptions :
•5' iiriiçoîbsE mor — altu monnstrrii i Ijcrrtnls.
•S- ^oiifsc (prioriss(r) mur nliii moiinstéii i Ijfiitiils.
Os sceaux sont donc ceux de la prienrcMlii couvent de St-Joaii, situé
\n'v> de la ville d'Ilerentlials ; Gua.vi.vvk, Antrerpia pag.30,vol. Il, édition
in-fol. de 1708, en parle en ces termes... « Herenthalium porta superior
— 136 —
spcctaliat liitMocoiniiiiiiiiim a'iiiriila saiicti .loaiiiiis. » — il'. 1:21 i'm!. \n-i°
(le KWO.)
DuGan(_;k, dans son (ilossairr, an mot " liicroconiinni -> dit: « in Actissancto-
ruMi, lelti'uai'ii. « Tom. 11 p. T);^'.) « niale progerontoconiinm » (hospice de
vieillards) ; mais h la page citée on trouve en note : « Hierocomia quasi iste
curanttir qui sacro morbo I^p^ vocrw laborant. » — Cette maladie
ériiptive était connue sous le nom de feu de St. -Antoine ;
Dans le passa^je de Grvmaye, cité ci-dessus, il Faut entendre par
« hierocomium , » Léproserie — ainsi que le prouve la déclaration faite
le 1:2 mars 1787, En exécution de l'ordonnance du 20 juin 1787, où il
est porté sous la désignation suivante : « Godtshuys van St.-Jan ten
Lazarye te Herenthals » comme ayant un revenu de 380 fl. 12 s. 1. La
premièi'e colonne du tableau porte cette mention : « Men weet van geen
titel en men mynt gefondeerd te zyn door de stad, » Arcli. de l'État,
Chambres des comptes , supp. 63i (n" 130 du registre).
Les sceaux prouvent que cette Léproserie était desservie autrefitis par
des religieuses, sous la direction d'une prieure.
F A M I L L E
LE BIDART DE TIIllMATDE
ET LE r.llEVALIEn
ALPBO^'SE-FERDIMl DE LE BIDARÎ DE THCMIDE.
PUBLICISTE, LITTEUATEIJR , MINÉRALOGISTE, NUMISMATE; DOCTEl'R EN DROIT; PRÉSIDENT
DU CONSEIL DE SALUBRITÉ PUBLIQUE DE LA PROVINCE DE LIEGE ; CONSEILLER PROVINCIAL
DU HAINAUT; colonel en CHEF DES (JUATKE LEGIONS DE LA GARDE CIVIQUE DE LIEGE;
MEMBRE DE LA PLUPART DES SOCIETES SAVANTES DE L' EUROPE; COMMANDEUR, OFFICIEP.
ET CHEVALIER DE PLUSIEURS ordres; CONSEILLER DE L'aCADÉMIE D'aRCHEOLOGIE DE
BELGIQUE DEPUIS SA FONDATION. '
E. ]>E GîiATIC^Y.
—c-Ca. «ÎXf» »3r>-
La famille de Le Bidart de Tluiniaide est originaii'e de France, où elle
était déjà reconnue comme noble an quatorzième siècle. La branche ainée
portait le titre de comte, et la branche cadette celui de chevalier, comme
dans la plupart des maisons titrées.
Le chef de la branche cadette , chevalier André de Le Bidart de Thumaide,
quitta la France en 1531 et alla se fixer en Belgique par suite de son
mariage avec iM"<^ Barbe de Brumagne. Ses descendants ont continué à
habiter la Belgique.
Cette famille porte pour AiHMomiES : — d'argent à la fasce d'azur,
chargée de deux sautoirs d'or, accompagnée en pointe d'un chaudron de
' L'Académie — ayant décidé de publier dans ses Annales les notices généalogique» et
biographiques qui lui parviendront concernant ses membres effectifs , correspondants ou
honoraires — a reçu avec intérêt cette notice sur M. le chevalier Alphonse-Ferdinand
de Le Bidarl de Thumaide, l'un des hommes les plus honorables de Belgique , dans le(piel
l'Académie a eu occasion de reconnaître un savant distingué et un beau caractère.
(Note (lu Conaei} d'ndministrntion de rAcadhnic./
— 138 —
sdJilc diinhlc ifor, rt-rii limliré il' iinr ronronne de comte; cimiku : deu.i*
demi-vnis contournés , chur^jés. de la fasce de lécu , celui à dextre d'azur et
celui à senestre d'or; srpPOiiTS : deux lions au naturel, lampassés île
iji/i'iiles , la tète contournée , tenant ehacnn une bannière aux armes de l'èeu.
iNoiis allons t'aire connaître sa lilialion en Bela^ique, puisée dans Ips
(lociimonts les plus authentiques.
I. Le chevalier André de Le Bidart de Thumaide avait épousé, en L"))!! ,
Barlie de BruniaL;ne, dont il eut : 1" Nicolas de Le lîidart, ipii snii ;
:2" Thomas de Le Bidart; o" Jeanne, épouse de Guillaume de Baré iii>
Comogne, l'un des bisaïeuls de Martin de Chaumont, marquis de la
lialaisière; et i" Marie, épouse de Côme de Nuremberg, trisaïeul maternel
de Henri-Joseph de Ponty, gentilhomnn^ des Etats de Namur, créé baron
en nno.
La famille de Brumagne portait : — d'or en jointe , a la hure île sanglier
de sable , et d'azur en tète, à deux fleurs de lijs d'or.
II. Le chevalier Nicolas de Le Bidart de Thumaide épousa Marie* de La
Vall(''e, qui portait : — d'or à la fasce de ijueules , chargée de deux jleurs
de Igs d'ai^gent. — Ils laissèi'enl trois enfants : 1" André de Le Bidart,
(|ui suit; 2" Marguerite, qui épousa Antoine de Nassogne; et 3" Barbe,
(|ui épousa Jean de Guéi'in.
III. Le chevalier André de Le Bidart de Thumaide épousa Barbe de
La Boche, qui portait : — l'écn écarlelé en croix; /"'■ et 4''- ■uartiers,
de gueules à quatre losanges d'or l'un sur l'autre ; ^^ et ,?'', d'argent au
lion marcliant de gueules. — Ils ne laissèrent qu'un fils , qui suit.
IV. Le chevalier Jacques de Le Bidart de Thumaide, né le i" juillet
1():23, épousa Marie de Closse, (jui avait pour armoiries : — d'azur à la
fasce d'or, surmontée de deux fleurs de Igs d'or, et, en pointe , une colombe
aussi d'or. — Ils eurent trois enfants : 1" Pierre de Le Bidart, ((ui fut
abbé des monastères d'IIasticre et de Waulsoi't, sous le nom de doni
Lambert, il était né le 11 septembre 1()53; :2" Jacques, qui suit; et
3" Barbe, qui épousa Jean du Bos, conimissaire d'arlillerie au service
de Sa Majesté Très-Chrétienne.
V. Le chevalier Jacques de Le l'idarl de Tluimaide, né \c '.W mai Ht.")'.),
épousa .\nne~.\!arie de .\éli:>, duil il laissa : I" Jcaii-Francois, qui suit :
— 139 —
i2" Marip-Dimiflonnôo, qui ('poiisa Honri-Danifl dp Sonrdeval; rt 3" Anne-
Marie, qui épousa Anibroisc de Lohbet, seii^neur de Wanlin. Les armoiries
de la lamille de Nélis étaient : — d'nrfient an chevron d'aïur, ftccompit(jnp
en tèle de deux hermineu de mhle , et en jininfe d'une rjerhe de hié de
fiinojile.
VI. Le chevalier .lean-Franrois de Le r>idart de Tluimaide, né en 169:2,
épousa le 28 juillet 1725, Marie-Catherine-Antoinette de Galiot de
Genouilhac, d'une ancienne maison de France, qui portait: d'azur parsemé
de fleurs de lys d'or, et chargé d'un lion d'or, armé et lampaué de gueules.
— Cette maison a produit : 1" Messire de Galiot de Genouilhac, seigneur
de Brussac, grand-maître de l'artillerie du roi François I^""; 2" Son Émi-
nence Ptolémée de Galiot, cardinal-archevêque de Siprute; et 3" Son
Éminence Antoine-Marie de Galiot, cardinal-évéque de Pérouse. — Ils
laissèrent de ce mariage : 1° Pierre-Jacques-François , qui suit ; 2" François ;
et 3" Ernestine, morts tous deux en célibat.
VIL Le chevalier Pierre-Jacques-François de Le Bidart de Thumaide ,
né le 27 avril 1720, était conseiller d'État et conseiller de cour au service
de Sa Majesté l'empereur d'Autriche. Il avait épousé, le 28 mai 1771 ,
Marie-Ânne-Josèphe-Dorothée du Pont de Hocquet, fille d'Alexis et de
Marie-Anne-Josèphe de Bourgeois d'Aimeries. La famille du Pont de
Hocquet, qui portait : — d'argent à trois tètes de taureau de gueule'i >
était connue dans le Hainaut dés l'année lilrl. Elle a fourni plusieurs
bons officiers aux armées espagnoles, quatre échevins et un mayeur à la
ville de Mons. L'un des ancêtres maternels, messire Louis de Bourgeois
d'Aimeries, était un des seize principaux chevaliers de la suite de Cliarles-
le-Téméraire. Le 2 mars 1476, il commandait l'aile gauche de l'année
de ce prince <à la bataille de Granson contre les Suisses, et il y fut tué à
la tête de ses troupes. Il n'y eut de ce mariage qu'un fils, qui suit.
VIII. Le chevalier François-Joseph de Le Bidart de Thumaide, né à
Namur le 21 mai 1773, fut successivement président du canton de Qwe-
vaucamps , et membre du conseil général du département de Jemmapes
sous l'Fmpire, chevalier de plusieurs ordres, membre de l'Ordre équestre,
des États provinciaux du Hainaut, membre des États-Généraux du royaume
des Pays-Bas, décédé le 21 mars 1830. Il avait épousé, le 10 janvier 1800^
— UO —
.liilio-Frann)isp-Mario-Anne-(ii)islaiiie, haronno de Stassart, virf>mtPsso
(le NdiinioiU , née à Malines le :23 juin 1772, déeédée le 30 avril I83<S,
lille (le .larqnes-Josepli-Augnstin, baron de Stassart, vicomte de Noirmont,
conseiller au grand conseil de Malines, puis président an conseil de Namnr,
et de Barbe-Scliolastique, baronne de Maillen. La famille de Stassart avait
pour armoiries : — d'or à une tête et col de taureau de sable, au chef d'fr,
chitrtjc d'un aigle naissant de sable, lavjjué de gueules. — De ce mariage
sont nés : 4° Virginie-Dorothée , née le 21 décembre 1800 , mariée à
llenri-Errembault du iMaisnil ; 2" Alphonse-Ferdinand , qui suit ; 3" Clo-
tilde-Gharlotte-Joséphine-Ghislaine, née le 28 août 1807, mariée h Jean-
François-Joseph-Édouard , baron de Spandl de Lherse ; i" Léocadie-
llenriotte-Ghislaine , née le 15 octobre 1808, épouse de Victor-Albert de
Pierpont de Wanlin.
IX. Le chevalier Alphonse-Ferdinand de Le Rtdart de Thum-Ape , né
à Xamur le 9 octobre 1805, Publiciste , — Littérateur, — Minéralogi-te
et Numismate, — Docteur en droit , — Président du Conseil de Salubrité
publique de la province de Liège, — Conseiller provincial du Hainaut, —
Colonel en chef des f[uatre Légions de la Garde civique de Liège , —
Membre de la plupart des Sociétés savantes de l'Europe, — Commandeur,
Officier et Chevalier de plusieurs ordres , est marié , depuis le \^'' octobre
18i0, à Adrienne-Margucvite-Eugéme Di'mont de PiOUSSeau , issue d'une
ancienne famille patricienne de Liège, qui porte : — A'azitr au chef d'or ,
et à un brochet d'argent placé en fasce , ■ — dont plusieurs ancêtres ont
occupé des charges élevées sous les princes de Liège. (Voir le Recueil
héraldique de Loyens ; Liège 1720.)
Deux enfants sont nés de ce mariage : 1" Alice-Josèphine-Julie de Le
F'idart de Thumaide, née à Liège le 21 février 18 i4; 2" Arthur-Gnstave-
Alphonsc, qui suit :
X. Le chevalier Ailhur-Gustave-Alphonse de Le Ridart de Thumaide,
né à Lié^c le i octolire 1817 V
' Il ri'Millr ifiiii ;i(lc ;iiillii'iitu|iir ilii 11 fi'viicr l'HCi, i|iic tiinli's li's |iii''C('s i'('l,Tliv{'S
à CKltt; gf^iit-aln^ie uni et/' vérifiées et approiivôcs pur MM. C. linydacls de Zillaert ,
ronseilier cl pniiiipr nii d'armes de S. M. rEnipeii'iir dWiiliiilic ; de Hesilin, roi d'armes
pour l;i |iiovim'i' ilc N;iiiinr, et (i. A. K;iIhii;i lir l'ansseii, ilil Laliiiiiaii , roi d'amies de
— 141 —
Le rhevalier Aliihome-Fevdhiaml de Lp: Bidart de ThuMaide, (hef
actuel de la branche cadette , coinmeiH'a de bonne heure ses études, et ,
au sortir de l'École Militaire , il fut nommé officier au 7'' régiment de
hussards. Mais, à cette époque, rien ne faisait présager le moindi'e avan-
cement dans cette carrière ; il résolut de la quitter et de linir ses études
à l'Université de Liège, alin d'entrer dans la magistrature, où plusieurs
de ses ancêtres avaient occupé de hautes fonctions.
Reçu docteur en droit, avec grande distinction , le 20 février 1829, —
avocat à la Cour supérienre de justice de Liège, le 2 mars suivant; il fut
nommé premier substitut-procureur du roi de première classe à Liège, le
4 octobre 1832. Les études militaires que M. de Le Bidart avait faites, le
mirent à même de rendre d'autres services. Il fut successivement: —
officier dans la garde communale de Liège ; — colonel de la légion du sud
de la garde urbaine de la même ville ; — adjudant-général chef d'état-
major de ladite garde; puis, colonel de la ¥ légion de la garde civique ;
— et enfin, le 18 mars 1848, il fut nommé colonel en chef des quatre
légions de la garde civique de Liège, ainsi que des corps spéciaux de
cavalerie, d'artillerie et des chasseurs-éclaireurs. Dans ces divers grades ,
il a rendu des services dévoués , désintéressés , constatés par les déclara-
tions de ses chefs et des principales autorités de la ville. Le commandant-
général de la garde urbaine liégeoise les reconnaissait (à la date du l'''' mars
1831) , dans les termes suivants :
i( \o D'aljord chef de poste à la caserne des Écoliers, il repoussa de nombreuses
tentatives de pillage, sut conserver le matériel immense que Tartillerie holhuidaise
Flandre. A la suite de cette vérification, un diplôme du reconnaissance d'ancienne noblesse
fut octroyé par l'Empereur Joseph II, le 3 avril 1786. Les anciennes armoiries y sont
peintes et décrites, telles qu'elles ont toujours existé dans la famille, depuis le rpiator-
zicnie siècle. L'on y fait mention « des dii;nités distinguées dont cette famille a été
» revêtu dans l'état ecclésiastique , ainsi que des eni|)lois et charges honorables qu'elle
» a occupés tant dans le civil que dans le militaire. « Cette généalogie produite de
nouveau, en 1816, au Conseil suprême de noblesse du royaume des Fays-Bas, a été
véritiée et approuvée par ce Conseil et déposée dans ses archives, ainsi que cela est
attesté par une lettre oflicielle de M. C. Chais, son secrétaire. C'est alors que le cheva-
lier François-Joseph de Le Bidart de Thuraaide fut nommé membre de l'Ordre Equestre ,
par diplôme du 26 avril 1816 (ii" 135).
25 XVI 41
— 11.2 —
V nv;iit laissé , el Ifi reiiiil iiilacl à .M. Uainlcliii , ciimiriaiidaiil PartiHorie île h
i^arilf iirltaiiu!. Ces allaqin's st; reimiivelorcnl iiciiilant rcspacc. d'un jiMir e( »riine
nuit, tant par la me des Éc(dioi"s que par le liras de rivière de Harlxtu. M. de Le
Bidart les repoussa toutes , et , quoique grièvement hlessê au bras gauche , il ne
se retira qu'à TOTrivëe de M. Dandeliu, porteur d'un ordre supérieur, qui enjoignait
de le ineltre en possession de la caserne d'artillerie.
1) 2" Dans la nuit du 6 an 7 septembre ÏH'AO , étant chef de poste de la garde
eomimmale à l'Ilàlel-de-ville , il aperçut, vers minuit, un signal de quelques
l'usées parties de la citadelle : les révélations d'une estafette, arrêtée près de là, ne
laissèrent aucun doute sur des projets de sortie contre la ville. Aussitôt, il réunit
quelques gardes communaux, et se rendit avec eux aux abords de la citadelle, tant
du ciMé du Péry , que de Sainte-Walburge, jusqu'aux, palissades de la porte d'entrée
du fort, pour repousser les Hollandais. Après une ronde de plusieurs heures, il ne
revini à son poste que quand il eut la certitude que les projets de l'ennemi étaient
avortés.
» 3" Dans la nuit du 10 au 11 septemtu'e 1830, chef de poste de l'^ptel-de-
ville , il rassembla les gardes communaux sous sou commandement , et se joignit
au petit nombre de volontaires qui, sous les ordres de M. Edouard Vercken, se
portèrent, vers une heure du matin, et pendant le reste de la nuit, surja roule
deTongres, pour s'opposer au renfort que la 13^ division liollandaise envoyait
à la citadelle de Liège.
4" Élu successivement, et toujours à rimanimité, capitaine adjudant-major
et commandant de la 4^; légion de la garde urbaine, il organisa cette légion sur
un pied plus uniforme, plus régulier, et y ajouta deux compagnies.
» 5o Capitaine commandant une des deux compagnies d'avant-garde dans
l'expédition de volontaires qui , du dix-sept au vingt-huit octobre 1830, et sous
les ordres de MM. de Derlaymont et Edouard Vercken , tenta de s'emparer de
Maestricht par surprise , puis en forma le prcmit^ blocus. La présence de ces
deux compagnies , toujours campées à une forte demi-lieue en avant, même de
la cavalerie, mit fin aux fréquentes excursions de la garnison qu'elles repous-
sèrent; rassura les populations envirounanUîs et encouragea successivement les
villages de Sbeeren-Elderen, Genoets-KIderen , Kall-Mlieer, llerderi'ii et autres,
à se déclarer pcnir la révolution et à arln>rer les couleiu's belges.
» ()<• Nommé adjudant-général , chef d'état-major de la garde urbaine , il se
livra sans relâche au travail lent et [lénible qu'exigeait rorganisalion déOnilive de
cette garde, sans cesser cependant d'en commander la i" légion.
» 7" L'un des chefs de rex]»édition qui, le "21 nov(!mbre 1830, se dirigea
de nouveau sur Maestricht, lit de nombreuses reconnaissances autour de cette
ville pour l'emplac/Mneut des batteries de siège , et descendit en ))lein midi dans
la |ilaine de Wyck , Justine près des glacis, en arborant le drapeau national, fait
d'ai'uies (pii le plai;;i , |!,'ii(l,iiil près d'une lieui'c , à un quurt de porlée de canoii
— 143 —
(le la forteresse , et pour lequel M. de Le Bidart fut nominativement cité dans
plusieurs journaux.
)) Enfin , il n'a cessé de prendre part à toutes les expéditions qui lui furent
proposées, et souvent il entretenait à ses frais une partie des volontaires qui
l'accompagnaient. »
Dix ans après, le 12 décembre 1840, M. de Le Bidart n'avait pas cessé
de rendre des services. Le colonel en chef de la garde civique de Liège ,
ayant donné sa démission , lui envoya le certificat suivant :
« J'aime à déclarer que M. le chevalier de Le Bidart de Thmaide , colonel,
» commandant la quatrième légion de la garde civique de cette ville, a con-
» stamment fait le service attribué à sa haute position dans la garde , avec intel-
» ligence et dévouement.
» M. de Le Bidart, que je considère à bien juste titre comme l'un de nos
)) officiers les plus distingués, a beaucoup contribué à l'organisation et au
» maintien de la garde civique à Liège , et je suis heureux de pouvoir lui en
» exprimer ici toute ma reconnaissance.
» Fait à l'état-major central delà garde civique à Liège , ce 12 décembre 18i0.
» Le colonel en chef, Vercken aîné. «
Le 18 mars 1848, M. le colonel de Le Bidart ayant été nommé colonel
en clief , reçut de Monsieur le baron de Macar, gouverneur de Liéiie , la
lettre suivante :
« Liège, le 26 mars 1818.
» Monsieur le Colonel ,
» Le bourgmestre de la ville de Liège m'a rendu compte de la nouvelle preuve
» de dévouement que vous donnez à votre patrie en acceptant les fonctions
Il importantes et aussi difficiles qu'honorables de commandant en chef de la garde
Il civique de Liège. Pour ma part , je m'en suis félicité , parce que je sais que vous
Il réunissez aux connaissances et à l'intelligence qu'exige la réorganisation de
)i cette force citoyenne , cette volonté forte et décidée de remplir tous vos devoirs. »
M. le gouverneur ne fut pas déçu dans son attente. Par son aptitude,
son expérience, sa fermeté et son dévouement, M. le colonel en chef de
Le Bidart n'ayant pas tai^dé à mettre la garde civique de Liège en état de
résister aux mouvements que l'on projetait , et qui pouvaient mettre en
• — 144 —
poril l'œuvre de 1830, eu leiKiit coniplo à M.Piemit, lioiirgnipstro de
la ville de Liège, qui lui ii'pondit :
« Liôge, k- -22 avril 18iN.
M Monsieur le Colonel en chef,
» J'ai reçu votre lettre du 15 de ce mois, par laquelle vous me rendez compte
(les résultats des opérations auxquelles vous avez dû vous livrer pour par\ cuir à
réorganiser la garde civique.
» Je suis heureux , monsieur le Colonel , de pouvoir vous exprimer comhien ces
résultats me semblent satisfaisants, grâce au zèle et au dévouement que vous avez
apportés dans la tâche difficile qui vous a été confiée, et que vous avez acceptée
avec un si louable empressement. »
M. le chevalier de Le Bidart de Thumaide , qui s'est fait un nom dans
les sciences, possède une fort belle bibliothèque , une collection de médailles
très-intéressantes et un cabinet de minéralogie très-complet. Il a consacré
ses veilles et son expérience à la production d'ouvrages estimés* Il est
auteur des publications suivantes :
1° Dissertation sur les traités publics, les aUiances et les traités de
paix (1 vol. in-4o, 1829).
2° Des vices de la législation pénale belge (1 vol. in-8<', 1842); ouvrage
couronné par la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du
Hainaut.
3" Réforme de la procédure criminelle et correctionnelle en Belgique
(1 vol. in-S", 1843); ouvrage couronné par la même compagnie savante.
— La Société des Amis de la Paix universelle , dont le siège est à
Londres, a décerné deux médailles à l'auteur de ces deux ouvrages pour
les adoucissements qu'il propose aux peines, et pour ses modifications aux
formes de la procédure.
A" Des améliorations que réclame la législation pharmaceutique belge
(1 vol. in-8o, 1844); ouvrage couronné par le Cercle Médico-Chimique
JKT Pharmaceutique de Liège.
5° Précis de l'histoire de la pharmacie (1 vol. in-8o, 1845).
6* Aniiatrshistorique>> et généalogiques des familles ^e/çes qui ont rendu
— 145 —
des services à l'Empire d'Autriche jusqu'à l.i révolution brabançonne
(2 vol. in-8«, 1848).
7» Mes impressions de voyage , sous le rapjort des sciences naturelles
(2 vol. in-S", 1850); ouvrage couronné par I'âcadémie royale des
Sciences naturelles d'Espagne.
8° Rapport sur les travaux de la Société d'Emulation de Liège, de
1842 à 1850 (1 vol. in-8o, 1851).
9° Mélanges de Littérature et d'Histoire (2 vol. in-8°, 1854).
Ces divers ouvrages ont valu h leur auteur plusieurs médailles acadé-
miques, et son affiliation h la plupart des compagnies savantes des diverses
contrées de l'Europe. L'énumération de ces titres serait si étendue, que sa
longueur même est un obstacle à cette curieuse citation. M. le chevalier
de Le Bidart de Thumaide est président du Conseil de salubrité publique
de la province de Liège; conseiller et membre d'un grand nombre
d'académies, conseiller provincial du Hainaut.
Ses services lui ont mérité des distinctions honorifiques. 11 est comman-
deur de première classe de l'Ordre de Saint-Georges de Naples; —
commandeur de l'Ordre chapitrai d'ancienne noblesse des Quatre-Empereurs
d'Allemagne; — officier de l'Ordre du Lion-de-Zaehringen de Bade et de
l'Ordre du Mérite du Lion-de-Holstein ; — chevalier des Ordres de
Léopold de Belgique et du Sauveur de Grèce; décoré de la médaille d'or de
première classe pour actes de courage, pour avoir, au péril de ses jours,
sauvé la vie à plusieurs personnes dans un violent incendie.
Par lettres patentes du 20 décembre 1840, le souverain Pontife lui a
conféré le titre de comte, transmissible à tous ses descendants.
M. le chevalier de Le Bidart de Thumaide, par application de la loi du
27 mai 1856, relative aux citoyens qui ont pris part aux combats de 1830,
compte actuellement (en 1858), blessures et campagnes comprises,
quarante années de bons et loyaux services rendus à sa patrie.
La famille de Le Bidart de Thumaide est alliée aux familles suivantes :
De Brumagne, — de La Roche, — de Nélis, — de Galiot de Genouilhac,
— de Bourgeois d'Aimeries , — de La Forge , — de Zomherg de Ciply , —
de la Vallée , — haron de Stassart de Noirmont , — Marquis de Maillen
— 146 —
d'Oheij , — Imron du FiiiUbarré de Fumai , — de Pieriiont de Wallin , —
baron de Spandl de Lhene , — ErremhauU du Maisnil , — vicomle de Daré
de Comoyne , — chevalier du Clélij de Witterzée , — marquis de Colins
de Quéverchin , — chevalier de Chaudelot, — baron de Carlier d'Yves , —
comte de Colins de Tarsienne, — comte de VHIérjas de Saint-Pierre, —
baron de Woclmont de Brnmagne, — de Cartier de Marchiennes, — baron
de Pontij, — baron dePiiteiirsde Budingen, — baron de Bernard de Faucon-
val, — baron de Woelmont d'Hambraine , etc., etc.
MON SÉJOUR A FLORENCE.
SOUVENIRS HISTORIQUES
Ch. J. van DEN NEST, piètie,
Conseiller de l'Académie.
(Suite, voir paye 'âiO, XV^ volume.)
Jeudi 19 Mars.
Si parmi les cités les plus belles de l'Italie, la ville de Florence se
distingue par le luxe de ses églises et de ses chapelles dont quelques-
unes ont déjà fait l'objet de notre admiration , elle l'emporte encore
sur ses nobles rivales par la somptuosité de ses palais dont toutes les salles
du Palazzo Vecchio nous ont déjà laissé entrevoir la prodigieuse magnifi-
cence. Au nombre de ces monuments qui environnent, de tant d'éclat,
le renom artistique de cette grande et remarquable cité, apparaît l'immense
palais Pitti dans toute la majesté de sa construction gigantesque,
dans tout le prestige de sa royale splendeur. Érigé en l-i40 sur les
plans du fameux architecte Brunelleschi et aux frais du riche négociant
tlorentin Luca Pitti , il dut , aux vicissitudes mêmes que subit la
fortune de son opulent propriétaire , de parvenir à un degré d'extension
et de faste qui l'a rendu un des plus superbes palais et des plus riches
musées de Tltalie. En elïet, Luca Pitti, fougueux adversaire des Médicis
à qui ses trésors portaient ombrage et dont il jalousait à son tour le pou-
voir, s'était mis à la tète d'un parti anarchique et avait tramé le renver-
— 148 —
sèment de la famille princière qui était devenue le seul obstacle à ses
projets d'usurpation. Justement alarmés des tentatives révolutionnaires d'un
pareil conspiré, les Médicis ne se firent pas faute de mettre en œuvre tout
ce qui put les déjouer et s'y prirent avec tant d'habileté et de persistance,
que le conspirateur ne tarda pas à tomber entre leurs mains. On devine
les suites de ce revirement. Le palais Pitti devint la propriété des Médicis
et reçut bientôt de tels embellissements qu'il ne fut pas jugé indigne de
servir désormais de lieu de séjour aux Grands-Ducs de la Toscane.
L'extérieur de ce palais révèle une nudité de structure qui, jointe à
l'aspect massif de la construction, donne à tout l'édilice cet air majestueux
et grave, bien supérieur au charme d'une architecture légère et pittoresque.
La partie de la façade qui s'étend du rez-de-chaussée jusqu'au premier
étage, se présente surtout sous ce dehors lourd et gigantesque qui^caracté-
rise les proportions générales du monument. De longues lignes raides et
uniformes, des couches de pierres granitiques superposées avec une symétrie
désagréable et pesante, absence du pittoresque, tendance vers le" colossal
— tel est l'aspect que présente le soubassement sur lequel s'asseient les
deux étages de l'édifice. La construction de ceux-ci, quelque massive qu'elle
soit, déroge cependant à la lourdeur un peu informe du socle sur lequel
ils se dressent avec une majesté qui ne manque pas, d'élégance. Quant à ces
étages, la façade en est percée par une série inposante et large de vingt-trois
fenêtres cintrées qui , à l'égal des autres parties de l'édifice, manquent,
elles aussi, de toute espèce d'ornement. Elles ouvrent nues, tristes et soli-
taires sur un large balcon qui domine la place et n'est peut-être beau que
parce que le grand Pie Vil, ceint de la tiare, y donna un jour sa béné-
diction à la population florentine prosternée sur la place.
La cour intérieure de ce palais est magnifique et d'une ordonnance qu'on
peut considérer comme étant un des meilleurs projets que Brunelleschi ait
jamais réalisés. De chaque côté de l'enceinte se déroule une galerie à
colonnades érigée dans un style imposant et tout-à-fait conforme à celui
des bâtiments auxquels elle se relie. En face de l'entrée principale qui,
comme nous l'avons dit, s'ouvre au milieu de l'édifice, s'élève une
terrasse gracieuse servant, en quelque sorte, de piédestal à une superbe
statue qui représente Moïse et (\\\o le ciseau d'un artiste célèbre tailla dans
— 149 —
le porphyre. On y voit encore le simulacre parfaitement bien imité d'nne
pittoresque caverne, ilu fait erocailleux de laquelle jaillit une fontaine dont
les eaux transparentes, retombant en cascade, lavent le tlauc de rocliers
aussi artistement sculptés que s'ils fussent une sauvage et poétique produc-
tion de la nature.
La collection des tableaux que renferme ce palais est une des plus belles
qui existe et étale, le long d'une série de quatorze salles vastes et splendides,
ce que la peinture a produit de plus sublime dans toutes les écoles, aux
plus brillantes époques de leur existence. On n'y rencontre donc que des
noms qui, à l'égal de celui de Rubens, do Raphaël, de Michel-Ange, de
Carrachio , du Titien , sont environnés de tout l'éclat d'une gloire incon-
testée et l'on n'y admire ces maîtres que dans leurs chefs-d'œuvre les
plus vénérés. Le nombre de ces productions d'élite s'y élève à cinq-cents.
Une soixantaine en furent dirigées sur Paris à l'époque de la révolution do
1789 et reintégrées, en 1815, dans les galeries du palais florentin qu'ils
n'auraient jamais dii quitter.
Dans la grand'salle du rez-de-chaussée on remarque des frescjues d'une
exécution aussi grandiose que l'ordonnance même de la somptueuse enceinte
où elles se trouvent placées. Elles représentent les principaux événements
de la vie de Lorenzo di Medicis et sont dues au pinceau de San Giovanni,
peintre renommé du XVII® siècle. Une salle attenante renferme des statues
modernes qui témoignent de beaucoup de mérite et prouvent que la sculpture
italienne a repris, depuis l'apparition de Canova, la voie aux saines
traditions que le contagieux exemple de Bernini lui avait fait jadis quitter.
Un escalier, d'une grande beauté, mène le visiteur au premier étage où
se trouve la célèbre galerie de tableaux dont nous venons de parler. Sur
des tables en mosaïque d'immense valeur, sont déposées des listes imprimées
énonçant la nomenclature des tableaux e.xposés et des artistes, au pinceau
desquels l'exécution en est due.
Il nous fut donné de visiter plusieurs fois ce magnifique musée.
Néanmoins on comprend qu'il doit nous être impossible de fournir au
lecteur une description détaillée des sublimités que nous fûmes à même
d'y admirer, et qu'il nous faut nous borner à ne faire mention que des
toiles les plus belles et qui nous ont spécialement impressionnés. Nous
— 150 —
citerons donc en première ligne : V Assomption de In sainte Vimie , par
Andréa del Sarto , univre éniineiit qui se distingue par la rare énei'gie de
l'expression et i|iii soutient noblement le renom de son auteur, le plus
grand peintre de l'École llorentine et le plus habile coloriste qui ait manié
le pinceau, depuis la Renaissance; — Une marine de Salvator Rosa,
passant , à juste titre , pour une des meilleurs toiles de cet artiste, amateur
passionné de la peinture aux effets lugubres et sauvages ; — La sainte
Yierjie avec l'Enfant Jésus assis sur ses (jenonx et saint Jean qui se trouve
à ses cotés , pai- Raphaël , œuvre capitale dont il serait inutile trexposer
les mérites après les milte imitations qui en ont été faites de toutes les
manières; — Le Pape Léon X ayant à ses côtés deux cardinaux, autre
chef-d'œuvre de Raphaël qui ne le cède en rien au précédent, pour la
perfection du coloris et la rare pureté du dessin.
Au nombre des portraits célèbres que peignit le Titien et que possède ce
musée, se distingue surtout celui du cardinal Ilippolyte de Médicis. Cette
toile révèle une connaissance si profonde du clair-obscur et de la* distri-
bution des lumières, qu'elle passe, avec raison , pour une des meilleures
qu'ait produites ce grand peintre. En dehors de ces ouvrages, ou y admire
encore : un tableau de Carlo Dolei, représentant le Sauveur au jardin des
olives et qui a fait le renom de cet illustre artiste. C'est en elfet une
production de maître qui brille surtout par la fraîcheur du coloris et par la
rare délicatesse des nuances ; — La sainte Vierge assise sur un trône et
environnée de saints ainsi qu'un tableau représentant saint Marc — deux
ouvrages qui sont regardés pour être les plus beaux (|u'ait produits le
pinceau si distingué de Fra Bartolommeo, religieux do l'ordre des Frères
Prêcheurs. Ils se caractérisent, en effet, par une grande noblesse de style,
par l'éclat du coloris, l'élégance des draperies et une habileté consommée
dans la distribution des groupes ; — Le marttjre de saint Afiathe par
Sebastiano dol Pionibo, production grandiose illustrée par l'admiration que
Michel-Ange lui avait vouée; — V Hospitalité de saint Julien de Cristoforo
Allori, tableau saisissant qui porte ce cachet de perfection que l'on retrouve
d'ailleurs sur tous les ouvrages de ce grand artiste , malgré le fâcheux
travers qu'il avait de g;Uer souvent ce qu'il produisait de mieux par des
tentatives d'améliorations inopportunes et des retouches hors de saison ; —
— 151 —
Judith abattant la tète d'Holofcrne , tableau superbe où le même maîtfe
semble s'être surpassé. Cette toile coulirme, sous tous les rapports, la haute
idée que la postérité s'est formée du taleut de cet artiste de géuie qui passe,
avec raison, pour un des plus grands peintres de son époque. Il possède
en effet une science profonde du clair-obscur dont il emploie les teintes,
sans jamais tomber dans l'exagération tout en restant vigoureux et vrai.
Ensuite, il a à lui son coloris qui, pour l'énergie des contrastes, n'est
peut-èti-e comparable qu'à celui de Rembrandt ; — Saint Pierre marchant
sur les flots, par Cigoli, œuvre éminent qui nous montre le talent expressif
de cet artiste sous une phase nouvelle; — Moïse saiwé , toile de Giorgio
Barbarelli où l'on retrouve ce coloris fort et brillant qu'il a su mettre en
vigueur dans l'école vénitienne et dont son illustre élève, S&bastiano del
Piombo s'est servi avec un si éclatant succès. ■ — La Madeleine de
Dominicino; — L'Adam et Eve pleurant la mort d'Ahel, du Titien; —
Y Immaculée Conception de Luca Giordano ; — Une Sainte Famille de
Bronzino sont des toiles qui révèlent une supériorité réelle et qui valent aux
maîtres qui les ont peintes un titre de plus à la vénération de la postérité.
Quelque remarquables que soient cependant ces productions , l'éclat en
est éclipsé par le fameux tableau de Michel-Ange qui représente les trois
Parques et qu'on estime être le chef-d'œuvre le plus médité et le plus
réussi de ce génie transcendant. Pvien en effet ne saurait donner une idée
de l'audace de dessin et de la force d'expression qui caractérisent cette
toile , exécutée d'ailleurs avec un fini parfait. Il est certain que des qua-
lités si éminentes et qui ne sont telles que parce que , visant à des con-
trastes suprêmes , elles produisent des ell'ets techniques que nul ou peu
d'autres ont réussi à obtenir — il est certain , disons-nous, que ces qualités
n'engendreront pas de production faite pour charmer la foule et pour être
d'un bien agréable aspect. Aussi , les trois Parques de Buonarotti ne sont
pas une œuvre du genre de celles qui captivent les regards et qui excitent,
du premier coup d'œil, l'admiration du spectateur. Elle a cela de commun
avec les ouvrages des esprits 'supérieurs qui rompent avec les traditions
existantes et qui , armés de leurs études, de leur méditation , de leur
pensée profonde , se fraient des voies nouvelles, à la conquête d'idées ou
de choses qui étaient échappées jusqu'alors à des investigations vulgaires.
— 152 —
Les résultats de leurs travaux ne sont pas toujours compris et, ilaus
j'iiifériorité où l'on se trouve vis-à-vis de leur grandeur , on se méprend
souvent sur la valeur réelle de leur intelligence et on confond leurs
qualités et leurs défauts. Sans appliquer cette observation au pied de h
lettre à l'œuvre de Michel-Ange, nous en concluons que la critique s'est
trompée en y trouvant des sujets à reproche là où, à tout bien prendre, il
ne fallait qu'admirer
Mentionnons encore les portraits de Paul Véronese, de Tînloretti , de
Guido Reni, ouvrages éminents bien dignes de perpétuer la gloire des
maîtres illustres au pinceau desquels ils sont dûs.
L'École flamande y est représentée par les plus brillantes productions
de ses plus célèbres artistes. C'est assez dire qu'elle l'est d'une nranière
admirable et qu'en rivalisant , dans ce riche musée, avec ses nobleg émules,
les chances de la lutte ne tournent pas toujours à l'avantage de ceux-ci.
En effet , nous le répétons , on y retrouve Rubens , Van Dyck , Jordaens ,
Van Huysum , Rembrant, Ruysdael , Backhuyzen , Frans Franck, Brcugel,
Susterman et tant d'autres artistes de premier ordre, dans ce qu'ils ont
peint de plus beau , de plus parfait. Parmi les œuvres éminentes dont se
compose cette superbe collection , nous citerons : Deux portniits par
Antoine Van Dyck représentant, l'un, le Cardinal Bentivoglio ■ — l'autre
le roi d'Anfjleterre Charles I"' et son épouse Henriette de France ; — deux
toiles i'v^m'a.nt la. Sainte Famille ; un tableau représentant les sw7es (/e la
guerre par Rubens , ainsi qu'un autre chef-d'œuvre du prince de l'École
flamande où il a esquissé son portrait et celui de son frère Philippe, de
Hugues de Groot et de notre fameux philologue Juste Lipse. Quant aux
autres toiles, dignes des maîtres renommés qui en sont les auteurs, elles
ont toujours concouru avec les œuvres des deux grands peintres que nous
venons de citer, à assurer à cette brillante collection une supériorité qui ,
jusqu'à ce jour, ne s'est pas démentie.
La journée touchait à sa fin lorsque nous quittâmes ces riches galeries ,
émerveillés de la beauté exceptionnelle des œuvres d'art que nous y avions
passés en revue , et fatigués de Faltcntion constante que l'analyse con-
sciencieuse nous en avait coûtée. Nous crûmes donc devoir interrompre ,
pour ce jour là , nos investig-ations studieuses à l'intérieur de cet admirable
— 153 -
palais et nous nous résolûmes à profiter pour le lendemain de l'autorisation
que nous avions reçue de visiter en tlrlai! les somptuosités artistiques qu'il
nous restait à y admirer encore.
Veiniredi , 20 Mars.
En dehors de sa magnifique galerie de tableaux , le palais Pitti possède
une bibliothèque qui renferme 80,000 ouvrages imprimés et 1,500
manuscrits — vastes trésors de la science qui s'y étalent aux regards dans
une suite de salles, toutes également spacieuses et admirablement décorées.
Le luxe qui embellit l'intérieur de ces appartements immenses, quelque
splendide qu'il soit, s'éclipse cependant devant la somptuosité des reliures
qui ornent tous les livres de cette remarquable collection. Et il n'y a rien
d'étonnant à ce qu'il en soit ainsi, puisque le Grand-Duc régnant Léopold II
consacre annuellement, à l'entretien de la bibliothèque, la somme considé-
rable de 24,000 francs.
Grâce à la permission spéciale qui nous en avait été donnée, nous fûmes
à même de visiter cette collection dans toutes ses parties et de reconnaître
ainsi toute la justesse des pompeux éloges qui nous en avaient été faits.
Parmi les ouvrages imprimés, on y rencontre : des éditions de tous les
classiques grecs et latins; — une collection complète des Yariorum éditée
en trois formats diflerents, ainsi qu'une autre édition du même ouvrage
publiée ad usuin Delphini ; — la collection entière et intacte de tous les
Elzevirs existants : ensemble bibliographique d'une rareté unique et d'une
immense richesse ; — ■ tous les ouvrages publiés par les membres de la célèbre
Académie Délia Cinisca; — un choix exquis et complet des éditions les
plus remarquables de tout ce qu'il s'est jamais publié de livres sur la
topographie de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique; — une série innom-
brable d'œuvres précieuses tant au point de vue de leur importance technique
qu'à celui de leur exécution matérielle et traitant, dans la plupart des
langues connues , de tout ce qui fait l'objet de la science humaine. Nous y
avons admiré aussi une foule d'ouvrages qui , écrits dans l'idiome itealien ,
datent tous du XV'' siècle et forment un ensemble d'une con--idérable
— 151. —
valeur. Parmi ces antiques éditions il s'en trouve ilont il n'existe (|n nu
seul exemplaire et (jui, comme produits typoi^raplii(|ues, se distinguent
par la lieauté hors-ligne de leur exécution vraiment monumentale.
Au nombre des manuscrits qui tous sont écrits en italien et possèdent
une importance archéologique irrécusable, nous avons remarqué : Un petit
livret en parchemin, composé de cent et une pages, qui a appartenu à
Torquato Tasso et dont le chantre de la Gerusaicmme libernta a paru se
servir jadis comme d'un mémorandum où il annotait ses inspirations et ses
vers. Nous l'avons feuilleté et nous avons trouvé bien authentiquenieiit
écrites de sa main, quelques pièces de poésie, des stances, des quatrains,
des sonnets. Toutes ces compositions portent les traces d'un travail soigne
et consciencieux , à en juger par les innombrables ratures qu'on y remarque
et qui tourmentent les phrases au point de les rendre illisibles à l'œil le
mieux exercé. Tel sonnet de l'illustre poète s'y trouve recopié jusqu'à trois
fois ; tel autre, parlant sur le même sujet, a été travaillé de quatre manières
ditférentes ; — les manuscrits de Marchiavel qui y sont déposés dans six
boîtes confectionnées en forme d'in-folios. Ces documents se composent du
texte manuscrit de ses ouvrages, de sa correspondance intime, de ses
rédactions diplomatiques; — quinze volumes in folio renfermant, outre les
manuscrits de Galilée, la collection, certes, fort intéressante de tout ce
qu'il s'est jamais pul)lié, pendant la vie de ce grand homme, d'écrits hostiles
à ses systèmes — écrits dont la j)lupart portent en marge des notes justifi-
catives tracées de sa main. Toutes les rédactions de Galilée sont iaites avec
beaucoup d'aisance et ne sont pas dépourvues de style. La lettre coulée en
est claire, limpide, de facile lecture, et elle contraste singulièrement avec
l'aspect presque indéchiffrable de l'écriture grêle et menue de Marchiavel
et des manuscrites de Torquato, dont la lettre massive et d'ailleurs bien
formée s'embrouille dans les variantes ou disparaît sous les raturée ; —
deux lettres de Lorenzo di Medicis, les œuvres de Benvenuto Cellini, et un
roman du moyen-âge, écrit en prose italienne et illustré sur chacune de
ses pages, de fort beaux dessins faits à la plume En dehors de ces ma-
nuscrits précieux, cette riche collection renferme une foule d'autres docu-
ments de la plus haute importance prov(!nant des archives de l'ancienne
républi(iue floreiiline.
— 155 —
Après avoir visité celte remar([iiabie bibliothèque, nous lYirnes introduits
ilans le musée des ciselures — ^ vastes salles d'exposition éblouissantes d'or,
d'argent, de pierreries , où le génie combiné de Benvenuto Cellini, de
Jean de Bologne et de leurs plus illustres élèves a opéré des prodiges.
Parmi les objets d'art précieux qui s'y trouvent étalés , nous avons admiré :
Un grand plat d'argent et une aiguière du même métal , ciselés par
Cellini et représentant VEnlèvemeni de Proserpine ; — une statue de Saint
Jean , exécutée en or massif par Giovanni di Bologna ; — cinquante-quatre
plats en vermeil ornés de ciselures et de bas-reliefs , et confectionnés
par Benvenuto Cellini et ses élèves ; — quatre bocaux en or incrustés en
émail et montés en pierreries : travail admirable de délicatesse et de
goût que le ciseleur précité exécuta par ordre de Cosme I'' ; — des calices ,
àes crucifix, des ostensoirs , datant du treizième, du quatorzième et du
quinzième siècle; — un calvaire en bronze représentant le crucifiement
du Sauveur, chef-d'œuvre du ciseau de Jean de Bologne qui s'y est
surpassé en modelant la sublime figure de l'Honime-Dieu élevé sur la
Croix ; — un ijrand plat en lapislazzuli aux rebords ornés de perles
fines; — une érection en croix , chef-d'œuvre de statuaire à proportions
réduites, dont il nous est impossible de décrire les admirables détails.
Le Sauveur, la sainte Vierge et saint Jean 'y sont représentés par des
statuettes en porphyre. Au pied du Calvaire, le ciseau du sculpteur a
évoqué les différents épisodes de la Passion en figurines taillées dans le
corail avec une perfection étonnante. Toutes ces images sont rehaussées
de topazes, d'agathes, de jaspe égyptien, des perles les plus fines , des
pierres les plus précieuses. Au milieu de la pièce se dresse une statuette ,
représentant la Mère aux sept douleurs. Cette figure, sculptée dans le
corail, est d'un travail incroyable de délicatesse et de fini ; — l'Enfant Jésus,
taillé en marbre calcédonien et reposant dans une crèche sculptée en
cristal de roche; — une collection de deux cent soixante-dix médailles
sur lesquelles sont peints en miniature les portraits de tous les membres
de la famille des Médicis et des grands hommes qui en furent les contem-
porains ; — un groupe composé d'une statuette en marbre blanc repré-
sentant saint Sébastien lié à un arbre sculpté dans le corail : superbe
production due au ciseau de Michel-Ange qui nous y révèle une nouvelle
— 13G —
aptitude (le son universel v^î'me; — deux vafies en argent, à décors ciselés,
représentant la puissance de l'empire autrichien et qui lurent exécutés
à Buda, en 1700.
Dans les dépendances du palais Pitti se ti'ouve un jardin qu'on connaît
à Florence sous la dénoniiualion de Uoholi , et qui, à des jours déterminés,
y est ouvert au public. Ce beau parc présente des endroits de promenade
fort agréables et l'arrangement en fait honneur à l'iiabileté de l'architecte
Buontalenti sur les dessins duquel il fut disposé et embelli. Les perspectives
y sont en effet ménagées d'une manière très pittoiesques et l'artiste a
tiré un parti très-sage des ondulations qu'y piésente le terrain, pour
rompre l'uniformité des alignements et pour faire surgir, dans les profondeurs
des taillis, les charmantes surprises de la décoration agreste. Mais ce qui
ajoute surtout aux attraits de cette pittoresque enceinte, c'est la présence
des citronniers, des cèdres, des lauriers, de cette vègétatioiT qui ne
s'acclimate que sous le ciel des contrées méi'idionales et dont le feuillage
toujours vert a le doux privilège d'évoquer les charmes de l'été dans la
morne tristesse de la saison des frimats. De distance en distance, l'œil du
promeneur voit surgir dans les massifs touffus des ornements de sculpture
du meilleur effet. Les statues qui s'y trouvent datent d'une époque où
l'art était en décadence et, si elles ne proclament pas hautement les
mérites des artistes qui en furent les auteurs, elles concourent du moins,
d'une manière satisfaisante , à embellir ce séjour champêtre où leur seul
aspect fait naître la grâce et la variété. Parmi ces statues, il y en a cependant
au sujet desquelles nous ferons nos réserves et qui, en contribuant à
l'ornementation du jardin, le font d'une manière grandiose et digne de l'ai't
dont elles sont les chefs-d'amvre. Ces statues sont : Un A^ep/îme surgissant
au milieu d'un bassin , par Naceroni ; — Apollon et Cércs , parBardinelli;
■ — un groupe colossal de Jean de Bologne représentant le Ganije ,\eMI , et
VE II pli ni II' et réputé un des plus beaux ouvrages de ce grand et fécoiul
artiste — ainsi que les deux stulucs que Michel-Ange avait sculptées pour
le tombeau du Pap(^ .Iules 11 et dont nous avons déjà parlé.
Des bailleurs de ce jardin le spectaliîur jouit d'un beau coup-d'aMl.
Knfouie dans la plaine, au milieu de ses bocages et de ses vergers, entouiée
de sa chaîne de montagnes aux lianes arrondis et boisés, la ville de
— 157 —
Florence est là , étendant au loin les charmes de son panorama et fesant
détacher les faîtes de ses églises et de ses palais sur le bleu si pur de l'Italie*
Au pied de la colline, YArno déroule ses ondes qui , en serpentant vers le
fond du paysage , vont se perdre dans les forêts lointaines , pendant que le
palais Pitti se dressant dans le voisinage apparaît, au milieu de cette
soUitude, dans toute la majesté de son aspect austère et de sa gigantesque
grandeur.
25 XYI 12
EXTUAIT DES IMiOCES-VEUBAUX
DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE-
L'empereur du Brésil, le roi de Bavière et le grand-duc de Hesse —
auxquels l'Académie continue à faire hommage de ses travaux , , — la
remercient de ses dernières publications, que ces souverains ont daigné
agréer avec beaucoup de bienveillance.
— • MM. Huytens et le professeur Ed. Maertens, nommés récemment
membres effectifs, remercient l'Académie pour leur admission.
— MM. de Assas et de Goicoechea, de l'Académie royale d'histoire
d'Espagne, remercient pour leur admission comme membres correspondants.
— L'Académie royale des sciences, lettres et beaux-arts de Belgique
adresse à l'Académie son programme de concours pour 1860.
— La société royale d'horticulture des Pays-Bas fait parvenir son
programme de sa vingtième exposition, qui aura lieu à Rotterdam du 13
au 16 avril 1860.
— La société française d'archéologie pour la conservation et la descrip-
tion des monuments invite l'Académie d'assister an congrès archéologique
— 26^ session — qu'elle tiendra à Strasbourg, le 22 août 1859.
— M. le comte de Kerckhove , président de l'Académie, annonce la
mort de l'illustre prince de Metternich, membre honoraire, décédé le
11 juin dernier à son hôtel à Vienne.
Voici quelques détails biographiques sur cet homme si justement célèbre :
— 159 —
Le prince Clément-Winceslas-Lothaire de Metternicli-Winnebourg,
duc de Portella , comte de Koeniriiîswart , etc. , etc. , grand d'Espagne de
première classe , conseiller intime actuel et chambellan, était né le 15 mai
1775, à Coblentz. Sa famille était originaire du bord du Rhin, dans le
pays de Juliers. Le père du prince, comte Georges de Metternich, était né
à Coblentz, en 17-46. Il fut longtemps envoyé extraordinaire près les cours
électorales du Rhin , fut nommé commissaire pour le couronnement de
l'empereur Léopold II, en 1790; en 1791, il devint ministre dirigeant
dans les Pays-Ras , sous le duc Albert de Saxe-Teschen et l'archiduchesse
Christine. Au congrès de Rastadt, il était le principal commissaire autri-
chien , et en 1810, il remplaça momentanément son fils comme ministre
des affaires étrangères d'Autriche. Il mourut le 11 août 1848.
Le prince Clément entra, à l'âge de 15 ans , à l'université de Strasbourg,
dirigée alors par le célèbre publiciste de Kock. 11 se trouva sur les bancs de
l'université avec un jeune homme devenu depuis célèbre, Benjamin
Constant. Une certaine intimité unit les deux jeunes élèves. Après avoir
achevé ses études, le comte, devenu prince de Metternich, entra à 21 ans
dans la diplomatie comme secrétaire au congrès de Rastadt ; il accompagna
ensuite le comte de Stadion dans ses missions à Berlin et en Russie et fut
nommé en 1800 ambassadeur à Paris; il eut de grands succès dans le
monde par ses manières élégantes, ses immenses connaissances, son esprit
vif et délicat, sa parole facile. Il était bien vu à la cour des Tuileries.
La guerre déclarée par l'Autriche à la Bavière lorsque Napoléon
était occupé de l'expédition d'Espagne changea contre lui les dispositions
de Bonaparte. M. de Metternich reçut l'ordre de quitter la France. Un
capitaine de gendarmerie accompagna la chaise de poste de l'ambassadeur
jusqu'à la frontière. Après la bataille de Wagram, le comte de Stadion, qui
jusqu'alors avait dirigé les affaires sous l'influence du système anglais ,
dut se retirer du cabinet. L'empereur François le remplaça au poste de
ministre des affaires étrangères par le comte de Metternich, qui fut envoyé
comme plénipîitentiaii'e ainsi que le comte de Bubna, partisan de la paix,
auprès de Napoléon. Le résultat des conférences fut le traité de Vienne de
1809. M. de Metternich prit , à la suite de ce traité, le titre de chancelier
d état et la direction de$ affaires étrangères.
— 160 —
L'union — niallieureuse sous plus d'un rapport — de rarcliiduchesse Ma-
rie Louise a\ec Napoléon l'ut préparée et accomplie par les soins du prince de
Metternich. Après la campagne de Russie et les batailles de Lutzen et de
Bautzen, M. de Metternich se présenta comme médiateur armé et prépara
l'armistice de Plesswitz définitivement réglé à Neumark. 11 se rendit à
Dresde auprès de Napoléon pour répondre aux ouvertures qui avaient été
faites à l'Autriche. Là eut lieu la célèbre entrevue si connue dans
le monde. Après l'insuccès des conférence s de Prague, M. de Metternich
annonça que l'Autriche s'unissait à la coalition. Au congrès de Vienne, en
i814, M. de Metternich exerça une influence marquée. Il avait alors 41 ans.
Depuis cette époque jusqu'en 18i8, M. de Metternich dirigea exclusivement
la politique de l'Autriche.
En 184-8 il quitta Vienne lors de l'insurrection et se réfugia en Angleterre,
qu'il quitta bientôt après pour Bruxelles, où il passa quel(|ues mois; il
occupait l'hôtel de M. de Bcriot, rue de l'Observatoire, à St-Josse-ten-
Noode. Pendant le ministère du prince de Schwaitzenberg, le prince de
Metternich retourna en Autriche, où il a continuellement résidé jusqu'à sa
mort. Il s'était marié en 1795 à la princesse de Kaunitz, qu'il perdit en
18!25; il épousa, en 18:27, la jeune comtesse de Beilstein, qui mourut en
1829. En 1830 il se remaria à la comtesse de Zichy-Ferraris, qui mourut
en 1854. Il laisse trois fils et quatre filles. Le prince Piichard, fils aîné du
deuxième lit, après avoir été secrétaire de légation, est aujourd'hui eiivové
extraordinaire et ministre plénipotentiaire près les cours de Saxe royale
et ducale.
M. de Metternich a été comblé de dignités et de faveurs par les souve-
rains. Affable dans la vie privée, il aimait à se reposer des fatigues de son
vaste ministère dans des conversations qui étaient encore des éludes, parce
qu'il écoutait; il était avide de tout connaître, de tout savoir et de tout
lire. Quand le chancelier avait devant lui un esprit médiocre, sa conversa-
tion se transformait en plaisanteries, en calembours, en mystifications ; il
excellait surtout dans l'art de donner le change sur ses projets réels. En
face d'une habileté aussi haute que la sienne, il se tenait sur ses gardes,
échangeait sa supériorité.
Il est resté ministre tout-puissant pendant Ircutc-iieiir ans. 11 était un
— 161 —
des plus grands diplomates du siècle et un savant distingué. L'Académie
impériale des sciences de Vienne et plusieurs autres compagnies scientifiques
le comptaient parmi leurs membres.
— L'Académie a reçu, depuis la dernière livraison de ses Annales, les
envois suivants :
i. De la Société Archéologique de l'Orléanais, les n°* 31 et 32 de son
Bulletin. — Année 1858.
2. De la Société scientifique et littéraire duLimbourg, la \^^^ livraison
du tome IV de son Bulletin.
3. De l'Académie royale de Médecine de Belgique, les n°* 8 et 9 du
tome II de son Bulletin.
4. De la direction du journal Belge de l'Architecture, la 2^ livraison
de la 8^ année.
5. De M. l'Abbé Corblet, membre correspondant à Amiens, les n"-' 6
et 7 — juin et juillet 1859 — de sa Bévue de l'art chrétien.
6. Du même une Notice intitulée : A-t-on réservé le précieux sang dans les
siècles primitifs et au moyen-âge. — Extrait de la Bévue de l'art chrétien. —
7. De la Rédaction du journal de l'Imprimerie et de la librairie en
Belgique, les n»' 4 et 5 de 1859.
8. De la Société des arts et sciences du Brabant septentrional, ses
Mémoires de l'année 1858.
9. De MM. H. Q. Janssen et J. H. Van Dale, membres correspondants,
les 1*^, 2*^, 3"^ et 4° livraisons de 1858 de leur recueil intitulé : Bydragen
voor de oudheidkimde en geschiedenis , etc.
10. De la Société archéologique de Naniur, la 1^ livraison du tome VI
de ses Annales.
11. De la société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, le
cahier de juillet 1859 de son Journal.
12. De la Société historique de la Basse-Bavière, les 1^ et2<' livraisons
du Vl*^ volume de ses Mémoires.
13. De rAcadéniie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de
Belgique, les n"^ 5 et (i du Tome 7 de 1859 de ses Bulletins.
— IG'Z —
1-4. De la Société impériale archéologi(|iie du midi de la France , la
5« livraison du Tome VII de ses Mémoires.
15. De M. le chevalier du Vivier de Streel , curé de St-Jean à Liège ,
membre correspondant , sa brochure intitulée : Quelques données antiques
sur le quartier de l'Ile de la ville de Liège.
16. De M. le docteur Janssen , conservateur du musée d'antiquités de
Leyde, membre correspondant, deux Notices en Hollandais, l'une sur les
inscriptions étrusques, et l'autre sur la collection d'autographes de feu
Henri Cainiegieter.
17. De M. le président de l'Académie , la carte du théâtre de la guerre
d'Italie.
18. De M. J. Van der Maelen , une Notice intitulée : Essai sur les
armoiries des souverains et Etals de V Europe, expliquées par les «traditions
légendaires et historiques. ■ — • Extrait d'un recueil périodique.
49. Du bibliophile belge, le l]'' cahier — juillet 1859 — de son Bulletin.
20. Du Pi. Père Terwecoren , plusieurs nouvelles livi'aisons de son
recueil intitulé : Collection de précis historiques.
21. De M. Angillis, pharmacien à Ypres, sa Dissertation sur le sang de
bœuf.
22. Du même, son Mémoire sur les fleurs du Braijera Anthelmintica.
23. Du comité flamand de P'rance, le n" 15 — mai et juin 1859 — de
son Bulletin.
24. De la direction du recueil intitulé : thc Atlantis, publié par des
membres de l'université d'Irlande, le n° IV. — Juillet 1859.
25. L'Académie reçoit les quatre premières feuilles du tome I*^ du
Bulletin de la société paléontologique de Belgique, fondée à Anvers, le l'''"
mai 1858, et qui, établie sous la direction d'hommes de mérite et remplis
de zèle, ne peut manquer d'atteindre son noble but. V.clU) nouvelle com-
pagnie savante a pour président M. le docteur A. llytteiiioeven, chirurgien
en cbefde l'hôpitiil civil d'Anvers, cl pituisccièliiirc i\l. Iv de Wael.
SUITF, AU TABLEAU CKNERAL
MEMBRES DE L'ACADÉMIE,
CONTENU AU TOME XV® DES ANNALES.
Iflembre eflectif t
MAERTENS (Edouard), docteur en philosophie et lettres, professeur à l'Athénée
royal d'Anvers, etc.
Jfleiiibre correspondant :
BOUCHER DE CRÈVECŒUR DE PERTHES (Jaques), président de la Société
impériale d'émulation d'Abbeville , chevalier de Malte et de la Légion
d'honneur, membre de la société des antiquaires du Nord, d'archéologie
d'Angleterre, de numismatique de Londres, de géologie de Vienne (Au-
triche) et des georgofiles de Florence, etc.
DE L'INFLUENCE DE LA RELIGION
L'EMPLOI DES MAINS,
P. LANSENS,
Meinbri^ lorrc^poiiflant de l'Académip.
» La religion des anciens Gaulois est la partie
» de notre histoire la plus ignorée et peut-être
» la plus importante et la plus curieuse. »
LK R. P. DoM'", Religien.r Bé7iédictin
de la congrégation de St-Matu:
Pendant que les hommes étaient encore dans les langes de la barbarie,
ils reconnaissaient déjà l'existence d'un Être invisible, immense et créateur
de l'univers, qui n'est susceptible d'aucune figure et qui ne peut être
enfermé dans aucun lieu. Ils tombèrent h genoux et adorèrent partout ce grand
Être. Or, ce culte rendu à l'Être créateur et conservateur de toutes choses,
était trop sublime, trop abstrait pour faire naître une idée de la divinité
dans la faible conception des masses. Les plus ingénieux voulant rendre
leur sublime doctrine plus intuitive personnifièrent symboliquement cet
Être; ils Lui prêtèrent différents attributs qu'ils représentèrent aussi
allégoriquement aux sens, et qui devenaient ainsi les objets d'un culte
public. Ceux qui le dirigeaient, fixèrent certains dogmes et une morale en
action en rapport avec eux. Ces différentes divinités eurent bientôt des
prêtres, qui leur offrirent des sacrifices et qui furent les dépositaires de la
doctrine. Ils faisaient une théologie, où ils distinguèrent les actions des
hommes en bonnes ou mauvaises. Dès lors il n'y avait plus d'œuvres indif-
férentes; pas même la main qui doit agir pour faire les actions. Les
23 XVI 15
— 160 —
dootriii'^ fie rctte moiale païenne avaient de Inmne lienre indiqué le côté de
dignité de riionime, et la main dont les sacrilieateurs devaient se servir
dans l'exereice de leurs fonctions religieuses. La théologie des adorateurs
des mythes Scandinaves avait adopté la main fianche pour faire les oiTrandes
et agir dans les sacrifices ; c'était la main de dignité, la seule propre ;\ faire
une œuvre méritoire devant les divinités adorées. L'emploi de cette main
entra avec la civilisation religieuse dans la vie civile.
La connaissance des dogmes de nos ancêtres, les objets de leur culte, la
nature de leurs offrandes, les circonstances des sacrifices, les descriptions
des cérémonies religieuses, leurs superstitions, les mœurs et les usages
de ces générations passées ne sont certainement pas sans intérêt pour nous.
Toutefois nos savants négligent un peu la recherche de cette antiquité
morale, dont on retrouve encore des débris mutilés dans lés mo'urs du
bas peuple. Ils préfèrent se livrer avec zèle et ardeur à la recherche des
antiquités physiques qui frappent les sens ; les uns se plaisent à faire la
description de nos anciens édifices publics : tels que les basiliques et les
hôtels de ville ; d'autres pul)lient des chartes de franchises de nos com-
munes; d'autres encore s'occupent de l'explication des pierres tuniulaires
et à fouiller les tumulus, tant romains que germaniques dans le but d'y
trouver des antiquités, dignes d'occuper leur sagace connaissance ; d'autres
enfin recherchent avec grande avidité d anciennes médailles. Certes, tous
ces savants laborieux paient un gros tribut à l'histoire générale du pays :
car tous ces restes précieux sont aussi des témoins irrécusables du senti-
ment religieux, du génie, de la civili; alion et de la richesse de nos ancêtres.
Malgré toutes leurs investigations, des monuments immatériels assez
majestueux échappent à la vue pénétrante de ces écrivains. Opendant le
temps avec son niarlean destructeur les frappe à coups redoublés, et encore
quelques coups ils pourrcnit disparaître à jamais!
Inquiété des menaces de l'inexorable temps, nous avons nons-nu'mes sauvé
queliiiies fragments des monuments moraux de sa faulx. Nous nous propo-
sons maintenant de percer le voile qui couvre l'origine de l'autiiiue usage de
nous servir <!(• la main di'oite, dans nos actions pieuses et. dans celles de la
vie civile. Mai^ avant de démontrer et de développer cette antiquité, nous
clov(.lîl^ ayir lationnenenieiit cii l'ai aiil voirfiiie le>< idelàlre<, nos ancêtres,
— IGT —
se servaient dans toutes les circonstances solennelles de la main gauche.
Voilà ce que nous tâcherons de démontrer par les anciennes sagas, qui
font la description des sacrifices ; par les solennités religieuses ; par la
pratique de la médecine , exercée par les prêtres et par les devins ,
ainsi que par des statues. Le développement de cette démonstration fera
la première partie de cet écrit.
L EMPLOI DE LA MAIN GAUCHE.
L'on sait que les anciens habitants d'une grande région de l'Europe,
adoraient autrefois Odin ou Esits. Ces deux divinités imaginées leur
tenaient lieu de Mither ou Milhras, * divinité des orientaux, que les
disciples de Zoroastre '■^ considéraient comme le créateur et le conservateur
de toutes choses. Les Perses le tenaient pour le dieu suprême qui
commande à un grand nombre de Mythes inférieurs.
Le soleil était son eiubléme et le feu son image. Le caillou et le briquet
étaient aussi déifiés, parce qu'ils servent à se procurer du feu.
Ce culte, tel qu'il était en Orient, ne resta pas toujours dans son unité
primitive ; en émigrant , il se partagea bientôt en plusieurs branches dont
les rits étaient différents, et dont les idoles, objets d'adoration, avaient
' Mithri ou MHhir est un mot persan qui veut dire dans l'antique langue des Perses,
Roi de toutes choses (Saliger, Emendat. Temp., iib. 6, pag. 588) Invictus est un
épithittim qu'on lui attribuait.
* Ar'.iSTOTE fait dériver ce nom de Zdcos, pur, et de Astron, astre. D'autres donnent à
ce nom la signifiation d'astre vivant. Il obtint ce nom, parce que ses sectateurs le crurent
enlevé tout vivant au ciel , et mis au rang des dieux. Une tradition assez singulière sur
ce patriarche des magiciens semblerait assigner une antiquité très-reculée à la découverte
de l'électricité. Zoroastre était, dit-on, fort adonné à la contemplation des astres, dont
la magie lui avait appris à faire jaillir des étincelles. Enfin une de ces étincelles, dirigée
par le démon tomba sur lui et le consuma. On sait que des savants modernes ont eu le
même sort , sans que le diable s'en soit mêlé.
— 168 —
d'autres dénominations; mais \e Ibnd. restait le même : les mythes Scandina-
ves, que les Belges septentrionauxadoraient et les idoles des Druides, adora-
teurs d'Esus, restaient absolument sur le même piédestal. Le principe de
l'un et de l'autre culte était le calorique, représenté parlesoleil,^ qui anime
les trois règnes de la nature. Cet astre était adoré par les Scandinaves sous
le nom à'Odm (tUoîlûlî) , l'un de leurs rois, qu'ils représentèrent aux
sens par un guerrier couronné. On lui avait donné la terre , sous la
dénomination de Frigga , pour épouse. De cette union allégorique naît
le fluide électrique , que l'on avait personnifié par une idole nommée
Thor ; divinité qu'on faisait présider aux orages et diriger le tonnerre 2.
Ce mythe avait un marteau (illiôlncr), comme emblème de sa puissance.
Voilà la sainte trilogie du culte d'0(/r/(, introduit en Belgique par des
colons saxons , teutons et Scandinaves 5. Ces divinités en enfantfii^ent un
grand nombre d'autres et établirent ainsi le polythéisme en cette contrée.
Odin et les divinités lui subordonnées étaient adorés dans des vastes forêts
in castum nemiis, dit Tacite, lieux appelés dans la langue de nos ancêtres
Ijjûroou j^fûrno. Là, ils avaient des sanctuaires tUîl)l)U0 d'une forme
ronde, ombragés de quelques gros chênes (Cuttîl), arbres consacrés à
0dm. Ce lieu sacré était dans un cercle ceint d'un large fossé ou d'une
haie vive. Dans ce lieu, spécialement dédié à l'une ou l'autre divinité,
était, du côté de l'est, un autel. Cet autel était de pierre, soit carré
parfait, soit carré long, sur lequel les symboles de la divinité qu'on y
adorait étaient grossièrement gravés. Il était creux par en haut pour
recevoir le sang des victimes. Assez prés de l'autel se trouvait une
lampe, image du soleil, des briquets et des cailloux '*, une table
' Quelques savants prétendent que le soleil a été aJoré dans une grande partie de
l'Europe. Ils fondent leur opinion sur la racine qui se trouve dans le mot qui exprime
la même idée dans les langues des régions où cet astre aurait été un objet de culte.
En effet, la racine du mot soleil se montre en latin dans le mot ml; en allemand, en
hollandais et en flamand dans celui de wn ; l'astre du joiu' s'a[)pelle en danois sole ou
soele ; en pollonais slonce ; m dalmaticn et bohémien sliiiice.
* Le tonnerre s'appelle encore en langue suédoise 'SIjoràûii.
' Voir ma Colonisatioti des Flandres, publié'c dans les Annales de l'Académie d'Archéo-
logie de Belgique (1830.)
* Les adorateurs A'Odin et A'PJsus entreiriiaicnt un feu éternel (Pcrpetiii ignés) dans
Jeurs sanctuaires, (Polv, Ilist. solin., cap. "I"!).
— 169 —
pour déposer les offrandes, l'acerra contenant toutes sortes d'aromates, les in-
struments servant à égorger les victimes {secespita) et un chaudron qui con-
tenait l'eau lustrale, avec laquelle on aspergeait ceux qui prirent part aux sa-
crifices. On employa ensuite ce vase sacré pour faire bouillir une partie
des victimes. Les offrandes consistaient ordinairement en des chevaux, du
bétail (i^û); des gâteaux, des boissons, mais surtout de l'hydromel *.
Les sacrifices des païens, nos ancêtres, étaient de trois sortes; savoir :
1° pour rendre grâce aux immortels pour des bienfaits reçus; 2° les
expiatoires, et 3° pour demander quelques faveurs h Odin ou à d'autres
divinités. Il y avait dans l'enceinte sacrée vers l'Occident des bancs circu-
laires destinés à ceux qui venaient faire des offrandes, ou simplement
pour assister aux sacrifices 2.
Les hommes y étaient séparés des femmes : les premiers se trouvaient,
comme les plus dignes , du côté gauche de l'idole représentée sur l'autel ,
et le beau sexe occupa le côté droit du iUtl)l)Ud.
Le sacrificateur (Ipluûôtrort,) les victimaires (jBloîimûn) et les autres
personnes consacrées au service des immortels , ainsi que le peuple assistant
aux sacrifices devaient avoir la figure tournée vers l'est. Cette position
était prescrite par la liturgie du culte à'Odin ^, parce que, ainsi placé, on
avait devant soi le soleil levant, considéré comme étant l'unité à laquelle
toutes les autres divinités se rapportaient ■*, et la main gauche indiquait
le point septentrional ou le pôle arctique , que les idolâtres vénéraient
beaucoup ; parce qu'il paraît toujours aux habitants de notre zone ^. Les
astronomes ou devins soutenaient qu'ils devaient se placer de cette manière
pour prendre les augures ^ et agir de la main gauche.
Placé avec la figure vers l'est, ou le point où le soleil paraît se lever, la
main gauche indiquait la patrie à'Odin, qui était en très-grande vénération
' La saga d'Ynglinga, G. 41.
- Heimskringla, g. 16 et n.
' Heimskringla, G. 16 et 17.
* Saga de Gunnlaiig Ormstunga.
' Denis d'Halic, I. 2, C. 2.
^ Lœva prospéra esthnuntiir, qnoniani lœva parle inundi ortus est. Pi.iN. 1. "2, G. 54,
Varron , GicÉRON , Festls ot piiisieuis antres anciens disent la même chose.
— 170 —
parmi ses adorateurs. Cette main indicatrire de la contrée de prédilection,
de terre piétciidiie sainte, était la main de dii^iiité, la seule dont on piU
se servir pour déposeï' les offrandes, pour é;;orger les victimes dan> les
sacrifices, ainsi que dans les sciences prétendues divines et dans toules les
œuvres qui se rapportaient au culte rendu aux divinités Scandinaves '.
Quand le moment solennel de faire un sacrifice annuel ou circonstanciel
était venu, le sacrificateur, vêtu de salont^ue robe blanche, rayée de pourpre,
de soi te que les raies allaient successivement de part et d'autre ^ ; les
devins et arusiiices, à peu près dans le inèine costume; les victimaires et
ses aides, nus an-de.-sus de la ceinture, ainsi que les vierges au bouclier,
consacrées à Odin (ôkolîUllor) "' parées de leur robe de fi'te, parurent à
l'autel. Lescouteaux, les cuillères et tous les ustensiles desacrificebrillentaux
yeux , on dépose les offrandes sur le trépied , les victimes sont emmenées ;
les chevaux hennissent, les taureaux beuglent, les vaches mugissent et
les agneaux bêlent; ces cris, tantôt alternatifs, tantôt mêlés, font retentir
le iUil)l)Uô.
Fendant que ce bruit se fait entendre au loin , le sacrificateur asperge
le peuple, qui reste tout armé'*' sur les bancs qui lui sont destinés.
L'officiant de retour devant l'autel fait un toar h gauche , ainsi que les
antres personnes consacrées au service des dieux, pour montrer leur im-
mense puissance. Ensuite il murmure une courte prière pour invoquer Odin
ou une autre divinité. Le peuple est revêtu de son meilleur Maseg, (diciitkunst) ; Dardas,
histoire poétique; Bardonath, l'art d'écrire en vers , et d'autres. Les fonctions Aes bardes
dans le culte à'Esus étaient de transmcUre l'histoire de la nation à la génération future
et la devination et tout ce qui s'y rapportait.
' Strabon, ubi suj).
* Le P. Dom'" La Bdinion des Gaul. T. I, ji. 53.
* Virijalis lacent saiiulis (VuKiiL. JEnd 1. 8.)
» T.\crr. I. 4, c. RI.
— 177 —
t^poiix une seule fois par an. Enlin la troisième classe de druidesses
devaient nettoyer les ustensiles destinés aux sacrifices et faire le gros
ouvrage près des autels. Elles pouvaient se marier comme d'autres femmes.
Les offrandes des riches consistaient principalement en victimes hu-
maines ou en or, qu'ils déposaient sur un trépied, placé près de l'autel et
que les druides, sous l'invocation à^Esus, jetèrent ensuite dans des pièces
d'eau sacrées*; en chevaux qu'on jeta dans des gouffres; la classe
inférieure offrit les prémices des fruits et des pains ^. Lorsque des ver-
gobrets et des nobles, propriétaires d'esclaves, étaient atteints de quelque
maladie dangereuse , ou qu'ils étaient dans le fort d'un combat , ils
immolèrent sur le champ quelques-uns de leurs hommes , ou ils faisaient
vœu d'en immoler ensuite ^ ; ils avaient la ferme croyance que la vie de
l'un sauve la vie de l'autre ^. Dans le dernier cas les sacrifices humains
étaient remis à un jour déterminé. Ils avaient alors lieu avec grande pompe,
sous le chêne où les grands sacrifices du Gau se faisaient. Puisqu'il fallait
être riche pour immoler des victimes humaines , les Gaulois de la basse
classe allaient suspendre des yœux au chêne vénéré pour obtenir leur
guérison û'Esus. Ces offrandes consistaient ordinairement dans la partie
malade, gravée grossièrement sur du bois. On suspendait ces petites
offres , sous l'invocation d'£s?/s ou de quelqu'autre divinité. Après avoir
accompli cet acte de dévotion, on fit trois , sijç ou neufMs, de gauche le
tour du chêne en murmurant une prière destinée à cette fin.
Le chêne était, chez les adorateurs A'Esus, en si haute vénération
qu'ils tenaient tous ses produits pour des présents des cieux : les glands
de l'yeuse, qui était spécialement consacré k cette divinité, étaient réputés
un préservatif contre la peste; hommes, femmes et enfants en portaient
avec grande dévotion sur eux. Les druides portaient, pendant l'exercice
de leurs saintes fonctions, des couronnes des feuilles de cet arbre; mais
ce qu'il y avait de plus précieux , de plus vénéré , de plus salutaire et de
plus symbolique, parmi les productions du chêne, c'était le gui {vicus);
* DiODORE, de sicil. lib., pag. 212.
* DiODORE, de sicil., 1. 5, pag. 212.
' Cœs., 1. 6.
* Plutar. De superst.
— 178 —
parasite on espèce de mousse très-rare, qui iiail particulièrement sur l(\^
vieux chênes. Cette plante bienfaisante se nourrit de la sève des arbres
où elle est attachée et se reproduit des baies mûries dans le ventre d'un
oiseau *. Les grives {turdi) et les pigeons ramiers, étant très-friands et
avides de baies du gui , sont les ministres de la reproduction de cette
plante salutaire, à laquelle les anciens Bdges et Gaulois attribuaient
une vertu extraordinaire et surnat'irellc. Ces petites baies contiennent
une matière glulineuse, qui a la qualité physique de pouvoir unir des objets
de nature différente.
Quoiqu'on trouve quelquefois ces baies sur d'antres arbres, c'était le
gui seul , qui croît sur les chênes, qui était réputé avoir les grandes vertus
physiques et surnaturelles; parce qu'il avait été nourri par un arbre que
le druidisme considérait comme divin. Mais, puisque cette plante jnystique
était très-rare, il fallait quelquefois chercher assez longtemps pour la trou-
ver. 2 Cette tâche fut confiée àdes initiés dans les mystères de la religion qui
faisaient connaître leur trouvaille au sacrificateur. (Tétait le sixiènufjour de
la lune du mois ©iult (Décembre) qui était destiné à cueillir le .gwi.
Dès que l'aurore borda ce jour l'oi'ient de rouge, le signal de cette grande
fête fut donné; les croyants en Esiis se revêtent d'habits rayés de pourpre, pren-
nent leurs armes et vont trouver le cortège saint, qui se met à l'heure fixée
en marche. Les bardes et les devins marchent les premiers en chantant les
louanges des immortels ; puis un héraut venait suivi de trois druides, portant
les choses nécessaires pour un grand sacrifice. Enfin paraissait le chef
des druides accompagné d'une foule compacte d'adorateurs à'Esus. Parvenu
sous le chêne nourricier de ce parasite, il fallait prendre possession de
cet objet de culte. Ce n'était souvent pas facile; parce que c'était ordinai-
rement un chêne d'une grosseur démesurée qui avait alimenté ce végétal
précieux. Le sacrificateur, chargé par ministère, de receuillir \e gui, ne
pouvait l'atteindre sans faire beaucoup d'elTorts. La foule accourue de tout
le gau, le suivit des yeux dans les efforts redoublés, faits pour le bien-être
' ffrpc pxl nntura ut niv maturntnm in ventre nrimn non proveniat. Plimi s,
Hht. lib. Ifi. r.ap. 44.. Di:hamel traite l'opinion de Pline d'erreur.
• Est autem id rarum admodnni inventu et reperdim ma;,'na reiigione potitur. (Pline,
Hu^t. lib. 16. r.ap. U.)
— 179 -
des crovants, et forma, en récitant des prières, des vœux ponr la bonne
réussite. Ce grand dignitaire parvenu au lieu où ce parasite se trouvait,
tourna le visage vers le soleil', murmura une prière pendant qu'il coupa le
gui de la main gauche, avec une faucille d'or. A mesure qu'il avait recueilli
une petite poignée de cette mousse vénérée, il laissa descendre très douce-
ment ce présent de la divinité , que ses subalternes dans le service des
immortels recevaient avec un soin religieux dans une saie (Sagiim) blanche.
Ayant recueilli ce que la religion druidique avait de plus vénérable, le
chef des druides en fit la bénédiction, il en plongea dans l'eau lustrale en
criant:
Au gui l'an neuf.
On fit ensuite un sacrifice de deux taureaux blancs (candidi coloris) et l'on
prépara un grand festin. Les taureaux qu'on immola n'avaient jamais porté
\ejoiig; on en lia les cornes pour la première fois. Pendant le sacrifice et la
bénédiction du gui, les assistants prièrent pour demander l'intercession
d'Esus ou àeMithras pour rendre le gui salutaire à l'humanité.
Ce gui était par ses qualités physiques et les vertus mystiques qu'on lui
attribuait, le symbole du mariage chez les anciens Gaulois. Il est gluant,
analogie de l'amour des époux; il ne croit et ne vit pas seul, il s'attache
fortement à d'autres plantes (inalieno vivit, dit Plinej et par là il est l'em-
bléinede l'état-matrimonial. Le gui se reproduit par des baies mûries dans
le ventre des oiseaux, c'est une figure de la reproduction du genre humain.
Les tauranx l'Iancs, pour la première fois sous le joug, sont une allégorie
bien sensible du joug conjugal, et la couleur blanche de ces victimes, avertit
les jeunes gens qu'ils doivent apporter en mariage une pureté virginale.
Le gui a passé, en France, jusques bien avant dans le moyen-âge comme
symbole de l'union matrimoniale : les enfants et les garçons se répandaient
dans la campagne , la veille du premier jour de l'an, et allaient de maison
en maison , en criant : au gui l'an neuf. Ces mots exprimaient figurative-
nient le souhait que les jeunes i^ens, qui s'y trouvaient, eussent pu se
marier pendant l'année qui allailconmiencer. Ces souhaits furent ordinaire-
ment récompensés par quelqui^s pommes , noix ou noisettes, qu'on jetait
dans la foule, par les fenêtres, et que les garçons ramassèrent avec un
— 180 —
tel empressement qu'ils tombèrent souvent les uns sur les autres et S(^
battirent pour tenir les étrennes.
Il tant l)ien que ce symbole fît également partie de la (M'ovance des
habitants de la partie teutonique de la Belgique actuelle; puis([ue le mot (jin
se rend en flamand par marrcntakken , et la lexicologie nous fait voir que
marrcn, en vieux flamand, signilie delencre , alUfiare *, ce verbe, pris au
figuré, parle à l'esprit et fait connaître le caractère du mot mariage. Le
mot maridjje même est composé de la racine de marren.
Les Germains et les Belges septentrionaux vénéraient également le (juï de
chêne sous la dénomination de (É5utI)Cil, et le jeu enfantin des Gaulois avait
lieu chezeuxverslaNoël. Les enfants parcouraient aussi les rues; ils frappèrent
aux portes et fenêtres en criant Gulheil, GiitheiJ. La récompense de ces vœux
consistait également en quelques fruits ^. Dans certains endrorts de la haute
Allemagne, cette superstition s'est encore conservée et les habitants sont
encore aujourd'hui dans l'usage de courir de maison en maison , de ville
en ville en criant : Guthcil! Gittheil!
La masse du peuple toujours ignorante et supersticieuse , parce qu'elle
nourrit son esprit d'idées vagues, d'opinions, de préjugées et d'erreurs
et n'étant pas initiée dans les secrets de la religion, qui de tout temps ont
été le domaine exclusif de ses ministres, prit le sens symbolique du gui
à la lettre et attribuait à ce végétal , cueilli de la main gauche , la vertu
de contribuer à la reproduction des animaux et même de procurer la
fécondité à ceux qui étaient stériles. Pour en obtenir les elïets désirés on
leur administi\iit une dose d'une décoction de gui ; Pline nous assure
que les femmes pour aider la conception prirent de l'infusion de gui ou
portaient cette plante desséchée sur elles ^. Les cultivateurs, ayant intérêt
dans la niiilli|)licalion de leur bétail, tirent creuser des puits d'eau dans
leurs prés et pâturages où ils jetèrent de ce parasite miiaculeux qui s'y
dissolvait; ils nourrissaient l'espoir que les vaches et les génisses, qui
allaient s'y désaltérer, fussent devenues fécondes 4.
' Vdir L.\.Mi;iu;c.iiT Ti:n Katk, Tmii. 11, pag. 673.
- Kkysi.ku, Antiq. Geiiii., page. 307.
'' (joiici'iitum fanninarum (iiljiirarc si oinnino seciiin iiabeanl. I'i.i.mls, iili. ti ,
rap. i.
* l.e i'i'ii' i)(i.M"' , l!('li(jion (les (jaiilois.
— 181 —
Si les superstitieux païens employaient le gui cueilli de la main gatirJie
pour favoriser la fertilité animale , ils reconnaissaient à d'autres plantes
la vertu d'empêcher la primogéniture. Mais, comme il s'agissait dans ce cas
de contrarier la volonté des immortels, ils agirent alors en cachette et contre
les préceptes religieux, adoptés par les Druides. Il fallait donc employer
dans ce cas la main droite. De ces sortes de plantes était le Nénuphar ou
Nymphœa, dans les contrées teutoniques de la Belgique vulgairement
appelé cfl//eWoew, parce que cette plante croit beaucoup dans les eaux
stagnantes, appelées autrefois Kallen.
La prétendue vertu du gui n'était pas restreinte à contribuer à la fécondité
animale ; mais on donnait à cette plante merveilleuse , cueillie de la main
gauche , la vertu de guérir toutes sortes de maladies (pmnia sanans) * ;
d'où probablement son nom de gutheil dérive; l'imbibition du gui était même
considérée comme un antidote contre le poison le plus actif 2. L'eau
charmée, le jour de l'an, avec du gui de chêne était regardée comme très-
eflicace contre le sortilège et contre l'épilepsie : tout le monde en gardait
dans sa^maison.
Les druides et les prêtres d'Odin s'appliquaient aussi h la botanique ;
ils exerçaient l'art de guérir les plaies et ils pratiquaient la médecine, qu'ils
mettaient en rapport avec la devination ^. Ils mêlaient beaucoup de
superstitions avec la vertu naturelle des plantes médicales ; car ils croyaient,
en quelque sorte, que la manière de les cueillir avec l'intervention des
principes religieux et les cérémonies observées en les cueillant, en faisait
la vertu principale.
C'était encore une fois la main gauche qui devait faire ces opérations ,
ou bien si la main droite les faisait, elle devait passer par le côté gauche.
Pline nous en fournit plusieurs exemples.
Parmi les plantes les plus précieuses, la verveine tenait la première
place; les druides en faisaient très-grand cas; parce qu'ils prétendaient
' Keysler, Antiq. Germ., pag. 307.
' Plin. Hid. mit. lib. 16, cap. 44..
' C'étaient surtout les femmes qui exerçaient l'art de la devination et qui pratiquaient
la médecine enveloppée de superstitions monstrueuses (Chants sur Sigur Bnjiihild dans
l'ancioune EddaJ.
25 XVI 11
— 182 —
t|iio rott(' horbc, qiiand on s'en IVottait, chassait la (\è\re. rnnciliait les
niiinirs et guérissait toutes sortes (le malaflies. Mais pour avoir cette vertu elle
(levait être cueillie delà main gauche, au moment que la canicule se levait,
avant que le soleil et la lune l'eussent éclairée de leurs rayons et après qu'ils
eurent offert à la terre des fèves et du miel en sacrifice d'expiation. Pour
que la verviene eût toute sa vertu, il fallait creuser la terre autour d^'lle
avec un couteau qu'on tenait de la main (jauche. Ensuite en faire sécher
à l'ombre les tiges, les feuilles et les l'acines séparément. Les druides
tenaient pour sacré la verveine recueillie de cette manière; ils en mirent
dans l'eau lustrale ; les druides s'en servirent pour balayer les autels,
et les sectataires d'Of//n et à'Esm en gardaient dans leurs maisons pour
chasser les mauvais esprits qui s'en approchaient.
On croyait encore que, si l'on aspergeait de la main gauche la salle où
l'on mangeait avec un rameau de cette plante, ceux qui étaient placés aux
endroits, où Teau de la verveine avait été donnée, se sentaient bien plus
gais_;qne les autres '.
Les Gaulois se servaient de la verveine pour tirer leur sort et former
leurs réponses ^. Ils étaient raffolés de cette plante : un rameau de la
mystérieuse verveine, offert de la main gauche, était le cadeau le plus
précieux qu'on pût faire à un ami.
Nos sorciers , restes monstrueux des devins du paganisme, ont perpétué
la croyance à la vertu mystique de la verveine, et les démouographes
croient qu'il faut (Hre couronné de verveine pour invoquer les démons ^.
11 y a une autre herbe, appelée finmoluin, qui naît dans les lieux
humides, que les druides faisaient cueillir à jeun, de la main gauche,
et mettre dans des canaux que l'on avait pratiqués pour y laire boire les
bœufs et les porcs. Ils faisaient accroire aux croyants que cette eau
était très-salutaire; qu'elle les guérissait infailliblement de leurs maladies '*.
L'herbe qu'on appelle aelage ^ était bonne contre toutes sortes de
* PuNE, Ilist. mit., 1. 21, c. M.
* Punk. Hist. mil., 1. 25, 5, c. 9.
' Voir plus l:;i6, jiage 191.
* CnoiiiEU soutient que le ,se/«;ye et le snmolum ilr Pline était la chuvuepeuce et la
jii/isniillc d'à présiuit. Ilist. du Dauphinc , pag. 9U.
'^ Pline, Hist. nat., liv. 2i, cil.
— 18B —
maux; et la fumée guérissait le mal d'yeiix, mais pour avuir toutes ces
vertus, il fallait la cueillir sans couteau et de la main droite couverte
d'une partie de la robe ou sagnm, en la faisant passer du côté (jauclw,
comme celui qui veut prendre quelque chose à la dérobée. Celui qui la
cueillait devait être vêtu de blanc et nu-pieds, après les avoir bien
lavés et après un sacrifice du pain et du vin qu'il devait avoir offert *.
îl y avait encore un grand nombre d'autres plantes auxquelles les
druides et les prêtres des mythes Scandinaves attribuaient la vertu médi-
cale, pourvu qu'elles fussent cueillies, avec certaines cérémonies de la main
gauche, qui était seule réputée avoir le mérite de faire une bonne œuvre.
Ce n'était pas seulement dans le sanctuaire et dans la pratique de la
médecine, confondue avec la devination, dans le recueil des plantes médicales
qu'il fallait employer la main gauche, mais cet usage était entré dans les
mœurs sociales, qui ont été basées dans toutes les sectes sur les principes
religieux. La religion d'Odin et à^Esus prescrivait l'amour du prochain
et les saints qu'on donnait à quelqu'un étaient un signe qu"on lui voulait
du bien.
Puisque saluer quelqu'un c'est lui vouloir du bien , par conséquent les
anciens Belges et Gaulois faisaient en rencontrant, en trouvant et en quit-
tant îun ami ou bonne connaissance un tour à gauche pour lui témoigner
qu'on formait des vœux pour son bien-être. Ensuite ils faisaient un geste
de la main gauche , accompagné de quelques souhaits ^. Ces souhaits
étaient de trois sortes : les uns regardaient le bonheur qu'on désirait à
celui qu'on saluait; les autres regardaient le malheur dont on souhaitait
qu'il fût garanti, enfin les derniers consistaient à le recommander aux bons
génies. (AUa sunt, dit Pline, vei^ba impetrantis , alla depiilsoî'is , aliu
commendationis ^.)
Voilà certainement assez d'assertions pour convaincre le lecteur que la
main gauche était la main de prédilection chez les sectateurs d'Odin et d'Esus.
Cependant nous y reviendrons encore quand nous parlerons des temples, des
' Pline, Hist. nat., liv. IB, r. H.
^ Pline, lih. -23 c. 11.
' Pline, lih. 23, cil.
— 184 —
statues et des bas-reliefs. Entretemps nous allons démontrer l'origine de
l'emploi de la main droite, dans les actions religieuses et dans celles de la
vie civile.
IL
L EMPLOI DE LA MAIN DROITE.
Nous reprendrons cette matière d'aussi haut que possible. Et pour ne pas
nous perdre dans les ténèbres de la hauteantiquité, nous ouvrii;ons l'Écriture
sainte; nous y voyons que Moïse, l'homme inspiré de Dieu, le graîid légis-
lateur des enfants d'Israël, en prescrivant le cérémonial du culte à rendre
au Dieu vivant, ordonna l'emploi de la main droite dans les sacrifices et
dans toutes les actions qui se rapportaient plus ou moins à la religion. L'Ecri-
ture sainte nous fait voir, pour ainsi dire, sur chaque page, que le côté (koit
était le côté d'honneur chez les Hébreux, et par conséquent que la main
droite y était la main de dignité.
Quand on adressait des vœux à l'Éternel, on laissait pencher un peu la tète
sur l'épaule droite. Le divin Sauveur du monde a conservé, dans sa céleste
réforme de la doctrine de Moïse, la prérogative du côté droit. Lui-même a
laissé pencher la tête sur l'épaule droite , en signe d'adoration de son père
céleste, quand il mourut pour le salut du genre humain *.
Les anciens Grecs portaient le respect pour le côté droit plus haut ; ils
adoraient l'épaule droite ^ ; ils avaient fait un précepte religieux d'adorer
les dieux en penchant un peu la tête sur l'épaule droite ^. Il suit naturelle-
ment de ce précepte que la main droite était la main de dignité chez les
Grecs, la seule qui pût être employée dans toutes les actions qui se faisaient
dans les cérémonies religieuses. Cette nation civilisée faisait aussi ses saluta-
' Evang. secund. Joann. cap. 19 v. 30.
* Athan., Ora^ Contra, Gcritcs n. 9.
* Théocuit., Idijl. 25. v. 161.
— 185 —
tionsen forme de prières, pour attirer sur les personnes pour qui on avait
des égards, quelques faveurs des immortels: en rencontrant ou en quittant
un parent ou un ami, on gesticulait de la main droite en récitant quelques
mots qui se rapportaient au culte des dieux. Enfin la main droite était telle-
ment en vénération chez les Grecs qu'ils la baisaient en signe d'adoration.
Celui qui se servait dans les actions de la vie privée de la main gauche pas-
sait pour mal élevé, pour le rebut du peuple, pour un impie.
Numa-Pompilius, second roi de Rome, voulant civiliser son peuple et
le rendre religieux, trouva que la religion des aborigènes était trop licen-
cieuse pour atteindre ce noble but. 11 prit à tâche de la réformer et de faire
ainsi une religion nationale. Il sentait fort bien que le changement de religion
est une chose très-difficile. Pour y réussir il fit accroire au peuple qu'il était
inspiré d'une nymphe, appelée Egérie, qu'il allait chaque jour consulter dans
un bois sacré. Il méditait des lois civiles et des lois religieuses en rapport
entr 'elles. Le peuple ignorant et par conséquent superstitieux reçut avec
empressement toutes les maximes, qu'il lui prescrivait, parce qu'il les croyait
émanées de la nymphe Egérie elle-même.
Le pieux Numa avait une si haute idée de la divinité qu'il ne croyait pas
qu'on pût la représenter aux sens; en conséquence il défendit expressément
de la proposer à l'adoration sous la figure d'un homme ou d'un animal '^; mais-
cette doctrine abstraite n'a jamais eu le résultat que l'ingénieux Numa se
proposa.
Quant au cérémonial, que ce grand législateur prescrivit, il y entra quelque
chose de la liturgie de la religion des Grecs, de celle des Hébreux et de celle
des Egyptiens. Il adopta également, malgré l'usage existant chez les Sabins
de se servir de la main gauche, 2 la dignité du côté droit, et fit même un
précepte de croire que l'épaule droite était consacrée à Mercure, et pour
cette raison considérée comme sémi-divine.
' Plutar , in Numa.
* Cela est prouvé par la mode que cet antique peuple avait adoptée de porter des
bracelets d'or au bras gauche : les bagues étaient à l'égard des doigts ce que les brace-
lets étaient à l'égard des bras; par conséquent les Sabins les portaient aux doigts de la
main gauche. (Sabini aureas armiUas mmjni ponderis bracliio hero habuerunt.
TiT.-Liv. et Stbabo. I. 4J
— 180 —
11 stalit.'i, f|i! t'ti adoianl losdioiix, on (lovait taii'e, en pirouettant, un tour
entier du cùté droit à la (jaiichc \ et que la main droite devait agir pour
faire les nlIVandes et les saci'ilices, en outre qu'on devait faire un petit
geste de la uiaiu .•//■rt//(' en signe d'adoration ^.
Il faisait consister le mérite des offrandes plus dans la bonne volonté' que
dans la valeur réelle du don. C'était une dispense accordée k la misère
qui avait quelque chose de touchant : car, étant aux temples, on voyait
les pauvres, qui n'avaient rien pour offrir aux dieux, faire une offrande
aux immortels en donnant, avec émotion, des baisers à la main droite et en
faire un geste, avec certaines formalités. La même chose se faisait quand
ils passaient devant la statue de l'une ou de l'autre idole exposée, le long
des chemins ou dans les champs, à la vénération des passants, tandis que les
riches y déposèrent ordinairement une offrande, consistant dajis une pièce
de monnaie, qu'ils mirent dans un tronc destiné à recevoir les dcfns. Ces
idoles champêtres étaient l'objet d'un culte public, lors desAMBARVALiA. Le
gros peuple, stiipide et ignorant, qui accompagnait cette procession,^baisait
continuellement la main droite, et remplissait ainsi son devoir prescrit
envers les immortels.
Ces pratiques religieuses avaient exercé une si grande influence sur la
vie civile des Romains que toute cérémonie, toute action, non seulement
dans les temples des dieux, mais dans les cercles civilisés, commençait chez
eux par le côté droit : on plaçait dans les festins et les repas la personne la
plus digne au côté droit de celui qui donnait le repas ; celui qui était chargé
de verser à boire installait sa tournée à droite du chef de la table et finis-
sait à gauche en signe d'adoration et de reconnaissance envers les dieux
d'avoir laissé croître et mûrir les raisins dont on pressait le nectar des
mortels.
Saluer quelqu'un, c'est lui témoigner de l'amitié, c'est un signe qu'on lui
* .Marcillii?, sur le point d'en venir aux mains avec les Gaulois, se servit de cette
cérémonie ])i)ur efîacer de l'esprit des soldats Romains, le mauvais augure qu'ils n'auraient
pas manqué de tirer d'un écart que fit son clieval; car ayant tout-à-coup pirn\ietté, et
s'iiiclinaut sur-le-champ vers le soleil, commcpourradorer;ilncparut pas à la soldatesque
que le cheval ciit forcé la main. (Plut, in Marcel.)
' Plltah. , in Nuuia.
— 187 ~
veut du bien; donc un acte de religion, en conséquence le grand Numa avait
également prescrit que cette action devait se faire d'un petit et gracieux
geste de la main droite, accompagnée de quelques mots exprimant le vœu
que l'on formait pour le bonheur de celui qu'on saluait *. Toutefois les
Romains, nation guerrière, mettant tout leur bonheur cà vaincre, s'écartaient
souvent dans leurs saints, de la formule prescrite, en souhaitant de la valeur
— de la bravoure — à leurs amis. Voilà l'origine de leur vah amice,
ainsi que de leur quo modo vales ? qu'ils adressaient à la rencontre des
amis.
Enfin h main droite s'employait en toute circonstance, et la gauche res-
tait dans l'inaction ; car celui qui s'en servait, n'importe en quelle circon-
stance, passait pour un impie, dont la fréquentation devait attirer du mal-
heur 2.
Les Romains animés de l'esprit de domination et dirigés par un caractère
martial, soumirent bien des nations à leur puissance et firent un amalgame
des attributs de leurs principales divinités avec ceux des dieux adorés àRome.
Leur but était, en adoptant ces divinités étrangères, d'établirl'unité de religion
dans tout l'empire. Ils comptaient ajuste titre l'unité des principes religieux
comme un lien de nationalité plus fort que les armes les mieux îiffilées.
Ayant fait la conquête de la Gaule et de la Belgique, les Romains s'etfor-
cèrent d'y faire adopter leurs dieux, leurs mœurs et leurs usages, qui tous
se rapportaient au culte des immortels.
Quand leur domination y fut plus ou moins consolidée, ils érigèrent
des temples dans les municipia et dans les cités de cette nouvelle conquête
pour l'usage du Prœfcctus qui y exerçait l'autorité au nom de Rome.
C'étaient ordinairement des édifices très-vastes, trés-splendides , dont les
murs et les portes étaient ornés de symboles et d'attributs des princi-
pales divinités romaines. Ces temples étaient d'abord fréquentés par les
Romains établis dans les pays conquis; mais leur magnificence attira
bientôt la curieuse attention des indigènes qui allaient les visiter, malgré
la défense des druides. Ils y entendirent exhalter la puissance incomparable
' PuiTAH, in Numa.
* Le père JJo.m ■".
— 188 —
des idoles romaines , que les prêtres de ces fausses divinités ne cessaient
de vanter pour propager ainsi leur culte.
Tout cela influença sur les adorateurs à'Odin et d'Esus et la religion
des aborigènes changea peu ta peu de face et fut enfin défigurée, du moins
quant à l'extérieur. Le premier coup qui fut lancé contre Ttintiquc et
poétique adoiation , fut l'introduction des statues placées dans les endroits
qu'on voulait consacrer; soit un ancien |3arO, un iTcruc * ou CûCr»
soit près d'un gouffre, soit près d'un marais, soit près des chemins qui se
croissaient, soit le long d'un chemin, soit enfin en plein champs. Cesstatues
tenaienttoutd'abord lieu de temples. Elles étaient sur un piédestal à découvert
et servaient d'autel 2. Bientôt on en érigea, à couvert des injures du temps
par le moyen d'un ouvrage de pierres polies, qui s'élevait en dôme et
formait un cône, dont la forme servait à nourrir la su'perstjtion des
Gaulois 5.
Enfin les Gaulois et les Belges bâtirent des temples pour y sacrifier des
animaux ; mais les victimes humaines étaient réservées pour être "égorgées
devant les chênes saciés : ils y faisaient également des offrandes de riches
dons, et y appendaient, par continuation, des ex-voto pour la guérison de
leurs maladies ^.
Parmi les temples qui s'élevèrent dans la Gaule, il y en avait d'un goût
et d'une construction admirables. Tel était entr'autres celui de Clermont
en Auvergne, appelé Vasa : le mur de cet édifice public avait trente pieds
d'épaisseur, il était au dehors revêtu de pierres de taille , et le dedans
n'était composé que de petites pierres fort déliées et par dessus incrustées
de marbre, les compartiments, de mosaïque; le pavement était de marbre
et le toit était couvert de plomb. La forme de ces grands et splendides
temples était ordinairement octogone : celui deMontmorillon dans le Poitou,
' iTerne 'Hait un lieu où l'on donnait de l'instruction dans les princiites religieux.
En effet, nous trouvons encore la racine de jTernc , dans le mot flamand leeren (apprendre.)
Ces lieux sont l'origine de nos paroisses Leirne, Laere et d'autres dont les noms sont conj-
posés de Laere; tels que Couche laere, liousselaere et d'autres.
» GciciiEXON, Hist. Sar., I. I, C. i.
' Sulp. ser. (liai., I. III. (]. '.I et 10.
' Grtr.c. Ti'h., Vil. Pat. C. G. coi. 1170.
— 181) —
conservé jusqu'à nos jours, nous sert d'une preuve évidente. L'entrée était
du côté d'occident et l'autel se trouvait au milieu. Les colonnes des grands
et des petits temples étaient, en imitation des temples romains, ornées des
symboles, qui se rapportaient aux attributs des différentes idoles, ou repré-
sentaient des sacrifices. Sur la porte de marbre de l'église Beaujeu,
ancien temple païen , se trouvait autrefois un victimaire sculpté avec un
sanglier égorgé, les pieds élevés vers le ciel, sur son épaule (jauche; sur
un bas-relief de l'église d'Autun, conservé dans le cabinet de curiosité de
M. Théroux, à Autun, se voit un prince des druides, couronné de feuilles
de chênes et tenant un sceptre dans la main gauche. Voilà deux nouvelles
preuves de la dignité du côté gauche et de l'emploi de cette main , dans ces
figures ciselées dans le marbre, que l'antiquité nous a léguées. A l'entour
de ces temples se trouvaient des logements pour ceux qui venaient chercher
un asile garanti contre toute poursuite.
Les petits temples, bâtis à la campagne avaient ordinairement la
forme d'un carré long avec l'entrée du côté d'ouest et l'autel vers
l'orient ; les sexes restaient séparés dans les temples des immortels , comme
ils avaient été dans le jjJftro , dans les Ccnu et devant le chêne sacré.
Cette révolution , opérée par les Romains dans les signes extérieurs de
la religion des anciens Gaulois et Belges, fut accompagnée de la défense
de sacrifier des victimes humaines. Plusieurs empereurs témoignèrent
leur désir de voir cesser le coulement du sang humain devant les idoles ;
mais l'empereur Adrien, voulant porter un coup décisif à cette barbarie
religieuse, fit un rescrit pour défendre en général et en particulier aux
druides d'offrir à Milhras des victimes humaines *.
Les efforts redoublés des Romains pour faire triompher leurs divinités
sur les mythes du culte d'Odin et lYEsus , et pour faire fructifier chez les
Gaulois et les Belges leur civilisation, eurent enfin quelques succès. Les
principaux d'entre ces nations soumises , apprirent la langue des vain-
queurs, s'allièrent aux familles pratriciennes de Rome '^, adorèrent les
divinités romaines , et par un contact continuel , ils se formèrent aux
' EiiSEB., Prœp. Entiuj., 1. IV, c. 17.
' BuRCHERii, HelijiiDH Roinaiium, Mb. IV, cap. 12.
— 100 -
niiKiirs de Rome. En conséquence la main droite sort de son inertie et se
porte à la bouche en signe d'adoration dans les temples ; de même en pas-
sant devant les idoles; elle^sticule à la rencontre d'un ami, et l'on pro-
nonce dune manière martiale, mais d'un accent qui trahit la nation,
les mots (juo modo vales, en quittant une personne chérie, on dit vale, en
baisant la main droite en forme de prière pour obtenir des divinités la
réalisation de ce vœu.
Pendant que les Romains étaient occupés à faire l'extension du cercle de
leur domination, et qu'ils faisaient tous leurs efforts pour introduire le culte
de leurs dieux chez les nations lointaines, soumises à leur pouvoir,
Jésus-Christ, prêcha sa doctrine en Judée et les rayons de l'Evangile
pénétrèrent bientôt jusqu'à Rome *. Cette lumière divine tomba sur toutes
sortes de personnes et la grâce opéra la conversion de quelques-unes d'entre
elles. Parmi les convertis se trouvaient des soldats. Ces guerriers poTtèrent
la semence de la vraie foi dans les pays où ils étaient envoyés pour mainte-
nir l'ordre et empêcher les barbares d'y faire des invasions ; cette seiTience
y poussa entre les ronces et y fructifia : car l'histoire nous apprend que ces
hommes d'armes firent des prosélytes dans les légions romaines, en même
temps que des missionnaires zélés prêchèrent la foi et firent crouler les
statues des faux dieux , qui ne pouvaient souffrir la lumière éclatante de
l'Evangile.
A mesure que la religion du Christ se propagea , les temples païens se
convertirent en églises chrétiennes 2, et les néophytes s'y rendirent ; les
sexes y tenaient leur place respective comme ils avaient eue auparavant
dans le temple, et de cette manière le changement de religion était moins
sensible. Les emblèmes de l'idolâtrie, qui se trouvaient hors des temples,
disparurent également : l'aubépine déifiée, fut remplacée, conformément à
un ordre royal, par une grande croix en bois 5. Les emblèmes àeQuadrivies,
* St. -Pierre s'établit à Rome vers l'an Xll a|irùs la résiirrcrlion de .J.-C. (St. -LÉO
in Notai. Apost. Serm. 1.)
* Cum tpnipla idola Luci. . . in lionorem Dei convcrliintur, lior de illis fil (jiiud
de hominibun cum ex sncriletiis et itnpiis in verurn religinnem convertunlur, etc.
(St. Aii^'iistin. Ep. 47 ad Publico).
' Voir Edict. du mi Childehert , du U janvier ."i^iS.
— 191 —
divinités qui présidaient aux chemins à quatre issues; ceux de Divies
et de Trivies , aux chemins à deux et à trois issues ^, génies très-
redoutahles, auxquels les Celtes sacrifiaient des chiens noirs en l'honneur
de la nouvelle lune, furent également combattus et disparurent pour faire
place à des Christs, élevés en croix ou à de petites chapelles ornées de
l'image de la Vierge-Mère 2.
La même chose avait lieu là où se trouvaient des caiicelU (chapelles) érigés
en plein champs ou dans les bois en l'honneur des divinités rustiques et silva-
tiques (agrestes et silvaticas), où les païens à des jours fixés se transpor-
taient avec des bougies, y faisaient des offrandes, y sacrifiaient une truie,
prononçaient des mots magiques sur du pain, sur des herbes ou des
ligatures pour les charmer, ils allaient ensuite cacher celles-ci dans un arbre
ou dans des chemins à deux, trois ou quatre issues^. Ils prétendaient par
là, non seulement garantir leurs bestiaux de toute contagion et de la mort
même, mais encore ils croyaient procurer la perte des troupeaux de leurs
ennemis ^.
Une partie de cette superstition s'est perpétuée jusqu'à nos jours chez
beaucoup de campagnards de la Flandre Occidentale. A la fin du siècle der-
nier vivait à Lichtervelde (FI. Occ.) un fameux devin, nommé Peetje Cools ,
dont nous avons donné la biographie dans le Kunst- en Lelterhlad, de
1810. La chétive demeure de ce fourbe était dans les bruyères. Quoique
tout y annonçât la misère, la grande renommée du prétendu docteur
Cools y attira une masse innombrable de malades, qui venaient chercher
une guérison miraculeuse dans le désert de Lichtervelde. L'alîluence était
continuelle lors de l'épizootie de 1794. Des nourrisseurs des bêtes à
cornes y vinrent alors en foule de tous les points des Flandres, pour y
chercher un remède efficace contre ce grand fléau, qui désolait le pays.
Notre devin moderne mêlait les dogmes de la religion catholique avec
les absurdes superstitions de l'idolâtrie , et fit ainsi une affreuse bigarrure
* Gruter, [1. 1015, 1. p.
' Voir lesfapit. du roi Dwjobert lie l'an 630 et ceux de Charlemagne ôe l'an 798 et
en outre IIincmar.
•"' Voir S^.-Fausliii , S'-.-Kloi, les ronr.ik's et les captlulaires des ruts, lesaniiens
Péiiitenlittux ou Rituels des églises.
- 192 —
religieiiï^e. Il avait une espèce d'autel , dans le réduit où il recevait ceux
qui avait recours h lui, il était vêtu comme un prêtre qui dit la messe,
avec cette différence que notre démonographe se coiffait d'un bonnet en
forme d'un pain de sucre, tressé de laine, entremêlé de feuilles de verveine;
il mettait en outre de la verveine sur son autel, et en fit la bénédiction
par des mots tirés de l'Évangile et en invoquant la puissance de la Sainte
Trinité. Ensuite il donna de cette herbe bénite à ceux qui venaient implorer
son secours. Bien souvent il ordonna aux malades d'en porter sur eux.
Pour faire cesser l'épizootie ou pour être préservé de ce fléau il fallait
cacher la verveine bénite par notre devin dans les coins des pâturages.
Notre devin distribua des choses saintes, mais il était ennemi de toute
simonie , il refusait opiniâtrement tout honoraire , mais il faisait con-
• tinuellement observer qu'on devait attendre tout secours de Dieu, il
prescrivait souvent le pèlerinage à Damme, près de Bruges, nétermina
les ex-voto et ordonna en outre de donner à la première personne, qui lui
demanderait l'aumône, un certain nombre d'écus, déterminé d'adirés l'ap-
parence extérieure de l'aisance de celui qui avait recours à son art.
Or, quand les consultants avaient quitté la demeure de Peetje Cools, à
quelques pas de là une pauvre femme, habillée en haillons, se présentait
ordinairement pour lui demander l'aumône. Cette mendiante n'était autre
que la femme du devin ou sa belle-sœur, qui allaient verser leur recette
dans le coffre du prétendu docteur.
Des devins d'une moindre renommée existent encore. Il est de- leur com-
pétence de faire arrêter le feu des incendies et le sang des personnes qui
saignent, de tuer les chenilles , d'exterminer ou de renvoyer les rats et
les souris, de faire revenir les choses enlevées par des malveillants ou
perdues, etc. etc.
Les signes extérieurs du paganisme, (|ui se trouvaient près des
pièces d'eau, où l'on cro-yait séjourner une divinité ^ , disparurent
* Celte divinité passait pour très-redoutable. On lui avait donné le nom de Neliker dans
la partie teutonique de la Belgique : on croyait qu'elle envoyait des spectres noirs sur la
terre. Nous avons lu quel(|ni! part :
Joue prineipium ,
Sed jore nujrorum lemnrum qui eriiatula lonpii'f.
— 193 —
également pour foire place à un emblème de la religion chrétienne.
Mais comme il était parfoitement impossible de déshabituer ces super-
stitieux convertis de leurs antiques pèlerinages, l'église agit, à cet égard,
avec indulgence : elle permit d'aller visiter les anciens lieux vénérés,
d'y prier et d'y suspendre des vœux pour demander l'intercession de
quelque saint et surtout celle de la Sainte Vierge *.
Il était encore bien plus difTicile d'extirper le culte de la nouvelle lune;
ses racines avaient poussé si profondément chez les Belges d'extraction
germanique qu'il subsistait encore dans son entier au onzième siècle. On
prenait surtout à tâche de ne point jeter les fondements d'une maison ni
de commencer des entreprises de grande conséquence, telles, par exemple,
que de se marier et d'autres d'un grand intérêt, qu'au temps de la
nouvelle lune ^. Cette superstition s'est usée à la longue et l'on a enfin
habitué nos ancêtres à faire le signe de la croix , quand ils virent , pour
la première fois, la nouvelle lune au lieu de faire des gestes de la main
gauche. Voilà, le reste du culte rendu à la nouvelle lune, chaussée sur un
pied chrétien ^.
Quoique la lune n'est plus l'objet d'un culte, les préjugés de l'influence
de sa lumière croissante et décroissante sur les semailles des grains et la
maturation des fruits ne sont pas encore déracinés de l'esprit des cam-
pagnards : les jardiniers les plus superstitieux, observent encore les
* Voir Fleury. Ilist. Eccl. tom. II, p. 518. Il ne fait que répéter le conseil de St.-
Augustin. Voir la note p. 190.
^ Si observasti novam lunam , ant defectum liinœ . . . Ant novam lunam
observasti , pro domo, facienda ant conjiigiis sociandis. (Bitrcli. décret., 1. XIX, c. b.)
^ Pendant que je corrige l'épreuve de cette page , mon cher père , qui est nonagénaire,
s'approche tout doucement de moi et me récite des rimes, qu'il a apprises de sa grande
mère , pour dire avec un respect religieux quand on voyait, pour la première fois, la
nouvelle lune.
Voici ce reste débile du culte de la lune :
Een doorn uit myne lianden,
Een vorm uit myne tanden,
Ik beveel mijne ziel in Jeuis handen.
Ce qui veut dire : une épine de mes mains, un vers de mes dents, je recommande
mon âme à Jésus-Clirist.
— 104 —
(iiiïèi'cMilcs phases de cet astre jtour taire leurs semailles et leurs planta-
tions !
Les ordonnances des rois pouvaient bien faire abattre les arbres sacrés et
faire rejeter les signes extérieurs du paganisme, malselles ne pouvaient
extirper les superstitions invétérées dans l'esprit des convertis qui les
transmettaient à leurs descendants. Car, malgré l'absence des symboles de
leur^ antiques divinités tutélaires, les nouveaux convertis, continuaient
leurs pèlerinages pour l'obtention de la guérison de leurs maux ^. L'art
médical se séparait très-lentement de la devination et de la superstition. Le
peuple sans instruction et toujours avide du merveilleux, affubla d'un
manteau neuf, ses anciennes idées, concernant la guérison, et cluM'cliait
du secours contre ses maux, dans les choses les plus bizarres, qui n'ont
aucune vertu physique. Oiv attribuait une vertu miraculeuse à des
niaiseries, même au sens des noms des paroisses et à celui des saints mal
interprétés. Nous avons une infinité de preuves de ce que nous avançons ici.
Entre mille autres , en voici d'assez curieuses. Le nom de la paroisse de
Steene (Petra) près d'Ostende, fut interprété du vulgaire par pierre
(calculs vésicaiix). Cette analogie de nom fit croire que ceux qui étaient
tourmentés par ce mal auraient pu en être guéris en faisant le pèlerinage de
Steene, et l'église de cette paroisse recevait bientôt des pèlerins de tous les
côtés de la Flandre, qui venaient y déposer leurs offrandes 2. La ville
d'Ypres nourrissait jadis une population ouvrière innombrable dans son sein ;
elle bâtit, en 1212 , à ses frais, un hôpital , sous le patronage de S'-Jean ^,
pour y faire soigner les ouvriers malades. Cet hôpital étant sur une énii-
nence fut nommé Hooge Zieken huis; ces trois mots se fondirent bientôt
ensemble, et prirent, par contraction, la forme de Iloogezieken ; nom qui
' J'ai encore vu il y a une dixaine d'anni^es des femmes qui avaient fait le pèlerinage
d'un iense, restant à deux lieues de leur demeure , pnur être délivré de la fièvre; elles
avaient fait trois fois le tour de ce cliône vénéré, dans le sens du eerele que le soleil
paraît déerire; p.'est-à-dire, de (jonche à droite.
* Nous y avons trouvé une pierre d'une grande grosseur, enchâssée dans iin anneau
d'argent, offert comme ex-voia à une image de la S'<^ Vierge.
' Voir mon Alouden staet van Vlaendcren, enz., p. 301. (>et hôpital était situé à
l'endroit où se trouvent aujourd'hui les liàlimenls d'une grande fin'nio ap|iartenanl aux
hospices d'Vprcs; c'est-à-dire, a coh' 'If j'éylise actuelle de St. -Jean.
— 195 —
fut dans la suite confonJu par le vulgaire avec oo^e-z/e/cen, malades ophthal-
miques. Ce sens impropre, donne à ce refuge de l'humanité souffrante,
attirait des pèlerins à l'hôpital de S'-Jean pour y obtenir la guérison de
l'ophtlialraie ou maladie des yeux. St-Mncluu Tece\n.\t , jusqu'à un demi
siècle passé, par toute la France, des visites et des olïrandes pour obtenir,
par son intercession , la guérison des clous et des ulcères *.
Malgré le grand nombre de siècles qui se sont écoulés , depuis la con-
version de nos ancêtres, bien des superstitions sont encore restées debout :
le vulgaire toujours ignorant croit encore que de mauvais esprits viennent
s'amuser, pendant les nuits obscures , dans les lieux où deux chemins
se croissent. On a peur d'y passer, parce qu'on a donné à ces prétendus
esprits le nom de sorcières, qui tourmentent d'une manière surnaturelle
ceux qui sont assez téméraires de s'y hasarder. L'esprit qu'on croyait
séjourner dans les gouffres, les fleuves, les rivières et dans d'autres
pièces d'eau , a reçu, pour le faire abhorrer, la dénomination de démon.
Voilà l'origine des Waiei^luivels , dont on raconte tant de Sagas, qui font
encore peur aux superstitieux.
Fautedeconnaissancesmédicales, on ajoutaitfoiàrexistencedesZ);^?/, dont
parle S'-Augustin '2, incubes qui se confondaient avec les Pilosi Velus et les
Panitœde?, Grecs. Les Gaulois et les habitants de la Belgique actuelle croyaient
à ces incubes, qui tendaient des pièges à la padicitèdes deux sexes; il y avait
des femmes qui croyaient avoir des enfants de quelques incubes qu'elles
ne virent pas, mais dont elles sentirent les approches ^.
Grâce aux lumières de la médecine , et aux progrès qu'on a faits dans la
connaissance des ressorts qui composent le corps humain , on a reconnu
que l'incube est une vraie maladie, ( onsistant dans une oppression de
poitrine si grande qu'on ne peut ni respirer, ni parler. Cette suffocation ,
qui prend en dormant , est causée par une vapeur épaisse et froide, qui
arrête le cours des esprits animaux, et fait qu'on se sent toutes les parties
du corps oppressées par un poids, qu'on ne saurait surmonter : les sens ne
sont point perdus, mais étonnés, endormis et hébétés, aussi bien
* EusÈBE de Salverte.
» De civit. lib. 15., Cap. 23, n. I.
* Ej\ m. s. fiibl. Oxon. upud. Kk^si,! b, antiq. Mlec sept., pag. 211.
— 196 —
que l'ontcndement et l'imaginatioii ; ce qui fait croire à ceux qui eu
sont atteints que quelqu'un vient se ruer sur eux et les sollicite à
luxure. Nonobstant la vérité de tout cela, l'erreur des païens n'est
pas encore bien dissipée : car le vulgaire croit, quand ce mal prend à
quelqu'un, qu'un mauvais esprit à ([ui l'on donne le nom de Marc, est venu
s'étendre sur lui et le veut suffoquer. L'instruction seule peut détruire ce
reste scandaleux du paganisme.
La religion chrétienne, entée sur le judaïsme, prescrivait ainsi que les
statuts de l'immortel Numa , de se servir de la main droite , comme la
plus naturelle dans tous ses actes de la religion et les règles de bienséance
basées sur ses principes, elle considère encore l'emploi de la main (juiu-he
comme une action incompatible avec ses augustes mystères.
La chaire de vérité se trouve placée dans les antiques églises, où l'autel
est vers l'orient, de façon que le prédicateur ait ce lieu vénéré, où le
fils de Dieu descend des cieux dans l'Eucharistie, à sa main droite.
L'introduction de l'usage de la main droite fut une chose assez'difficile
dans les contrées où le druidisme était ancré et dans les pays dont les
habitants adoraient les mythes Scandinaves.
Quoiqu'ils se convertissent au christianisme, ils retournèrent constam-
ment aux vieilles habitudes païennes ; celle de se servir de la main gauche
revint toujours, et quand ils passaient devant un signe de la nouvelle
religion, tel qu'un Christ en croix, une image de la Sainte Vierge, etc.,
ils firent une révérence païenne en signe d'adoration *, ce qui contrastait
avec l'esprit du christianisme.
Pour détruire l'usage de donner la préférence à la main gauche et de
faire les révérences à la païenne, et la pratique d'une grande foule de
superstitions du paganisme déchu , que; les prosélytes pratiquaient
encore, les ministres de la religion chrétienne prêchaient contre l'emploi
de la main gauche, qui passait pour un signe d'idolâtrie, ils conseillèrent
aux néophytes, comme une œuvre pie, de faire le signe de la croix, en
passant devant un Christ en croix, placé pour faire respecter les limites
' Sï-Ki.oi; Dr Reclitiide catliolirii- coiiiu'niolioiiis. A trouver dans W sixième toiii.
tli's uuvrai,'L's de Si. Aut;ii.->liii, p. "ICA).
— 197 —
des proprii'tps, ou dans les lieux qu'on croyait fréquentés par des fées, ou
autres génies redoutés ou respectés des païens ; on désirait que le même
signe de religion se fît en passant devant une chapelle, ornée d'une
image de la Sainte Vierge •, usage qui existe encore chez les cam-
pagnards.
A force de faire des exhortations dans les prônes, dans les instructions
paiticuliéres, et des elVorts faits dans les écoles cœnedales , attachées aux
cathédrales et églises des paroisses, la préférence donnée à la main droite
devint générale, et le côté droit passa pour le côté de distinction et d'hon-
neur dans toute la chrétienneté.
L'emploi de la main droite dans les cérémonies religieuses, est passé
dans la vie civile et même dans les ouvrages manuels. Celui qui se sert
de la main fiatiche passe maintenant pour un homme sans dextérité ; cet
emploi est devenu si méprisé qu'on dit au figuré : c'est un gnucher, pour
signifier un maladroit, un stupide.
Le divin sauveur, faisant de la fraternité et de l'égalité des hommes un
précepte de dogme voulait que ses disciples prononçassent, en s'approchant
ou en se rencontrant, un mot qui renferme un souhait pour la vie présente
et la vie future. Lui-même en a donné l'exemple par les mots pax vobis '^.
Puis la civilité chrétienne a introduit l'usage de se découvrir en saluaint quel-
qu'un, non en signe d'adoration, mais sans doute par respect pour le corps
humain, que la religion chrétienne considère comme le temple vivant du
St-Esprit. Il entre également dans nos règles de civilité de témoigner
l'amitié et l'affection, qu'on porte à quelqu'un, par un geste gracieux fait de
la main droite.
Deux amis en se quittant et se retrouvant après une absence plus ou
moins prolongée, présentent récipioquementla niain ciroilc, et la serrent avec
émotion ^.
' St-Éi.oi ; De Rcctitîule ratliolkœ convfrsaHoiiia.
* Luc. 10. — En effet, que peut-on souhaiter de plus précieux à un ami que la
paix avec Dieu, la paix avec soi-même et la paix avec le piochain.
* Les Français du nioyeu-àge nictlanl de Tixa^éralion dans leurs saints et dissinni-
lanl des sentiments qu'ils n'avaient pas, transporlèrent toute la société en une
troupe ciimique : deux ptrsnnni's ipii se C!mn;iissaienl à peine se rencdiilraiciit-cllcv,
^■i XV! Il
— 198 —
P;ir un écart des préceptes (\u Sauveur, la société clirétienne reconnaît
une différence (le rant;', et les mots de salut se rapportent i^énéralement
plus au bonheur matériel ijii'à la vie future. Chaque nation ayant son
caractère dislinclif et SCS intérêts à elle, emploie dans les saints et dans
les rencontres des expressions qui s'y rapportent. Le Français mettant son
bonheur dans son maintien et dans son élégance, emploie continuellement son
portez-vous bien et comment vous portez-vous ^ ; l'Italien, sous l'influence
de son beau ciel, s'informe du bonheur de son ami par ces mots :
Come sta; 1 /vllemand , estimant la santé au-dessus de tous les biens
terrestres , en abordant son ami , prononce ces mots : Wie hefinden sie
Ihnen ? le Hollandais ne rêvant que navigation , emploie à cet effet , Hoe
vaart U? et le souhait qu'il adresse à l'ami qu'il quitte est: Vaarwel ;
l'Anglais dont l'âme est commerce et entreprise, et y trouva son bonheur
terrestre, accoste son ami par ces paroles : Hoiv do you do; ef enfin le
Belge , ayant été courbé depuis quelques siècles sous la domination
étrangère , n'a pas une expression nationale pour souhaiter du bgnheur à
son ami en le saluant, si ce n'est que le Flamand se sert de son goeden dag,
dont l'origine pourrait dater du temps de ses fabriques où l'on tâchait ,
par son ardeur pour le travail , de gagner une bonne journée. La même
chose pourrait se rapporter au débitant, dont le grand débit ou la bonne
vente faisait sa bonne journée ou goeden dag.
on les voyait, s'embrasser, jusiju'à s'étouffer, ils se baisèrent réciproi|uenient les mains.
On voulait réintroduire la vénération que les Romains avaient pour le côté droit. De là
les baise-mains si fréquents : on en exécuta l'action à chaijue rencontre d'une con-
naissance. On commençait les lettres par ces mots : Je viens vous baiser les umins.
(■Du Laure, Hist. de Paris.)
Les esclaves ou paysans russes ont encore l'habiliide de baiser la main droite
de leur patron après une absence un peu prolongée : le comte russe, basile Patotzki ,
avec qui j'ai voyagé en juin dernier (1859), en qualité d'intreprête, m'a dit qu'à son
retour dans ses propriétés plus de 20,000 paysans, se présenteront sur son passage pour
lui baiser la main droite.
' Le Français est occupé à changer sa formule de civilité ; au lieu de dire : comment
vous portez-vous? il commence à dire : comment allez-vous? Est-ce que cela
provient que depuis que la Francii est sillonnée par des voies ferrées, peu de personnes
marclienl de pied, et que la faculté de pouvoir marcher passe pour quelque ciiose de
louable ?
— 199 —
Par la chute conipliHe du druidisme et celle du culte rendu aux mythes
Scandinaves, l'art de s'uénr fut séparé de la prêtrise et de la devination, et
devint à la longue une profession toute spéciale ; mais à défaut de sciences
auxiliaires, telles que la physique, la chimie, la zoologie, l'anthropologie,
la psychologie , la pathologie, la pharmacie et la chirurgie, l'art médical
continua encore longtemps de reposer sur un tas de vieilles superstitions
païennes.
Cependant on y mêlait également la religion chrétienne : le médecin
borné dans ses connaissances, trouvant un grand nombre de maladies
dont il ne connaissait point la cause, ni les moyens de les guérir, con-
seillait, dans son ignorance, au patient d'avoir recours à l'intercession des
saints, et de grands pèlerinages furent entrepris dans le but d'une guéri-
son. Le bel art de guérir consistait jusqu'au XIII'' siècle en quelques
recettes d'Hippocrate , de Galeneus et de l'Arabe Avicenna. Parmi les
médecins de ces temps-là les Uromantes jouaient le plus grand rôle,
et leurs recettes se bornaient à quatre, qu'ils appliquaient à toutes
sortes de maux, en regardant l'urine du patient. Ces remèdes étaient
le succus rosarum , de Decarthamini , les saignées et les clyslères ou
lavements.
La botanique dormant encore profondément dans les langes des super-
stitions païennes, fit des progrès très-lents ; on faisait jusque bien avant
dans le moyen âge, consister la principale vertu médicale des plantes
dans la manière de les cueillir.
Cependant par l'introduction du christianisme, la main droite a rem-
placé la main gauche, qui était considérée seule digne de faire une action
méritoire, sous l'influence du druidisme et des mythes Scandinaves, et de
donner de la vertu aux plantes.
Pour donner de la vertu à quelques plantes, les superstitieux croyaient,
encore longtemps, après la conversion des Belges au christianisme, qu'il
fallait obseiver le croissant de la lune ; pour d'autres le décroissant du
même astre et le point d'où soufflait le vent devait être observés; pour
d'autres encore, celui qui les cueillait, devait être à jeun. Ils étaient dans
la fausse croyance que ces conditions 'et quelques cérémonies religieuse-
ment observées, donnaient à quelques-unes des plantes médicales, une
— 200 —
vertu miraculeuse et n ême surnaturelle. Le botaniste Dodoneus, qui écri-
vit son Grand Herharms , au XVI^ siècle , y cite une grande série de
plantes dont la vertu est telle, qu'elles peuvent empêcher le mal des
sorciers et sorcières ^.
Malgré le coup que le concile d'Agde, le premier d'Orléans et plusieurs
autres ont porté contre les surperstitions païennes, et quoique les devinations
par le sort aient été défendues par les capitulaires de nos rois (789), le
torrent de la coutume l'a emporté sur les défenses. Le lecteur judicieux et
clairvoyant apercevra que la société est encore infectée de superstitions
païennes. Il en trouvera quelques-unes, défendues par St.-Eloi, nommées
dans sa liste « De Rectitudine catholicœ conversationis , » dans la chaumière
du pauvre, dans l'habitation du fermier, dans l'atelier de l'industriel,
dans la maison du bourgeois et dans les salons du noble. Les antiques
absurdités exercent encore leur empire dans la vertu médicale des plantes ;
dans la croyance à l'influence des phases de la lune, et dans celle à la
puissance surnaturelle des devins et devineresses. Qui n'a pas vu dans nos
places publiques des devins dans un drôle d'accoutrement appeler les
personnes dans leur bureau pour dire leur bonne aventure? Dans les grandes
villes même on trouve parfois des devineresses dans les rues. Pendant un
séjour assez long, que j'ai fait dans la capitale de la Belgique, j'ai vu une
diseuse de bonne aventure s'approcher tout doucement d'une grande maison
et demander à une demoiselle qui se trouvait à l'une des fenêtres si elle ne
voulait pas connaître ce que la Providence lui destinait! Nulle part, je n'ai
vu plus de charlatans de tout genre que dans la capitale de la France, dont
on ne cesse de vanter les progrés dans les sciences ! Que la raison de
l'homme est lente!
Puisse les recherches que nous avons faites pour établir l'infÏMence de la
religion sur l'emploi des mains et les absurdes superstitions païennes, que
nous avons alléguées à cet égard , éclairer la société , la défaire de ses vieux
préjugés et enfin la rendre plus chrétienne; nous aurons obtenu la grande
récompense, à laquelle nous avons visé, en publiant cet écrit !
* DoDONEL's, Herharius, pages 42, 77, 121, 202, 222, 223, 371, 380, 47-i,
513, 610, 759, 1071, 1080, 1112, 1181, 1329, 1462 et 2495.
Aniui/,.- ih /AcfirWmj, if Arc/iMmt/l , mXlV/'ii
I
g 1 \f,:ires
(inriK iiomam: dk saint skiivais
UNE
ANCIENNE CRYPTE ROMANE
PAR
M. Alexandre SCHAEPKENS ,
Membre coriesiiMiiil.iiiI do l'AcacIPinii', chevallier (te l'imlre do la
Ooiiroiiiie de Clièiie, etc.
Nous avons publié ('ti ISIG , dans le Messuger des Sciences , de Gand ,
une vue de la crypte de l'éi^iise de saint Servais, à Maestricht, en donnant
le dessin et la description d'un ancien sarcophage qui s'y trouvait ancien-
nement. Nous venons élucider le dessin de ce monument tant regretté,
par une courte description qui ajoute quelques détails à ceux qu'en a
donnés YAnmiaire du Limbourg de l'année 4828.
Un plan de la crypte, reproduit d'après celui de V Annuaire,
complétera le souvenir qui nous reste de cette ancienne chapelle souter-
raine dont les spécimens sont bien rares dans nos contrées. Cependant,
une partie de l'ensemble existe encore sous le pavé de l'église ; c'est un
troisième caveau qui contient plusieurs anciens tombeaux et qu'on prétend,
avec assez de probabilité, avoir été le lieu de sépulture primitive du saint
tutélaire de l'église. Cette petite crypte basse se trouvait sous l'autel
dédié à saint Servais, qui fut le seul existant dans l'ancienne église.
La circonstance que cet autel est placé juste au-dessus du caveau , est de
nature à y faire chercher le tombeau de l'illustre apôtre de la foi, qui,
selon Grégoire de Tours, fut enterré près du chemin public.
La crypte de saint Servais de Maestricht , qui fut démolie < au com-
' Elle fut démolie en 1811 ; et pour subvenir aux frais de la destruetioii de cet inti'-
ressant édifice , on lit une collecte qui produisit einii mille francs.
• (Aimunire de lu province de Lhnbounj, ainii'e l8i.Sj
— 20:2 —
niencenit'iit de ce siècle , était décorée de p(>iriliires murales. Ses colonnes
étaient [leiiitos et leurs chapiteaux étaient dorés; d'autres frai;ments de
peinture se montrèrent sur les murs, lorsqu'en démolissant on en lit tomber
la chaux.
La crypte mesurait en hauteur quatorze pieds, dont huit sous le pavé
de l'église et six au-dessus '. La voûte se composait de douze carrés,
et chaque carré était croisé en voiHe d'arête. Du point d'intersection des
quatre arêtes, pendait un anneau de fer. La maçonnerie des voûtes était
en pierres brutes. Les chapiteaux avaient des ornements de feuillages et les
ouvertures ou fenêtres, dont quatre de chaque côté, étaient décorées de marbre
noir et munies de barres de bronze tournées en torse. Un banc de pierre
faisait le tour des murailles à l'intérieur. Le pavé était couvert de pierres
sépulcrales plus larges à la partie supérieure qu'à la partie iq/érieure ,
en forme de sarcophages ; on ne voyait sur celles-ci ni inscriptions ni
sculpture; mais là où ces pierres manquaient il y en avait de grandeurs et
de formes différentes , et quelques-unes étaient unies sur le i*evers ou
du côté retourné qui touchait la terre; elles portaient des figures
tracées en or, et une inscription en vers latins ayant trait à l'histoire de
saint Servais. L'état de ces signes ou caractères, effacés en partie par l'hu-
midité et l'absence de quelques-unes de ces pierres ne permettait pas de
trouver le sens de ces inscriptions. Extérieurement il y avait quatre entrées,
deux aux côtés de l'autel de saint Servais placé devant le chreur, et deux
autres aux côtés du chreur. Au fond de la crypte, vers l'orient, se trouvait
l'autel qui était en pierre jiume dure, couvert d'une pareille pierre en
forme de table avec un bord saillant. Sous cette table se voyait une cavité
quadrangLilaire de la dimension d'un pied et demi. Dans ce vide se trouvait
une boîte en plomb contenant de grands ossements enveloppés dun suaire
de toile blanche à bordure rouge. Derrière cette table de l'autel se trouvait
un socle en pierre de la hauteur d'environ deux pieds, soutenant un
sarcophage, également ^ en pierre long, de cinq, large de trois et haut de
* Le pied de Liège a 29 centimèlres 11 millimètres.
' (>e sarcn))li;i;.,'(' en pitiTc, qui existe eiirore, a également été publié dans le .l/e.s'.tffj/er
et acmnip^igne la vue de la crypte.
— 203 —
quatre ]iinls. Au-flessus de cette cliâsse en pierre on lisait sur une tablette
en bois : heliq. Mon. Gond. Cand. & Val. * tracé en lettres d'or.
Le tombeau dit de saint Servais, à côté de l'autel de la grande crypte,
était en marbre noir et rouge. Il mesuiait en liauteur un pied et demi.
TOMBEAU EN MARBHE DANS LA CRYPTE DE SAINT SERVAIS.
On croit que la pierre horizontale qui le couvrait était la même sous laquelle
le saint fut enterré près du chemin public. Cette pierre était protégée par
un couvercle en bois, pour que les pèlerins et les dévots n'en pussent
détacher désormais des morceaux qu'ils gardaient comme des reliques.
Il y avait un chandelier près ou sur le tombeau , sur lequel on allumait un
cierge les dimancheset jours de [été.
En face de l'autel et du tombeau que nous venons de décrire, se trouvait
une petite crypte recevant le jour par une fenêtre de la grande crypte.
Elle contenait un grand tombeau au-dessus duquel on lisait sur le mur,
écrit en lettres noires : hujns al taris 1579, c'était une partie d'une inscription
tronquée par une arcade en briques trop moderne pour avoir rapport à ce
monument. Dans la crypte suivante il y avait une niche carrée noircie par
la fumée d'une lampe qu'on y allumait depuis un temps trés-reculé.
Quand on enfonça les voûtes de la crypte, il resta une partie du clnetir tle
* Reliqiii^s dos saints Momilplir , (Inndiilplir , ('amiiilc ri VaU'iiliii.
— 204 —
rp;;lise sous IiU[nelle la crypte ne s'étendait pas, toujours plus élovée que le
pavé de la nef de l'église. En déblayant ce terrain, qui se composait de
couches de terre de différentes couleurs comme superposées successivement
pour atteindre le niveau, on n'y trouva que des décombres mêlés d'osse-
ments d'animaux. Ici encore il y avait deux fondements peu épais faits en
pierre tendre des carrières des environs de Maestriclit. Ils s'étendaient
parallèleinent à l'axe de l'église vers l'orient, divisant tout cet espace en trois
compartiments égaux. Dans celui du milieu, on découvrit sous le pavé du
cliû'ur un sarcophage en pierre que les ouvriers brisèrent par imprudence,
et les ossements qu'il contenait furent joints à ceux qui se trouvaient dans
la crypte. Devant l'abside se trouvait un mur droit, allant d'une tour h
l'autre. Il avait une largeur de six pieds et portait en partie le maître-autel
du chœur. On prétend que l'abside et l'autel furent joints postérieurement
à l'église. Le sanctuaire était anciennement décoré de figures et de fleurs
en peintures murales qui se montraient, par endroits, là où la chaux s'était
détachée. On voyait également les traces de deux arcades, une d* chaque
côté ; elles étaient murées depuis longtemps, et elles avaient les dimensions
de celles des nefs collatérales de l'église.
L'autel du chcrur était en pierre jaune dure. La table était d'une pierre
tiès-lourde et, d'après l'avis des architectes, de la qualité la plus pondé-
reuse de celles connues dans la ville. Le bord ou moulure supérieure faisait
partie intégrante de la table, qu'on pouvait enlever. Sous cette pierre ou
tablette on découvrit une excavation en forme de parallélogramme de la
longueur de deux pieds et demi et profonde d'un pied et demi. Celte
ouverture dans le cube de l'autel était fermée par une table en granit.
Une châsse en plomb, ta peu près des mêmes dimensions, s'y trouvait; son
couvercle, de même métal, était fermé avec des courroies et des cordes.
En ouvrant cette châsse, on y trouva quelques grands ossements enveloppés
d'un linge blanc bordé d'une frange rouge. D'après l'inscription de la
châsse en cuivre ', ces ossements appartenaient à saint Servais. Cet autel
avait été agrandi à une époque reculée. La partie postérieure, sur laquelle
' Vnir la ;.;r;tviiri!ell;Mii'S',Ti|ili{tii de crUi' rliàs^p dans le Timordr l'nii (ni< i('ii,\'^\nndic
XIII. ti le Mcisuger des Siic.iires liisloiiqucs de (jaml , anin'i' 1849.
— 205 —
reposait la châsse de saint Servais, était également de forme cubique, mais
de trois pieds plus élevée que la table de l'autel. Dans cette partie en retraite
de l'autel, faite en pierres jointes ensemble, se trouvait un tabernacle en
bois pour l'ostensoir. Après avoir ôté ce tabernacle on trouva une ouverture
en carré long de deux pieds et demi. Par cette ouverture on vit que plus
bas dans le cube il se trouvait une espèce de chapelle voûtée, décorée de
fleurs et de couronnes peintes. Elle avait probablement servi à contenir des
reliques '. En démolissant cet autel on trouva entre les jointures des pierres
des monnaies de petites dimensions, qu'on a prises pour des pièces des
évèquesdeLiégedu XIII""' siècle. Ces monnaies étaient très minces et por-
taient le coin seulement d'un côté, on les désignait sous le nom de Draetia.
Collette ^ donne l'inscription suivante de la lame en cuivre qui couvrait
l'endroit où se trouvait autrefois l'autel ou tombeau des évoques de
Maestricht, saints Gondulphe et Monulphe.
Divis Monnlpho et Gondulpho tiitelarihus. Hic suh momimento terra
recondita deposita fuere corpora SS. Monniphi et Gondulphi Episcoporum
tutelarium hujus Ecclesiœ , qiice subseqiientibiis annis ob hmçjnem sanctita-
tis et miracidorum luceni translata fuere et adjimcta corporibus SS. Va-
lentini et (Àindidi similiter Episcoporum in altari crijptœ hujus Ecclesiœ
sancte qniescentum anno MXXXIX a Nithardo Leod. et Gerardo Camera-
censi Episcopis.
Sur le bord de la lame en cuivre on lisait d'un coté cette inscription
qu'on a copiée de l'ancien monument ou autel :
EXCITUS HAC ARCA MONULPHUS
AQUIS QUE DICATO
GOXDULPHUS TemPLO, SE REDIT
UTERQUE IIlERARCHA.
De l'autre côté :
Terra in qua stas sancta est. Solve calceamentlm de
pedibus tuis.'. exod. 3.
^ Gi'tte (■iiapi'lle on fiuir niesurail six à S('|it, iiieils.
"^ Dans son oiivraL'u rnaimscni sur la ville de Maustriclit.
— 206 —
On pont conclure de ceci que puisque nos ancêtres ont lionoré le
tombeau des saints Monulphe et Gondulphe d'un autel , pourquoi ne
l'auraient-ils pas fait pour saint Servais , le patron de l'église ? Par
conséquent, le tombeau de saint Servais pouvait se trouver sous l'autel
dédié à saint Servais et dans la plus petite crypte, par la raison que
l'autel, dans les plus anciennes églises, se trouvait sw le tombeau du
martyr ou patron du temple. L'ancien usage qui a existé d'enterrer des
saints tutélaires ou les grands hommes au milieu de l'église est confirmé
par le tombeau de saint Lambert ([ui se trouvait à l'entrée du chœur de la
cathédrale de Liège, et celui de saint Hubert qu'on voyait dans l'église de
Saint-Pierre , prés de Maestricht , dans une petite crypte semblable à
celle de saint Servais,
CURIOSITÉS GÉNÉALOGIQUES
PAR
F.-V. GOETHAIiS,
Conseiller de l'Académie.
I.
DU CHASTEL DE BLANGERVAL.
La partie la plus ancienne de la généalogie de la famille du Chastel de
Blangerval est due au génie du moine Philipjie d'Assignies. Cette œuvre
curieuse a été revue et augmentée par le héraut d'armes van Berckel. Nous
avons cru devoir la respecter, et nous nous sommes bornés à la compléter
d'après des documents certains.
I. Elberon, siredeNeufcliastel en Ardennes, dominant un domaine qu'il
avait reçu de la libéralité de Henri de Luxembourg, comte d'Ardennes, en
présence de Thierry, évêque de Metz, d'Adalbéron de Luxembourg , prévôt
de St. -Paulin, à Ti'éves, et de Hugues, seigneur de Villersy. Au haut
d'une montagne baignée d'une petite rivière qui se jette dans la Meuse
près de Logny, le sire Elberon fit construire un beau château que les
habitants de la localité ont appelé le Neuf-chastel ou Neufchastel. Il épousa
Judith d'Argemj. Il adopta pour armoirie un écu d'argent à un château
de gueules.
De ce mariage naquit un fils, qui suit :
II. Godefroi, sire de Neufchastel, forestier d'Ardennes, fut envoyé vers
Ogine de Luxembourg, comtesse de Flandre, à l'effet d'obtenir une transac-
tion au sujet de la terre de Munsdorf qu'elle avait reçue en partage et que
son frère Théodore de Luxembourg désirait d'avoir (1015). Il épousa dans
— 208 —
la ville d'Arras Bertlie de Villcrs, lille unique el héritière de Jean, sire de
Villers, dit le Preux, laiiuelle lui porta eu mariage les terres de Villers,
de Neufville, de Marquin, d'Mermavilie et de (fourrières. Godefroi, sire de
Neufchastcl, est décédé en 1029 et sa feuime en 1035. Leurs restes mor-
tels furent inhumés dans l'église de l'abbaye d'Aval au Luxembourg. Elle
portait d'a/Air au chevron dor.
De ce mariage sont nés deux fils, savoir :
1" Baudouin , qui suit :
2» Gilles, sire de Villers , mort en 1079, à l'âge de 81 ans , épousa Béatrix
de Nielles, lille de Robert, seigneur de Nielles. Ils gisent à l'abbaye
d'Eslrun. Nous donnons leur postérité ci-a[irès.
m. Baudouin, comte du Chastel, épousa Herinentrude, ^comtesse de
Montfort, lille de Renaud, comte de Montfort et de Rekeline de Gfoesbeke.
Selon les généalogistes il fut créé comte par l'empereur Henri. Il tlorisaient
en 1059.
Ils ne laissèrent qu'un fils, savoir :
IV. Godefroi, comte du Chastel et de Homberg, épousa, Clémence ou
Erraensinde, comtesse de Longwy, veuve de Conrard , comte de Luxem-
bourg, 1080.
De ce mariage naquirent :
|o Folmar, qui suit :
2° George du Chastel suivit quelque temps l'empereur Lotbaire II en ses
guerres, puis se fit moine à l'abbaye de Prum dont il devint abbé;
3» Helinde DC Chastel, mariée à Gérard, sire de Renecke;
4° Clémence du Chastel, mariée à Aiberon de Renecke , fils bâtard de (îtiil-
launie, duc de Brunswyck.
V. Folmar, comte du Chastel et de Homberg, épousa Clémence de
Ligniville, fille de Folmar de Ligmville et de Mathilde de Metz, dame de
Ligniville; laquelle portait un écusson losange d'or et de gueules.
Ils laissèrent deux enfants, savoir :
1° Folmar, qui suit :
2" Hugues, ciunle de Ligniville par inféiiil;ih(iii de reiiqx'n'iir Frédéric eu
1189, prit les armoiries de sa mère el l'poiisa , h]o. de Dullendarf, lille
— 209 —
d'Alfred, landgraf de Diilleiidorf. Ils gisent à Ligniville. Elle portait un
écusson bandé d'azur et d'argent, de huit pièces, au lion de gueules
couronné d'or, sur le tout.
De ce mariage sont nés trois enfants, savoir :
A. Folmar, comte de Ligniville , seigneur de Romeville, épousa Irène de
Dommartin. Us sont les auteurs des comtes de Ligniville en Lorraine ;
B. Conard de Ligniville, seigneur de Ryst, chevalier teutonique, commandeur
de Boukenhem , noyé au passage du Danube ;
C. Hugues le ISnir, sire de Vauflans, chef des sept cantons Suisses lors de la
guerre de Herman , marquis de Baden , épousa Elisabeth , comtesse de
Manderscheyt, fille de Guillaume , dont une iille , savoir :
Gerberghe, dame de Vauflans, mariée à Henri, comte de Solms, fils de Henri,
comte de Solms, et d'Agnès, comtesse de Zeyne, 1289.
VI. Folmar, comte du Cliastel et de Homberg, épousa Sophie de Man-
derscheyt, fille de Fulco, 124i2, dont il eut un fils, savoir :
VII. Henri, comte du Cliastel, de Horaberg et de Metz, épousa Alphie,
comtesse de Seyne, avec laquelle il donna les dîmes du domaine du Chastel
à l'abbaye de Saint-Corneille en 1276, où ils ont été inhumés.
Ils n'ont laissé que deux filles, savoir :
•1" Alphie, comtesse du Chasiel et de Metz, mariée à Renaud de Lorruim ,
fils de Frédéric, duc de Lorraine. Ils gisent à Metz dans la grande éi^iisc;
2° Marie, comtesse de Homberg, mariée à Lothaire, comte de Falkenstein.
Sa sœur aînée hérita du comté de Homberg.
III. Gilles DU Chastel, sire de Villers, fils de Godefroi , sire de
Neufchastel , forestier d'Ârdennes, et de Berthe de Villers , reçut en partag;e
les biens de sa mère, situés en Artois, où il vint se fixer en 1076. Il épousa
Béatrix (ie Nielles, fille de Robert, seigneur de Nielles, chevalier, laquelle
portait un écusson de sable à cinq fleurs de lis d'or. Il adopta pour
armoirie l'écusson de sa mère, d'azur au chevron d'or, brisé d'un franc
canton d'argent au château de gueules, ce qui se prouve par son scel
pondu à une charte par laquelle Gérard, évoque d'Arras, donna, du con-
sentement de Gilles, sire de Villers, à l'abbaye d'Estrun, les dîmes
— 210 —
d'Hermaville, en 1078. Il mourut en 1079, âgé de 81 ans et fut enterré
à l'église (le Villers. Sa femme a été inhumée dans l'église d'Estrun près
de sa fille.
Ils ont laissé quatre enfants, savoir :
1» Foulques, sire de Neufville , se croisa avec ses frères et combattit fort
vaillamment i la prise de Jérusalem. 11 mourut peu de temps après de ses
blessures ;
2" Hugues le Brun , créé chevalier à la prise de Jérusalem par Godcfroi de
Bouillon , se trouva eucore dans d'aulres entreprises militaires des croi-
sés contre le calife d'Egypte. De retour en Artois, il retrouva en vie sa
femme Marie de Nedon qui portait un écusson d'hermines à la bande d'or
évidée de gueules. Hugues le Brun en mémoire de sa participation à la
croisade , changea les armoiries adoptées par son père , accompagnant le
chevron de trois croisettes recroiseltées d'or au pied fichu «t prenant pour
cimier le château de gueules au lieu du buste armé; *
3° Baudouin, qui suit :
4-0 Denise du Chastel, religieuse à Esirun.
IV. Baudouin DU Ch.\stp:l , Seigneur de Villers, d'Hermaville et de
Courrières, é^ousii]]M\\i\\ne de Mottenghien, fille de Mainfroi, seigneur
de Mottenghien et de V\'arliizpl. 11 se croisa avec les seigneurs chrétiens et
combatit dans les rangs de Robert, comte de Flandre, à la prise de
Jérusalem. Le roi de Jérusalem Godcfroi de Bouillon le créa chevalier du
saint sépulcre pour le récompenser de sa belle conduite au milieu de ses
braves compagnons d'armes. Baudouin, sire de Villers, adopta pour ar-
moirie un écu d'azur au chevron d'or accompagné de trois croisettes
recroisettées d'or au pied fichu, et aussi, de même que ses frères, il prit
pour devise : S'il plaît à Dieu, voulant signifier par ces mots qu'ils
vaincront les Sarazins avec l'aide de Dieu .Harduine de Mottenghien portait
un écusson d'argent à la bande fuselée de gueules.
Us eurent deux garçons, savoir :
lo Thibaut , qui suit :
2o P.obert du Cuastel, évèque d'Arras, mort en 1131 , donna à sa Cathédrale
un grand chandelier de cuivre à sept brançiies pour le service de la grand messe.
Il fut placé derrière le maître autel.
V. Tliihaiil F)r (Iii.vstki,, seigneur de Villers, d'IIeriuaville et de Cour-
— 211 —
riôres, mort en 1153, épousa Mélisende de Poix, dame de Cheville. Ils
fondèrent une très-belle chapelle en l'honneur de Notre-Dame dans l'église
paroissiale de Villers. Cette fondation fut confirmée par Robert du Chastel,
évêque d'Arras, son frère. Ils gisent dans cette église. Mélisende de Poix
portait d'argent à la croix ancrée de sable.
Il a laissé trois enfants légitimes, savoir :
1'^ Baudouin, qui suit :
1° Eiberon du Chastel tua son frère bâtard et s'enfuit en Angleterre où il
embrassa la vie religieuse dans Tabbaye de Westminster;
3" Alix DU Chastel, mariée à Gervais de Saint-Aubin, chevalier, seigneur
de Sclialven.
II laissa aussi un bâtard :
4° Robert du Chastel, dit à^Urliis. parce qu'il fut capitaine du château d'Urlus
entre Cens et La Bassée. C'était un capitaine aventureux : il parcourut
toute la Picardie , de manière que son nom seul suffisait pour répandre
répouvante et la consternation. Sou frère l'a tué.
YI. Baudouin du Chastel, seigneur de Villers, d'Herraaville, deCour-
rières et de Cheville, épousa Eve, tante d'Eustaclie, seigneur de Neufville,
chevalier, qui contribuagénéreusement à la fondation de l'abbaye du Verger,
ainsi que Baudouin du Chastel, Guillaume, seigneur de Béthune, et
Hugues, comte de Saint-Pol, 1197. Sa fenune portait un écusson d'argent
fretté de gueules.
De ce mariage naquirent cinq enfants, savoir :
1" Libert, qui suit :
2" Gérard du Chastel, seigneur de Cheville et de Courrières, bailli de Cassel,
épousa Ehsabeth f/e Br//«e« , dame d'Emmerin. Nous donnons leur pos-
térité ci-après;
3" Henri DU Chastel, seigneur d'Hcrmaville, épousa Béatrix de Chastillon.
Nous donnons leur descendance ci-après,
4° Florence du Ch.vstel, abbesse de Notre-Dame de la Vigne , décédée en
1226;
5» Mélinde de Chastel, mariée 1° à Raoul, seigneur d'Inchy, et 2" à
Antoine de Harres , tué à la prise du château de Kemperlée en Nor-
mandie.
212
VII. Libert nu Chastel, seigneur de Villers, épousa Marie de Boninival.
Libert, seigneur de Villers; Godefroi, seigneur de Bréda ; Wauthier de
Bierbais ont figuré dans un acte de cession de l'avouerie de Vivegnies et
de la pêcherie de Herstal, faite par Jacques de Walcourt, dit de Clermont,
à Henri I«^ duc de Brabant, 12^3.
lis n'ont eu qu'un fils :
.lac(jueiniii DU Chastkl, seignour de Villers, et d'Oppaiii, en partie, du chef
de sa mère, épousa lilisilde de Palhi, qui purlait un éciissou de gueules
à la fasce d'iierinines.
VII. Gérard du Chastel, seigneur de Cheville et de Courrières, était
fils puiné de Baudouin du Chastel, seigneur de Villers, irHermaville,
de Courrières et de Cheville. Il fut bailli de Cassel eu 1201 et épousa
Elisabeth de Brimeu, dame d'Emmerin.
Ils ont eu trois enfants : »
1° Baudouin, qui suit :
2" Gilles du Cu.\stkl , cjrand faucoiuiier de Robert II, comte d'Artois, mort
à la bataille de (iroeiiiiiglii! en 1302, époiis;i (îertrude de MotU'nijhien . Ils
gisent dans féglise de Suinl-Berlin à Poperinglie. De ce mariage est née
une fille, savoir:
Ritrude DU Chastel, mariée : 1" à Edmond, comte de Snint-Sandumier , ehambellan
d'Edouard II, roi d'An;,deti'ne; et t" à Robert, dit Herfort, comte de Harwirk.
Elle est décédée à Londres, l'an 1323.
3" Alix DU Chastel, mariée à Gilles de Beauvoir, fils de Matthieu de Beauvoir
et de Jeanne de Bousies.
VIII. Baudouin du Chastel, chevalier, seigneur de Cheville, d'Emmerin
et de Courrières, épousa, en premières noces Yolande rfe. If a W(7//it'w/, fille de
Philippe; et en secondes noces N. Bebrevielles , décédée en 12'.)7, fille de
Robert Rebreviettes et d'Ide de Freref. Après la mort de sa seconde
femme, il se retira dans la forêt de Nieppc, oii il construisit un hermitage
et lit bâtirunc belle chapelle. M. le professeur Lecouvet le c(uupreud parmi
les ascendants des comlcsdu Cliaslel de la llowanlric yivj^r Hù de la in»tice
sur celle siîi^uciirie.
— 213
Il eut du premier lit
i" Jacquemon, qui suit :
2" Baudouin du Ghastel, seigneur de Chaumesnil, épousa : 1" Élconore de
Bambeeclte, décédée sans enfants; et 2^ Suzanne de Merlemont. Nous
donnons sa postérité ci-après;
3" Olivier du Ghastel fut décapité à Lens pour avoir assassiné Golard
Grenet, pasteur du dit lieu. Il avait follement dépensé toute sa fortune ;
40 Rasse du Ghastel, seigneur de Londergliem, épousa Marguerite de Pernes,
fille de Robert de Pernes et de Marie de Lagnicourt. Nous donnons leur
descendance ci-après;
5° Félicité du Ghastel, religieuse au Grand-Bigard lez-Bruxelles, décédée
en 1300.
6" Jean du Ghastel, chevalier, seigneur de Thumesnil, d'Emmerin, et de
Grésecques, châtelain du château de Rupelmonde, épousa Yolande de
ISoyelles, fille bâtarde de Hugues, seigneur de NoyeUes, et de Marie
de Pronville. De ce mariage sont nés, savoir :
A. Isabeau du Ghastel, mariée à Matthieu de Uéthune, seigneur de Locres, mort
l'an 1348;
B. Hélène du Ghastel, mariée : 1» à Jean de Mrraumont, bailli d'Hesdin; et 2 à
Baudouin le Preoost, chevalier, seigneur do Fouligny, mort sans postérité à
Pecquencourt. Elle se retira au couvent des dames du Vivier, à deux heues d'Arras,
où elle prit le voile ;
G. Gillette du Ghastel, mariée à Aiard, seigneur du Vez et de Herren. Ge mariage
fut cassé pour proximité du sang ;
D. Giiarlotte du Ghastel, religieuse à l'abbaye des dames du Vivier, à deux lieues
d'Arras.
7" Jacques du Ghastel se retira en Angleterre à la suite de Robert d'Artois,
comte de Beaumont. Il y est décédé en 1339. M. Lecouvet, ibid. p. 95
confond Jacquemon avec Jacques du Ghastel ;
8» Lucie DU Ghastel, mariée à Jean de Thoimrs, seigneur de Lacattoire.
IX. Jacquemon du Ghastel, seigneur de Cheville, gentilhomme de
Marguerite, comtesse des Flandre, mort avant son père, épousa Marie de
Lo'jaucourt . La comtesse Marguerite lui accorda plus d'une faveur et lui
promit, pour toute sa vie, robes d'écuyer tant qu'il serait écuyer, et celles
de chevalier, ainsi que leti\aitement de chevalier, etavninepour trois chevaux,
dès qu'il serait promu à ce degré de noblesse ou d'honneur. M. Lecouvet,
ibid p. 90, le comprend parmi les ancêtres des seigneurs delà Howardrie.
2.^ XVI its
- 214 —
De ce mariage naquit un seul fils, savoir :
Baudouin du Chastel vendit tout son patrimoine à son cousin Germain
Arnoud du Chastel, seigneur de Chaumesnil, avant d'embrasser la vie
religieuse à l'abbaye de Saint-Vaast. Il devint prieur du monastère
d'Azincourt.
IX. Baudouin du Chastel, seigneur de Chaumesnil, était fils de Baudouin
DU Chastel, chevalier, seigneur de Cheville, d'Emmerin et de Courriéres,
et d'Yolande de Maldeghem, sa première femme. Il épousa en premières noces
Eléonore de Bamheecke, décédée sans enfants ; et en secondes noces Suzanne
de Merlemont, portant un écusson de sable ta la bande d'argent chargée de
trois merlettes de gueules. Baudouin, seigneur de Chaumesnil, et Suzanne
de Merlemont achetèrent de Simon de Sacquespée, un bien sisàLignerœul,
par lettres de 1319.
Il laissa du second lit : ,
1° Josselin du Chastel, brùlé a l'âge de 12 ans dans la tour de Chaumesnil,
par des soldats Anglais ;
2" Arnoud qui suit :
X. Arnoud du Chastel , seigneur de Chaumesnil et de Cheville, qu'il
acheta de son cousin germain Baudouin du Chastel , épousa en premières
noces la fille d'un gentilhomme parisien, originaire du Vermandois;
en deuxièmes noces Jacqueline de Rolencourt; et en troisièmes noces
Aldegonde de Montfiorel.
Il laissa de son second mariage une fille, savoir :
Marguerite du Chastel, dame de Chaumesnil, se maria avec Jean
Tournay, dit XEncjlet.
IX. Basse du Chastel seigneur de Londerghem, du chef de sa mère, était
fils du Baudouin du Chastel, chevalier, seigneur de Cheville, et d'Yolande
de Maldeghem, sa première femme. Il épousa Maguerite de Pernes, fille de
Robert de Pernes et de Marie de Lagniconrt.
De ce mari.igo sont nés deux garçons, savoir :
— .215 —
1» Janneqiiin, qui snil :
2" Hum nu Chastel, écuyer, seigneur (rEmmerin et de Cresecques, épousa Anne
de Thouars, tille du seigneur de Morlaigne. Nous donnons leur pustériîé
ci-après.
X. Janneqiiin du Chastel, seipeiir de Londerghem et de Courrièrei?,
épousa Bonne de Veule, qui pointait un écusson de gueules à l'écusson d'ar-
gent. Il céda par-devant les échevins de la ville de Lens à son cousin tous ses
droits sur la seigneurie de Courrières. Ils n'eurent qu"un enfant savoir :
Guillaume du Chastel, seigneur de Cheville, bailli de la ville et de la châtellen ie
de Lens, puis chambellan de Louis de Maie, comte de Flandre, et de
Pliilippe-le-Hardi, duc de Bourgogne, épousa Isabeau de Lens, fille de Gilles
de Lens, seigneur d'Ennequin. Ils sont décédés sans enfants.
X. Hum DU Ch.\stel, écuyer, seigneur d'Emmerin et de Cresecques, était
fils puîné de Rasse du Chastel, seigneur de Londerghem, et de Marguerite
de Pernes. Il relevalaterrg d'Emmerin en 1357 deGaulus de Luxembourg.
Il époussa Anne de Thouars, dont le père était seigneur de Mortaigne et
laissa cinq enfants, savoir :
l" Colard qui suit :
2" Pierre ou Chastel, capitaine de trois cents fantassins pour le service de
Louis de Maie, comte de Flandre, épousa Catherine, tille de Henri,
seigneur de Hersin lez-Saint-Amand.
De ce mariage naquit un fils savoir :
Henri du Chastel , seigneur de Hersin, épousa Françoise Duwe& qui portait un écusson
vairé d'or et d'azur au franc canton de gueules. Quelques-uns, parmi lesquels le
héraut d'armes de Launay, ont présumé que les seigneurs du Bleu-Chastel et de
AVisthout étaient issus du seigneur de Hersin , mais sans fondement.
3" Anne du Chastel, mariée l» à Guy, seigneur d'Ostrel; 2° cà Jacques
de Carnin, fils de George ;
4 Nicole DU Chastel, mariée à Adrien de Sacquespée, fils de Michel de
Sacquespée et de Jeanne de Mont-Saint-Eloy;
o» Marie du Chastel, abbesse d'Estrun.
XI. Colard DU Chastel, chevalier, seigneur d'Emmerin, deThumesnil et
— 216 —
de Courriéres en partie , épousa Florence d'Auherchicourt qui lui survécut,
comme il conste de divers chirographes de 1372, 1380, 1393 et 1394'.
Dans ce dernier titre elle se qualifie de dame douairière d'Emmerin et de
veuve de Colard du Chastel.
De ce mariage sont nés cinq enfants, savoir :
1" Jean, qui suit :
2o Florence du Chastel, dite i'Ainerin., mariée à Regnard à'Escaubeke écuyer ;
3° Constance du Chastel , bénédictine à Avesnes ;
io Madelaine du Chastel, dame de Thumesnil, mariée à Adrien de Sailly,
seigneur de Bericourt en Vermandois, mort en 14.07, fils d'Adrien de
Sailly et de Marie de Wavrin;
5" Clémence du Chastel, mariée a Jean le Louchet , seigneur de Hingette,
bailli de La Bassée , fils de Jean le Louchet , seigneur de La Haigrie , et
de Catherine d'Are. •
XII. Jean du Chastel, seigneur de Thumesnil, de Courriéres et d'Emme-
rin, mort à la bataille d'Azincourten 1-415, épousa en premières nocesrtWichelle
deBrmidenbourg, dont la mère était Catherine Boî</a7i(^; en deuxièmes noces
Marguerite de la Vichte, fille de Jean de la Vichte et de Marie van
Halewyn; et en troisièmes noces Madelaine le Preudhormne .
Il laissa de sa deuxième femme quatre enfants légitimes, savoir :
1" Jean, qui suit :
2" Gilles du Chastel, abbé de l'abbaye au Bois, mort en 1458 ;
3" Gérard du Chastel , chevalier, épousa Jeanne de Lens, dite de Rebecque.
Nous donnons leur postérité ci-après;
4.0 Catherine du Chastel, mariée à Baudouin de iîîcamex, seigneur deWagno-
ville et de Crécy en Boulonois, l'an 1436.
Il laissa en outre quatre bâtards, savoir :
5° Thierry DU Chastel, roi de l'Epinette en 1435, épousa Clémence de la
Rachie, fille de Jean de la Rachie et de Clémence de Croix. Au jeu de
l'Epinette, il jouta en 1435 parmi ceux de Tournay contre les Brugeois.
Il brisa d'un filet barré de gueules.
De ce mariage naquit un fils , savoir :
Grifîon Di' Chastel , srigneur de Wailly , lieutenant bailli de la forêt de Monnai en
Hainaiit , épousa Jeanne de Noyelle.t.
— 217 —
6t> Guillaume du Chastel épousa Marguerite de Seure, fille deJeanrfe Seure.
Ils i,nseut à Saint-Sauveur à Lille ;
"o Charles du Chastel;
8" Verfain du Chastel jouta avec ses frères Thierry, Guillaume et Charles, au
jeu de TEpinette en 1435.
Xlil. Jean du Chastel, chevalipr, seigneur d'Emmerin, de Thuraesnil,
de Cheville et de Courriéres en partie, épousa Marguerite du Busqidel, dont
le père était seigneur de Brande. Ils gisent à l'église de Thuraesnil, sous
une belle pierre ornée de leurs armes et de leurs eifigies.
En 14-40, Jean du Chastel vendit à V\n\ïi}\)ede Montmoi'enqf, seigneur
haut-j;isticier de Courriéres, tous les droits qu'il avait sur cette
seigneurie.
Il a laissé deux enfants, savoii' :
1" AiiLoine, qui suit :
2° Blanche du Chastel , mariée à Hector, seigneur de Quinquenpoix , bailli de
Thérouanne. Il portait de gueules à six châteaux d'argent 3, 2 et I.
XIV. Antoine du Chastel, seigneur de Thuraesnil et de Cheville, écuyer
de la maison de Philippe, archiduc d'Autriche, épousa Béatrix de Ga-
vrelles, fille héritière de Jacques de Gavrelles, seigneur de Marconvelle,
et de Sibylle de Caverel. Béatrix de Gavrelles fut la nourrice de François
d'Autriche, frère aîné de l'archiduc Philippe, dit le Bel.
De ce mariage naquirent trois enfants , savoir :
1" Antoine du Chastel, seigneur d'Emmerin, lieutenant des archers de Marie
de Hongrie , gouvernante des Pays-Bas ;
2" Jacques, qui suit :
3" Ferry du Chastel, seigneur de Thumesnil, mort à Saint-Omer en 1568,
épousa : 1" en 1529 Jeanne de Poix, dame de Doucy; et 2" Jeanne du Prêt.
Il gît dans Féglise de Sainte-Aldegonde de celte ville.
De ce mariage naquirent.
A Charles du Chastel, seigneur de Doucy, capitaine de cavalerie, fait prisonnier
devant Cambrai en 1591, épousa Adrienne de Belle forrière, tille de Charles;
B. Marie du Chastel, dame de Thumesnil, mariée à Emery Grebert;
G. .Jeanne du Chastel, mariée: loàJean de Pitpance, qui combattit à la bataillr de
— 218 —
Saint-Quentin avec beaucoup de valeur; et "2" à André de Pieniionl , mort sans
postérité à Milan en 1573;
D. Brigitte duChastel, religieuse au couvent des dames nobles à Beaunioiit.
XV. Jaciiiies du Chastel, seig-neur d'Emmerin, de Marconville, gentil-
homme de la maison de Chaiies-Ouint et du roi Philippe II, pour lesquels
il fut employé dans différentes ambassades, grand bailli et châtelain du
château de Lille durant trente sept ans, mort le 8 juillet 1574, épousa Jeanne
du Boîs de Fiennes, dame de Bours et de La Vacqiierie lez-Hesdin, décédée
le 16 décembre 1559, fille de Jean du Bon de Fiennes, seigneur des dits
lieux, et de Claire de Mièvre, dame de Blangerval, et de La Vacquerie. Ils
gisent dans l'église des carmes à Lille devant le inaitre-autel.
De ce mariage naquirent cinq enfants, savoir :
jo Philippe qui suit : •
2" Jean du Chastel dit de Bours, seigneur de Bours et d'Emmerin , servit
quelques années le roi catholique. 11 mourut au siège de Touniay en 1581,
avec la qualité de colonel d'une compagnie wallonne, son frère Ptiilippe fut
s(ui légataire universel ,
3° Aladelaine DU Chastel, religieuse puis prieure à la Thieuloye lez-Ârras ;
i" Anne ou Chastel, religieuse à Gonnay, en Artois ;
5° Catherine duChastel, dame de La Vacquerie, décédée le 22 janvier 1G08;
âgée de 70 ans, et inhumée dans l'église de la Thieuloye, se maria, le 18
février 1555, avec Jean de Hihert , Seigneur de La Motte, de Beaurepaire
et d'Esprenay, mort en IGU-i et enterré à Lillers.
XVI. Philippe du Chastel, chevalier, seigneur de Blangerval, de Marcon-
ville de Piolleghem et de Noyelles, fut reçu en 1552 dans la pagerie du roi
Philippe 11 qu'il accompagna dans son voyage en Angleterre. Il se trouva à
la bataille de Saint-Quentin et l'année suivante à celle de Gravelines; puis
en 1550, il s'embarqua avec le roi poiir l'Espagne. Il fut fait chevalier de
la propre main de Philippe 11 en 1503. Deretouraux Pays-Bas il fut capitaine
du cliàl(>au de Lille, conseiller de guerre, gentilhomme de la bouche de
Philippe 111 en 1574, enlin gouverneur et grand bailli d'Audenarde en 1607,
épousa Marie de la Salle, darne de Terremaisnil et de Beaurains, décédée en
16!26 et inhumée à Marquette, fille de Pierre de la Salle, seigneur de
Terremaisnil, de l'.caniaius, Mnveuville, Mercatel, et de Mcolc Tiirp'in, dite
de LuxjncviiiirL
— 219 —
Il hérita de la terre de Blangerval à la mort de son oncle maternel, et
puis de celle de Rolleghem, à la mort de Charles de (jvmj, prince de Chimay.
Conjointement avec sa femme, il donna en IGOO une belle verrière à
l'église paroissiale de Rolleghem.
De ce mariage sont nés :
4" Maximilien, qui suit :
2" Philippe DU Ghastel, mort le 31 décembre 1636, aux études à Douai;
3" Charles du Chastel, chevalier, baron d'Ere par achat fait en 1629, seigneur
de Terreniaisnil, capitaine d'infanterie, gniivernoiu- de la ville d'Arras ,
puis grand bailli du pays d'Alost, mort en 1603, épousa en 1611
Isabelle ^nc^rea, décédée en 1651 , fille de Jérôme Andréa. Nous avons
trouvé deux actes de relief que voici :
« Du 6 août 1627, de Jean Copin, le jeune, comme procureur de messire Charles
DU CuASTËL, chevalier, seigneur de Termenis, pour relief d'un fef à Rume
à lui échu par partage à cause de sa femme des biens de feu Jérôme
André. — Du 23 mars 1629, de messire Charles du Chastel, chevalier,
seigneur de Termegnies.... pouretà raison de l'achat par lui fait par décret
et adjugé au grand conseil de Malines qui fut appartenant à Robert de
Bernemicourt, de la terre et seigneurie d"Ere. »
Charles du Chastel a laissé deux enfants légitimes, savoir :
A. Charles du Chastel, mort jeune;
B. Suzanne-Tl4érèse du Chastel, dame d'Ere et de Terremesnil, se maria avec. Gaiiliej
van der Gracht , chevalier, seigneur de Hulst et de '^Passchendaele , gentiliiomme
de la bouche du cardinal-infant, fils de Guillaume van der Gracht et de Made-
laine de Saint -Venant.
Il laissa en outre deux bâtards :
C. Charles du Chastel, lieutenant-colonel;
D. François du Chastel, sa postérité s'est fixée à Bruxelles.
4" Jeanne du Chastel, mariée, le 6 juillet 1608, à Sainte-Gudule de Bruxelles, à
Marc-Antoine, marquis de Malvez-i, comte d'Airolla, seigneur de Santeimo;
5° Anne du Chastel se maria, par contrat du 9 juillet 1588, à Jacques van
der Meeren, chevalier ;
6" Marguerite du Chastel, abbesse de Marquette l'espace de 30 ans, décédée
à l'âge de 70 ans, le 18 mai 1647 ;
7" Âdrienne du Chastel, religieuse à Marquette, décédée en 1660;
8f Philipotte du Chastel, décédée le 31 décembre 1636, mariée à don
Balthazar Lopei del Arbol , capitaine de cavalerie au service espagnol,
puis lu^tenant mestre de camp au Pays-Bas. Elle git à Marquette ;
— ."220 —
!)" Jacqueline DU Chastei. , décédée à Marquette, le 14 iiiiirs 1636;
10" Hélène Di: Chastel;
11" Marie du Chastel;
12» Catherine DU Chastel.
XVII. Maximilion du Chastel, chevalier fait en 1615, seigneur de
Blangerval, de RoUegliem, de Bours, de Pétiioii, colonel d'infanterie en
1624, gouverneur et grand bailli d'Audenarde, épousa Suzanne Andréa,
dame de Pétrieu et de Lettenhove, fille de Jérôme Andréa, marchand à
Anvers, et d'Isabelle Moucheron.
Ils laissèrent dix enfants, savoir :
1" Charles DU Chastel, mort jeune et enterré à l'église de St-Pierre, à Gand;
2" Jérôme-Philippe, qui suit :
3° Philippe DU Chastel, seigneur de Pétrieu, visita le SaintiSépulcre à
Jérusalem où il fut fait chevalier. .\ son retour il mourut à Chio le 18
août 1664;
4° Pliilipofte DU Chastel, mariée à Antoine Baudtiin, baron de.Vanoville,
seigneur du Mauville, lez-Douai;
5" Isabelle-Claire DU Chastel , mariée en 1629 à Jean van der Gracht,
chevalier , seigneur de Brehaut , capitaine de cavalerie sous le marquis
de Baden ;
6" Claire-Éléonore du Chastel, décédé sans enfants, se maria avec Jacques
à'Oslrel , baron de Fiers, seigneur de Gambligneulle;
7» Marie du Chastel, religieuse à Marquette ;
8o Jacqueline-Dorothée du Chastel, religieuse à Doirseele à Gand ;
9" Jeanne-Françoise du Chastel, religieuse aux dames hospitalières à .\iide-
narde ;
10° Madelaine du Chastel, religieuse à Marquette.
XVIII. Jérôme-Philippe du Chastel , comte de Blangcrval , par lettres
patentes de Philippe IV, délivrées en 1661, seigneur de Rolleghem, La
Vacquerie, etc., colonel d'infanterie et conseiller de guerre, gouverneur et
grand bailli d'Audenarde, épousa en premières noces, en 1660, Louise,
comtesse de Bellcforrière , décédée en couches de son premier enfant en
1660, lille d'Alexandre, comXe de Delleforrière, baron de Sailly ; et en
secondes noces, le 18 mars 1673, Marie Anne Michelle de Gand dite Villain,
fille fie Philippe (/r f/r/z/^y, i\i[ Villain , mar(iiii> d'ilcm , et de Michclle-
Fiancnise de Vaifnnt's.
— 221 —
Il eut du second lit :
1° Guillaume François Joseph, qui suit :
2" Alberic-Âdrien-Fnuiçois du Ciiastel , comte de Pctrieu, seigneur d'Houp-
liiies et de La Vacquerrie, épousa, le 28 janvier 1706, Marie Ernesline de
Hoitrliin, fille de Charles Claude de Houchin, seigneur de Longastre, et de
Béatrix-Jeanne du Chastel de la Howardrie.
Ils laissèrent cinq enfants, savoir :
A. Alberic-Albert-François-Joseph du Chastel, comte dePétrieu, seigneur de Beauma-
noir , épousa en premières noces au mois de mai 1763, Marie-Albertine de
Lannoy, décédée à Lille, sans enfants , le 29 août 1772, fille de Pierre-Maxi-
mWxen de Laiiiioy , seigneur deWasnes, comte d'Annapes, et de Marie-Françoise-
Éléonore d'Aiigeruille; et en secondes noces, à Arras, le 28 décembre 1775,
Aune de Pons-Henneponi, chanoinesse de Denain, née le 12 décembre 1745,
décédée sans enfants en 1776, fdie de Claude-Alexandre de Pons, comte de
Rennepont , capitaine de dragons au régiment de la Suze, et de Marie-Louise
Chrétienne de Saint- BUinont ;
B. Maximilien-Joseph-Jérome du Chastel, dit de Petrien, né le 15 novembre 171-i,
a été reçu gentilhomme au collège de Mazarin,dit des Quatre-Nalions, à Paris ,1e
12 août 1717;
C. Isabelle-Eugénie-Charlotte du Chastel, chanoinesse de Moustier, décédée le 27
mars 1766, âgée de 47 ans ;
D. Marie-Ernestine-Anne du Chastel de Pétrieu, abbesse du chapitre de Denain, en
1752;
E. Philippe-Alexandre-Âlberic du Chastel, comte de Pétrieu, après son frère aîné,
officier aux gardes wallonnes en Espagne.
On lit dans la notice sur Howardrie par M. le professeur Lecouvet, page 65 : « Le
dernier représentant de la maison du Chastel-Blangerval de Pétrieux, qui n'avait
pas d'héritier direct , et qui servait dans le même régiment que Robert-François-
Charles-Henri-Marie , comte du Chastel de la Howardrie, né en 1761, offrit
à ce dernier de l'instituer son légataire universel, à la condition pour lui de
prendre les armes de du Chastel-Pélrieux. Le comte du Chastel de lu Howardrie
ne voulut point abandonner son antique blason. » En présence des faits que nous
venons d'exposer, cette historiette est didicile à comprendre pour toute autre
pi'rsonne qu'un membre de la famille qui s'est toujours évertuée à introduire dans
ses fastes tous les événements qui dis'jngent et honorent ses homonymes d'Em-
nierin et de Biangerval. La généalogie de ceux-ci semble avoir servi de modèle
à Simon du Chastel, comme nous l'avons déjà insinué.
XX. Gilbert-François-Joseph du Chastel, comte de Biangerval, seignetir
de Rollpp;heni, épousa .\nne-Marie-rctroiullc-Mirhelle de Varenncs, fille
22.2
de Michel-François de Varennes seigneur d'Houplines, de Beaumanoir, et
de Piiilipotte-Françoise de Gand, dite Yillain.
Une fille leur survécut , savoir :
Marie-Pliilippine-Albériqiie du Chastel, comtesse de Blangerval, se maria par
contrat passé au château de Werquin, le 26 juillet 1716, avec François-
Eugène, marquis (TAssignies, fils d'Octave-Eugène, marquis à'Assifjnies,
avoué de Thérouanne, et de Marie-Florence deMarkais , dame de Werquin.
VII. Henri du Ch.\stel, seigneur d'Herraaville, troisième fils de Baudouin
DU Ch.vstel, seigneur de Villers et d'Heraiaville, épousa Béatrix de
Chaslillon. ' ,
I" Hugues, qui suit :
2° Folmar du Chastel, chevalier de Rhodes, commandeur de Vaillanpont;
3» Jeanne du Chastel, mariée à Jacques de Raix, chevalier, seigneur de
Forgeuiont.
IX. Hugues du Chastel, chevalier, seigneur de Jesay et de Merigny,
épousa Honorine de Chavanes, originaire de Bresse, dont :
1» Gervais du Chastel, abbé de saint Riquier;
2" Folmar du Chastel, seigneur de Jesay, épousa Alix de Belhencnurt ;
3" Robert du Chastel, épousa Brelagne-Éléonore deiVarete?///;
40 Begge du Chastel, mariée à Dragon, seigneur d'Arberg.
CHOIX D'ÉPITAPHES
ET
D'INSCRIPTIONS COMMÉMORATIVES
SUR MONUMENTS, DALLES ET PIEKRES FUNÉRAIRES EN l'ÉGLISE PAROISSIALE DE
ST.-PAUL, ANCIENNE ÉGLISE CONVENTUELLE DES DOMINICAINS, A ANVERS;
fopitfs sur flacc avtc annotations
COMMUNIQUÉES PAR
IM. Barthélemj DE PROOST,
Architecte, membre effectif de l'Académie.
L'église de S*-Paul à Anvers, ainsi que l'église collégiale de S'-Jacques,
en la même ville, par le nombre de sculptures, tableaux, boiseries et
autres objets d'art qu'elles renferment, sont à elles seules des musées.
Tous les amateurs de5 beaux-arts, aiment h les visiter. Ces églises oniC
le privilège, non-seulement de captiver l'admiration des artistes; maift
aussi d'intéresser par le nombre d'inscriptions et d'épitaphes tous les amis
de la science archéologique.
Comme le titre de cette notice l'indique je n'occupe aujourd'hui le lecteur
que des plus intéressantes inscriptions de l'église de S'-Paul.
En se présentant de face devant le chœur de l'église, à gauche, on lit
l'épitaphe du monument érigé en l'honneur de S'-Hyacinthe,
D. 0. M.
MARl^ DE DECKERE
FILI.E. D. PETRI
PASCHALIS DE DECKERE
EQl'lTIS.
DOMINI DE MONTELR)NE
RANST ET MILLEGEM
COR°!'i!! yiV'^ HOrTAPPEL
VTTA SIM SCRIPTA
LIBELLO.
— 224 —
Sous le monument que couronne la statue de S'-Dominique, on lit
l'épitaphe suivante :
D. 0. M.
URBAXO DE PARIS
QUEM URBANITAS IlOMLNIBUS
PIETAS UEO COMMENDAVIT
INTEGRITAS
BRAB : ORDINIB. DEDIT QU^. STOREM
ET
ISABl» DE P^YLKENBURG
PARENTIB. OPTIM SlBl OC SUIS P. C.
JACOBUS DE PARIS
EQUES.
OB. ILLE X JAN. MDCXXXI ^T LXX
ILLA AIJT. XV MAJI MDGXXXYil. .ET. LXXX.
IN PAGE QUIESGAXT.
Plus loin sur l'épitaphe du monument que domine la statue représentant
S'-Pierre (Dominicain), nous lisons :
NOB. Di°
JO. BAPT. DE PARIS
TOPARGH^. DE VREM-DYCK
ET NOB. D:f
ISABELL.4Î PHILIPPE.
VAN DEN BRUGGEN
CONJUGIBUS
Petrus Van R. I. P. B.urscheit F'.
L'épitaphe qui sert d'appui à la figure du Christ ressuscité, porte l'ins-
cription suivante :
CHRiSTO. RESURC. S.
JOAN. FRANCISCO. CAPELLO
NOBILI PATRITIO CUSALENSI
EX ANTIUUIORI B° IN MONFERRATO
TOPARGII.E IN EYCK. ETC.
PHILIP. II. REG. HISP. IN BELG» ET GALLIA
QU.4-: STORI. GRÂLI MILITI/E
OBllT VI MAII A" MDCXII, /ETAT. LXXXIl.
ET
NOB. D. MARL-E BOXHORN
ÉJUS CONINGI MARITUM SECHT/E
IDIB. SEPT. A.MD.CXXV.
Plis P.VRENTIRnS SUIS.
HOC .MONUMENTU.M POSUIT.
— 225 —
Sur la môme épitaphe et dans un cadre inférieur, immédiatement au-
dessus du tombeau représentant l'évèque Capeilo à genoux devant un prie-
Dieu, à côté duquel se tient son patron St.-Ambroise qui lui indique un
texte dans un livre ouvert , on lit :
F. MARC. AMBROSIUS CAPELLO
SEPT. EPISCOPUS
ANTVERPIENSIS i.
Du même côté de l'évangile sur la façade du soubassement de l'autel, ou
presbyterium et immédiatement au-dessus de la porte qui conduit au crypte,
se lit l'inscription suivante :
LUGE ET FRVCTV
D. 0. M.
f MICHAËL OPHOVIUS *.
ORD. PR.'ED. S. T. D.
QUEM CONVENTUS HIC 4*» PRIORE
BELGIUM PROVINCjALEM
SYLVA DUClS PATRIA VI ANTISTIDE
VIDIT, SVB. HOC CUPIDE
JACET
OBYT A» 1637 -i NOVEMBRIS
REQUIESCAT IN PACE
AMEN.
Sur la façade de l'estrade du côté de l'épître se trouve l'incription
suivante :
' Ce tombeau est érigé du côté de l'évangile près du maître-autel, qui s'élève sur une
estrade qui lui sert de soubassement.
Marc-Anibroise Capeilo, de Tordre des Dominicains, Vil" Évêque d'Anvers, est mort le
4 octobre 1676, à l'âge de 75 ans, instituant pour son héritier universel les pauvres
d'Anvers.
Il occupa le siège épiscopal d'Anvers pendant 24 années et succéda à Gaspar Nemius,
ancien curé de Vervicq.
' Michel Van Ophoven, Évêque de Bois-le-Duc.
— 226 —
ICI GIST MESSIRE
HENRI DE VARICK
CHL» VICONTE DE BRUXELLES
SEIG^ DE BOONENDAEL, BAUWEL
ET OLMEN, DU CONSEIL DE GUERRE
MARCGRAVE D'ANVERS
TRÉPASSA L'AN 1641 LE 5 OCTOB-"
ET
DAME ANNE DAMANT
SA COMPAIGNE, DAME DES DITS
LIEUX, TRÉPASSA, L'AN 1630
LE 6 DE MAY.
Le monument du vicomte représente le chevalier priant Dieu à genoux,
les mains jointes. Sa dame en la même position, occupe le ^"^^ ranff.
Toujours au chœur et en avant des marches de l'estrade se trouve la
dalle dont l'inscription suivante, avec lettres de cuivre enchâssées, porte :
CI GYST TRÉS-NOBLE
CHL'- MESSIRE JEAN
DE BEIAR MOURUT
LE 5 8bre 1634
ET
DAME ANNE BUTKENS
SA FEMME MOURUT
LE 4. 8bre 1625.
R. I. P.
D'autres dalles du chœur portent :
D. 0. M.
MONUMENTUM NOBILIS DOMICELL^.
JOANN^. DINGHENS
ET SUOREM
— 227 —
D. 0. M.
RUST PLAETSE
VAN
FRANCISCUS
VAN
FICKEVOORT
STERF DEN 4 NOVEMBER 1678
ENDE SYNE MOEDER
JOUFV. MARGARETA
VAN DE
KERCKHOF
STERF DEN 6 NOVEMBER
A» 1683
BIDT VOOR DE SIELEN.
D. 0. M.
MONUMENTUM
D. PETRI DE
COVRCHELLES
OBIIT.... JUNII A. 166.
REQUIESC.
D. 0. M.
MONUMENTUM
LAZARI MARCQUIS '
MEDECIN/E DOCTORIS
ET H^REDUM.
Une inscription sur une première pierre scellée, au bas du maître-autel,
nous signale un MARCQUIS de l'ordre des Dominicains.
* M. le docteur Broeckx traite de cette noble famille dans sa très-intéressante notice
sur les Illustrations Belges. (Annales de l'Académie d'Arch. de Belgique, vol. I ,
page 69.)
— 228 —
NOMINE R""' Dur
EPISC. ANTVR: PRIMUM
LAPIDEM. POSUIT
EXl: P: MA G: PROV.
GOD: MARCQUIS
ORD: PP: PRAED:
A» 1669. 18 MEERT
Sur l'estrade et devant les marches du maître-autel se trouve l'inscrip-
tion suivante, taillée dans une dalle de marbre blanc sur laquelle sont
gravées les armes du défunt :
(En tête) OUDEN ROURCH
(Pour divise) Par vertu et les armes
(Au milieu des enroulements.)
(à gauche, 8 quartiers.)
D. 0. M.
MONUMENTUM
ILLUSTIS , PERANTIQUE
HEJiBiEZE AC. NORILISSIME FAMILLE
GRYSPERRE 'T SERWOUTERS
LAUWERS
SCHILDERE
(à droite, 8 ipiartiers.)
YTS
C.\ST1LLI0
POTTIERS
Sur un pilier en face de l'autel du St.-Sacrement se trouve le monument
d'Abraham Melyn , ingénieur. Le beau bas-relief repoussé en cuivre rouge
et jaune, représente VOffrande des Mages.
L'épitaphe porte :
D.
0. M.
SEPULTURE VAN ARRAHAM MELYN INGENIEUR
VAN SYN — MA=EN CAPITEYN VAN
DE BORGERS STERF DEN XVlt MERT —
MDCXXXXVl EN CLARA VERMEULEN SYN
HUYSVROUWE — STERF DEN 8 FER. 1684 ENDE
MATTH/EUS MELYN SYNEN = RROEDER DIE
DESE PLAET HEÉFT GEDREVEN —
STERFT DEN XIX JUNY MDCLIIL BIDT
VOOR DE ZIELEN.
229
Pi'ès (le l'autel de Notre-Dame du Rosaire se lit l'épitaphe suivaute,
couronnée par la statue en marbre blanc de la Mère affligée, ayant à ses
côtés deux anges pleureurs ; monument exécuté par P. Van Baurscheit :
AFFLICTyE MATRI
ET
PIJE MEMORLE R. P. ABRAHAMl VAN
GHEYN QUEM HIG CONVENTUS PRIOREM
ET SÛLIDÂTIUM SACRATISSIMl ROSARII
PHEFECTUM HABUIT DIGNISSIMUM
OBIIT XXI^ OCTOU. A» MDCXCIII
AMICl EJUSDEM SODALITII
ZELOSl MAGISTUl
P. P. ce.
17 02
FKi;. IJiVENTOR
J. P. VAN ET FECIT
lîAI RSCHEIT.
2f) XVI i^
KNIliAIT DES l'FiOCES-VEFiBAUX
DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE,
— MM. Wattier, bourgmestre de Boussu, et Émilien de Wael, secré-
taire de la Société Paléontologique de Belgique, remercient l'iîcadémie
pour leur admission, le premier comme membre eflectif et le second comme
membre correspondant.
— L'Académie, voulant donner à M. Joseph Bellemans, membre effectif,
un témoignage deson estime particulière et en même temps une marque de
sa gratitude pour les services qu'il a rendus à la compagnie, lui a conféré,
à l'unanimité, le titre de membre honoraire.
— Les sociétés académiques de Savoie et de la Haute-Lusace invitent
l'Académie à leurs séances solennelles de 1859.
— Plusieurs souverains et compagnies savantes expriment à l'Académie
leurs remercîments pour les derniers travaux qu'elle leur a fait parvenir.
— Mademoiselle de Wind fait part à l'Académiedela mort deson père,
M. Samuel de Wind, président delà Société des sciences de Zélande, vice-
président de la cour provinciale de justice à Middelbourg, chevalier de l'ordre
du lion des Pays-Bas. M. de Wind, que notre Académie et plusieui's
autres compagnies savantes s'honoraient décompter parmi leurs membres,
était un homme de bien et de grand mérite. Il est décédé, le 10 août dernier,
à l'âge de 6G ans, et laissant beaucoup de regrets dans le cœur de toutes les
personnes qui l'ont connu.
— 231 —
— M le comte de Kerckhove-Varent, prtSkleiit dé l'Académie, annonce
la mort de notre excellent et estimable contVéï'e M. Jean-Léonard-Henri
Ganser, procureur-général près la cour d'appel de Gand, membre honoraire
de l'Académie, décédé, le 8 novembre 1859, à l'âge de 68 ans, étant
sincèrement regretté de tous les hommes de bien qui ont eu des relations
avec lui.
M. Ganser était un savant historien et un profond jurisconsulte. Il
exerça les éminentes fonctions de procureur-général, pendant vingt-huit
ans, en magistrat habile et avec une intégrité exemplaire et le plus
noble dévouement, il vivait étranger h toute opinion politiqne et à tout
esprit de parti : la loi, la justice et sa conscience étaient ses seuls guides.
— L'Académie a reçu, depuis la dernière livraison de ses Annules, les
envois suivants :
1. De la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, les
cahiers d'août, de septembre, d'octobre et de novembre 1859 de son Journal.
2. De la Société des antiquaires de l'Ouest, sesZ>*w/fei»?sdu2">Urimestre
de 1859.
3. De la Société de médecine d'Anvers, les livraisons de mai, de jnin,
d'août et de septembre 1859 de ses Annales.
A. De l'Académie royale de sciences, des lettres et des beaux-arts de
Belgique, le n" 4 de son Bulletin du tome VI, et le n" 8 de son Bulletin du
tome Yll de 1859.
5. De l'Académie royale de médecine de Belgique, les n^^ 10 et 11 de
son Bulletin du tome II.
6. De l'Institut archéologique Liégeois, la S"^*' livraison du tome III de
son Bulletin.
1. De la Société des antiquaires de Picardie, le n" 2 de son Bulletin
de l'année 1859.
8. De la Société archéologique de l'Orléanais, le n" 33 de son Bulletin.
9. De la Société havraise d'études diverses, le volume de son Recueil des
pul)licalions des années 1857 et 1858.
10. De la Société Dunkerquoise pour l'encouragement des sciences, des
ettres et des arts, une brochure intitulée : trois voies romaines du Boulon-
nais, par M. Cousin, vice-président de la Société.
— 232 —
1 1. De la Société savoisienne d'histoire et d'arclk''oloii,ie, le n° i de son
BuUetin de 1859.
1:2. De la Société historique d'Utrechl, ses Actes et Mémoires de 1857
à 1859.
13. De l'Académie de Stanislas, un bon pour retirer le volume de 1858
de ses Mémoires.
14. Du comité flamand de France, le n° 40 — juillet et août 1859 —
de son DiiUetin.
15. De l'Académie impériale des sciences, inscriptions et belles-lettres
de Toulouse , le tome III — 5" série — de ses Mémoires.
16. Du Journal de l'Imprimerie et de la Librairie en Belgique, ses
n»s 6, 7, 8, 9 et 10 de l'année 1859.
17. De la Société des Sciences, des Arts et des Lettres dû Hagiaut, ses
Mémoires et ^publications de 1859.
18. De M. le ministre de la Justice, le ^'^ cahier des yrocès-verhaux des
séances de la commission royale pour la publication des anciennes lois et
ordonnances de la Belgique.
19. De la Direction du Bibliophile Belge, le ¥ cahier du tome XV de
son Bulletin.
20. De la Direction du Messager des Sciences historiques de Belgique ,
les 2^ et ^^ livraisons de 1859 de son Recueil.
21. Du R. P. Terwecoren, les 16% 17« 18% 19% 20« 21" et 22 «^ n«^ de
son Recueil intitulé : Collection de Précis historiques — 1859.
22. De la Direction du Journal Belge de l'Architecture, la 12'' livraison
de ce journal — 1859.
23. De M. l'Abbé J. Corblet, membre correspondant à Amiens, les n^^ 8
et 9 d'août, de septembre'et d'octobre 1859, de sa Bévue de l'art chrétien.
2-4. De M. Borely, professeur d'histoire, membre correspondant au
Havre, une brochure intitulée: Jacques Dumé et Nicolas Duméd'Aplcmont,
marins Havrais, chefs d'escadres au XVII" siècle.
25. Du même, son discours prononcé à la distribution des prix au
collège du Havre, le 2 août 1859.
26. De M. Adolphe Malhieu, nicnibre correspondant à Bruxelles, son
jî 'cueil de poésie — Olla l'mlrida.
— 233 —
27. De M. Théophile Lejeune, membre correspondant, sa Notice sur
les sceaux de hi ville de Binche.
28. De M. Ulysse Capitaine, membre correspondant à Liège, son Rap-
port sur l'authenticité des restes mortels du bourgmestre Sébastien de
Lamelle.
29. De M. le Baron Alex. Michiels de Kessenich, une brochure sur la
musique.
30. De M. de Rode, membre correspondant à Dunkerque, une Notice
intitulée : Excursion à Douvres.
31. De M. Wattier, membre effectif à Boussu, son Histoire de la com-
mune de Boussu depuis son origine jusqu'à nos jours.
32. Du même, sa brochure intitulée : Les anciejwes archives du
château de Boussu.
33. Du même, la généalogie qu'il a publiée des seigneurs de Boussu.
34. De M. Léopold de Villers, membre correspondant h Mons, une
brochure sous le titre de Grand escalier de l'église Sainte WaudruàMons.
35. De M. Ed. Van Cauwenberghe, membre correspondant h Aude-
narde, sa Notice intitulée : L'ommeganck ou les anciennes cavalcades
d'Eyne. — Extrait du Messager des Sciences historiques de Belgique.
36. De M. Arnaud Schaepkens, membre correspondant à Bruxelles,
une brochure sous le titre de Gouttes de Rosée suivies d'un drame en trois
actes — Innocence et Repentir — ^ar Amélie Picard.
37. De M. le professeur Fuss, membre correspondant à Liège, une
brochure intitulée : Quœstiones theologicœ ratio et fides, Dies creationis
mosei, beati pauperes spiritu, etc.
SUPPLEMENT AU TABLEAU GENERAL
DES
MEMBRES DE L'ACADÉMIE
membre elTectîf :
MM. A. C. WATTIER, notaire et bourgmestre de Boiissii, membre d? plusieurs
sociétés savantes.
Membi*e!S correspoudaiita :
VINCART (r.\bbé), curé à Marilles, ancien membre effectif de rAcadémie,'"etc.
EMILIEN DE WAEL, secrétaire de la Société paléontologique de Belgique, etc.,
à Eeckeren, province d'Anvers.
Membre honoraire :
M. Joseph BELLEMANS, peintre d'histoire, chevalier de l'ordre impérial de la
Rose du Brésil, etc., à Anvers.
M. Ph. Van dkr HAErjIEN, membre effectif, cesse de faire partie de l'Académie
conformément à l'art. 13 du règlement, et il doit être regardé comme
effacé du tableau.
NOTICE
L'ANCIEN COMTE D'EVERGIIEM
PAR
Membre effectif de l'Acailéiiiie.
Le village d'Everghem par son étendue est un des principaux de la
Flandre, par sa population il est le premier du canton de Gand : situé sur
la grande route qui mène aux polders belges et hollandais, le passag-e y est
aussi fréquent et la circulation plus animée que dans maintes villes.
Une belle et grande place sert de marché ; à l'un des angles se trouve
une superbe église qui ne déparerait pas certaines capitales.
Les divers hameaux dépendants d'Everghem, sont plus des villages que
de simples dépendances : ainsi Belzele, Wipelghem, Elsloo, Doorenzeele
ont des populations analogues et souvent plus élevées que maint village
environnant. Généralement, comme le remarque très-bien Sanderus, la
population d'Everghem est d'une constitution robuste et le peuple labo-
rieux : autrefois adonné au tissage, il s'est fait cultivateur et bien que
quelques parties du village ne se composent que de terres très-légères,
d'anciennes bruyères, il est parvenu à force de soins et de labeur à rivaliser
avec les villages voisins par la beauté de ses récoltes.
L'étymologie du village d'Everghem, est des plus simples ; nous ti'ouvons
ever sanglier et heim demeure. Les armoiries du village viennent confirmer
ce que nous avançons ; il porte : un sanglier de sable sur un champ d'or.
25 XVI 13
— 23G —
Le romitat ou comté d'Evert^liem, ronionto à une liante anti(|iiité et son
orii^ine se perd dans les téntMires qui entourent la plupart du temps le
berceau de nos villages; il se composait des villages de Wondelghem,
Sleydinghe et des hameaux de Doorenzeele ; on conçoit qu'avec une domi-
nation aussi puissante le village d'Everghem devait exercer une influence
notoire dans le comté de Flandre; aussi cité dans presque toutes les
chartes de l'époque, c'est déjà une place importante dès avant l'acquisi-
tion qu'en fit l'abbé de St.-Bavon en 1280. Plusieurs actes seigneuriaux
sont datés du château d'Everghem et témoignent de sa puissante juridiction.
Depuis sa chute seigneuriale le village d'Everghem, déchu de son ancienne
splendeur féodale, brille au premier rang parmi les villages de la l^andre,
et bien ([ue ne commandant plus en maître aux villages voisins, il leur est
toujoui's supérieur par sa population, et si les deux plus belles perles de
sa couronne comtale, les villages de SIeydinghe et de Wondelglfem, ne
relèvent plus de sa juridiction, ils sont néanmoins tenus de venir se faire
juger à Everghem, lieu de résidence du juge de paix du canton.
Le village d'Everghem est traversé du nord au sud par l'ancien fossé
othonien dit le Burgravenstroom, et vulgairement connu sous le nom
de canal de Cluyze. A peine navigable aujourd'hui ce canal avait autre-
fois une grande importance et servait de transit aux marchandises qui
étaient expédiées sur la Hollande : arrivé à Cluyze le canal se dirigeait
sur Ertvelde, dans sa course il recevait, à Cluyze, la petite rivière nommée
le canal d'Eecloo ou du cloître, creusé par les ordres du frère Baudouin,
supérieur du couvent de Waerschoot en 1485. Au même village le
Brakelier, uni aux eaux du canal de SIeydinghe, se déversait dans son
sein et grossissait son cours ; de là arrivé à Ertvelde il tournait le village,
courait en ligne courbe vers le village d'Assenede, arrivait à l'endroit dit
de sinallc gelande dans le polder de St. -Albert et se jetait, à Philippine ,
dans le bras de l'Escaut dit le Braeckinan. A l'est Everghem touche à
la Lieve creusée en 1231 par ordre des trente neuf; recommencée en 1251
sous Marguerite, elle fut achevée en 1339 sous Jacques Van Artevelde.
Le village longe de même le canal de Gand à Bruges : commencé en
1379 sous Louis de Malc il était connu alors sous le nom de Zuydleedc
et ne fut achevé que du teinp< de .Marie-Thérèse en 1758. Au sud coule
— 237 —
la Cale jadis la Neden^enne qui, baignant Éverghem, se jette dans le canal
du Sas à Langerbriig'ghe. Le village avoisine le canal jadis nommé le
Biirggraver Yhscherije, commencé en 14-61 au Sluiseken à Gand, puis en
1561 poussé jusqu'à Rooden huysen et ter Donck aux frais du magistrat
de Gand, et achevé en 1562.
La première fois que nous trouvons cité le nom d'Éverghem est en
755. Sanderus nous donne une charte ou missive où il est question du
village de Herverghe ; puis avec plus de certitude dans la charte de
Lothaire confirmant les différentes possessions de l'abbaye de St.-Bavon
en 967: in Everghem eiim ecdesia ; puis, en 1105, Balderic, évêque de
Tournai, confirme à l'abbaye de St.-Bavon le patronage des églises de
St. -Sauveur, d'Eckerghem, d'Éverghem et de Ronse « ait are quoqiie de
Everchem que ecdesla sancti Bavonh per longo tempore tenuerat. »
Thierri d'Alsace par une charte de 1145 détermine ce décret à l'exemple
des comtes Robert VII et Gharles-le-Bon et à la prière de l'abbé Everdée
et de l'avoué Gautier les attributions de l'avouerie de St.-Bavon : insen-
siblement nous arrivons au XIII'' siècle, époque où l'histoire d'Everghem
se développe sous la juridiction abbatiale.
Le village d'Everghem voisin de la puissante et guerrière cité de Gand ,
eut presque toujours à souffrir des guerres que les Gantois soutinrent
à diverses époques de notre histoire, tantôt contre ses souverains, tantôt
contre les villes voisines qui, jalouses de son industrie ou fatiguées de son
joug féodal, cherchèrent soit à abattre son orgueil, soit à briser les
chaînes qui leur étaient imposées par la métropole.
Le premier novembre 1388, le village d'Éverghem fut témoin d'un
combat très-acharné entre les Gantois et les Brugeois; ceux-ci furent
vaincus et leur chef Jacques Helwyn périt dans le combat. Cette rencontre
eut lieu à l'endroit dit Langerbrugghe : non contents de cet échec , quel-
ques semaines plus tard , ils s'approchèrent des murs de la ville ; les
Gantois acceptèrent le combat, cette nouvelle bataille eut lieu dans la
plaine nommée Afseheit Kauter, ils y perdirent leur chef, Christien Helwyn,
frère du précédent.
Pendant les guerres de religion, Éver-hem, comme toutes les commu-
lies adjacentes eut beaucoup à souffrir et des vainqueurs et des vaincus;
— 238 —
cT'l.iieiil (les Ijriyîindaijes, des coiuscs cuntimiell(>s; sans cesse sur le qiii-
vive les paysans laissèrent leurs teiTesen jachères pour sauver leurs biens.
En 1573 le tocsin appela les paysans sous les armes pour repousser les
gueux qui, enhardis par l'impunilé, faisaient des courses jusque sur le
territoire de la ville de Gand : voici ce que nous en dit Keuipenare dans
sa chronique au mois d'octobre 157i. « Desoldalen van Wyckhuis trokken
» wi-l gewapend ter poorteu uit Gond door Everghem naer Gaprycke om de
» geuzen hetrooven eu stroopeu te beiettcn ; maer dezegezellen stolon zoo
» wel, als dcgeuzen, en deden niet veel mindor schade.» Le ^8 avril 1575
un escadron de cavaliers espagnols s'abattit sur le village d'i''verghem ,
après l'avoir pillé ils forcèrent les paysans à transporter leurs ^bagages et
leur butin jusqu'aux portes d'Anvers.
Les troupes des Etats arrivèrent cà. P^lverghem en 1581 et quoiqu'on les
eut reçues comme des libérateurs, jamais les habitans n'eurent jAus à
souffrir et n'endurèrent une époque plus désastreuse; tout fuyait à leur
approche et tâchait de sauver ce qui avait échappé aux rapines des
Espagnols: ceux qui restèrent furent plus maltraités encore, non-seulement
on leur prit ce qu'ils possédaient, mais, employés en guise de bétes de
somme, il n'y eut point de mauvais traitements qu'ils n'eurent à subir.
Ge fut alors que Lievin de Herde, bailli d'Évergliem, osa s'opposer à leurs
brigandages, et, au péril de sa vie , leur lut l'ordonnance des États de se
retirer vers d'autres cantonnements : ceux-ci furieux menacèrent d'incendier
le village et mirent le feu à quelques maisons; mais soit crainte, soit toute
autre cause, ils se retirèrent quelques jours après. Bien que dans tous les
villages environnants on eut déjà prêché le calvinisme, ce ne fut iju'en
1578 que pour la première fois on vit à Éverghem des disciples de Galvin.
Les paysans loin de leur faire bon accueil se moquèrent de ces nouveaux
apôtres et ce ne fût qu'à gi'ande peine qu'ils se sauvèrent sains et saufs
du village.
Après cette époque nous tombons dans les généralités, et le village
d'Everghem suivit et partagea le sort du reste de la Elandre.
Gomme nor.s venons de le dire plus liant, ce n'est que de l'an 128:2 que
date la splendeur du village d'Évergliem. L'abbé de St-liavon achète de
Ua;e de Gavre le Gomté au prix de 1000 livres : déjà auparavant les
— 239 —
moines y possédaient des propriétés, de tout temps ils avaient l'adminis-
tration spirituelle de l'église, les chartes de Lotliaire en 967 en font foi, puis
la cliarte de l'évéquede Tournai en 1105 ajoute expressément « altare de
Everchem que ecclesia sancti Bavonis per longo tempore tenuerat. » Nous
voyons par un acte de l'an 1144 qu'ils étaient déjà propriétaires du sol ;
en 1170, nouvel agrandissement; en 1196 Rase de Gavre reconnaît que
la pêcherie d'Everghem qu'il avait regardé comme lui appartenant, est la
propriété de l'abbaye de St-Bavon, et ordonne en conséquence qu'il leur
en soit délivré libre possession ; et pour qu'ils ne soient point inquiétés
dans cette possession par ses successeurs il leur donne une charte de con-
firmation. En 1306 Michel de Barbancon leur cède la moitié de la haute
justice qu'il avait au comtat; en 1319 Hugues de Gavre, seigneur de
Sotteghem , vend h. l'abbé tous ses droits seigneuriaux , et finalement
Catherine van Maldeghem leur cède tous les droits qu'elle ou que
ses descendants pouvaient posséder au comté. Cet acte est de l'an
1333.
Ils devinrent ainsi maîtres absolus du comté, qu'ils continuèrent à
posséder jusqu'à la révolution frauçaise. Très-jaloux de leurs droits
féodaux, les abbés de St.-Bavon et puis les évêques de Gand se firent
chérir de leurs vassaux , et nous voyons par les tables des impôts qu'ils
étaient loin de surcharger leurs sujets : il est à remarquer qu'à cette
époque la juridiction ecclésiastique tentait plutôt à émanciper la population
qu'à l'enchaîner, et si ces membres du clergé tenaient à leurs droits, du
moins il est consolant pour l'humanité de pouvoir constater que rarement
ils en abusèrent.
Je n'ai pas pu découvrir par qui fut bâti le château d'Everghem.
C'était un bâtiment massif avec quatre tourelles ; le 2 août 1581 le grand
bailli de Gand au nom du conseil de Flandre , mit en vente le château
ainsi que 24 bonniers de terre tenant à celui-ci , mais ne trouvait point
d'acquéreurs. Le 26 décembre 1583, quelques insurgés s'y étant retirés,
le grand bailli du pays de Waes le fit bombarder et y entra le lendemain.
Par suite des guerres le château se trouvait dans un délabrement complet;
l'évèque de Gand le releva de ses ruines et le restaura magnifiquement.
En 1795 les biens de l'abbaye ayant été sécularisés on l'offrit en vente,
— 240 —
mais sans trouvor (.r.i(([iiéieiii's ; depuis il l'ut acquis par M. Ollevaere son
prossesseur actuel.
Nous n'avons rien trouvé qui ait pu nous mettre sur les traces de
l'origine primitive du comté d'Everghem , ni quand ou comment il entra
dans la famille des Gavre, ou s'ils en furent les premiers possesseurs :
tout nous fait présumer que le comtat est entré dans leur famille par
suite d'un achat fait à une famille illustre du nom d'Everghem qui brilla
aux croisades.
Plusieurs seigneurs de ce nom sont successivement cités dans le
cartulaire de St-Bavon, en 1217 nous rencontrons les frères Egidius et
Robertus d'Everghem. M. Warnkœnig nous parle d'un WiUchnamcrEver-
ghem en 1235. En 1379 nous trouvons les noms de Robert et de Thomas
d'Everghem , chevaliers qui suivaient la bannière de Louis de Maie et qui
furent tues à Ypres dans un combat contre les chaperons blanc» réunis
aux tisserands.
Le village d'Everghem ne garde plus rien de sa haute antiquité ; le
château est modernisé, et l'ancienne église fut réduite en cendres le
10 septembre 1783 par le feu du ciel. Cette église très-ancienne était
composée de trois nefs, ornée d'une flèche et en tout semblable à
celles d'Ackerghem et de St-Sauveur ; elle renfermait diverses couvres
artistiques, des tableaux de Van Moorteleet de Liévin Vanden Bossche. Sur
ses ruines on construisit la nouvelle église qui , bien que très-belle ,
n'atteint point aux proportions de l'ancienne ; elle renferme un superbe
tableau de Paelinck.
Depuis quelques années le hameau de Wepelghem avait pris une exten-
sion si considérable, que les habitants, grâce au concours généreux de M. le
sénateur Martons-Pelckmans, élevèrent une église tout près de la terre et
château de Wepelghem. Cette église bien que petite est d'un style
des plus élégants et donne vue sur l'ancien château de la famille
Dellafaille.
Le village d'Everghem renfermait un grand nonibio do liefs: à côté de
l'église se trouve le château nommé jadis tien Boui'ij , m résidaient les
écoutèles du village; venaient ensuite les fiefs de Belzeele, Doorezeele,
Goliulli.sa<icr, Cojiiiciis Damme, Meidenackere, Ëvenlem, Wevelswalme,
— 2il —
Ehloo, Abhinsvoorde, Wepelyhem, Ter Woestine, Nederstede, Tasthoute,
Denher, HmUbanc, Hellewagen, Boucle, Ben Bosch, van de Waele.
ANNEXES.
USo I.
Le ctevalier Raze de Gavre et son épouse Béatrix, dame d'Éverghem, vendent
à TAbbaje pour la somme de 1200 livres monnaie de Flandre, la haute justice,
le tonlieu, les hommages, les hommes de fief, les hôtes, tous les serfs sans
exception, la nomination des échevins, les droits d'échevinage, les rentes, les
prières ou corvées , les deniers de poursuite , (pourcheaux) et tous les autres
droits et reJevanches qu'ils possèdent en commun dans les paroisses d'Éverghem,
Sleydinge, Vondelghem, Meren (Mariakerke), Ekkcrghem, S. Sauveur, et l'Écluse
placée sur lalleu de TAbliaye à Gahd ; le tout comme ils le tiennent en fief du
comte Robert; en outre les fiefs à Spoisbrouc et tous ceux qu'ils ont de l'abbaye
en quelque liei que ce soit. A cette pièce sont joints les actes d'approbation de
cette vente pai le comte Guy et son fils aine Robert et la commission donnée au
chevalier Guisin, seigneur de Calkene pour en effectuer la mise en possession.
(Septembre 1282).
EVERGHEM.
Jou Rasses sire de Gavere chevaliers fais savoir à tous cliaus ki ches
présentes lettres virroiit et orront ke jou toute le haute justisse letonliu les
hommages et les h)mmesde fies les hostesles autres hommes comment con
les appelé et de qutle condition kil sont, les échevins et le droit deschevi-
nage les rentes les jryeres, les deniers con clairae deniers de pourcheaus
et toutes les autres Iroitures ke jou ai et doi avoir ens es paroches de
Everghem, Sleydingle, Wondelghem, Mère, Ackerghem sain Crist et le
242
Cluse soiir le aloes dele é:;lise de saint Bavon de Gant. Et tonte ma part
de qùt ke joii avoie et tenoie commun avoec ma dame de Everi^hem
ens es parodies devant dites cornent kil gist soit en terre u en eiiwes
ke joii II mi anchisseur teniemes et tenier de mêmes en fief de mon
seigneur Robert fil au conte de Flandres , conte de Nevers avoeî
d'Arras seigneur de Betune et de Tenremonde et de Spoisbrouc et tout
le droit ke jou ai et doi avoir en Spoisbrouc et tout chou ke jou tenoie
Il tenir dévoie en fief de le devant dite eglighe en quelconquez 'ieu
kil soit ai vendu e vench a chele mesme église pour mil et deus cens
livres de le nionoic de Flandres lesquels deniers chele n\esme cglise
ma bien et loiaument parpaie et deliveree en bons deniers et bieiT :.ontes
dont je me tieng bien a sans et apaies et les quels jou ai convertis entift'enient
en mon grant profit apparant. Et jou chele haulte jiistisse che tonliu ches
hommaiges ches hommes de fief ches hostes ches autres hommes comiaent con
les appelé et de quele condition kil soient ches eschevins et clie droit desche-
vinage che rentes ches pryeres ches deniers con claime deniers de Dourchaus
et toutes ches droitures devant dites et toutes autres queles queles soient
soit en terre ou en euwes en rentes et en toutes autres issuwese droitures
ke je tenoie en fief de monseigneur le comte devant dit ens «s parroches
devant dites ensi comme dit est ai guerpi et reporte bien et abi par devant
les hommes mon seigneur le conte devant dit et par leur jugeiient. Chesta
savoir signe Iluon chastelain de Gant mon seigneur Soier d?- Saint Bavon
nimi seigneur Basse le voghetde Wichelme Chevaliers, RoeSn de Chemer-
sacke mon sériant, maistre Boudewin de Saint Bavon cnoine danwers
Godefroi le voghet de Saint Bavon Gilbert fil raachelin df Saint Bavon et
Wautier le pretere coustre de le Eglise Saint crist mes yers en le main
monseigneur Ghiselin de Calkine clievalier balliu de Tenr3monde que mes
sires li quens devant dis avoit mis en son liu a che faire par présentes ter-
res pendans e Spoisbrouc et tout che qui appartient a Sp)isbrouc et quit ke
je t(Mi()i(3 en fief de le Eglise devant dicte comentke cheioitet en quelconke
lin ke che soit si come dit est ai aussi guerpi et rapor.e bien et aloi en le
main hibbe de chele mesme echglise par devant les homes es par leur
jugement. Chest a savoir Machelin de Saint Bavon et Machelin son fil
Mahiu d(! Saint lîavun l'icron les vos Fouke lil Marie Ibnii Binvisch, IMerion
— 24P> ~
le Rike Godefroi le vogliet, GodelVoi de le couture Jehan li! soier Jelian de le
Knisme Jehan le Camberlenc Jehan de Loe et plusieurs autres aloes le Eglise
devandite et qut joii avoie chou fait li home devant dit ki bon et aloi en
furent couwerts et semons disent par jugement ke jou en avoie tant fait ke
jou ne mi hoir ne porriemes jamais revenir ne par raison de fief ne par aultre
chose et ke jou en estoie bien issus et aloi si ke jamais viens in porroie
demander ne jou ne mi hoir. Et jou beatris feme a monseigneur Rasson
chevalier devant dit pour mon seigneur leurench de Chemersake chevalier
nionavoe ki par loi et par jugement des homes devant dis me fu donnes
poui' chou faire a avoc tout le droit ke jou avoie et avoir pooie ens es
choses devant dites ke mes sires mes barons devant dis tenoit en fief don
conte devant dit, ai Guerpi et reporte en lemain le bailiu devant dit bien
e aloy et si ai aussi tout le droit ke jou avoie e avoir pooie et dévoie en
Spoisbronc et en tout son ki apartient a Spoisbrouc et en qut ke mes
sires mes barons devant dis tenoit en fief de le devant dite Eglise Guerpi
par moe mon seigneur Leurens de Chemersake chevalier devant nomme
ki par loi et par jugement des homes de le devant dite église me fu done
a elle faire et raporte bien et aloi en le main labbe devant dit aloes de
le église devant dite et en sui issuwe bien et aloy et del un et del autre
et de qut comme devant est dit par le jugement des homes devant
dis et par le gre et le volonté mon seigneur mon mari devant dit : Et
ai aflermee par ma foy et par mon serement corporel ke jaisour clie
fait sous les saints ewangilles de ma propre volonté sans forche et
sans coaction nule ke en tout ne en partie par raison de douaire ne
por asseuement de mariage ne pour don de noeches ne pour usage
de frais ke je eusse et peusse demander après les deches mon seigneur
mon marit devant dit et devant par quelconke loy et costume et usage
ke chesoit ne pour nule autre ochoison et raison dont feme peust demander
droit ens es biens son mari ke ne demanderai jamais riens ens es choses
devant dites par moi ne par autrui et connois et ai reconnut par devant
le bailliu lalibeet les homes devant dis ke soufiissans asseuemens nien est
fais ailleurs pour le guerp d.'vant dit dont ie me tieng bien apaie la quelle
chose je reconnais par loi et par serement ke forche ne dechevemens ne
peurs ne boisdie ne ma ameneit a chou faire. Ains en renonche qut a
— 244 —
tout chou ke chiens est contenu a tous drois ke (lient ke feme ne se peut
ohligicr pour autrui ne pour son mari ne pour li avoeckesson mari soit en
escript et sans escrit. Et especiaiment a tous drois lois coustumes e usages
(|ue moi et mes hoirs porroient aidicr pour reclamer e reqrre riens eus es
choses devant dites et jou liasses devant dis reconnois ke qut ke fait est
chi dcseine pour le dite Beatris ensi come il est fais plus espéciaument ele
la fait de mon assent et de ma volonté et qut jou Rasses sires de Gavere
chevalier et jou Beatris sa femme devant dit fumes issu de choses devant
dites et les eûmes guerpi et reporte en le main le bailliu et en le main labbe
bien e aloi ensi com devant est dit cliius baillius mesmes a qui mes sires li
Cuens devant dis avoit de che faire donneit pooir elen avoit mis en son liu
par ses lettres pendans le fief et les choses devant dites ke jou Rasses devant
dis tenoie en lief de mon seigneur le conte devant dit hosta de no fief et
les converti en franc aloes et les rendi et donna aie église devant dite
assouses quites e délivrées de tous services fust de fief fust dautres choses
et en arrêta le église devant dite bien e aloi atenir et a avoir franchement
e perpetuelinent si come son droit franc aloes par lenseignement et le
jugement des homes devant dis et Spoisbrouc et tout le droit ke jai et doy
avoir en Spoisbrouc et qut ke je tenoie en fief de le église devant dite et
(|uil gist et en quelconke manière ke che soit si come deseure est dit doi
li abbes devant dis et li couvons tenir pcrpetuelement et veretablement aloes
do le église devant dite par le jugement de ses homes devant dis si come
ses propres biens de chele mesme église et jou Rasses sires de Gavre che-
valiers devant dis et jou beatris sa feme promettons loiaument et avons
enconuent aie devant dite église pour nous et pour nos hoirs et pour nos
successeurs par foy et par serement ke nous sour chou avons fait corpore-
lement sour les saints ewangilles ke nous ne querrons jamais acun matere
e engien pour nous ne par autrui pour (juoy nous et auti'cs bicgnos ne ne
fâchons jamais contre aucune des convenenches ki en ches présentes lettres
sont contenues ains les tenons a remplirons bien et loiaument nous et nos
hoirs et che ne lairons pour chose ki est avenue ne ke avenir puist et en
renonchons par foy et par serement a toutes exceptions et baires de plait et
dexception de monoie nient contée nient baillieet nient rechute et dcl droit
pris dou marchiel nient dclivreit e nient payet a tous privilèges de crois
— 245 —
donee et a donner a toutes aiuwes de sainte église et de loi mondaine a
toutes grâces lettres indulgences e respis del aspostole et de ses legas et
don roy de franche del empereur et dautrui a toutes lois drois et fran-
chises ki porroient estre données chevaliers et autres gentins gens a
toutes constitutions et a toutes les autres choses coustumes et avantages
ke nous et nos hoirs et nous sucesseurs porroient aidicr et aie devant dite
église grever contre cheste lettre et contre aukune de ches convenenches
les queles convenenches e noumeeraent toutes les choses devant dites ensi
come eles sont en cheste chartre escriptes faites et ordinees permettons
nous Rasses sires de Gavre et Beatris sa feme par devant le bailliu labbe
et les homes devant dis pour nous et pour nos hoirs et pour nous sucesseurs
par foi et par serement es sour le foi ke nous devons a nostre chier seigneur
le conte de Flandres e marchis de Namur a tenir ferme et estable a tous
jours bien et loiaument et a warandir toutes ches choses perpétuellement
et entièrement contre nous et nos hoirs et nos sucesseurs et encontre tout
chaus de no ptie ke tort grieftes et moleste leur en vaussissent faire
cornent kil fust dont il peussent avoir damage et destorbier sans jamais nule
chose dire ne ûiire encontre ne mis de par nous et sil avenoit chaen
ariere ke cheste lettre fust perdue et empirie de feu et deuwe e de villeche
et ke li saiel fuissent rompus et bleches par quoi mestier fust renouveler
et de resaeler si permettons nous aie église devant dite pour nous et pour
nous hoirs ke nous et no hoir a leur requeste leur feriemes cheste lettre
renouveler et resaeler en le forme come chi est contenu et escript et
prions a no seigneur le conte de Nevers kil destraigne nous e nos hoirs
et nos sucesseurs toutes ches choses atcnir fermement a tous jours sans
venir encontre se nous et aukuns aultres de par nous les vausissent fraindre
ke ja nauera si diu plaist et prions alui et a no très haut seigneur et très
cher Guon conte de ^Flandre et marchis de Namur son père ke il toutes
ches choses veillent gréer louwer approuver et confirmer par leur lettres
pendans et faire tenir fermement et estable. En témoignage et enla fermeté
de che ke deseure e escript et devisert et ala grant seurte de le dite
église nous Rasses sires de Gavre et Beatris sa feme devant dis avons ches
lettres seelee de nos propres saius et baillies a le église devant dite et jou
Gliselins de Calkine chevalier, bailliiis de Tenrenionde devant dis par devant
— 246 —
qui elles choses e ches coiivenciiches fiiretit faites bien e aloi eiisi eonie
(levant est dit par loteroi et par le consentement mon seigneur le comte de-
vant dis ki pour toutes ches choses faire bon et aloi manoit mis en son lin et
men avoit donne pour par ses présentes lettres pendans ala requeste mon
seigneur Rason seigneur de Gavre et de me darae Beatris sa feme devant
nonmeit et en témoignage ke toutes ches choses devant dites sont faites
bien e aloi tout ensi coine devant est escript ai jou mis mon sael a ches
présentes lettres ki furent faites et données en lan del incarnation notre
seigneur jesu crist mil deus cens quatre vins et deus el mois de septembre.
Curtulaire deSl-Buvon xY" J3 p. 53.
Michel de Barbaiicoii, chevalier, seigneur de lleerclielines, reconnaît avoir
\endu à Tahliaye tous les droits, poursuite et justice qu'il possède dans les
paroisses d'Évergiiem, Sleydiugheu et Wondelghem , et dont il lui a fait la
remise eu Taunée 1333 devant le château des comtes à Gaud.
(1331).
A tous chiaus qui ches pntes 1res verront etoiront Michel de Barbancon
chrlr sires de Heerchelines, salut savoir faisons a tous q lan mil cccxxxui
nous vendîmes a religieus psonnes labbet et le couvet de saint Bavon de
Gant toutes les droictures poursis et justuce q nous avies en la proche de
Evghem Sleydinghen en Wondelghem et de che fîmes nous desheritet.
Et li abbes et li conviens dessus dit adhiretet p un vendredi en lan dessus
dit devant le piere ou le castcl diiu ((uite de Flandre en le vile de Gand
psens adont plusieurs homes du dite cte an tesnmgnagedechou nous avons
ches 1res sceles de noscel q furent faits et doues lan de gi'ace mil ccc et
trente ([uatre le samedi aprs les octaves de le saint Maitin.
Ko m.
Le chevalier Iluguc, seigneur de Solteghem et vicomte C.and et son épouse
Béalris vendent en 131!) à l'abbiiye tous les droits seigneuriaux (pi'ils possèdent,
— 247 —
soit seuls soit en commun avec l'ubLaye ilans le comté crEvergliem , ainsi qiie
la liante et la basse justice sur le hameau de Wepelgliem n'en exceptant 1° que
leurs droits sur le canal entre le pont du chalelain et le pont à Gand dit
Scabrugghe ; 2" ceux à Oosterdonck ; 3" le droit de pèche dans les canaux de
ces paroisses et i» les droits d'adhérilance et de déshéritance sur leurs hôtes à
Wippelghem : le tout pour la somme de 13 livres de gros tournois ancicime
monnoie.
(1319).
DE DOMINIO DE EVERGHEM, SLEYDINGE, WONDELGHEM.
le huiïlie heere van Sottins-hem borch"Tave van Ghent Riddre doe
te wetene allen den gliene die dese lettre zullen sien of horen lesen dat ic
hebbe vercocht wel en wetteleec Religieusen en lieerachteglien lieden den
abt en den convente van sente Baefs te Ghent en haer lieder kerken al
ml'in heerscep dat ic hebbe of hebbe mach of hebbe ghehonden tote dage
van nu in de viere parochien die hier na volghen dats te wetene Everghem,
Sleiydinghen, Wondelghem en Eckerghem metgaders ghemeene met der
kerken voerseyd of aliène over vrie eyghyn goed van niemene houdende
dan van gode onsen heer dats te verstane tweedeel van den derden
penninghe van ghewysde boete die ghevallen moghen int heersceep van der
voechdien binnen den vorseyde viere prochien En de mansceep die Hoste
Bacheleer van nii houdt en ghehonden heeft van nu te leene van den
derden deele. In den derden penninghe voorseyd en van praterie en van
anderen goede, de welke raansceep wort an de vorseyden Hoste en sun hoyr
houden zullen van der kerke voerseyd in leene en in niansceepe te vullen
coeppe ghelyc dat hise ghehonden heeft tote hare van mi. En oec al ander
recht dat ic hebbe in de voechdie aise in de viere prochien vorseyd. Ende
al thoghe en nedere heersceep up al mine visscherien hoe en waer dat zy
gheleghen sun binnen den vorseyde prochien voert al thoghe en dnedere
heersceep dat ic hebbe of hebben mach te Wippelghem voert sfoghets
balfaert en al dat daer toe bchoert van achtinghen en pandinghen en
boeten diere af ghewyst zullen werden. En oec aile andere redite en
heerscepe die ic hebbe ghehadt en ghehonden of moghen hebben ghchadt
in de vorseyde prochien tote hiere utcghenomene theerscep en treclit dat
— 218 —
ir hclilio in de scipgraclite tiisschen HoechgTavo., Brugglic nido Sc;ibriig-
giieiî te Gliciit en datter scipgrarht sciiklicli es te belioenie, en oec
onse heersccop dat wy liehl)en doer Oesterdonc en oec ti'eclit van te
visscliene of te doene visclierie, in al mine vissclierien hinneii den vorseyde
prnchicn, voert oec ule glicnomen van ervene en ontlicrvene van rainen
laten van Wippelglicm iite glienomen oec dat ic ghegheven hebbe en
gheassigneert nt vorseydc balfaert te eere capelrien en bewyst orne eene
zekere somme van gliclde dats te wetcne orne dertienc ponde bouder gi'oten
tornoyse de welke peeningbe aile de vorseyde kercke mi heeft wel en
ghetroiiwelike vergolden in goeden en wel ghetelde ghelde ende dacr af dat ic
mi bonde gbepaiet en wel vergolden en die ic bekeert hebbe al m mvn groet
profyt en openbaer nutscecp en mids desen vorseyden coepe so ga ic af en
iite al mvns vorseyde recbts gelyc dat boven verclaert es en glieve en draghe
upj)e nit'iten balme in der kercke hand van sente Baefs voerseyCl voer
mine mane miïn heer Seghcre den cnrtroysien myne heer Wonten
Briseteestcn ridders Roger Briseleesten Philipse van Axpoelle en Gillise van
Lederghem en erkenne voer dcse dat naere soe vêle hebbe toegedacn
dat ic no myn hoyr voert wart meer negheen recht heesschen mogben met
negliene redenen. In de voorseydc rcchte en heerscepe ute ghenome de
pointe boven gheseit en verclaert die ic te miwaert boude. Ine de manière
dat sy vorseyde si'in en anders niet. En ic Beatrys wyf myn heer Hughes
vorseyd ga af en ute van al den rechte dat ic an dit vercnchte goed hebbe
of liebbe ghehadt of namaels hebben mochte en draecht uppe voer de
manne vorseyd in de liand van der kerke vorseyd in aider manieren dat
myn heer Hughe myn man gbedaen heeft bi den wille en consente van hem
en hebbe ghesworen en swere upde heleghe ewangelie bi mine propre
wille en sonder enegbe craclit dat ic nemermeer sal coraen jeghen den
coep vorseyd no redit der in heesschen bi redene van duwarien of bi
assiirnanente van huwclike of bi Ivfrenten of in ene2,lien andcren manière
usageii loy ofcosluinen die wesen nmchtcn voer de dool of na de doot myns
lieeren myns mans vorseyd ende ic Hughe vorseyd keniiic en lie dat so
wat dat Beatrys vorseyd myn wyf ghedan heeft in dese dinghen vorseyd
dat dalesby niinen wille en soiideilin^he consente en wy Hughe en Beatrys
vorsevd i;li('li)vni liïi ti'aii\a'n en \\;i('rli(Mlen over ons en over ous hoyr
— 249 —
ende nacomers lieseii coep te lioiulene vast en ghestade te eeuweliken daL^hen
wel en glietramvelike en niet der jcghen te comene en ware dat sake
dat wy of ons hoyr qiiamen of daden jeglien desen coep in al of in som
de ghene diere jeglien (jnamen of dade waren \vy of onse hoyr soude
verbucren en lopen in de peine en in eene scnlt van tiene ponden lionder
groote tonrnoyse deene lieelft te ghevene den grave van Ylanderon
en dander heelft der kerke vorseyd. En oec ghelove wy te warandeerue
dit voorseyd goed en recht over vri goed en sullen warandere aile dese
vorseyde dinghen euwelike jeghen ons en onse hoyr ende onse nacomers en
ieglien aile de ghene die grief molestie en onghebruuc daden doen mochten
of wilden doen. In wat manière dat ware om doensoen van ons van onsen
horen en van onsen nacomers daer af dat de kerke vorseyd cost of scade af
liehben mochten of verachtert werden van den ghecochten goede en
rechten voerseyd. Ende quamere der kerke cost of scade af dien gheloven
wy te gheldene ten segghene van den abdt van der kerke vorseyd sonder
eneghe prouve dar af te doene en als hier toe binden wy ons ons hoyr en
al ons goed dat wy hebben en hebben sullen waer dat bouden werdt. En
omme dat wy willen dat aile dese vorseyde dinghen blive vast en ghestade so
rennnciere wy en gaen afbi onser trauwe en by onsen heede aire excepcien
van vare van ghedinghevan desen coepe nietghedaen van ghelde niet ghetelt
van glierechte prise in desen coep niet ghedelivereert van bedrieghenessen
van becoepe tôt heelft of der boven aire privilegien hulpe van crusen van
on cruzen ghegheve of te ghevene van gratien letteren indulgencien respite
en versten ghegheve of te ghevene van pausen, cardinalen, legaten, bisscop-
pen, van keyseren, van coninghen, van graven of van andere prelaten of
prince en van allen brieven die ghegheven siin of werden mochten of
ridders of andere edelen lieden costume vordeele allen manieren van saysinen
of possession die wy of onse hoyr namaels useren mochten met overgripene
van ons of onsen lieden of bïi roukeloesheden van der kerken vorseyd dat
die saysine of possessien van hoe langhen tiden dat mense usere moclite
ons na onse nacomers sal moghen comen in scaden jeghen dese convenan-
chen en van allen anderen kerkelike rechten ende werliken a'heso'cvene of
niet gescrevene ware oec so sake dat dese letteren worden verloren verber-
rent ghescoert of ververghert so ghelove wy dat wise of onse hovr
— 250 —
soudi' vprnyowen vcrheteren verzogholon in dcsc selvc vorme (1er kerken
vorsevd, so waniieer dut wys of onse lioyr versocht sullen wesen. In
orconscepen der ,\vapr]iodon liclilien wy dese letteren gheglievene der
korko Yorsoyd beseghelt met onsen zeghelen, ende hebhen ghebcen en
bidden onse mannen vorseyd dat si alic dese dingen willen kennen np
ons en hare zeghele melten onsen hangben ane dese letteren oninie de
nieerre zekcrliede en vasthede. En wy mannen voren ghenoenit omnie
dat aile dese dinghen waer en vray syn en aldus ghedaen ghelyc dat bier
voerseyd is en bi der bede en versoucke van onsen heer myn heer
Hughen en miere vroiiwen Beatrisen sinen wive vorseyd zoe hebben wy
onse zeghele ghchanghen an dese présente letteren met haren z;eghelen. In
ornonsrepcn der waerheden. Dit was ghedaen int jaer ons heeren doe men
screef diisenlich drie hondert en neghentiene.
(Carhdaire de St-Davon, N° IP>, p. ()'9-)
-Xo IV.
Robert, comte de Flandre, apiirouve la vente fuite à Talibaye par ^licliel de
liarliançon et sa femme Demoiselle Jeanne de Bievre, tille de Gillon Hapard ,
di; la moitié de la liante jnslice aux villages d'Everghem , Wondelghem et
Sleydinghe, d'un manoir auxdits lieux, avec les terres qui en dépendent, du
hameau de Sprandonck avec la justice et neuf hôtes y demeurant.
(I30G, Ane. mille).
Nous liobs Cuons de Fiandr faisons savoir a tous (|ue nous avos mis
et mettons en uo liu et pour iio aniei feiaiile le baillu de (îant pour recbe-
voir le worp de tout ce que Michel de Rarbenchon et dcmizeele Jelienne
de iJicure se fenie lille jadis monseigneur Gillon llapart avoicnt et tenoieiit
es proches chi dosons nomees cest a savoir es proches de Evrenghiem de
Sh'dcngliicrn et de Wondelenghiem la moitié ib; la hante justice come de
mellee ou de bataille sauve nre item un manoir qui!
tienet et le pourchainte de la li'c qui illeuc a(Miis apptieut q' cotient deu .
bonn's pau pins pau moins si que ou disl item les yardins et les fosses et
chine bonnis de tre qui iest achauaule item un liamiel q gist hors de
— 251 —
clios l)oniiis lequel en apiele spreiidoiick et loiite le justice qui apptieiit
audit Michel et a se feme et le segnie quel audit hamel si q il gist ou quel
hamel sont deniourant neuf hoste pau plus pau moins et gisent 1 trois
quatre vins honnis de stendue pau plus pau moins si q on dist lesquels
choses toutes on tient de nous en fief et en honiaghe et les coses de sus
nomees ont vendu li dis Michins et se feme a religz homes e sages labbei
et le couvent de saint Bavon de les-Ganl ou non dit abbei et couvet si
vous mandons y vous des coses desus dites ahieretes les dix Religieus
sauve en toutes choses nre droit et lautrui p le tesmoing de ches pûtes
1res scacll de no scael faites et donne a granmat lan de grâce mil trois
cens et six le demenche aps mi quaresme.
{Cartuhtire A^" 15 p. 55.)
Les hommes (le fief de la cour féodale de St-Bavon font connaître que (lallieririe
van Maldegliem s'est désistée en faveur de l'abbaye, de tous ses droits à. la charge
d'écoutèle héréditaire dans les paroisses d'Evergbem, Wondelgbem et SInydinghe.
(1353.)
Allen den ghenen die dese pute Ire sullen sien ofte hoeren leseu \vy
Symoen ser Machelenis, Jacop van Ruedeuborch Ogeer tsuul Lievin van
den Loenie Jooris de Raet Henric van den Turre Goessin van den Ture
Ghisel Mahui Lievin van Eename ende Boidin de Meyer manne ons beere
Sahts in der kercken van sente baefs te Ghent doe te wetene dat vor ons
manne vers ende voor den heer Pieter Ryme proost van Sente Baefs aise
heer en maenre in dese dinghen quamen Joncfr. Kateline van Maldeghem
schouteetinne van Evghem ende Hughe de Jonghe hare wettelike vooghet
ende man kenden en verlyden dat lioe dat een discort adde gheweest
tusschen onsen heer den abt en den convcnte vors deenzyde en Joncfr.
Kateline en Ilughen haren voght vcîrs dander zyde als dat Joncvr Kateline
huut den rechten van haren scouteetdome dewelke soe bout in leene van
onsen heer den abt en convente voers recht waren scnldich te hebheue in
scepene van der voghedien te Evghem te helpeue te vlatene als uns beere
25 XVI 19
— 252 —
liabt oit lie proost vois of siii lialliiis v'Iietoii waei t ceiic ut twee waert
aile onde soudonso ons lioor daltt cite zyn proost ofte zyn balliiis weder
inaki'ii als /v aile verlaten \varen dat soe deii derde waro sciildich te
makeiie ofte dat meiitse maken no vlaten en nioelite sonder hare ofte liaren
hode .loncfronwe Kateline en llughe hare wettelike vogliet \oers by goede
rade quanien \oer ons manne voers en den proost als heer en maenre
ende scolden quite ^vcttelike als dat réélit dat de vors Joncvr Kateline
ôv Hughe hare wettelike vogliet hadde ofte soenen hebbende in de vors
scepene te maken ofte te vîatene ende al dat reclit dat zy ofte hare voer-
ders mochten hebben in de vors. scepenen te maken ofte te verlatene dat
gaven zy der kercken vors in piirre aelmoescnen ende houden en verlyden
waerteenen \vt meer altoesalst hem vonghede sonder eenighe calange nemer-
meer daer af te hehbene van joncfr kateline voers noch van haren hoyre. Ende
al ghevielt dat namaels de proost ofte sine balliu aise scepene wilden maken
ofte vlaten hem ofte hare bode riepen te haren rade so no mochte zy
nochte liaer hoyr dier in ne gheen recht ne possessie ghecrighen te gheenen
daghen. Ende de vors Joncv Kateline ende Ilughe renoncierde in dit caes
aller vrieden die hem mochten hclpen. Ende onsen vors heer den abdt en
den convente deere. De welke quite scellinghe verkennesse ghifte en
renonciacien voers voer ons ghedaen ste maende ons mannen voers. de
vors proost van sinte baefs als hee en maenre ofte de vors quite scellinghe
vcrkenden ghifte en renunciacien soe wel en so sonffissantelike ghedaen
vvaren van joncfrouwen Katei en Hughen haren wettelike voeghet voers
dat si sculdich ware stede te houdene en goet te blivene vast en gestade.
wi manne vors wel berade up de vors manninghen wysden met eenen
weltclikcn vonncsen dat de vors quite sceldinghc verkennessen lien gifte en
renonciacien so wel ende so solfissantelike en met rechte gedaen waren
en zyn. Dat zy tenwcnliken daghen sin sculdich te blivene goet vaste en
ghestade dwelk vonnesse aldus wetteliken gheghevcn so baden ons als
manne vors de vors Joncvr Kateline en Hughe dat wy onse zegle wilden
hanghen metten hare en dese pnte Iclteren in kennessen de waerheden.
Ende wy manne voers omme de bede ende tverzouc van joncvr. Kateline
ende hughen voers licbben onse zegle ghehanghen metten hare en dese
Ittrcn in kenlicheden die w'hcden Dit was ghedaen int jaer ons heer
— 253 —
(loe me srreef DusiMiticli drie liondert en xxxiii sniaendaeclis in sente
J^ucas (laglie. Carliilairc N" 15 p. 45 v*^.
Louis de Crecy comte de Flandre qui avait confisqué la liante justice dans la
seigneurie des villages d'Everghem , de Wondelglieni et Sleydinghcn par suite de
la négligence des gens de Fabbaye jqui avaient laissé évader de la geôle d'Ever-
ghem les noinuiés Jean Rabbauw et Jean Styl , accusés d'avoir assassiné Jean
Hallin et qu'ils n'avaient pn reprendre, la restitue à l'abbaye.
(l33o.)
Nous Loys cuens de Flandi'e de Nevei's et de Reths faisons savoir a tous
corne q Annekin Robbau et Hannekins Styl fussent pris en la jurisdicon de
Religieus homes et discres nos bien âmes en Diu li abbei et le couvent de
saint Bavon de Gand et mis en leur pson chose de le mort Hannekin Hallinc
liquel doy psonnier dessus dit brisierent le pson la il gisoient et s'enfui-
rent par le négligence des religieus dess dis pour la quele négligence
nos araes ballieus de Gand mist main en saisine de p nous aie signonrie
iurisdicon des dis Religieus corne acquise et pour faire anous chest a savoir a
leur singnie et iurisdicion de Evghem et es appendances pour la quele
main mise dep nous les dis religieus nous ont longenient poui^sieuy et
priet a grant instance que nous leur signie et jurisdicon cless dites leur vau-
sissions rendre delivrier e despeechier. Nous sour ce meu en pite non
conststant que nous la signourie et jurisdicion dess dites puissens avoir
acyses p le négligence des religieus dessus nomes a la suplicacion et prière
diaux leur avons rendue et rendons quite et qtons leur jurisdicon et
singnourie dessus escrptes cy mandons et p ches pntes 1res amandons
a tous nos baillions et justichiers de nre qté et pays de Flandre especiaul-
ment anre not baill de Gand q il les religieus dess dis laisse joir pais-
sinlement et possesser des jurisdicons et seignourie dess dites en tel manié
qu'il en goissoient et possessoient avant que la mains ne saisine il fuissent
mises dep nous pie tiesmoingde ces lettr sceles de nre scel Donnes a Maie
le XX jour daoust lan de grâce mil ccc trente et chine.
iCartulairc N" /-> p. 52).
M»TI
mm ABRAHAM de L'ABBAYE D'ORVAL
ET LES TABLEAUX QUI LUI SONT ATTRIBUÉS,
PAR
le Docteur A. NAMUR ,
Profefseur-Bibliolhecaire à l'Athénée de Luxembourg; •
Membre correspondant de l'Académie.
AVAIVT-PROPOS.
L'abbaye d'Orval, qui pendant au-delà de sept siècles, figure parmi les
plus bienfaisantes institutions du pays de Luxembourg, a dès son oriiiine
donné asyle à grand nombre d'hommes éminents, dont le souvenir est digne
d'être transmis à la postérité. Non seulement les austérités des premiers
pères de Tordre, la discipline, l'union et la charité fraternelle faisaient
l'ornement des solitaires de cette véritable vallée d'or, mais les sciences,
les arts, l'industrie florissaient depuis des siècles dans cette laborieuse
maison.
Sans citer les de Robin, les de Waignée et tant d'autres prélats, qui
de|uiis Constantin jusqu'à Doni Rernard de Montgaillard, ont dirigé
l'illustre alibaye ; sans mentionner les hommes érudits, qui ont l'ail leurs
éludes à lu célèbre Université de Louvain, avant de prendre l'habit de
moine , reporton.s-nous aux derniers moments de cette institution, aux
frères Antoine Périn de Valensart, Joseph Adam de Longwy, Amand Robin
de Chauvancy, Abraham Gilson de Flabaye-la-Vieille , qui pendant la der-
nière époque de splendeur de ce mémorable établissement ont brillé
respectivenu'iil comine i;liirurgien , pharmacien, ciseleur et peintre dis-
tingués.
— 255 —
Le souvenir do ce doviiicr siiilitiit est eneore tout vivant dans les poiui-
lations actuelles ; il est conservé pieusement de génération en génération
par la tradition qui se transmet de père en lils, mais perpétué surtout par
les nombreuses toiles dues à son talent.
Hâtons-nous, il en est temps encore, de faire l'histoire de ce digne
compatriote! Consultons les sources vivantes qui ne tarderont pas de tarir;
consultons les souvenirs des rares contemporains de cet homme qui vivent
encore et qui ont été ses élèves ou ses amis; recourons aux précieuses
archives de quelques membres de sa famille, étudions les relations écrites
ou imprimées de quelques savants de cette époque, qui ont eu occasion
d'admirer l'artiste dans son atelier et d'apprécier ses chefs-d'œuvre!
Pour é-viter les répétitions fréquentes, nous citerons avant tout les noms
des personnes bienveillafites qui ont bien voulu nous communiquer les
renseignements qu'elles sont parvenues à recueillir et auxquelles nous offrons
ici l'expression de notre sincèie reconnaissance. Nous commencerons la
liste par les membres de la famille de frère Abraham.
1° M. R. Gilson, curé-doyen cà Bouillon, qui nous a transmis des ren-
seignements bien précieux. "2" M. Henri Gilson, contrôleur des douanes
à Virton, lils de M. Bonaventure Gilson, l'unique arrière-neveu de frère
Abi'aham. S^» M. Gilson, contrôleur à Redange, qui le preaiier nous a
indiqué les sources auxquelles nous avions à puiser.
M. H. Gilson de Virton, possède les brevets et diplômes de notre
artiste, plusieurs tableaux, la tabatière d'or offerte à frère AbKiham par
Louis XVI vers 1791.
Noiis devons des communications plus ou moins importantes à Messieurs
Âlesch, chef de division au gouvernement G. D. à Luxembourg; Arendt,
architecte de l'État à Luxembourg; Becker, curé à Fouches, l'abbé
Rouillon, curé à Robelmont; Brimmeyr, pharmacien, à Echternach ;
Conrot-Lenoël, négociant à Luxembourg ; Daman, directeur de l'institut
Marcy à Chassepierre ; Dutreux, Aug., ancien receveur général, à Luxem-
bourg; En.^ling, professeur de philosophie cà Luxembourg; Ensch, receveur
à Redange; Trancheur, receveur des contributions, douanes et accises à
Villers devant Orval ; Fresez, prof, de dessin à Luxembourg; Haas, curé
à Kommern; Hippert, curé à Esch s/A; HolTerling, dii-ecteur des message-
- 256 -
lies, à Liixoiiiboiiiii,; llotmaiiii, libraire, à Luxembourg' ; lliibil, mrv doyen
(le CarigM;m; Jacob, vicaire coadjuteur de Robelmont; Jaroby, surveillant
principal des chemins de fer, <à Luxembourg ; Jeantin, président du tribunal,
à Montmcdy ; Jonas, avocat-avoué, à Luxembourg; Klein, Paul, aide-
bibliothicaire, à Luxembourg; Kuborn , curé à Villers devant Orval
Landmaiiii (inailame veuve Adolphe); Lemaire, cure doyen, à Neufchâteau
Loutsch, cuii' (le Si-Martin, à Arlon; Maeysz, curé émérite à Luxembourg
i\Iosler, peintre àDusseldorff; Muller, professeur de peinture à Dussehlorff;
IVei'iniann, médecin à Luxembourg; Neyen, Auguste, docteur à Wiltz
Ottmann, receveur des douanes, à Fagny ; Protin, curé à Chantemelle
Quetelet, secrétaire perp. de l'Académie royale de Belgique à Bruxelles
Ramboux, conservateur du musée de peinture, à Cologne ; Reding, curé
àLexy; Regnon, curé-doyen de N -D. à Sedan ; Schaan, employé sup.
des contributions, à Luxembourg; De Schadow, directeur de l'Académie
de peinture,;! Dusscldorif; Schrondweiler, curéàlleinstert; Simon, Victor,
conseiller à l."^ cour sup. de Metz; Steis, curé h Meix le Tige; Thiry,
supérieur du sémin;iire de Floreffe; Tock, M. Conseiller à la chambre des
comptes, à Luxembourg; Tourneur, archiprètre, curé à Sedan; Weber,
IL desservant de l'église deN.-D. à Luxembourg; Wûrth-Paquet, président
de la cour sup. de justice et de cassation à Luxembourg.
OLVR.VGES M.VNUSCnrrS ET IMPRIMÉS QUI ONT ÉTÉ CONSULTÉS.
/l. Manuscrits .■ 1° Yoijcujps de Cnjnicn Mcrjai, (bibliothèque de la
ville de Luxembourg). 2" Extraits d'un maniiscrit d'Orval, par M. Damon,
directeur de l'institut Marcy, à Chassepierre.
B. Imprimés: \" Fhu.kw, Joitriuil hisloriquc, 1780; 2" Jeantin, Ruines
et chromiiuea de l'ubbaije d'Orval ; 2" Kdit. Paris, 1858; 3" Lagaude
Mauceli.i.n, Lii.vcmhoHVijco'is illuslres; i" Voyiines d'un irapjiisle à l'abbaije
d'Orval, à la suite de : Histoire des trappistes du Val-sainte-Marie, diocèse
de Urmnnin, 1 vol. 8°, Paris, LSilJ ; 5" Vandeiimaelen, Dict. de (jéoyr.
du Luxeniboiirn, p. 121 ; G" Wap (D'"), de schoone kunst in het firoot-
lierloijdoni Luxemhurj) dans le Miroir des arts, feuille artistique des I^iys-
]>as, I !'■ livraison, à La Ilave.
— 157 —
FRÈRE ARRAHAM D'ORYAL.
Jean Henri Gilson, plus tard frère Abraham d'Orval, fils de Pierre Gilson
et de Françoise Warnimont, est né à Habaye-la-Vieille, le l"" octobre \1M.
Un amour prononcé pour la solitude et le recueillement le détermina à
se vouer à la carrière monastique. 11 débuta en se faisant hermite à
Biseux, à quelque distance de son lieu natal. L'endroit qu'il avait choisi
présentait de riches paysages , la nature y étalait toute sa magnificence.
Là dans la contemplation, la prière et le silence, il se pénétra peu à peu
des tableaux de la nature et des secrets de l'art par l'examen attentif des
beautés de la création, pour lesquelles il se passionna, et sans avoir fait
les études préliminaires, il parvint, dit-on, à reproduire les sites dont
l'aspect avait frappé ses regards. D'après d'autres il fit déjà à Biseux des
portraits qui révélèrent son talent et firent présager son succès futur.
Quand Joseph II supprima les hermitages, frère Abraham, sûr de sa
vocation, entra, à l'âge de ''li à 25 ans, dans l'abbaye d'Orval, qui n'avait
cessé d'être un foyer intellectuel où tous les hommes supérieurs trouvaient
un ample aliment pour leur génie. Abraham y rencontra des hommes qui
aimaient les arts et qui surent le guider et l'encourager dans ses travaux.
H fit profession comme frère convers le 29 juin 1772 en même temps que
son frère Jérôme (Jean Louis Gilson), son compagnon permanent, qui l'avait
accompagné à Biseux et qui lui survécut à Florenville, après y avoir partagé
ses peines et ses plaisirs.
A Orval le talent du jeune peintre ne manqua pas d'attirer sur lui l'at-
tention de ses supérieurs et la communauté l'envoya bientôt faire des études
à Bome, à Mannheim, à Dusseldorff, à Anvers, à Bruxelles et à Paris.
A l'Académie de peinture de Rome, il fut bientôt un des élèves les plus
distingués. Après s'être inspiré des chefs-d'œuvre de l'école Italienne, il
alla étudier ceux de l'Allemagne, de la Belgique, de la France. Il remporta
le premier prix au concours institué en 1776 par l'Académie de peinture,
à Dusseldorff. Il y a été couronné le l'^'' juin 1777. C'était la première
année de la création de cette institution. L'ébauche du tableau fait à cette
occasion se trouve encore aujourd'hui dans les collections de l'Académie.
— 258 —
C'est un dessin aux crayons noir et rouge représentant Adam et Eve qui
pleurent leur (ils Abel assassiné par son frère. Au bas du dessin on lit :
Abraham, IVére relii;ieux de l'abbaye d'Orval. Premier prix de l'année
177("t dir. Kiahe. D'après le jugement de M. André MuUer, pi'of. de
peinture à Dusscldorll', ce souvenir intéressant de notre artiste, dénote
du talent, bien qu'en général les tableaux exposés cette preraièi'e année
ne rnrciit que des productions médiocres. Le tableau couronné lui-même
est aujourd'hui entre les mains de M. B. Gilson, curé-doyen à Bouillon.
11 a (»0 cciitiniètres de haut sur il de large, y compris le cadre doré par
frère Jéi'ônie.
L'abbaye d'Orval était fière de conserver ce souvenir de^la première
grande victoire remportée par son jeune artiste. Un vénérable vu:'illard,
M. Bouillon, curé à Robelmont, qui a longtemps vécu à Habaye-la-Vieille,
rapporte que, lorsque frère Abraham eut remporté le premier prix, le
président de l'Académie offrit pour le tableau couronné autant de pièces
d'or, ([uil en faudrait pour couvrir la surface du tableau, mais que l'abbé
d'Orval répondit : si Dusseldorff a le moyen d'acheter, Orval a celui de
conserver. Ce qui confirme le jugement favorable conçu de frère Abraham
par cette illustre Académie, c'est que d'après les documents positifs con-
servés par, M. 11. Cilson de Virton, il fut noninuî membre honoraire de
l'Académie, le li2 février 1780.
Le souvenir qu'on conserva de lui à Alanbeim et l'impression, qu'il y a
fiiifc sur lin de ses professeurs, sont conservés dans les intéressants mé-
moires d'un de ses intimes amis, de Cyprien Merjai, qui dans sa jeunesse,
en 178:2, a fait un long séjour à Orval et qui, parent du procureur de
l'abbaye, avait été initié à tous les détails du régime intérieur delà maison.
Sur le point de se rendre un jour à Manheim, Merjai pria son ami
de lui donner une lettre de recommandation pour son ancien maître,
M. I'"ia(rrl, fjirij s(! proposa d'aller voir.
" M. Fratrel fut surpris de me voir, dit Merjai, et ayant lu la lettre de
» frère Abiahani i! me dit en bégayant : mon cher monsieur, comment
« se pdite nidii clicr IVèi'e Abraham, la perle des religieux, que fait-il?
» Saii^ (iniilc des chcls-d'd'iivrc, des clief^-d'n'uvre de son art et du
« niit'ii. .Il' lui dis (|iril était occiijk' du malin au soir à rendirllisscment
— 259 —
» de son cloître. Oh! le chanuanl homme, dit-il, que mon bon livre
» Abraham, qui a été ici si considéré et respecté même par notre électeur
» ainsi qu'à Dusseldorf où il a remporté le premier prix, où il s'est
» comporté en homme rare et noble. »
Les documents conservés par M. Henri Gilson de Virton, constatent
un fait qui couronne honorablement les succès obtenus par notre artiste.
En 1701, il remporta le premier prix de composition à Paris, où il se
rendit pour prendre part à un concours, auquel participaient les artistes
de toute la France. A cette occasion il l'ut chargé par Sa Majesté le Roi
Louis XVI, de faire les portraits de la famille royale. En signe de satis-
faction il reçut une tabatière d'or, d'une valeur intrinsèque de 380 frs.,
soigneusement conservée par son arriére petit-neveu, le susnommé
1\1. Gilson de Virton.
Cette circonstance est peut-être la cause de Taffection que Louis XVI
paraît avoir conçue pour l'abbaye d Orval. Avant d'avoir été victime
de la révolution française, cette abbaye avait été indirectement associée
à un des plus malheureux incidents de ce grand drame, c'est-à-dire du
voyage de Varennes. Louis XVI avait-il eu l'intention de quitter le territoire
français? On assure qu'il était attendu à l'abbaye d'Orval et que tous les
préparatifs étaient faits pour sa réception ; on prétend même que cette
démonstration était une des causes principales de la catastrophe fatale qui
mit fin à la gloire de tant de siècles.
Après avoir étudié les chefs-d'œuvre des écoles de France, de Belgique,
d'Allemagne, le frère Abraham retourna au lieu de sa destination. Il ne
perdit pas son temps dans ses voyages artistiques : non seulement il
profita avec grand succès des bonnes leçons des grands maîtres, dont il
avait fréquenté les ateliers, mais, comme sa future carrière va nous le faire
voir, il avait continué à s'affermir dans la foi et dans les préceptes divins
auxquels il avait voué son existence.
Devenu artiste consommé, il résolut maintenant de faire profiter à l'éta-
blissement des fruits de l'expérience qu'il avait acquise. 11 lui paya
largement sa dette par les chefs-d'œuvre nombreux dont il le dota.
Vers 17(i'.) Doni Etienne Schultus de Bastogne, 20" abbé d'Orval, (it
élever le nouveau monastère. 11 s'appliqua plus encore que ses prédécesseurs
— 260 —
à taire llciirir los arts, (jiie plusieurs des frères convers exerçaient avec
beaucoup de succès. Depuis loui^temps les forges d'Orval étaient célèbres
par la qualité supérieure de leurs productions. Elles se perfectionnèrent sous
l'abbé Scholtns ainsi que la serrurerie et les ateliers où l'on travaillait les
métaux ; un chirurgien médecin devint à la même époque très-habile dans
son art et rendit d'immenses services aux pauvres de la contrée.
Dom Scholtus voulait aussi avoir un bon peintre. 11 le trouva dans frère
Abraham, qui dés lors fut un des artistes, auxquels fut confié l'embellisse-
ment du nouvel établissement. Par ordre de l'abbé le religieux peintre
entreprit plusieurs grands tableaux et déploya un grand talent dans
l'accomplissement de sa ttâche. Son coloris fit l'admiration des hommes
de l'art qui le trouvèrent, dit-on, presqu'ininiitable. La salle des tableaux,
qui était un véritable musée de peinture, le réfectoire de moines, cdui des
frères convers, l'infirmerie, la bibliothèque exposaient tour à tour les
chefs-d'œuvre d'Abi'ahani. La peinture à l'huile, la peinture murale à
fresque y fiu'ent dignement l'eprésentées ; mais ses plus belles productions
se firent voir dans la nouvelle église dédiée à St. -Bernard.
Elles caractérisent la plus belle période de la vie de l'artiste.
Il déploya une fécondité merveilleuse dont on saura juger par la liste
des tableaux qu'il composa pour cette église et dont Merjai, son ami,
nous donne les plus amples détails. « Nos neveux se demanderont , dit
avec raison M. Jeantin, comment un seul homme ait pu suffire à tant
de travaux. »
Le jugement porté sur les œuvres de frère Abraham sont très-variés.
Il ne faut pas nous en étonner. 11 y a dans la vie artistique de leur
auteur une époque de splendeur et une ép()(iue de décadence; et pour
bien l'apprécier il faut considérer ces époques dans leur ensemble et ne
pas juger d'après les œuvres isolées qui peuvent se présenter à notre
examen.
« Le talent de frère Abraham, dit le docteur Wap ^ consistait
' Miiuii' (les ails des l'uijs-lUis, aiiiiôc 1831t. « Wy lielilii;ii v;iii lirzcii iiicf uiivcr-
dienstelyken scliilrier, die éditer meer door koloriet dan door tcekciiiiiç; of ordonaiilic
uitmunUo, eon niciiijîte scliildcringeri te LuxcnibiiiY zcif acii^M-trotlVii.
— 261 —
plutôt dans le beau coloris que dans la perfection du dessin et dans la
composition des sujets. » Il paraît que M. Wap n'avait vu que quelques
productions qui ne lui ont pas permis de porter un jugement plus
favorable.
M. Arendt, architecte de l'état à Luxembourg, qui a examiné et
décrit un des plus beaux souvenirs de ce peintre, les peintures murales
du salon de l'ancienne maison Merjai, loue beaucoup l'exactitude du dessin
et l'harmonie des compositions. « Comme zoographe, dit-il, Abraham est
l'égal de Verboekhoven, comme coloriste il surpasse Lesueur dont il imite
la manière. ' »
Bien que le jugement de M. Arendt paraisse exagéré, il reste toujours
vrai que lesdites peintures sont un monument remarquable qui fait hon-
neur au talent de son auteur.
M. Ramboux, directeur du musée de Cologne, qui a été un des
élèves de frère Abraham, à Florenville, dit en jugeant d'après les œuvres
de cette époque : « Seine Art zu malen war flan, und unbestimmt, jedoch
nicht ohne Farbenschein, so dasz seine Arbeiten gefallen mussten. »
Le même artiste ajoute que des tableaux du même peintre faits à des
époques antérieures, qu'il a vus dans l'église de Sedan, font voir qu'à cette
époque les œuvres de frère Abraham avaient outre le mérite du coloris
celui de l'exactitude du dessin.
Ecoutons encore ce que dit M. Ottmann, receveur des douanes à
Fagny, h l'occasion d'un tableau de l'église de Limes : « C'est toujours la
même magie des couleurs, dit-il, ce moelleux, cette heureuse fusion des
teintes et des nuances qui caractérisent si éminemment le moine-artiste
d'Orval. En parlant des A évangélistes de la même église : les têtes, dit-il,
sont assurément de main de maître, et leur type caractéristique me les
fait envisager comme des portraits historiques empruntés aux notabilités
de la célèbre abbaye. »
A l'occasion d'un St-Charles-Borromée qui se trouve au maître-autel
de Sedan, M. l'archi-prêtre Tourneur, curé doyen de cette ville, qui a vu
un grand nombre de tableaux dûs au pinceau d'Abraham, s'exprime en ces
• Luxembunjer Zettumj, 15 feb. 185U, rr 38.
— 262 —
lornies : « liOnimc dans toutes los œuvres de ce frère, on y retrouve un
coloris brillant et harmonieux, une disposition heureuse des |)orsonnai;es,
une composition naturelle et facile, mais aussi un dessin va^uc plutôt
ébauché ([ue liui et même de nombreuses incorrections. »
M. Tourneur n'entend parler que des innombrables toiles dont l'artiste
a enrichi ces contrées dans les jours où il fut obligé de chercher dans
son art des ressources , que la révolution lui avait enlevées. Le tableau
d'.Vdam et Eve pleurant la mort d'Abel, dit-il, qu'il composa au concours
de Dusseldorlï, prouve assez la perfection ([u'il pouvait atteindre.
Enfin M. Fresez, professeur de dessin et de peinture à jjuxembonrg,
<|ni juge ordinairement avec sévérité les objets d'art soumis à son
examen, reconnaît que, malgré la faiblesse dans la couleui;, les tableaux
d'Abraham ne man(|ueut jias d'iiarniouie. •
Si nous considérons les productions nombreuses de notre frère artiste
sous le point de vue olijectif, nous trouvons dans la série de ses œuvres des
portraits, des paysages, des scènes historiques. L'élément religieux domine
et c'est surtout dans celui-ci qu'il excelle.
Le ton doux et moelleux de son coloris, dit M. le professeur Engling '
nous révèle la douceur de son caractère, le choix des sujets et le genre de
composition portent l'empreinte de ses sentiments religieux. L'immortalité
de l'àme, une existence au-delà de la tombe, paraissent avoir été ses idées
de prédilection. Nous les voyous représentées dans grand nombre de ses
tableaux.
En parcourant la vie artistique de frère Abraham nous trouvons que son
époque (le splendeur fut celle, où il coopéra à rernbellissenu'Ut de l'établis-
sement, qui sut si elficacement encourager le talent du peintre. C'est dans
la nouvelle église d'Orval que nous devons recheicher ses cliefs-d'ceuvre.
Plusieurs artistes étrangers ont fait visite à l'abbaye et ont eu
occasion d'en apprécier le haut mérite. Les félicitations adressées à frère
Abraham par (faugustes personnages, sont consignées dans les annales de
l'établissenKîut. En 1787, une princesse de sang impérial, Marie-Christine,
gouvernante des Pays-Bas , visita avec son éiionx , le Prince Albert de
* Note lie .M. !.■ iunC. l',Mi;liiit,' , du 1 nviil IS.Vl.
— 263 —
Siixo-Trschen , rahbaye d'Orval, dont TahlK' était en grande i-éputation de
veitn et de sagesse; elle vouhit le connaître, ainsi que le frère Abraham,
dont on lui avait parlé comme d'un bon religieux et d'un peintre habile.
Les tableaux qui ornèrent l'église, fixèrent surtout l'attention de cette
princesse ; elle sut apprécier le talent du solitaire et lui en fit ses
compliments.
L'abhaye d'Orval, qui jusque-Là possédait des ateliers dont les productions
avaient une réputation européenne, était devenue depuis le retour de frère
Abraham une véritable académie de peinture. Plusieurs élèves distingués
y ont été formés. « Les Français ignorent, dit M. Jeantin '', ce que les
plus gracieux albums de leur capitale doivent aux guirlandes et au coloris
si vif et si pur de frère Abraham. Une lettre écrite en 1789 à l'un de
ses élèves le leur apprendra. Elle est datée de St-Hubert, alors que l'un
de leurs peintres le plus en vogue se préparait à Orval au culte de Flore
et que son frère aîné y broyait les couleurs de fresque de la nouvelle
église. Ces deux artistes distingués sortis de l'école d'Abraham , sont
Pierre-Joseph Redouté, né à St-Hubert en 1759, qui devint peintre
d'histoire naturelle et celui de l'impératrice Joséphine , première femme
de Napoléon-le-Gi'aiid , mort à Paris en 1840, à l'âge de 81 ans,, et son
frère Antoine-Ferdinand Piedouté , né à St-Hubert en 1756, décorateur
très-distingué , qui mourut encore jeune à Paris. »
Même à la fin de sa laborieuse carrière , le frère Abraham forma des
élèves distingués. Des artistes célèbres sont sortis de son école. Nous
verrons ci-dessous que M. Ramboux, conservateur du musée de peinture
de Cologne , a pendant quatorze mois fréquenté son atelier à Florenville.
L'époque de splendeur de l'abbaye d'Orval , pendant laquelle frère
Abraham était parvenu à l'apogée de sa réputation, toucha à sa déplorable
fin lors de la révolution française. C'était en 1793, un corps d'armée
française, sous les ordres du général Voisenon, assaillit l'abbaye. Quand
tout fut pillé , dévasté , profané , on chargea l'incendie de dévorer les
b.àtiments. Pour hâter la destruction, des batteries placées sur les hauteurs
voisines lançaient des boulets dans les flanmies. La vertu des moines,
' liiiiiies cl (hroiiifjiiCK de l'ulihuiie d'Ori<<il , "2'' édition.
— 264 —
le talent dos frères ronvers, no pouvaient rien pour empêcher l'ahhayc d'être
enveloppée dans ce terrible jni^(>ment, qni avait condamne, sans retour,
tout l'iinlre de choses et d'idées auquel elle avait eu le mal d'appartenir.
L"onrai;an (lui la renversa fnt épouvantable. Les beaux monuments
d'architecture de l'ancienne et de la nouvelle abbaye ne présentèrent plus
que des ruines ; les œuvres innombrables de frère Abraham, auxquelles il
avait consacré les vingt-ijuati'e plus belles années de sa vie, vint^t-quatre
années de travaux assidus, furent effacées en un jour et n'existent plus
que dans le souvenir plein de regret de leur existence.
Les rares tableaux qui échappèrent à la destruction , furent enlevés par
les aggresseurs; les meilleurs paraissent avoir été transportée en France.
En citant le général Malèche , de Felletrin (Creuse) , commp un auteur de
la prise d'Orval , M. le chanoine Lacomble dit qu'il était en possession de
plusieurs de ces tableaux.
Après le sac d'Orval les moines et les frères se retirèrent au refuge
de Luxembourg et à celui de Conques, qui était une succursale d'Orval ,
non loin des ardoisières d'Herbeumont. Plus tard ils vécurent dispersés ,
les uns reprenant des fonctions cléricales , les autres vivant modestement
de la petite pension qui leur fut accordée, tous conservant dans leur
cœur le douloureux souvenir du jour fatal, qui est venu anéantir la gloire
de tant de siècles. Comme Jérusalem, Orval eut son Jérémie dans la
personne de Dora Arsène Freymut , qui mourut à Tintigny en 1837 après
avoir pleuré pendant 40 ans sur les ruines de l'abbaye.
En 1793, après la terrible catastrophe, le frère Abraham et son frère
Jérôme arrivèrent à Luxembourg. Ce fut en 1704 qu'il fit les tableaux qui
ornèrent le réfectoire de l'abbaye de Munster, le tableau représeutant le
baptême de Jésus-Cdirist dans l'église de Si-Michel et probablement aussi
les peintures nuirales du salon de l'ancienne maison Merjai, aujourd'hui
celle de M. le docteur Neiimann, rue du Noi'd, 11, à Luxembourg.
Les deux inséparables frères furent à Conques en 17U5. Un peu plus
tard ils vinrent trouver l'hospitalité à Villers devant Orval , chez
mademoiselle François, rentière, demeurant en ce lieu. Bien que ne vivant
plus (lue dans le découragement, Abraham ne put s'empêcher de produire,
taut pour (irncr l'église de sa nouvelle résidence , ((ue pour compenser en
— 265 —
quelque sorte la bienveillance îles personnes charitables, qui lui firent
partout un accueil amical. On voit encore aujourd'hui dans la maison
habitée jadis par ladite dame, un tabloau qni rappelle à la fois le souvenir
de son auteur et la bonté de la personne charitable, qui lui avait offert
l'hospitalité. Ce tableau représente le Seigneur entouré d'nn groupe
d'enfants lorsqu'il leur dit : « laissez venir à moi les petits enfants ! » Voici
à quelle occasion ce tableau fut fait : deux religieuses de Stenay vinrent se
réfugier à Villers devant Orval. La même demoiselle François recueillit ces
femmes et leur fournit un local pour y établir une école.
Le tableau se trouve aujourd'hui encore à sa place primitive.
Pendant son exil frère Abraham eut l'avantage d'adoucir ses amertumes
par l'amitié de quelques personnes d'ancienne connaissance , qui à Orval ,
dans des temps plus prospères, avaient été témoins de son étonnante
activité. Parmi ces amis nous citerons M. Fancheur, receveur des
douanes, etc., à Villers devant Orval , fils d'un médecin de ce lieu , qui ,
dans son adolescence , allait chaque semaine une ou deux fois avec son
père à l'abbaye où il eut occasion de connaître parfaitement frère Abraham.
C'est à M. Fancheur que nous devons les renseignements qui pré-
cèdent ; c'est lui aussi qui nous a donné la description de l'homme dont
nous esquissons l'histoire : « il était de taille moyenne , dit-il ; il avait
l'œil vif ; sa figure , quoique labourée par la petite vérole , était pleine
d'aménité ; sa conversation était pleine d'élégance et instructive. Il
affectionnait surtout les petits enfants qu'il laissait entrer parfois dans
son atelier pour leur montrer et expliquer ses tableaux. »
Il avait lui-même fait son portrait qui passe pour un de ses chefs-d'œuvre
et se trouve aujourd'hui entre les mains de M. H. Gilson, contrôleur àVirton.
M. Fancheur ajoute : ••< non-seulement frère Abraham était excellent
peintre, mais aussi musicien et organiste de l'abbaye d'Orval. J'y ai
plusieurs fois chanté accompagné par ce frère. »
La musique était restée un des délassements de frère Abraham. Il avait
une orgue portative, dont plus tard il se priva pour la donner h un des
prisonniers Espagnols qui séjournaient à Montmédy.
Nous ignorons à quelle époque et par quelles circonstances les insépa-
rables frères quittèrent Villers devant Orval. Nous savons que plus tard
- 200 —
ils ont assez l(inii,tf'm|is vécu à MimtriK'dy. « Nos vicillanls so rajipollciit
I()i1, liicii , (lit iM. Jeaiiliii, la résidt^nce de IVère Aljialiam à Montmédy,
clic/ im (le SCS amis, M. de Bi)iu'cct, siiniiimnic le saint homme, dont les
enfants conservent pieusement les derniers jets de son pinceau.
Kntin hu'squ'il l'ut pensionné, Abraliani se retira, toujours accompagné
de son frère Jérôme, à Florenville. Cumulant leurs petites pensions, les
deux frères y vécurent dans une honnête médiocrité. Ils sont entrés dans
la maison de M. Jacminet le 27 juin 1799.
Dans ce dernier asyle notre artiste ne cessa de s'occuper de peinture
et de musique. Frère Jérôme lit les cadres, et s'était charité des soins du
ménage, du jardin et des abeilles. Le rapport plein d'intéi'èt d'un de ses
élèves, nous caractérise l'existence de frère Abraham pendant Ja dernière
période de sa vie.
M. Ramboux, conservateur actuel du musée de peinture à Cologne, a
été à Florenville, pendant 14 mois, son élève. Il est entré en appreiUi^sage
le 27 juillet 1807.
Abraham et son frère Jérôme, nous dit cet artiste, habitèrent une
maison, qui appartenait à M. Jacquimet et que plus tard les frères
achetèrent de leurs économies pour la somme de 07 louis d'or.
La vie de frère Abraham à Florenville, se partageait entre la prière, le
recueillement et le travail. Il avait un atelier d'été situé à l'extrémité du
village. Lorsque nous nous y rendîmes, dit M. Ramboux, le chien ouvrait
ordinairement la marche; j'y allais avec ma collection de gravures, et
frère Abraham nous suivait priant chemin faisant son bréviaire.
Comme on connaissait le talent du peintre, les commandes ne man-
quaient jamais; elles étaient le plus souvent faites pour des églises du
canton et des cantons voisins. C'était ordinairement un samedi que nous
commencions un nouvel ouvrage. Ce jour nous préparions la toile et les
couleurs. Dimanche, après vêpres, Abraham prit sa collection de gra-
vures, qu'il consultait ordinairement et dont il mêlait souvent des groupes
entiers dans ses compositions. Le lundi nous cheminions vers l'atelier,
les gravures choisies la veille fuient étah'es par terre et notre maili'e
commençait son ébauche {|u'il finissait en i ou ;} jmirs, après lesquels il
se mit à itarfaire son (l'iivrc. l'iic de nos jiliis grandes entreprises furent
— 267 —
les tablcniix destinés à réglisc de Meix-le-Tigc ; Tun, représentant rexpul-
sion des marchands du temple, était si colossal qu'il nous tallait percer
le plafond de l'atelier, pour en peindre le ciel au grenier. Les figures y
étaient représentées en grandeur naturelle.
A la fin d'une journée laborieuse il y avait, dit M. Ramhoux, chez nos
frères ordinairement une réunion de voisins, qui travaillaient, tandis que
l'un des frères faisait une lecture pieuse où qu'on chantait en chœur des
chants religieux.
Abraham avait établi un jeu d'orgues à Florenville. Tous les dimanches,
pendant l'oifice, il accompagnait le chant sur son Instrument de prédilection.
Dans des moments de loisir il enseignait la musique aux maîtres d'école
du voisinage, et de cette manière il ne négligeait aucune occasion de se
rendre utile à l'humanité.
L'hospitalité des frères était sans bornes. Toutes les semaines ils avaient
la visite d'un ou de plusieurs frères d'Orval, qui depuis 1793 vivaient
isolés dans le voisinage.
Quand, après un apprentissage de II mois, le frère Abraham me remit
mon certificat, il me donna, dit M. Ramboux, un conseil très-salutaire,
qui aujourd'hui n'est pas généralement observé. Toutes les fois, dit-il,
que tu seras dans le cas de voir un objet d'art, reléves-en ce qui te
paraît bon , tâche d'en tirer profit , mais ne te livre pas à la critique des
défauts que tu pourras découvrir.
C'est ainsi que se passa régulièrement la vie de frère Abraham jusqu'à
ce qu'enfin, après avoir survécu pendant une quinzaine d'années au sac de
l'abbaye, il mourut le 1G janvier 1809 à l'âge de 68 ans.
Voici son épitaphe gravée sur une pierre bleue adossée au mur de
l'église de Florenville :
CIGIT ABUAIIAM GILSON
FRKRE CONVERS DE l'aBBAYE d'oRVAL.
IL FUT PEINTRE CÉLÈBRE ET SON NOBLE TALENT
DÉCORA CETTE ÉGLISE.
ARTISTE BIENFAISANT, MODESTE ET VERTUEUX
RELIGIEUX AUSTÈRE IL VÉCUT EN BON FRÈRE
ET MOURUT EN SAINT PÈRE
LE IG JANVIER 1809
R. I. I'.
2.^i ^><)
— 2G8 —
Avant d'etro appelés à une incillciiri' vie, no< vriiéraliles t'rérps n'oublièrent
])as leur heiTcau ni les sentiments de piété, ([ui les attachaient à leur
t'aniille. Ils loniiérent à Ilabaye-la-Vieille quatre messes basses pour
M. Gilson, leur oncle, ancien bourgmestre de ce lieu, et deux messes
hautes pour leur père et mère, pendant l'octave du saint Sacrement.
Les regrets universels que laissa le frère Abraham dans la contrée,
qui lui oflVit le dernier asyle sur cette terre, sont très naturels et prouvent
la grande vénéi'alion dont il a été l'objet pendant sa vie. On conserve
encore aujoui'd'hui comme de saintes reliques, non seulement les produits
lie son talent, mais encore les instruments dont il s'est servi dans les
derniers moments de sa vie si active. Sa palette et le nuubre, sur lequel
il bi'oyait ses couleurs, sont conservés comme pieux souvenirs à Habaye-
la-Vieille.
Nous finirons par citer un exemple de l'attachement qu'avaient pour
lui ceux qui avaient le bonheur de l'apprécier : se rendant en 1819 à
Rheims, pour y étudier quelques monuments de son art, M. Ramboux,
son ancien élève, fit un détour pour satisfaire un sentiment de piété,
pour aller revoir encoie une fois le berceau et la tombe de son maître
vénéré. A Ilabaye-la-Vieille il trouva une petite peinture sur bois repré-
sentant le portrait de frère Abraham fait par lui-même. Il est représenté
en habits de moine, la palette à la main et tenant une madone avec
l'enfant Jésus.
M. Ramboux a eu la complaisance de nous en adresser le croquis. *
A Florenville, où tout était chan:;é, depuis qu'il avait quitté ces lieux,
M. Iiamboux était à la recherche de la tombe de son maître bien-airaé,
ilonl il copia l'épitaphe, lorsqu'il rencontra M. J. Rapt. Jacminet, le fils
du propriétaire de la maison occupée jadis par frère Abraham. Quand ils
eurent renoué connaissance, M. Jacminet donna à M. Ramboux un livre
de notes diverses. On y lit : ce calendrier est à l'usage de frère Jérôme
' Dans la deuxième ddilion de ses Buines et Chroniques de l'ubhaye d'Orvnl,
.M. Jcantin a fail placer au fronti.spice une litliograpliie représentant le même poiiiait.
« Nous devons la copie du protiait, dit-il, à la complaisance <iv M. d'Iluardl de
Villeniunt, par rinteiniédiaiio de M. l'iulin, cuié à llaliave-la-Vieilie. «
— 269 —
Gilson, fait à Conques le jour de St-Remy 170,"). 11 y a plusieurs notes
éci'ites delà main de frère Abraham. M. Ramboux conserve religieusement
ce manuscrit comme souvenir de son premier maître.
lîe PAliTIE.
CATALOGUE DES ŒUVRES DE FRÈRE ABRAHAM.
Il est impossible de faire aujourd'hui le catalogue rnmiilct ik^s tableaux
faits par le frère artiste dont nous venons d'esquisser l'histoire. Ses plus
grands chefs-d'œavre ont disparu et ceux qui nous restent sont disséminés
dans le pays et les pays voisins.
Ceux que nous sommes parvenus à enregistrer en assez grand nombre,
nous feront voir la nature des sujets choisis par l'artiste et la fécondité
de son talent.
Nous commencerons la série par l'abbaye d'Orval même ; c est là
qu'étaient réunies ses premières et en même temps aussi ses plus belles
productions.
I. Abbaye d'Orval. (d'Après Merjai, voyages, etc. 17 6; 18.)
A. Salh des tableaux et réfectoire des moines.
1 Daniel dans la fosse aux lions.
2 Le sépulcre de la cùiiciipisceiice.
3 L'eau du rocher.
4 La manne donnée par Dieu.
5 Les adieux de Joseph et de Benjamin (d'après Merjai le plus beau tableau
de cette salle.)
6 Elie recevant la nourriture des corbeaux.
7 Le Sauveur servi par les anges.
8 L'apparition des onze apôtres après la résurrection.
9 Les disciples d'Emaiis.
1(1 Le festin de l'enfant prodigue.
1 1 La muhiplication des pains.
12 Le Sauveur tenté dans le désert.
Ces tableaux, dit Merjai, furent faits avaut ceux de l'église.
— 270 —
B. Réfectoire des frères convers.
13 Un Ijc.iii platuiul peint à riiuilo représentant la fête de tons les Saints.
(Owvraij;e savant liieii dessiné et d'un i^rand coloris. Obs. Merjai.)
1 i Au fond un tableau représentant Marthe.
G. Infirmerie.
Plusieui^s tableaux faits avant les voyages de frère Abraham et qui d'un
mérite inférieur n'ont nulle part été détaillés.
D. Bihliotkèque.
15 St-Bernard et St-Rupert accompagnés de St-Idelfonse et de St-Anselme qui
rendent leurs hommages à la Ste-Vierge. (Ce tableau passait pour le plus
beau de la maison, dit Merjai.)
16 Au plafond la descente du St-Esprit sur les Apôtres, au milieu Jésiis-Christ
tenant sa croix, environné d'anges et de saints.
1 7 Tableau représentant l'assomption de la Ste-Vierge.
»
E. Salle du chapitre.
18-67 Chaque panneau des boiseries latérales, dit M. Jeantin, encadrait un
portrait peint sur bois, œuvre de frère Abraham et de ses élèves. C'était
une suite de 50 abbés placés alternativement à droite et à gauche avec la
date de leur décès.
F. Église.
On dit qu'avant d'entreprendre les tableaux de l'église, frère Abraham
se rendit à Trêves pour examiner et étudier la belle voiite de l'église de
St-Paulin.
Grande nef.
Sur la voûte , trois grands tableaux à fresque.
68 Près des orgues , Ste-Cécile environnée d'un choeur d'anges , qui chantent
les louanges du Seigneur. La Sainte occupée à toucher des orgues.
69 L'assomption du Sauveur, entouré des pères de l'ancien testament.
70 L'apothéose de Si-Benoît et de St-Bernard ; au bas, les religieux de l'ordre.
Nef ijauche (tableaux à l'huile).
71 Le crucifiement de St-Pierre.
72 La rhùto de Simon-lc-Magicien.
— 271 —
73 St-Pierre guérissant les malades par son ombre.
7-4 Entrée de Jésus-Christ à Jérusalem.
75 Zachée sur le cicomore près de Jéricho.
76 La résurrection de Lazare.
77 La transfiguration du Seigneur.
78 Le Sauveur prêchant sur la montagne.
79 Jésus-Christ chassant les marchands du temple.
80 Jésus âgé de 12 ans, trouvé au temple par sa Mère.
Nef droite.
81 St-Paul décapité.
82 La conversion de St-Paul.
83 St-Paul prêchant dans l'aréopage.
84 Le tribut rendu à César.
85 Le lavement des pieds.
86 Jésus portant sa croix au Calvaire.
87 L'élévation de la croix.
88 La descente de la croix. — Ce tableau approche, dit Merjai, du pinceau de
Rubens , pour son fini et l'harmonie des couleurs.
89 La résurrection du Sauveur.
Dans le chœur.
Au plafond , trois tableaux à fresque.
90 Les attributs de l'ancien testament aux sacrifices par l'arche d'alliance fpi'on
y adore.
91 L'adoration de l'Agneau de Dieu.
92 L'adoration du St-Sacrement.
Ghapelles qui formèrent l'enceinte du chœur. — Chapelle des Anges.
93 Tableau à l'autel, représentant St-Gabriël, St-Michel, St-Raphaël avec le
jeune Tobie.
94 Médaillon à l'autel , représentant des anges.
Chapelle de la nativité de Notre-Seigneur .
95 La nativité de Jésus-Christ.
Chapelle de St-Pierre et St-Paul.
96 A l'autel un tableau, représcnlant les adieux dos deux Apôtres, allant ;iu
martyr sous Néron.
CIkijicIIc di> Si-Bernard.
07 Tahlcaii où liPii voil St-Ik-i'iiaid en extase devaiil lu Sle-Viergc.
Chapelle de St-Derwît.
liS St-liciioil entouré de trois anges, dont Fiin soutient les livres qu'il écrit, un
antre lui présente de l'encre, un troisième lui montre le St-Esprit qui répand
sur lui des rayons de lumière.
Chapelle de Sl-Jean-Baptiate.
«)!) St-.lean-îiaptiste se prépare à la mort ; à côté de lui , deux, bourreaux , dont
l'un va lui couper la tète.
100 .\u liaut de l'autel, des anges portant la croix avec l'Agneau.
101 Au bas de l'autel, un médaillon , la tête de St-Jean sur un plat.
«
Chapelle de St-Menne.
102 St-l\Ienne attaché à un poteau, des bourreaux lui déchirent les chairs;
au haut dans un médaillon des génies figurant son martyr. •
» Ce tableau, dit Meijai, est un des meilleurs des chapelles. Les tableaux
des chapelles sont antérieurs à ceux de l'éi^lise. »
11. Ch.\pelle de NoTRfi:-D.\ME A Luxembourg.
L abbé Feller, qui en 1780 a en occasion d'admirer à Orval les chefs-
d'œuvre de frère Abraham dit à Toccasion du jubilé célébré à Luxembourg
en 1781 :
« M. l'abbé d'Or^val, membre ecclésiastique des États de la province,
toujours cmpi^essé de concourir à ce qui peut intéresser la religion comme
la prospérité générale des citoyens, dont la maison est l'asile des arts
comme de la piété, a fait don à la chapelle de Notre-Dame d'un grand et
magnifique tableau, ouvrage du célèbre frère Abraham.
10.'} La i»rovince de Luxembourg y est représentée offrant à la Ste-Vierge la clef
de la capitale. Ce taldeau orné d'un grand cadre précieux et supérieurement
travaillé (probablement l'ouvrage de frère Jérôme) a été placé au-dessus du
maitre-autel avec cette inscription :
Vuiîs \C mtoVlNClA I.\ IViilLAEO
I'AtuoCInII ConsoLatuU^Is
AiiLlCroiiViM (1781.)
— 273 —
Ce tableau est aujourd'hui la propriété de M. le curé d'Itzig. Une faible
copie par Maisoiinet, peintre à Luxembourg, se trouve aujourd'hui dans
l'église de Notre-Dame à Luxembourg.
IIL Abbaye de Munster près de Luxembourg.
Dom Bernard Weis, abbé de Munster, qui fit surtout beaucoup pour
rembellissement de sa maison, pria les religieux d'Orval de lui accorder
le frère d'Abraham pour orner la salle à manger des religieux. Ce fut en
1794, la première année de l'exil des religieux après le sac d'Orval. On
sait qu'ils s'étaient retirés en majeure partie à leur refuge de Luxembourg.
On y voyait, dit Merjai, les tableaux suivants :
lOi L'eau du rocher.
105 La manne.
106 Le sépulcre de la concupiscence.
107 David et Alngail.
108 Les noces de Canaan.
109 La multiplication des pains.
110 La cène de Jésus-Christ.
111 L'apparition de Jésus-Clu'ist aux apôtres après la résurrcclion.
Quatre demi tableaux dans les trumeans.
112 Éloc. 113 Tobie. 114 La samaritaine. 115 Jésus-Christ nourri par les anges
après la tentation.
116 Médaillon au plafond représentant i'assomption de la Ste-Vierge.
A peine ces tableaux étaient-ils achevés qu'ils furent en partie abimés
par l'inondation en 1795, qui ravagea pi^esque tout le faubourg du Grund.
Quelques-uns, dit Merjai, se trouvent dans la maison curiale à la ville haute
de Luxembourg.
IV. Église de St-Michel a Luxembourg.
117 Tableau sur toile de 0>n,65 sur On',53, représentant le baptême du Christ. Sur
le dos on lit : Fr. Abraham de l'abbaye d'Orval m'a fait l'an 179i 20 juillet,
sous le digne curé Hubert Girsch, dominicain à St-Ulric-au-Grand , à
Luxembourg, fait prieur le 2i juillet.
V. Église de Notre-Dame a Luxembourg.
1 18 Grand ta])leau rcprésciUMnt raduralinn des bergers.
— 274 —
VI. Ancienne maison Merjai, hue dv Nord, 11, a Li xi:mbo(irg.
Un lies plus beaux monuments conservés jusqu'à nos jours , qui
témoignent du talent de frère Abraham , sont les peintures murales dont
est décoré le salon de ladite maison. M. Arendt , architecte de l'État à
Luxembourg;, en donne la description dans le Journal de Lu.iembourfj,
sous la date du M février 1859.
Ces peintures faites à l'huile sur un fonds spécialement préparé et d'une
parfaite conservation représentent une succession de paysages de fantaisie,
pleins de charme et de vérité, qui prouvent que leur auteur n'a non seule-
ment examiné et étudié maintes belles contrées, mais qu'il était doué d'un
talent artistique distingué, sans lequel il n'aurait pu si (idélement et si
poétiquement imiter les beautés de la nature. Ces peintures repriisentenl
cinq groupes ou tableaux dont voici les détails :
ll'J i^r tableau. Dans le premier plan un lac paisible aux bords onibragi;s, dans
lequel vient se jeter un ruisseau pétillant ; dans le second plan à droite un
village ; dans le lointain nébuleux une montagne surmoiUée d'une ruine.
Snr le ruisseau est jeté un pont de pierres à roxtréniité duquel on voit un
tniupean de brebis chassé par un cavalier et fuyant devant un taureau qui
les poursuit ; au milieu du pont la bergère, (pii du regard inquiet appelle
le pâtre qui se repose sur le rivage.
120 2e tableau. Sur les rives d'un beau fleuve, un long village en partie caché
dans un massif d'arbres. Dans le premier plan un cavalier passant devant
une femme qui tire vers elle son fils effrayé et menacé par les aboicmenls
du chien du cavalier. Un autre chien poursuit un taureau fuyant devant lui.
Ciiniine coutrasie de celte scène animée nous apercevons à droite les
ruines d'un tenq)le dorique à côte duquel passent paisiblensenl deux hommes
chargés de sacs et accompagnés d'un petit garçon.
121 3« tableau. Sans contredit le plus beau de tons. A gauche un ruisseau,
qui lance iniiiétueusemeat ses ou.des écuniarUes le long de roches escarpées,
traverse un bois touffu et pi(;rreux poiu- se mêler aux llols d'un fleuve, (pii
de loin roule ses ondes cristallines le long d'îles solitaires et de riants
villages. Dans le lointain bleuâtre s'élèvent majestueusement deux
moutieiiles coniques. An milieu du premier plan un monument sépulcral en
pierres. .\ droite les ruines d'un temple coriiUhien, à côté diupiel passe un
geiUilbonnne à clieval' suivi d'un mendiant. Dans le frais voisinage de
la calaracle prérappelée sont assises deux femmes, à côté d'un troupeau de
liri'liis et sur im roc (jui s'iiicliiu' vers le Meuve, deux jeunes bergers dont
l'un joue du chalumeau, complètent le channaiU iiroupe
— 275 —
1122 4e tableau. Dans le premier plan à droite, au pied de rocs escarpés soiil
assises deux femmes dessinées de main de maître. A gauche un troupeau
gardé par un cliien à l'ombre d'un arbre garni de lierres. Dans le second
plan un tieuve sur lequel un vaisseau chargé et halé par deux bœufs. Dans
le lointain de belles ruines de châteaux.
123 5e tableau. Une contrée montagneuse et sauvage, des bergers et des troupeaux.
Il est probable que ces peintures datent de l'époque qui suit immédiate-
ment la ruine d'Orval , pendant laquelle les religieux de cette abbaye
s'étaient réfugiés à Luxembourg.
VII. Collection de M. Jonas, .\voc.\t-avoué , a Luxembourg.
124 La résurrection de St-Lazarre, 28 sur 18 pouces. A droite du spectateur,
St-Lazare soutenu par deux hommes se redresse au moment où le Christ
entouré de 5 personnages qui expriment leur étonnement, opère la résurrec-
tion du saint. La scène se passe dans une grotte percée au milieu et laissant
voir une ville dans le lointain. Au dos du tableau on lit : fait par le frère
Abrah. d'Orval, le 9 mars 1795 et présenté à moi Dom Romain Martin de
j'Abbaye de Munster à Luxembourg ce mars tempore belli mm gallis..
VIII. Maison Hencke (aujourd'hui Mad. veuve Ad. Landmann')
A Luxembourg.
M. Hencke, négociant à Luxembourg, avait de fréquentes et d'intimes
relations avec l'abbaye d'Orval. On voit encore aujourd'hui dans sa maison
les tableaux attribués à frère Abraham d'Orval, savoir * :
125-126 Les portraits de M. et de Mad. Hencke, faits peu de temps après leur
mariage qui eut lieu vers 1769. 0™,62 sur Oni,46.
127 Dans un des trumeaux de la grande salie au rez-de-chaussée de la dite
maison, un tableau sur toile représentant la grotte de Calypso (Télémaque
livre I). lm,05 sur 0i",95.
128 Dans un autre trumeau de la même salle, également sur toile. Mentor
précipitant Télémaque dans la mer et sur le point de s'y jeter lui-même pour
gagner un vaisseau qu'il voyait près de la côte. Un peu plus loin le vaisseau
de Télémaque incendié par les nymphes. l»i,12 sur 0»i,48 (d'après Télé-
maque, livre VII).
1 M. Aug. Dutreux , ancien receveur général à Luxembourg, assure que des sujets
analogues reiiréseiités d'après T»^léniaqne se trouvaient autrefois dans l'ancien refuge
d'Oival ta Luxembourg, aujourd'huila piopriété de M. .Insepli Pesradin;, viee-présidcut
à la Cour su|i. dr justice ;i liUxenjIiourg.
— 27(y —
Tous les tabloaux qui précôiient sont antérieurs à 1795. Comme il est
moins facile de fixer une époque pour ceux qui suivent, nous les énumé-
rei'ons par catégories d'après les localités où ils se trouvent en ce moment.
I. ALLEMAGNE.
A. Cologne.
M. Ramboux, conservateur du musée de peinture à Cologne a reçu en
1849àHabaye-la-Vieille:
129 Un petit portrait de frère Al)raham. Il est représenté en habits de moine;
d'une main il tient la palette, de Taiiire une madone avec fenfaut Jésus.
B. Dusseldorjf. — Acudeinie de peinture. ' ^
130 Dessin aux crayons noir et roui^e représentant Adam et Eve qui pleurent la
mort d'Abel. C'est Tébauche du tableau que frère Abraham composa en
177G au concours de l'Académie. *
II. BELGIQUE. — Luxembourg Belge.
I. Canton d'ârlon.
A. Arlon.
M. le doyen de St.-Donat à Arlon.
131 Un Christ d'un pied de haut. M. le curé Schrondweiler de Hcinstcrt
qui autrefois possédait ce tableau, dit que c'était l'œuvre de prédilection de
frère Abraham.
M. Tinant, membre de la députation à Arlon.
13*2 Le St. -Sépulcre.
133 Un portrait (le grand père de M. Tinant?)
B. Heinstcrt.
M. le curé Schrondweiler.
134 Le baptèuii" du Sauveur, 0">,X0 sur ()"i,r)5.
Ce tableau provient d'un ancien nnjine d'Orval, Dom Ptcnoit, dans le
temps vicaire à Weiler-lez-Arlon.
— :^77 —
II. Canton pe Bocilî.on.
A. Bouillon. Eglise.
lo5-li9 Les li Stations du clieiiiin de la croix.
M. Gilson, curé doyen, à Bnuillnn.
150 Le tubleau fait par frère .Abraham au concours de DusscldorlT en 1776,
représentant Adam et Eve pleurant la mort dWbel.
151 Une Vierge tenant l'enfant Jésus dont elle reçoit les embrassements.
152 Un Clirist on croix avec Ste-Madeleiiie à genoux à côté de la croix, 0"i,-40
sur 0'",32.
153-154 Deux tableaux de0'",55 sur 0'», 15 portant au bas, l'un : Rois, liv. III,
chap. XII, représentant l'Idolâtrie du veau d'or, pur Jéroboam; l'autre por-
tant au bas • Rois, liv. IV, chap. XXIII et représentant la destruction du
veau (l'or par Josias.
155 Un Christ en croix. 0"',G0 sur 0'",45.
III. C.vNïON d'Etalle.
A. ChantemeUe.
M. le cui'é Pi'otin.
150-159. 4 fois le portrait de M. Pierre-Charles Protin, son grand-oncle.
100 Un Christ.
101 La Notre-Dame de Luxembourg.
102 Saint Bernard.
103 Un Ecce liomo que M. Protin a laissé à Habaye-la-Vieille .
B. Étalle.
M. Henri, curé-doyen d'Etalle.
lOi Un beau Christ de 1">,25 sur 0''',05.
105 La Samaritaine. Oi",70 sur 0'",95.
100 Saint Louis, roi de France. lm,50 sur 0m,75.
107 Le sacrifice d'.\braliam. 0in,53 sur 0,'"90.
108 La fuite d'.Agar. 0™,53 sur G", 90.
169 Un Christ avec Sainte Madeleine. 1",05 sur 0"',75.
G. Halmtje-Ia-Vieille, lieu de naissance de frère Abraham.
a) Église.
170 Frère Abraham avait peint la voûte du chœur. On y voyait représentées les
— 278 —
trois personnes de la Sainte Trinité, environnées d'Anges. Mais en 1832
tout a été détruit ponr ai^randir l'étjlise.
171 Sur le volet d'un conléssionnal une Sainte Madeleine; admirable tableau que
jdusieurs peintres AUeniauds sont venus admirer.
172 Saint André.
173 Saint Pierre.
17i Peintures à la balustrade de l'orgue.
175 Plusieurs groupes de tètes d'anges.
176 Saint Charles-Boromée. Frère Abraliani avait donné ce tableau à M. Pierre-
Cliarles Protin, ancien curé de Habaye-la- Vieille.
177 L'épitapbe ornementée de Pierre-Charles Protin, faite par son ami le frère
Abraham
Le vénérable prêtre, natif de Bleid, prés de Virton, avait été curé à
Habaye-la-Vieille de 1752 à 1789. Il était ami intime de notre 'artiste.
Cette épitaphc gravée sur une plaque de pierre est adossée au mur dans
l'intérieur du chœur :
m-
CI GÎT CHARLES PROTIN
PÈRE ET PASTEUR DE CE VILLAGE
DONT LA BELLE ÉCOLE EST L'OUVRAGE
ET TOUT CE QUI S'Y FAIT DE BIEN ;
MODÈLE ACHEVÉ DE BONS PRÊTRES ,
IMITANT LE MAÎTRE DES MAÎTRES;
SE FAISANT TOUJOURS TOUT A TOUS
JAMAIS IL NE FIT DE JALOUX.
SON ZÈLE ACTIF, INFATIGABLE,
PRUDENT, PATIENT, CHARITABLE,
ICI s'exerça quarante ans
des vieux, des jeunes, des enfants
il fut le père inimitable;
savant, profond théologien
l'efficace de sa parole
POUR l'homme méchant fut un frein,
et POUR LE VERTUEUX CHRÉTIEN
SON EXEMPLE FUT UNE ÉCOLE
CONTENT, parfait EN SON ÉTAT,
ET DIGNE DE L'ÉPISCOPAT,
sur les heures d'une JOURNÉE
IL MIT LES VERTUS D'UNE ANNÉE.
SA CENDRE ICI REPOSE EN PAIX
Sril NOS CŒURS ET NOS REGRETS.
— 279 —
h) Chapelle de Hahaye-la-Vieilk sur la route de RuUe.
178 Tableau sur bois représentant Sainte Ûdille.
c) Mad. veuve Bonaventure Gilson, née Seyler d'Auhanrje.
179-182 Les quatre saisons.
183-186 Les quatre éléments.
187-188 Les portraits du père et de la mère de M. Bonaventure Gilson.
189 Le martyre de Saint André.
d) M. Jacminetde Habaye-la-VieUle.
190 Le jugement de Salomon.
D. Hachjj. — Eglhe.
191 Au maître-autel, un grand tableau représentant l'Assomplion de la Saiiile
Vierge.
E. Rossùjnol. — Eglise.
192 Un grand Christ.
F. Tintiyny.
M. le chanoine Henri.
193 Une Vierge.
194 La Samaritaine.
195 Le sacrifice d'Abraham.
IV. Canton de Florenville.
A. Église de Chassepier^-e.
196 Le tableau placé au fond du maître-autel , attribué au pinceau de frère
Abraham, représente l'Assomption de la Ste- Vierge, qui assise sur un
nuage et environnée d'anges, s'élève vers le ciel. Au bas de la toile, les
apôtres , qui , d'après la tradition , se trouvaient miraculeusement réunis
autour du lit de mort de la Vierge, expriment par leur attitude, leur foi et
leur étonnement.
B. Eglise de Florenville.
197 A la voûte du choeur, le ciel s'ouvre pour recevoir la Ste-Viergo.
198 Tableau représentant l'Assomption d(! la Ski-Vierge.
199 St-Pierre et St-Paul.
— 280 —
200 Sur buis , l'Adontion des mages.
201 lUiptème du Sauveur par St-Jeaii-Baptiste.
202 Sl-Joseph.
203-216 Quatorze tableaux, représentant le Cbemin de la Croix.
C'est à Floronville que frère Abniluim termina sa laborieuse carrière
en 1800. Les tableaux qui précèdent appartiennent probablement à ses
dernières productions.
C. La eut ni ne.
M. le curé Winant.
217-220 Les quatre Ëvani;élistes.
D. Eglise de Mnno.
221 Un Sl-Ignace.
E. a. Villers devant Orval. — Eglise.
Villers devant Orval a été la première résidence de frère Abraham
après la suppression de l'ordre. C'est pendant cet exil qu'il fit les
tableaux qui suivent et dont les détails nous ont été communiquées par
MM. Fancheur et Otlmann.
222 Marie consacrée au service du temple, 0^,70 de haut, sur lm,00 de larg.
Ce tableau, dit M. Ottmann , pèche dans le coloris et îa perspective. C'est
peut-être un travail d'élève, fait sous la direction de frère Abraham.
223 L'Adoration des Bergers, 0"',70 sur 1»',00. La Vierge et l'Enfant Jésus sont
rendus avec un rare lionheur ; Joseph et les quatre bergers se groupent
harmonieusement. C'est un original fort reniar(|uable. (M. Oltmann).
22i La puriiication de la Ste-\ïorgc, 0ni,70 sur l'",00. St-Siméon est admirable
d'expression et de sentiments. La pose de la Vierge laisse à désirer. Cette
toile contient neuf ligures. (M. Oltmann).
225 Le lavement des pieds, On',70 à 0'n,80. Délicieuse petite toile qui représente
le colloque de Jésus avec St-Pierre. Tout est harmonieux, tout esl aclievé
dans cette O'uvre , qui donne une haute idée du talent de frère Al)raliam.
C'est évidemment le meilleur morceau de la galerie. (M. Ottuiaun).
220 La Flagellation, 0"',S0 de haut.
227 Le Coiinimii'iuent d'é[iiiies, mèiiics dimensions. Deux soldats casqués et armés,
pos(;iil la couronne sur la tèle du Chris! , dont le corps, depuis la ceinture
jusipi'aux pieds, est caché sous une draperie rouge; un autre lui présente
le rosiîau.
— 281 —
228 l,;i iiioii de la Stfi-Vierge , Oi",70 sur I"',00. St-Joan est posliMMif' à terre,
aliîiné dans sa douleur. Les autres apôtres, au nombre de huit, interroi^iMit
avec anxiété les traits décoHi[)osés de la Vierge, qui vient de rendre le dernier
soupir.
229 Sle-Madeleine pénitente dans la solitude, Oi",70 de haut. La vSainte est
représentée assise, une tête de mort sur les genoux.
230 Sl-,lean-Baptiste dans le désert, 0'",70 de haut. Le Saint assis sur nn
rocher, au bord du Jourdain, tenant une coquille dans la main. Ici frère
Alirahani a excellé dans le coloris et surtout dans la carnation ; les drapeiies
ne sont pas assez accentuées. (M. Ottmann).
231 La descente de croix, qui orne le rnaître-autel , passe pour être de frère
Abraham , mais ce sujet a été restauré par une main inhabile et se trouve
complètement dénaturé.
232-236 A la chaire de vérité, le Bon Pasteur et les quatre Évangélistes.
b. M. Fancheur, receveur des douanes, etc., à Villers devant Orval.
237 Un Christ.
c. Maison autrefois habitée par M"*^ François , rentière à Villers
devant Orval.
238 Le Seigneur entouré d'un groupe d'cnfaïUs, lorsqu'il dit : « Liixsez venir les
petits enfants ù moi. »
V. Canton de Mess.\ncy.
A. Meix-h-Tiye. — E(jUsp..
239 (irand tableau représentant le Sauveur chassant les marchands du temple.
Toutes les figures sont de grandeur naturelle.
2i0 L'enfer avec ses horreurs. 2in,20 sur l'»,25.
2il Le Paradis avec ses élus. Mên]es dimensions.
242 La mort du pécheur et son désespoir. Mêmes dimensions.
243 St.-Catherine et la roue de torture. 2'",U0 sur l'».00.
244 Au-dessus du maître-autel une peinture murale représentant l'Assomption de
la St. -Vierge.
245-248 Sur les quatre faces de la chaire à prêcher, sur bois, les quatre Evan-
gélistes. 0"',30 de haut.
249-250 Sur les portes de la sacristie, sur bois, le Couronnement d'épines de Notre
Sauveur et vis-à-vis la Ste. -Vierge des sept douleurs.
D'après les renseignements que nous a donnes M. Ramboux de Cologne
— .'i82 —
la plupart de ces talileaiix I'iiimmiI faits par fivro Abraham penflaiit sdii
séjour à Floreiivillo.
251 La voùie de la même ('"lise |iriiile par IVrre Aliraham avec la dalc ol les
noms di's iiorsoniios f|in ravaiciit charge de ce travail.
VI. Canton de Neufchatkau.
A. Efilisc d'Afiscnoix.
SBS-'âOd. Les (piatorzc slaliens du chemin de la croix.
VII. Canton de Virton.
A. Géroiivillc. *
257-260 M. Collignon, propriétaire à Géroiiville, possède 4 tableaux représentant
les 4 saisons. Le père de M. Collignon en est devenu acquéreur en4819, à
la mort d'un curé de Gérouville, M. Jeanjean, et ce prêtre, qui vivait jadis
dans l'intimité des moines d'Orval a, dit-on, obtenu ces tableaux de la main
même de frère Abraham. Cette provenance et la manière de peindre per-
mettent de croire, dit M. Ottmann, que ces tableaux sont l'œuvre de frère
Abraliam. En voici la description détaillée.
Le printemps. Le paysage figure un jardin monumental, dans le goût de la
renaissance. Au premier plan et à droite une élégante fontaine surmontée d'une
statue de Flore , à gauche et plus en arrière une habitation rustique. A l'ombre
d'un luxuriant massif de feuillage une dame en costume négligé du siècle dernier
et coiffée d'un petit chapeau d'amazone, s'appuie nonchalamment sur une
balustrade qui supporte des vases, dans lesquels s'étendent des plantes cxoti(|ues.
Deux robustes et fraîches campagnardes lui présentent l'une un bou(|uet de
fleurs, l'autre quelques tulipes. Un persomiage debout derrière une dame abrite
celle-ci sous une ombrelle.
L'été. A droite, sons un massif d'arbres, coule un ruisseau (jui forme cascade
et fuit dans le lointain. Un pécheur jette sa ligne. La gauche représente plusieurs
moissonneurs au travail et au rejios. Plus loin se dessine un village.
L'automne. Un villageois cueille, à l'aide d'une échelle, des raisins suspendus
aux branches d'un orme. Deux b'inmes présentent des corbeilles. Près de là un
«enlilhomme détache une grappe qui se trouve à sa portée. Sur le devant deux
enfants vidant la récolte dans une cuvi'. L'horizon est libre à gauche, vis-à-vis
lii,'ure une cbaDmièrc,
L'hiver. Criic i'iini{iiisili(iii |i;iiMil rniiinniléi' à rérolc llamande. Plusieurs
— 283 —
personnes, hommes et femmes, en costume du peiiiile, |i,itinenl sur la Enlace; un
groupe se cliautle près du feu.
La perspective froide et brumeuse, le ton du ciel, les arbres fouettés de neige,
les habitations lointaines aux toits blanchis, tout est en rapport avec le sujet.
B. Harnoncniirl.
Mademoiselle Marie Gaving-. (M. Neyen.)
261 LWssomption de la Ste-Vierge, 0"i,70 sur Oi",iO.
C. La claireau.
M. le comte de Briey.
262 Un Christ de petites dimensions.
D. Limes, section de Gérourille.
Ég-lise. Cette église date de 1709. Elle a été bâtie, dit-un, aux frais de
l'abbaye d'Orval, qui pourvoyait à la cure.
263 An maître-autel un tableau de lni,50dehaut représentant l'Assomption de la
Ste-Viei'ge.
264-267 Les 4 Évangelistes peints sur bois aux quatre faces de la chaire à
prêcher. Les tètes sont assurément de main de maître, dit M. Ottmann de
Fagny, et leur type caractérislique me les fait envisager comme des portraits
historiques empruntés aux notabilités de l'abbaye d'Orval. Ces sujets ligurent
sur des panneaux d'environ 0'n,50 de haut.
268-281 Les stations du chemin de la croix peintes sur toile par frère Abraliam
servaient d'avenue à la même église avant la tourmente révolutionnaire
de 1793.
E. Ruhelmont.
M. Bouillon, cui^é de Robelmont.
282 Jésus-Christ en croix avec Ste-Madeleine pleurant à ses pieds, Om,70
sur Om,40.
283 St-Jean-Baptiste puisant de l'eau au Jourdain pour baptiser l'agneau de
Dieu, 0"i,45 sur Oiii,30.
F. S t- Léger.
Mademoiselle Bongovaux, de St-Léger, dit M. le docteur Neyen, possède
5 tableaux faits par fn're Abraham.
284 Une Assomption.
25 \V1 jl
— 284 —
285 La Desceiilc de la croix.
286 Une Ste-Vicriic.
287 La Résurrection.
288 Le Crucifinient de Jésus-Christ. Ces tableaux de dimensions égales ont
4. Vî pieds de haut sur 2 de large.
G. Virton.
M. le doyen de Virton.
289 St-Jean-Baptiste, 0m,.48 sur 0^,38.
M. Henri Gilson, contrôleur des douanes etc., à Virton.
290 Le portrait de frère Abraham, peint par lui-même. Ce portrait passe pour
un des chefs-d'œuvre de cet artiste.
m. FRANCE.
A. Carignan. — Preshijière. *
291 Une Ste-Madeleine aux pieds de Jésus-Christ en croix. 0"i,95 sur 0m,50.
292 Rencontre de Jacob et de Rachel auprès du puits où celle-ci venait abreuver
sa brebis.
M. Hulot, curé-doyen de Carignan, a aciieté ces tableaux à Puilly, près
d'Orval en 1830.
Eglise de Carignan.
293 St. -Anne donnant une leçon à la St. -Vierge, en médaillon.
B. Charleville. — Eglise.
29i Le baptême de Clovis,
G. Lexy, près de Longwy. — Eglise.
Six grands tableaux ayant chacun, 2™, 42 sur 1™,80.
295 Le bon pasteur.
39(3 Ste. -Hélène, mère du grand Constantin.
297 St. -François Xavier, apôtre des Indes prêchant au milieu d'un groupe de
Japonais.
298 Le baptême de St. -Jean.
299 La Samaritaine.
300 St. -Charles lioroinéc.
— 285 —
Cinq tableaux plus petits formant un carré Ions terminé à la partie
supérieure par un demi-cercle, savoir :
301 Jésus au jardin des olives.
302 Ste. -Véronique présentant son voile à Notre Seigneur.
303 Le couronnement d'épines.
30 i La l'iagellation.
305 Le Crucitienient.
D. Longyon. — Eçjlhe.
306 Un grand tableau représentant le martyre de Ste. -Agathe.
Merjai, qui a admiré ce tableau en 1808 rapporte qu'il a été fait par
frère Abraham pendant son séjour à Florenville.
E. Metz.
M. de Bourcet, propriétaire à Metz *.
307-310. Les quatre évangélistes. lm,20 sur 0"",80
311 La Résurrection de notre Sauveur. 0'", 60 sur 0"\3r).
312 L'Ascension de Jésus-Christ. 0"60 sur 0'",35.
313 Un Christ en croix. 0™,80 sur 0™,65.
314 Sainte Cécile. 0'",iO sur 0"\25
315 Saint Benoît. 0™,40 sur 0™,25.
F. Montmédy. — Eglise.
316 Saint Bernard.
317 Saint François dWssise.
318 Saint Bruno.
319 Saint Etienne.
Ces tableaux plus ou moins médiocres, dit M. Jeantin, ont été faits par
frère Abraham durant son séjour à Montmédy; ils sont dûs à la libéralité
de la famille Bourcet qui avait donné l'hospitalité à l'artiste.
M. Jeantin, président du tribunal, à Montmédy.
320 Un Christ en croix, Ste. -Madeleine au pied de la croix.
G. Sedan. — Eglise.
321 Tableau au maître-autel représentant St.-Cliarles Boromée, patron de la
paroisse. 4™, 20 sur 2™, 40.
' Fils de M. de Bourcet de Montmédy qui donna peiidau! qiiel(|iii' temps riiosiiilalité
à frère Al)raliam.
— 286 —
Le saint est au l"" plan; il csl vèlii rlii mclict , de la moxalle et de rétnlle.
D'une main il soulienl le rilHiire. de Tautre il présente la sainte Inislie qu'une
femme agenouillée se dispose à recevoir. Cette femme fait partie d'im ijjronpe de
5 ou 8 personnes, hommes, femmes el enfants représentant les pestiférés. Autour
du sainl un voit 3 ou i jeunes clercs portant la croix et les flambeaux. Le fond
du lahleau représente une salle d'hôpital. Plusieurs malades sont couchés dans
des lits que séparent des rideaux. Au-dessus des lits on remarque la station du
chemin de la croix. Dans le haut 5 anges portés par des nuages adorent au-dessous
d'eux la très-sainte Trinité.
Il est proliahle, dit M. Tourneur, curé-doyen à Sedan, que la date du
tableau remonte au rétalilissement du culte en France.
FI. Stenay — E(jlise.
322 Le Sacrifice de Jephté. •
323 La Manne du désert.
32i L'Eau du rocher.
325 La multiplication des pains. *
326 La Résurrection d'une fille.
327 Une deuxième multiplication des pains.
Ces tableaux furent recueillis dans les environs d'Orval par M. Lombal,
curé-doyen de Stenay.
I. Torcy-Sédan. — Presbytère.
328 La conversion de St.-Paul. 0'",80 sur (X)^.
L'idée de l'artiste est forte et énergique, dit M. Regnon, cnré-doyen de Notre-
Dame à Sedan. L'apôtre est repésenté terrassé ; Jésus-Christ lui apparaît dans
un nuage lumineux. A celte vue lechevals'abat et précipite l'apôtre à terre, tandis
que les chevaux de ses compagnons se cabrent et n'obéissent plus au frein.
J. Val-Sainte-Marie, diocèse de Besançon.
Un trappiste du Yal-Sainte-Marie, eiTiporta, dans un voyage qu'il fit
dans les environs d'Orval:
329 Un Saint Bernard, (|ue lui offrit !\1. Alexandre, notaire à Florenvilie.
IV. GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG.
A. Esch-sur-l'Ahelfc. — EijUse.
330 La Descente de la croix. Oi",7r) sur 0"',5I.
— 287 —
Ce tal)Ieaii a été domié à l'église par Me"o Jeannette Haas et apparte-
nait autrefois avec plusieurs autres tableaux à M. Nagel, greffier des
droits et domaines de sa majesté, olficial des États de la province de
Luxembourg. M. Nagel les avait lui-inème reçus soit de son frère, un des
principaux personnages de l'abbaye d'Orval, soit de frère Abrabara lui-
même.
B. Luxembourg.
Madame veuve Darraye.
331 Le Christ sur la croix entre deux larrons. 0">,70 sur 0">,50 au bas on lit :
F. .4liraham pinxit 1783.
332 Sle-Catiierine auprès de la roue de torture; mêmes dimensions, même
inscription .
333 St-Nicolas donnant la bénédiction à trois petits enfants; mêmes dimensions.
Ces tableaux provenant de la succession de la même demoiselle Jeannette
Haas.
M. Alesch, chef de division au gouv. grand-ducal à Luxembourg.
334 Le portrait à l'huile de M. Nagel, susdit.
335 Le portrait de l'épouse de M. Nagel.
M. Fresez, professeur de dessin et de peinture, à Luxembourg.
336 Une sainte famille. l^.SS sur l-^.OO.
La Vierge tenant l'enfant Jésus sur les genoux, St-Joseph debout à côté, la
contemplant.
La composition de ce tableau, dit M. Fresez, est gracieuse, la peinture
a beaucoup de relief et une couleur moins rosée que la plupart des
tableaux de cet artiste.
M. Schaan, employé supérieur des contributions, à Luxembourg.
337 La captivité de Sanison. Samson couché devant sa femme, la tête sur ses
genoux et dornianl pendant que la femme lui coupe les cheveux. Dans le
fond deux hommes, qui attendent le moment favorable pour se saisir de sa
personne.
Ce tableau provient aussi de la succession Haas.
Musée de la société archéologique de Luxembourg.
338 Le portrait de Cypricn Merjai, ddiiiié par M. ledocteur Neùinann de Luxeni-
— 388 —
Imiiui;. m. Neuiiiaiiii l'avait acquis avec la maison Mcrjai, rue du Nord,
à Luxembourg, dans laquelle les peintures murales décrites ci-dessus.
o39-3li Six petits tableaux sur bois, représentant le portrait d'un enfant trouvé
élevé à l'abbaye d'Orval, et qui a atteint nu âge élevé. Cet enfant trouvé
est représenté dans des poses différentes et les tableaux paraissent avoir été
une suite d'études de l'artiste.
D'après la tradition, dit M. Faucheur de Villers devant Orval, un
enfant aurait été trouvé dans le bois d'Orval, et élevé dans l'abbaye sous le
nom de Bras-de-Fer.
3 15 Un ange gardien donné par M. le curé Maeysz.
316 Un St-Aiitoine, dont la tète seule est l'œuvre de frère Abrabam, le reste du
corps celle de Maisonnet; donné par le même.
M. Jacoby, surveillant principal des chemins de fer.
317 Sl-Ignace. 0'",60 sur 0'",35. L'encadrement du tableau fait* par frère
Jérôme d'Orval.
C. Notnmern. •
M. le curé Haas.
348 Le portrait de l'avant dernier abbé de Munster.
349 Le portrait de la sœur de M. le greffier Nagel, laquelle a été religieuse
à Bonne voie.
D. Wiltz.
M. Thilges, propriétaire.
350 St-George, combattant un dragon. 2 7* sur 2 pieds.
M. le docteur Aug-. Neyen.
351 Le même sujet en de plus petites proportions.
NOTICE
^ SUR
LES NÉGOCIATIONS
QUI ONT EU LIEU ENTRE LES
ÉTATS-GÉ.1R.M ET LE DCC D'ANJOU,
après la tentative de ce prince pour surprendre Anvers
(1583-1584);
PAR
M. I. L. A. DIEGERICK,
Membre effectif île l'Académie, professeur à l'Athénée royal d'Anvers, etc.
(Suite et fin, voir Tome Xllb, page 5 et Tome XVh , pucje il .}
m.
Comme nous l'avons dit dans l'article précédent, l'irrésolution du duc
d'Anjou était à son comble. Sa santé se détériorait visiblement; dans la
nuit du 7 au 8 mars son mal le reprit avec plus de violence et on
l'attribuait surtout au climat de la ville de Termonde. ^
Le 8, les députés transmirent aux États-Généraux de nouvelles pro-
positions du duc par lesquelles il offrait de faire évacuer Vilvorde , pourvu
qu'on lui accordât la ville de Dunkerque. Il promit aussi de donner l'ordre
écrit de faire partir les compagnies françaises qui se trouvaient à Bergues-
Saint-Winoc , etc.
' « . . . . Desen nuchten is by ons gheweest de Secretaris Quinse ons te kennen
gevende dat zyne Hooch. den voorledeii nacht hem zeer qualyck glievonden heeft ende
wederomme zeer van karaerganc gheqiielt es, hebbende een aprehentie ghenomen dat hy
binnen deser steide niet wel tôt zyn gezontheit wederomme zal gheraken cm de qiiade
ledit ende infectie van diere. » — Extrait d'une lettre d'Adolphe de Meetkercke aux
États-Généraux, du 8 mars 1583. — Aux archives d'Ypres.
— :200 —
Toifi fin rpst(> ro> nouvelle^ pro|iusiliuiis ditlres fie Termniido du 7 mais.
« Après plusieurs ouvertures et propositions tendans à ung bon accord
et réconciliation mises en avant par messieurs des Etatz Généraulx des
Pays-Bas et leurs députez, et que monseigneur de sa part recherchant tous
moyens dç leur donner contentement n*a sceu pour aulcuns bons respcrtz
accepter lesd''' articles et conditions, désirant néaiitmoins faire coo;noistre
qu'il n'a rien plus à cœur que de voir IVlTect de lad''' reconciliation,
a olTci t de prendre sa demeure poui" ([uelque temps en la ville de Duyn-
quercque, et pour cest effect luy seront rendus les passaiges libres en la
forme quy en suyt.
» Monscii^rneur fera retirer les tiarnisons IVanclioises hors de la ville de
Vilvoorde, ayant la pi'omessede messieurs des Estatz d'accomplir les choses
cy accoi'dées et demeureront avecq son Altze trois de messieurs les
déjjutez.
» Les Aniilois, Escossois et aultres gens de guerre estans sur la jivière
du Waes et du sas d'Escloo et aultres quy sont sur le chemin dud' Duyn-
kercke se retireront et laisseront tous les passages desd'*'* rivières entiere-
nieiil libres et mesmement lesd'''* Anglois, Escossois et compagnies de
gens (le cheval estans sur lad'"" l'iviere de Waes ))asseront la rivière de
l'Escau, et pareillement les naviies de guerre mis de nouveau se retireront.
» L'armée de son Alteze, au mesme instant passera la rivière dud'Escau
et ira loger à Inghene et aultres villaiges circomvoisins, où elle sera
accommodée de vivres selon la quantité des hommes, et de la somme de
trente mil escus d'or pour estre employé au secours d'Indhoven ou tel
endroit pour le bien du pays qu'il sera advisé pour le mieux.
" Ce que dessus effectué seront baillez hostages à mond' Seigneur pour
la lilicilé et délivrance de tous les prisonniers, papiers et meubles, assca-
voir Messire Philippe de Schoonhove Si'deWanroy, Bourgmaistre d'Anvers,
lehan de Stralen, S'' de Merchem, Amman d'Anvers, Rogier de Liefdaele
S'" de Nienwen Vielwycke premier échevin d'Anvers, Noël de Caron S"" de
S( Inincvcllc, Bourgmaistre du l'"ranc(i, Adolf île Meetkercke, président de
Flanilies, Henry de Bloyere, Boiirgmaistre de Bruxelles, Maisti'e Guillaume
Everaerts, conseiller pensionnaire d'Anvers, et en mesme instant (|ue lesd'*"
— :2dï —
hostag-es seront délivrés en ses mains niond' Seigr lera pareillement retirer
de la ville de Termonde les garnisons franchoises pour laisser la garde
d'icelle aux natui'elz du pays.
» Son Alteze prendra de son armée tel nombre de gens de guerre tant
de cheval que de pied qu'il sera nécessaire pour la sceureté et conduite de
sa personne, jusques aud' Duyukercque ; et sy aulcuns de mes S-^^ de Gand
et de Bruges veuillent venir vers son Alteze alors qu'il approchera de leurs
villes, ilz seront gratieusement receuz et renvoyez quand bon leur semblera
en toute sceureté.
» Mond' Seigneur mènera avecq luy lesd'-^ hostages jusques au logis qu'il
erale plus proche de lVieuport,oùlui seront envoyez ses papiers et meubles
etceulx de ses serviteurs ; et a l'instant que lesd'^ prisonniers meubles et
papiers luy seront délivrez mond' seigneur fera retirer les garnisons fran-
choises dudi Dixmude pour estre la garde de lad' ville délaissée aux
naturels du pays, et quant seront relaschez les hostages; et ira mond'
Seig"- en la ville de Duynquercque pour traicter et résouldre de toutes
choses concernant le bien grandeur et conservation de ces pays, où se
trouveront les députez de Messieurs les Estats jours après son
arrivée pour cest effect.
» Les Estats lors de la conclusion dud* traicté et de ce qui sera résolu
audi Duynquercque bailleront déclaration de bien et deiiement entretenir
garder et obsever led' traicté en tous ses points et articles sans aller ny
venir au contraire, et seront faits les serments en cas semblable aux villes
et lieux où ils n'ont encore esté faictz, dont il sera porté acte autenticque et
valable es mains de son Alteze suivant led' traicté. Seront de bonne foy
oubliées de part et d'aultre les choses passées depuis l'esmotion et trouble
advenu le xvij janvier jusques à la conclusion du présent traicté avecq
deffenses à toutes personnes de quelque estât et qualitez qu'ils soient de
mell'aire et ne mesdire ou entrer en resproches à l'occasion de ce que
dessus, ains se comportent modestement et gratieusement les ungs avecq
les aultres ainsy qu'il appartient entre bons fi'ères bourgeois et amys.
» Son Alteze promet de furnir lettres bien expresses advertissant aux
compaignies franchoises estaus dans Berghes St-Winox par lesquelles il
— :)92 —
leur sera mandé de sorlii' hors de lad'^ ville pour venir en son armée et
laisser la garde d'iceile aux naturels du pays.
Fait à Terniondc le vij'' de mars 1583.
Cette nouvelle (•onil)inaison nécessita d'autres instructions : la nu'Uie
députatiou, à rt'xccplion du Chancelier Léoninus, qui l'ut remplacé par
leS'irOyen, retourna donc prés du duc avec une instruction nouvelle,
d'api'és hujuelle les Etat-Généraux accordaient la ville de Dunkerque, au
Duc d'Alençon, mais sous certaines conditions. Cette nouvelle instruction
est datée du 11 ilu même mois de mars. La voici :
« Instruction pour vous, Messire Adolf de Meetkercke, conseiller
d'estat et président de Flandres , les sieurs Jehan van Ghendt ,
S'' d'Oyen, aussy conseiller d'estat, Henry deBloyere, bourgheaiaistre
de la ville de Bruxelles, et maistre Guillaume Everaerts, conseiller
et pensionnaire de la ville d'Anvers , de ce que de la part des
Estatz-Généraulx des provinces unies des Pays-Bas aurez à fraicter
par ensemble, ou la pluspart de vous avecq Son Alteze.
» Les Estatz-Généraulx des provinces unies des Pays-Bas, ayans veu
le dernier escrispt de Son Alteze ensemble oy le rapport de leurs députez
et la proposition faicte de la part de Son Alt"' par le S"" Despruneaulx,
eussent bien espéré que Son Alt^' eust accepté les derniers offres et
conditions faictes et proposées par leurs députez , en (lonformité de leur
instruction du V*^ de ce mois de mars, au regard de la résidence de Son
All^'' en la ville de Bruxelles, avec garnison de Suysses comme Son Alt''^
avait requis et accordé par son escript exhibé aux ditz estais, par le seigneur
Comte de Laval, le Vil'' de febvrier dernier, sans foire quehfue mention
de garnison d'aultre nation.
» Et comme lad'« ville de Bruxelles est ville belle, plaisante et plus
commode (ju'aultre tant pour Son Alt'* et ceux de sa court que pour
l'assemblée des Estatz, ils supplient qu'il plaise à Son Alteze pour couper
broche à toutes ultérieures longueurs, et parvenir aux inconvéniens qui
aultrement pourront survenir en suivant sa réquisition et accord précédent
laid tant par les ditz ai'ticles envoyez aux Estatz, iiiu' lettres du V'^ de
— 293 —
lebvrier dernier escriptes au grand-bailly, eschevins et consaulx de la
ville de Gand , présentations des Estatz, consentement et grande instance
de ceulx de la ville de Bruxelles, prendre sa résidence en lad'« ville de
Bruxelles avecq garnison de Suysses en conformité de la susd''' instruction
de leurs députez.
') En la forme et manière et soubz les conditions et promesses portées
paricelles, et raesmes sonbs la promesse desd^' Éstats de n'attempter rien
ou laisser attempter contre S. Alt^^ ou les siens toutes et quantes fois qu il
plairaà S.Alt^" se retirer de lad'* ville, celle part que luy plaira; mais qu'au
contraire ils donneront libre passage à icelle avecq nombre compétent de
gens de sa garde et suyte, sans en faire ou laisser faire aulcun obstacles ou
zempeschement.
» Et si Son Al'^ nonobstant les commoditez de lad'^ ville de Bruxelles
tant en son respect qu'en celluy des Estats , tant en général qu'en particu-
culier, sans aussi considérer les incommoditez et inconvénients qui pour-
rontsurvenir au regard deDunckerque trop éloisgnée, ferait encore difficulté
pour se retirer aud' Bruxelles, lesd'« Estats prient qu'il plaise à
son Alt2<î au lieu dud* Bruxelles prendre sa résidence en la ville de Malines
pareillement ville belle commode forte et propre pour son Alt^^ sa court
et assemblée des Estats; mesme au regard des provinces plus esloignées, et
ou ne se représentent les difficultés alleguez'au regard de la ville de Bruxel-
les, et ce tant plus que les Estats ont entendu par le rapport de leurs
députez que son Alt^'^ de soy-mesme aurait proposé de sa demeure en lad^
ville de Malines, laquelle les Estats accordent avecq garnison de Suysses
en compétant et souffisant nombre pour la sécurité et garde de la ville ; et
aura son Alt^^ pour l'exercice de la religion Romaine l'église de St Pierre
oultre la chapelle en la maison où que son Alt" tiendra sa court.
» Et en cas que non obstant les raisons susd'^s il ne pleut à son Alt" se
contenter de la résidence de lad^ ville de Bruxelles ou Malines , et insiste-
rait sur la ville de Dunkercque sans prendre regard aux incommoditez
au respect dud^ Dunkercque, lesd^ Estats n'ayans rien plus à cœur que de
s'accommoder à son Alteze et procéder en toute sincérité et rondeur, dé-
clarent qu'ils ne font difficulté que son Alteze se transporte aud' Dun-
— r><)4 —
ki'i'cijiio pDiir illecq tenir si (lenieui't^ peinlaiit (|ii('li|iic' temps en délaissant
à Icelle le ehuix de l'une desd^ trois villes pour l'ésidence.
M Son Alteze promeetra tant pour luy que ceulx de sa court et suyte de
rien attenter contre l'estat du pays, les Estats generaulx, ny leurs députez
tant en général qu'en particulier. Et oultre ce promectront et jureront
seniljlablement et particulièrement ceux de la garde et de la garnison de la
place de sa résidence, soit h Bruxelles, Malines ou Dunkercqiie, n'attenter
rien, ou laisser attenter, contre Testât du pays, les Estats généraux, ny
leurs députez tant en général ([u'en paiticulier , ny mesmes contre les
manans et inhabitans d'icelles.
)• Son Alteze fera, auparavant toutes choses, retirer les garnisons fran-
rhoises hors de la ville de Vilvoorde et sera pourveue de garniso» des
naturels du pays agréables aux Estats de Bi'abant et demeureront trois
des députez des Estats prés son Alt"" p!;ur mieux acheminer les affaires ;
comme aussy ils prient à Son Alt^* (ju'il lui plaise durant ceste commu-
nication envoler près les Estats ung ou deux personnaiges pour tant mieux
entretenir toute bonne correspondance.
» Les Anglois, Escossois et aultres gens de guerre mentionnez au iij*'
article de l'escript de Son Alt^" marcheront jusques à Rupelmonde incon-
tinent après la rendition de la ville de Vilvoorde, et que l'armée de son
Alt" sera passée la ville de Dendremonde par de ra tirant vers le village
de Lebbeke et l'armée de sou Alt" marchera au mesme instant jusques à
Opiiorp, Lippeloo, Maldere et aultres villaiges là alleutour, où que lad"
armée de Son Alt" sera accommoilce de vivres. El de la marchera lad"
arnu'C le lendemain jusques à Willebrouck, pour incontinent avecq des
batteaulx et ponthons passer la rivière à Hellegate, Niel, Schelle où que
lad" armée sera semblablenuMit accomodée de vivres ; et lesd-^ Anglois et
Escossois passeront au mesme instant dud' Uupplemonfh! la rivière de
l'Escaut.
» Et incontinent après (|uc lad'' ville de Denremonde sera rendue aux
Estats et pourveue des naturels de ces pays agréables à la province de
Flandres, seront liniiis à l'armée de Son Alt" licnle mille llorins; et aliu
— 295 —
que Son Alt"* n'ay point occasion de penser que lesd^ xxx"i florins ne
seroient fnrniz , l'on donnera toute satisfaction aux hostaiges desd** Estatz
pour asseurer son Alt" que les trente mille florins sei'ont prestz et comptez.
» Et prient les Estatz Son Alt" de laisser jusques à la sortie de la ville
de Dendremonde, en icelle tant seulement le nombre des chevaux et gens
de pied qu'elle a déclairé aux députez des Etatz désirer pour s'acheminer
à Duynkercqiie, en cas qu'elle ne prendra sa résidence en la ville de
Bruxelles ou de Malines.
» Et pour plus grande secureté de l'un et de l'aultre, promectront lesd'*
chiefz, colonnelz, capitaines et conducteurs de gens de guerre tant de
cheval que de pied, "d'une part et d'aultre, de rien faire ou attempter
contre le service de Son Alt" ny des Estatz-Généraux, ny en général ny
en particulier, ny aussy l'un contre l'aultre, maisqu'ilz l'eniployeront pour
le service de Son Alteze et des Estatz, contre le commun ennemy signam-
ment contre les Espoignols, malcontents de leurs adhérens.
» Les hostaiges mentionnez au V<^ article dud' escript de Son Alteze
seront envolez à Dendermonde, bien entendu que si aucun des dénom-
mez ne peussent pour aucunes raisons, soit par maladie ou aultrement se
transporter, que les Estatz en leur lieu envoiront d'autres de semblable
qualité.
» Les prisonniers seront incontinent en toute sécurité livrez et envoiez
en la ville de Dendremonde après le sortie de Sun Alt" et que icelle sera
pourveue de garnison de naturelz du pays agréables à la province de
Flandres, pourveu qu'ilz ayant auparavant payé et donné contentement
pour leurs dépenses, debtes contractées en la ville où ilz sont prisonniers,
et gratuitez illecq promises.
» Et pour faciliter la délivrance et restitution desd^ hostaiges et prison-
niers respectivement, semble aux Estatz plus expédient que incontinent
après la sortie de la garnison franchoise et entrée des naturelz en la ville
de Dendremonde, lesd'^ hostaiges seront renvoiez, et lesd** prisonniers
eslargiz et relaxez et mis entre les mains de Son Alt" Néantmoings si
aulcuns des prisonniers parfaucte de paiement ou satisfaction de leur susd'
— 296 —
iloii 110 sraumiont ostre renvoyez ou relaxez, ne pourront à rdecasion de
ee lesd'* liostagiers estre détenuz, ains seront ce nonobstant renvoiez
comme dessus. Bien entendu que le S'* l'évesque, de Constance, Fervaques
et Fergy demeureront en lad"= ville de Denderraonde, comme aussy les
prisonniers estans présentement détenuz en la ville de Bruges pour hos-
taiges, jusques a ce que la ville de Dixmude sera aussy rendue et pour-
veue des naturelz de ces pays agréables comme dessus. Et en cas que
lesd'* S""* Évesque de Coustance, Fervaques ol Fergy ne pourront estre
induitz à la fin que dessus, seront en leur place donné pour hostaiges
les Seig""* conte de la Bochepot et premiers Maistre d'hostel de Son Alt'"^
avec(| lesd'* prisonniers à Bruges.
M Néantmoings si Son Ab'' insiste que la ivlaxation des prisonniers et
renvoy des hostaiges se fera conlbrniénienl le vij'' art. de sond^ escript,
pourront leurs députez y condescendre, moienuaut toutesfois que lesd''*
S""* Éves(iue de Coustance, Fervacques et Fergy, seront détenuz à Deuder-
monde jusques à la rendition dud^ Dixmude comme dessus et desd'^
hostaigiers.
i) Et entant que touche les meubles et papiers, semblablement mentionné
aud' vij" art. seront aussy restituez la part et par tel chemin qu'à Son Al"
plaira, si avant qu'ilz soyent encoires en nature depuis le x'' de ce mois, et
au pouvoir des Estatz ou en la garde de Magistrat de la ville d'Anvers,
dont led' Magistrat fera lattestation soleninelle en bonne foy laquelle sera
creue. Saulf ([iic Son Al"' fera promesse ipie les arretz faictz en France
à cause dcsd' ti'oubles seront levez et estez, et les prisonniers biens et
navires mis en liberté , et aussy les arrestz faictz à Dunkeicque, sur
aulcunes personnes biens ou navires des inliabilaiis ou bourgeois des
provinces unies des Pays-Bas.
» Et pourront les députez des provinces et villes, et tous aultres de ces
pays qny vouldrout aller vers Son Al"' librement y venir, séjourner et
retourner en toute sccureté.
I' Que aussy tous nianhands cl aidtr(>s passagiers pourront librement
|in'iidro liavrc et sortir i^m la ville de Hniikci-ciiuc.
— 297 —
» Laissera aussy Son Al" les villes poiirveues des amonitions, artilleries
et vivres qu'il a en icelles trouvé et seront encores en estre.
» Sitost que Son Alt^* aura choisi la place de sa demeure ou résidence
en l'une desdites trois villes , advertiront les Estatz incontinent les
respectives provinces , il feront tout debvoir afin qu"ilz envoyent le
plus tost que faire se pourra , leurs députez avecq plain pouvoir et
authorisation pour entrer en plus ample communication , arrester et
conclure comme il se trouvera pour le service de son Alt", utilité et
sécurité du pays convenir. Et entretemps se comporteront les uns avecq les
aultres tant bourgeois que gens de guerre, comme bons frères et amys, et
aura le traficque et négociation d'un costé et d'aultre, tant par mer que
par terre, son cours et à la coustume.
» Son Al^« escripra lettres bien expresses aux compaignies franclioises
estans dans Berghes-St-Wynox par lesquelles leur fera commande de
sortir lad'" ville et venir en son armée, en laissant la garde d'icelle aux
naturels du pays et agréables comme dessus, et ce à peine de désobéys-
sance et d'encourir son indignation.
» Faict arresté et conclu à l'asseemblée des Estats généranlx , saulf que
messieurs les députez de Flandres déclarent que si son Al^*^ choisist sa
résidence en la ville de Dunkercque, n'estre sur ce point suffisamment
auctorisez , auquel cas fauldroyt attendre l'advis de messieurs les quatre
membres de Flandres.
A Anvers le xi« jour de mars 1583.
Par ordonnance desd'* Estats généraulx.
(Signé) M. De Hennin.
Le 13 les députés reçurent audience du Duc qui se montrait très joyeux
de ce que les Etats-Généraux agissaient envers lui avec une entière franchise,
et ne cherchaient pas à lui oter son autorité sur les Pays-bas ^ . Il déclara
qu'il préférait momentanément le séjour de Dunkerque à tout autre,
' Lettre de Meetkerrke aux Etats-GôiiPraux, liu 1 3 mars 1 583. — Aux archives d'Yprcs.
- 208 —
)iarrf'i|ut' 1.1 proximitt' de la Fimiicc le iiicllait plus à mrmo de sft
jimcurcr, delà, tout et' qui (Hait nécessaire à son armée ; et promit de se
rendre plus tard à Maiiries pour y séjourner *.
Sur ces assurances positives les députés s'empressèrent d'écrire aux
maiiistrats de Gand, de Brug-es et du Franc afin de les engager à prendre
les dispositions nécessaires pour faciliter le passage du prince et de sa
suite, conformément à la convention arrêtée de commun accord ^.
Les négociations continuèrent les jours suivants, et le i 8 mars le duc
d'Anjou signa enfin l'accord que voici :
« Articles accordez par monseigneur fils de France , frère unique
du Roy, Duc de Rrabant, Gueldres, Anjou, Allençon, Tourainne,
Berry, etc. , Comte de Flandres, Hollande, Zeelande, etc., ^eig"" de
Frize et de Malines, sur les propositions de reconsiliation et accord
mises en avant par messieurs les Estatz des provinces unies des
Pays-Bas.
» Son Alteze se contenterait très-volontiers de choisir sa demeure en la
ville de Malines; toutes fois considérant qu'on luy faict entendre qu'on
veult parler de nouveaux articles, et que la ratification du serment que
S. Al^^ a demandé n'a esté présentement accordé, Sad''' Alt'^ est advisé de
choisir selon l'offre que luy at esté faict par messieurs des Estatz, la
ville de Dunkerque, pour y résider quelques jours, durant lequel temps
elle désire de traicter de toutes choses concernant le bien de cest
estât, et vuider les difficultéz quy se présentent maintenant; promectant
S. A" en foy et parolle de prince que cela faict elle n'a aultre intention
et est dutout résolue de revenir promptement es pays de delà pour
résider en la ville de Malines suyvant les articles contenus en l'instruction
de messieurs des Estats du xi*" de mars 1583.
» Et poiw ceste occasion Son Al'^ désire que aulcuns de messieurs les
Députez s'acheminent on envoyent en la ville de Gand et ailleurs où il
eschera du p,iy> de Flandres pour faciliter et asseurer son passaige.
' Lftlit' (ir Mnikcri'kp aux Ktafs-Gnirniiix, du K! mars ir>8:J. — Aux archives (l'V|iii'S.
* (les lieux Ictliis sf IkhivciiI. aii\ airliivis il'V|iies.
— 299 —
» Snd"" Alteze promectra tant pour liiy que ceiilx de sa court et siiyte
(le rien attenter contre Testât du pays, des Estatz-généraulx, ny leurs
Députez , tant en général qu'en particulier, et oultre ce, promectront et
jureront seniJilablement et particulièrement ceulx de sa guarde et de la
garnison de Dunkercke n'attenter rien ou laisser attenter contre Testât
du pays, les Estât s-Généraulx, ny leurs Députez, tant en général qu'en
particulier, ny mesnies contre les manans et inbabitans dud' Dunkercke,
ny la religion reformée , et demeurera l'exercice de la religion catholique
libre a Son Alteze avecq telle église qu'il luy plaira choisir aud' Dunkercke,
tout ainsy qu'il l'avait en la ville d'Anvers.
» Monseigneur fera retirer hors de Vilvoorde toutes les garnisons
franchoises, ayant la promesse de Messi's des Estatz d'accomplir les choses
cy accordées , et demeureront avecq Son Alt^^ ti-ois de Messieurs les
députez, et sera lad'"^ ville pourveue de naturelz du pays agréables aux
Estatz de Brabant.
« Sad'*" Alteze accorde que son armée passera à Terremonde et y sera
loge jusques à Opdorp, Lippeloo, Maldere et autres villaiges circoiivoisins,
où elle sera accommodée de vivres; et le lendemain en asseurant Fessieurs
les députez la somme de trente mil escuz d"or estre es mains du commis-
saire à reste fin envoyé, pour les délivrer à lad*'' armée, elle marchera
jusques à Willebroeck, où avant que passer la rivière lad'" somme sera
furnie et départie aux gens de guerre selon Testât quy en sera facit e.
dressé par Son Âl^" . Ce que effectué passera icelle armée la rivière à
Hellegat, Niel, Schelle, ou elle sera également pourveue de vivres, et
feront serment les chiefs, colounels, capitaines et conducteurs de gens de
guerre de bien et loyamment servir Son A^« et de ne rien attenter contre
icelle ny son estât ny pareillement contre les Estatz-généraulx du p^^ys
en général ny en particulier, mais qu'ilz s'employerons pour le service de
S. Al^« et des Estatz contre les ennemys espaignols, malcontents et lau'.s
adherens *.
)> Et lorsque l'armée passera à Termonde les Anglais, Ecossois et
' Voir plus loin les niddifiratioiis npportécs à i-ct ailicif \c "ICt mars.
23 XVI 2-2
, — 300 —
aultres gens ilc guerre eslans au pays de Wast se retireront à Ruplenionde
quy feront pareil et semblable serment à S" Al^*^ que dessus.
» Et au mesme instant que les hostaiges seront arrivez et que se feront
lesd'* paiements et que S" Al^® aura les hostaiges avec luy seront les
garnisons franclioises retirez de la ville de Tenremonde pour estre dé-
laissée aux naturelz du pays agréables aux Estatz de Flandres, et saclie-
minera S" Al^<^ vers Dunkercke.
» Ayant l'armée de Son AV^ receu les choses susd*^ et en passant lesd**
rivières à Willebroeck, au même temps passeront aussy la rivière de
l'Escau, à Ruplemonde, les Anglois, Escossois et aultres gens de guerre
quy seront retirez des pays de Wast pour estre employez les gens de
guerre comme il sera advysé ; et de là enavant tous ensemble ser(jjit payez
egallement des deniers destinez à cest effect, et les vivres distribuez sans
acception de personnes, de fachon que les ungs ne puissent estre advan-
taigez plus que les aultres. Sera aussy aux catholicques de lad^'' armée
l'exercice libre de leur religion au camp.
« Faisant ce que dessus et rendant lad"^ ville de Denremonde seront
quant et quant baillez hostaiges à Son Al" pour securté de la délivrance
et liberté de tous les prisonniers estans en la ville d'Anvers et aultres
lieux détenus depuis le XVII^ de janvier, ensemble pour la restitution
des papiers quy estoient en la boite de Son Al'* en son cabinet et quy
ont esté prins au logis du S'' de Quinsé, et des meubles portez en la
maison de ville quy sont en la puissance desd'* S'*' des Estatz et du ma-
gistrat, sans pour ce regard faire aucune réservation ny exception. Et
quant aux meubles quy sont demeurez aux maisons particulières où
estoient logez les franchois seront aussy restituez sy avant qu'ilz soyent
en nature depuis le X"^ du présent mois. Son Al" fera aussy promesse
que les arrestz faictz en France à cause des troubles icy advenus seront
levez et estez, et les prisonniers biens et navires mis en libertez ; et aussy
les arrestz faits à Dunkercke sur aulcunes personnes biens ou navires des
inliabitans ou bourgeois des provinces unie des Pays-Bas.
« Son Altczc a noninié et clioisy ])our hostaiges Messieurs Philippe de
— 301 —
Schoonhove S'' de Wanroy Bourt;niesti'e d'Anvers; Jelian de Stralen S'' ûc
Merxeni, Amman d'Anvers; Rogier de Liefdaele S'' de Manwen, Wilricli,
premier échevin d'Anvers; Noël de Caron, S"" de Schoonenwaele, Boiirg-
maistre du Franc, avecq les trois députez à ceste présente négociation,
scavoir Messire Adolf de Meetkercke, président de Flandres; Henry de
Bloyere, Bourgmestre de Bruxelles, Maister Guillaume Everaerdts pen-
sionnaire dAnvers. Bien entendu qne sy aulcuns des dénommez ne
peussent pour aulcunes raisons soit par maladie ou oultrement se trans-
porter, que les Estatz en leur lieu envoyèrent d'aultres de semblable qualité
au consentement de Son Al^".
« Sad^ Alteze retiendra le nombre de deux ou trois cens clievaulz et
quatre ou cincq cens hommes de pied pour le sceureté et conduite de sa
personne jusques aud' Dunkercke. ï^t sy aulcuns de messieurs de Gand
ou de Bruges veuillent venir veoir Son Al" lorsquil approchera de leurs
villes, ils seront gracieusement receuz et reconduitz quand bon leur
semblera en toute sceurté, et seront les pontz nécessaires au passaige de
Son Al" dressez sur la rivière de Wast et aultres endroictz où il aura à
passer, incontinent que le présent traité sera résolu et signé de part
et d'aultre.
« Monseigneur mènera avecq luy lesd'^^ hostaiges jusques au logis qu'il
fera plus proche deNieuportoù luy seront amenez et conduictz sceurement
tous lesd's prisonniers détenuz aud' Anvers et ailleurs, et pareillement
ses papiers et meubles et ceulx de ses serviteurs comme il est cy-dessus
dict. Bien entendu que les prisonniers payeront préalablement leurs
despens dettes et gratuitez promises. Mais d'aultant que les sommes des
plus apparens desd'* prisonniers sont grandes, et ceulx desnuez de tous
moyens ne voulant Son Al^^ les laisser en arrière ny engaigez pour aulcnne
chose lesdts Seigi" des Estatz feront en sorte envers ceulx à quy ils doibvent
et ausquelz ils ont faict quelque promesse, qu'ilz se contenteront de leui's
obligations ou responces qu'ils pourront donner dédans la ville pour
payer au temps limité par icelles; et à ceulx quy n'auront moyen ny de
payer ny de bailler aulcuns respondans leur sera néantmoings donné
moyen par lesd"^^ S""* des Estatz de leur crédit, ou aultrement par mes-
— 302 —
sieurs du ni;ii;islrat, de lespoiidre et asscurcr pour culx cl leurs •1''''=
debtes tant que leurs créanchiers se contenteront; à la charge que Son
Al" promcctcra et s'obligera de satisfaire ausd^"* sommes dont ilz auront
respondu ou faict respondre dédans le temps qu'ilz auront promis de
paier. Ce ((ui sera faict seulement pour les Seig""^ Evesque de Constance,
de Fervacques, de Fargis, de la Ferté, de la Vergue, de Rieuz, de Beau-
pré, de Genissac, de Ligueris, de Torsac, S' Remy, S^ Séval et Chaumont.
Et quant aux aultres ilz regarderont dagréer et satisfaire à leurs debtes
et despenses légitimes faictz de gré à gré, sans que lung soit arresté pour
l'aultre, ny aulcun meuble, sy de son bon gré il ne s'y est obligé, en
baillant par lesd'^S''*des Estatz déclaration que ceulz des Franchois estant
aud^ Anvers et ailleurs ne sont détenus pour anlcune occasion, que pour les
debtes, auxquelles ayant satisfaict ilz demeurent en pleine et entièrt liberté
pour faire ce que bon leur semblera. Et à l'instant que lesd'* prisonniers cy-
dessus nommez, meubles et papiers seront délivrez en mains de monseigneur
il fera retirer les garnisons françoisesde Dixmude, pour estre la garde de la
d'e ville délaissée aux naturels du pays; et quant et quant seront relaxé les
hostaiges et mis en leur plaine et entière liberté et continuera Son A^^ son
chemin and' Dunkercke pour aud*^ lieu traiter et resouldre toutes choses
concernans le bien et grandeur de Son Al'*' et de ces pays où se trouveront
les députez de Mess, les Estatz pour ceteftecl, dédans le.... *.
« Et pourront les députez des provinces et villes et tous aultres de ces
pays, qui vouldi'ont aller vers Son Al", librement y venir séjourner et
retourner en toute scurté, comme aussy tous marchants et aultres passagiers
pourront librement prendre havre et sortir de la ville de Dunkercke
comme ilz faisaient auparavant.
« Laissera Son Alt" les villes ou seront retirées les garnisons franchoises
pourvues des munitions et artillerie et vivres (juy sont en icelles et se trou-
veront lors en nature.
« Incontinent les présents articles afcordez lesdt S. des Estatz adver-
' La (lalu csl restée en lihiiic; voir jikis Inin les cliaiigements apportés à cet article
le m mars.
— 303 —
liront respectivement les provinces et feront tout debvoir aflin quilz en-
voient le plus tost que faire se pourra, leurs députez pardevers Son Al" audt
Dunkercke, avecq plein pouvoir et autorisation pour entrer en plus ample
communication, arrester et conclure ainsy qu'il se trouvera mieux convenir
pour le service de Son Al'*, utilité, sceurté et conservation du pays ; et
se comporteront toutes personnes indifféramment les ungs avecq les aultres
tjint bourgeois que gens de guerre comme bons frères et amys, et aura le
trafficq et négociations, d'ung costé et d'aultre, tant par mer que par terre,
son cours libre et accoustumé.
« Sadte Alteze escripra lettres bien expresses aux compaignies franchoises,
estans dans Berghes St-Winox, par lesquelles leur sera commandé de
sortir la d'e ville et venir en son armée, en laissant la garde d'icelle aux
naturelz du pais et agréables comme dessus, et ce à peine de desobéissance
et d'encourir son indignation.
« Et lors de la conclusion du traicté et de ce quy sera résolu audt Dun-
kercke lesd's Seig''» des Estatz bailleront déclaration de bien et deuement
entretenir garder et observer en tous ses pointz et articles ce qui sera
audt Dunckercke arresté, ensemble le traicté général faict à Bordeaux
le ^S" jour en janvier 1581, et seront faict les serments en cas semblable
aux lieux et villes où ilz n'ont encroires esté faitz dont sera rapporté acte
authentique et vallable es mains de Son Al" suyvant le led* traicté. Seront
aussy de bonne foy oubliées de part et d'aultre les choses passées depuis
l'esmotion et trouble advenu le xvij de janvier jusques h la conclusion du
présent traicté, avecq deffense cà tontes personnes de quelque qualité qu'ilz
soyent de s'offenser mesdire ou entrer en reproches à l'occasion de ce que
dessus; ains se comporteront modestement et gracieusement les ungs avecq
les aultres ainsy qu'appertient entre bons frères, bourgeois et amys.
« Sera pourveu de lieux convenables pour les malades de l'armée, où ilz
pourront demeurer jusques à ce qu'ilz soient guaris en toute sceurté;
et commectront les Seig''^ des Estatz quelques gens de bien pour les assister
et empescher que ne leur soit faict aulcunc moleste.
Faict à Tenremonde le xviij^ jour de mars 1583
(Signé) FraiNCHoys.
(Contresigné) Le Pin.
— 304 —
Ol actoiil, cept'iuhmt, subit encore un léger changement; à la (in du
sixième paragraphe, après les mots : Ennemis espaiçjnols, malcontents et
leurs adhérens, on ajouta ceux-ci : « ensemble de passer incontinent la
rivière ayant reçeu l'argent. » Puis entre ce paragraphe et le suivant on
en intercala deux autres, dont voici le contenu :
« Et estant led^ serment faict , sera par les Estats pour l'armée de
S. Alteze furnie et payée la somme de trente mille escus d'or, pour estre
départis entre les gens de guerre selon Testât qui en sera faict et dressé par
par S. Alteze, dont sera baillé le double auxd*^ Estats. »
« Et incontenent que lad'« somme de trente mil escus sera furnie et
comptée, passera l'armée de S. Alteze la rivière l'Escau à Hellegaet, Nyel
et Schelle suyvant led' serment, où elle sera pareillement furnie de vivres. »
Enfin l'article 13 fut également modifié : au commencement de l'article
après les mots : leurs despens dettes et gratuitez promises , on ajouta : et
modérées par intercession du magistrat , et la suite de l'article, fut rem-
placé par ce qui suit : « sans que l'ung soit arresté pour l'aultre, ny aucun
meuble , sy de son bon gré il ne s'y est obligé ; en baillant par lesd^^ S"
Estatz déclaration que ceulz des franchois ny leurs meubles estans aiid
Anvers et ailleurs ne sont détenus pour aulcune occasion que pour leurs
dettes. Ausquelles ayons satisfaict ils demeurent en plaine et entière
liberté pour faire ce que bon leur semblera. Et après que S. Alteze aura
faict retirer les garnisons franchoises de Dixmude pour estre la garde de
ladit"' ville délaissée aux naturels du pays, tiendra Son Altesse les susd'*
hostaiges jusques à ce que à icelle seront rendus tous les prisonniers ,
meubles et papiers. Quoy faict seront relaxés lesd'''* hostaiges et mis en
leur plaine et entière liberté, sans qu'ils puissent estre retenus pour les
meubles demeurez es maisons particulières où estaient logez lesd^* franchois,
non estans en la puissance du magistrat, ny aussy pour les prisonniers quy
seroient en faulte de payer ce qu'ils doibvent. Et continuera Son Altesse
son chemin and' Dunckerque pour aud^ lieu traicter et résouldre de toutes
choses concernant le bien et grandeur de Son Alteze et de ces pays, où se
trouveront les députez de messieurs les Estatz pour cest effets, dedans le...»
Ainsi modifié l'accord fut dv nouveau signé par le duc d'Anjou le
— 205 —
25 mars. En s'adressant aux États-Généraux , il proteste de nouveau de
tout son dévouement , assurant qu'il est prêt à hazarder sa vie à toutes les
occasions qui se présenteront.
Voici sa lettre :
« De par monseigneur fils de France, frère unique du Roy, Duc
de Brabant, Gueldres, Anjou, etc.. Comte de Flandres, etc.
» Très-chers, três-aymez et féaulx. Nous vous envolons les articles qui
ont esté traictez avec vous par vos députez tout ainsy et en la mesme
forme et manière qu'ilz les m'ont présentez de V""" part. Il reste maintenant
de venir à l'exécution que je désire la plus prompte que faire se pourra,
naiant rien tant à cœur que de vous faire preuve de combien est accreu
mon courage et la dévotion qui me continuera pour jamais d'assister ces
peuples et provinces de mes moiens , pouvoir et authorité avec l'employ et
l'azard de ma vie, à toutes les occasions qui s'en présenteront; je masseure
que Dieu m'en fera la grâce et qu'il me préservera par sa bonté de ne
veoir jamais chose contraire à mon désir ny qui approche de l'inconvénient
advenu. Vous priant que de V""" part je sois assisté de mesme selon la
fidélité , affection et bienveillance que vous m'avez tousiours portée.
L'espérance que j'ay de vous confirmer par ma bouche et par mes effectz,
plus que je ne vous scaurois escripre , me gardera de vous la faire plus
longue, remectant le reste sur le sieur Thausin, présent porteur, je
prieray Dieu,
» Très-chers, très-aymez et féaulx, qu'il vous ait en sa très-saincte et
digne garde.
A Termonde, le xxvj'^ jour de mars 1583.
(Suscription).
» A nos trés-chiers et très-aymez
et féaulx les Seig""* des Estatz-
généraulx des provinces unies
des Pays-Bas.
(Signé) Franchoys.
(Contresigné) Le Pin.
— 306 —
TmiiI sfnihl.iit donc pirsai^or une réconciliation sincère. On espérait sur-
tout iioiivoii' siiiivci' Kindhûven : Déjà le seig"" des Pruneaux, au nom de
Son Altesse, avait soumis au Prince d'Orange un projet de campagne pour
secourir celte ville, et le 55 mars Guillaume soumit ce projet, avec ses
observations, aux Etals-Généraux. L'armée expéditionnaire devait être
commandée par le maréchal de Biron qui avait sous ses ordres le colonel
Noritz, le scign'' de Villcrs et le comte de Laval. Elle devait se composer
de deux mille cinq cents Suisses et deux mille arquebusiers, troupes Fran-
çaises; de trois mille cin(i cents hommes de pied, Anglais, Ecossais et gens
du pays, et de douze cents hommes de cavalerie du pays. Toutes les
mesures furent prises pour bien organiser cette petite armée sur laquelle
on comptait beaucoup, et dont dépendait le sort de la ville ti'Eindhoven.
Voici les propositions faites par le prince d'Orange aux États-Généraux
à la date du 25 mars :
« Suyvant les articles qu'il a plu à Son Alteze faire exhiber à Son
Ex^e par monsieur Despruneaux sur le secours de la ville d'Eynd-
hoven assiégée , son Ex*='^ trouverait bon ce quy s'ensuyt soubz
correction de messieurs les Estatz généraulx.
« Premièrement quant à la personne de monsieur le Mareschal de
Biron a l'endroict lequel il a pieu à Son Alteze tant faire qu'il a esté
content d'accepter la charge et commission de commandement à l'armée,
Il semble à sad'^ Ex'^" que pour la valeur et promesse dudt Seig"" on ne
scaurait trouver personnaige plus propre et qualifié à lad"" charge, et qu'à
tant Son Ex<^c serait d'advis que mesd" Scig''^ des Estatz voulussent
escripre à Son AU''' luy faisant entendre l'honneur et le contentement
qu'ilz ont receu de ce qu'il a pieu à Son Alt" pourveoir sad^'' armée d'ung
tel chcif et qu'ilz luy en remerchient très humblement. Escrivant pareille-
ment à mo\uV Seig*" de Biron, luy faisans scavoir la satisfaction qu'ils
recevront i\\\"\\ a accepté lad"^ charge. Et d'aultant qu'il est entièrement
dénué de ce ipie luy est de besoing pour satisfaire à une telle (charge et qu'il
est convenable qu'il soit pourveu de commoditez y re((uises, son Ex'^"
seroit d'advis que niesd^ Seig'"^ les Eslalz luy tissent présent de deux
mille escuz et luy fuinisseiit quatre chariots pour son service.
— 307 —
» Quti pour les bonnes qualitez et services passez de mons'' le Général
Noritz, Sun Ex^*^ trouverait bon de liiy faire la seconde personne après
mond^ Seig'' de Biron pour ceste entreprise.
» De continuer nions'' de Villers avecq nions'' de la Pierre en la charge
de Maresclial du Camp comme ils ont esté au dernier camp.
» Que Monsieur le Conte de Laval commande à la cavalerie selon sa
commission.
« Infanterie de Son Alt^^.
c Deux mille cincq cens suysses.
Deux mille harcquebousieurs franchois.
(I Infanterie du Pays.
« Trois mille cincq cens hommes de pied tant Anglais, Escossais que
gens du pays.
« Cavaillerie du Pays.
« Douze cens chevaulx suyvant la liste particulière quy sera donné à
IMons"" Despruneaulx.
« Artillerie.
« Trois demy canons.
Deux demy colverines.
Cent chevaulx d artillerie pour la mener.
Vingt et cinq chariots pour icelle.
Douze milliers de pouldre tant pour l'artillerie que pour l'infanterie.
Vingt milliers de mesches.
Deux cent pionniers.
Mons'" deCruninghen pour commander à l'artillerie comme grand maistre.
(I Vivres.
» Monsieur Van Dorp général des vivres pour se trouver à l'ai'mée.
« Deux mille pains par jour de xxvi à xxvij onces cuits et rassis.
n Bières et fromages à l'advenant.
» Avoines pour douze cent chevaulx.
» Faire des ordonnances pour les vivandiers de la suyte de l'armée par
— 308 —
lesquelles on les pourra inciter a ce qu'il/, y vinssent en leur donnant
franchise et exemption accoustuFïiée, ou telle que messieurs les Estatz
trouveront bon pour les encouragiers.
» Son Ex^e trouveroit bon que mesdt^ Sieurs des Estatz coramunicassent
avecq led' Sieur Van Dorp pour scavoir ce quy sera nécessaire pour les
vivres.
» Il seroit bon d'avoir à la suyte de l'armée tout prestz les vivres, muni-
tions et chariotz pour les mener, pour les mectre dedans la ville d'Eyndho-
ven, sy Dieu nous faict la grâce qu'on la puisse secourir et desassièger et
qu'il plaise à Mess""* les Estatz en faire la calculation et adviser] ce quy
sera nécessaire pour cest effect.
» Mond*^ Sieur de Biron prie Messieurs les Estatz qu'il leur plais? com-
mectre quelques personnaiges de leur part qui se puissent trouver à
l'armée, et ce affin de mectre ordre que le camp puisse estre pourveu de
choses nécessaires pour tenir bonne correspondance avecq mesd' Sieurs les
Estatz pour leur faire entendre a toutes occurences de ce quy se passe', et
pour estre tesmoings d'œil de son debvoir.
» Qu'audt camp se trouvassent ung commis, quatre couriers et six che-
vaulx de poste.
» Mondi Sieur Biron désire que Messieurs les Estatz advisent et luy
facent scavoir le lieu où il se pourroit retirer pour la sceureté de l'armée,
soit que l'ennemy vint à estre le plus fort, ou aultrement.
» Les Suysses et aultres gens de guerre désirent qu'il plaise à Messieurs
les Estatz leur faire promesse de ne faillir <à ce qu'on leur a promis de
vivres et aultres choses nécessaires, et que où il s'y manquera, ilz auront
congé pour se retirer.
» Qu'ilz ratifient la commission qu'il a pieu à Son Alteze leur donner
pour le commandement de lad'e armée.
» Qu'ilz plaise a mesd'^ Sieurs faire furnir quelques cinq ou six cent
llorins pour mectre en épuipage certains instruments ou machines de
— 309 —
guerre inventées par Son Ex"^*^ pour le service de sceureté de l'armée, en
furnissant aussy six chariots pour les mener.
» Overghelevert in de generaele
verghaderinghe by den heere
van Pruneaux den xxv" martii
1583.
(Signé) M*" DE Hennin.
Le duc d'Anjou de son côté déclara par lettre du 27 mars qu'il était
prêt cà faire marcher son armée sur Eindhoven aussitôt qu'il serait satis-
fait à tous les articles de l'accord précité.
Voici ce qu'il écrivit cà cet égard aux États-Généraux :
<f De par monseigneur fils de France, frère unicque du roy, duc
de Lothier, Brabant, Gueldres, Anjou, Tourainne, Berry, etc. comte
de Flandres.
« Très chers trés-aymez et féaux. J'ay entendu ce qui m'a esté dit ce
matin par messieurs voz députez concernant le faict d'indove, a quoy il
y a longtemps que vous m'avez- trouvé résolu, et d'aultant que l'affaire
presse, je vous prie que de votre costé vous usiez de diligence pour
satisfaire à ce que vous estes tenus par nos articles, car de ma part il n'y
aura aulcune longueur, comme je vous ay mandé par le S"" Tanzin quy
retournant ceste nuyct comme je vous en prie, fera que dès demain vous
commencerons à mectre en exécution ce que vous debvons. Le reste sera
pour prier Dieu qu'il vous ayt.
« Très chers, très aymez et feaulx, en sa três-saincte et digne garde,
Termonde le xxvij jour de mars 1583.
(Signé) Franchoys.
(Contresigné) Le Pin.
(Suscription.)
» A noz très chers, très aymez
et féaulx, les Seig-''^ des Estatz-
généraulx des provinces unies
des Pays-Bas.
— 310 —
Au mois il';iviil, la petite armée soiis la conduite de Biron, se dirigea
vers Eindhoven , assiégée par le Comte de Mansfeld ; malheureusement
cette ville , réduite à la dernière extrémité , fut obligée de capituler le
23 du même mois.
Le Duc ne tarda pas à se rendre à Dunkerque; mais, Alexandre Farnôse
ayant cerné cette ville , il trouva convenable de se retirer, et au mois de
juin il s'embarqua pour Calais, d'où il se retira dans le Cambrésis.
Farnése, en peu de jours, se rendit maître de Dunkerque : la prise de
cette ville entraîna la soumission de Bergues-st.-Winoc, de Nieuport, de
Furnes et de Dixmude, et le Prince de Parme vint mettre le siège devant
Ypres. Peu de temps après, les villes d'Axel, d'Hulst, de Ruppelmonde,
d'Alost , se soumirent également : Anvers même se vit serrée de près.
Dans ce danger pressant les État-Généraux, résolurent d'avoir \le nouveau
recours au prince français , et dans leur assemblée du 19 novembre, ils
arrêtèrent, pour leurs députés, l'instruction suivante ;
« Instructie voor de Ghedeputeerde van de Staeten-generael, die
volghende t' ghene soo by den tractate gbemaect tôt Dendermonde
met syne hoocheit als duer briefven aen hem gheschreven is belooft,
sullen aen zyne Hoocheit ghesonden worden, van t'ghene sy hem
suUen hebben voor te draghen. Gheraemt by de Staten-generael,
op de goede gheliefte en de approbatie van de provincien hunne
principalen.
« in den eersten naer behoorlycke reverentie ghedaen aen syne hoocheit,
sullen verontschuldighen de staten ende provincien dat sy soo langhe
hebben ghewacht te seynden hun ghedeputeerde, verzekerende zyne hoo-
cheit dat tzelve niet en is duer ghebreke van goeden wille en de affectie
van hem allen onderdanighen dienst ende onderdaenicheit te bewysen,
maer eensdeels om de alteratie devvelcke was onder t' volck ; eerst om het
misverstand ende desorde toeghecomen t' Antwerpen ende in andere steden
daernaer, mits het verlies van Dunkerken daer naer ghevolcht, ende voorts
sindts diversche accidcnten t' sedert overghccoomen, daermede den vyandt
syn protTyt ghedaen ende t' volck zoo zeer beroert (t' welc lichtelick hem
— 311 —
laet beweghen) dattet zoo haest in aile proviiicien niet en heeft connen
ghestilt worden, ghelyck men wel soude hebben ghewenscht, het welc
nochtans (orame te doen dynghen die souden bestaen ende vast zyn) was
van noode te doen, volghende de privilegen van den lande, ghelyck dat
syne Hoocheit is bekent, de welcke wilt hoe lancksaem dat de résolution
van de provincen syn, maer eens glienomen syn vast ende bestendich,
met andere redenen die sy volghende bunne disoretie wel zullen wcten
daer toe te vooghen cm te excuseren de voors: lancheit. Biddende zyne
hoocheit dat hem believe t' zelve int goede te verstaen, ende niet te ver-
minderen d'affectie die hy te voren heeft betoond te draeghen tôt de be-
waernesse ende versekertheit van desen landen, rustende van soo grooten
ghewicht soo tôt verwonderynghe van syne hoocheit als de tranquilliteit
van geheel Christen rycke.
» Ende om des te meer met effect te bewyzen den wille ende macht
die syne hoocheit heeft om dese landen tehelpen tegbens de verdruckyghen
van den spaenjaerden ende om aile mistrouwen wech te nemen ende oor-
saecke van calomnieren ande vianden ende hnnne anhanghers, die niet af
en laeten te saeyen valsche maeren om hetaerme volck te bedrieghen.
« Dat hy eerst ende vooren al volghende t'ghene hy heeft belooft by .
den... article van den tractate van Bordeaulx, sal opentlieke den coninck
van Vranckryke synen heere ende broeder doen verclaeren d'oorloghe
teghen den coninck van Spaingnien ende onser saecke metter daed ende
effect doen aennemen om d'oorloghe te voeren teghen den Spaengnaert, dat
andersints syne compste by ghebrecke van middelen ende sonder alsulcken
stercken ende aensienelick steunsel om soo grooten last te draeghen teghens
soo machtich viandt, niet en zoude connen syn voornemen voleynden, ende
dese landen worden gheruineert.
Ende sullen de voors. heeren staeten contribneren tôt de lasten van den
oorloghe volgende het tractaet van Bordeaulx, biddende zyne Hoocheit hem
daer mede te vrede te willen houden, nemende regard op de beschaedicheyt
ende verlies van den lande daernaer toeghecomen ; hem behelpen voor
de reste met middelen ende assistentie van syne voors. Majesteit.
« Ende soo verder syne hoochfydt beliefde binnen middelen tyde te
— 312 —
blyven in Vranckrycke oft biiyteii den lande, dat tôt meerder versekertheit
van de ghemeente ende omme aile misvertrouwen wech te nomen, sal in
zyn plaetse stellen om de landen in zyn absentie te goiiverneren, een
personnaige van qualiteyt, met advis van de staeten, volgbende het breeder
inhouden van den.... article van den tractaete van Bordeaiilx.
« Ende tôt noch meerder gerusticheit van de ghemeente suUen syne Hooc-
heit bidden dat hem believe te gheven de principale staeten van synen legher,
als generael van den leghere, overste van den voetvolcke, generael van de
riiyterie ende veldt oversten van den leghere, personnaiges den staeten
anghenaem, die int particulière den eedt zullen doen aen syne hoocheit
ghetrouw te syne ende desen lande, sonder yet te attenteren op de selve
noch op eenigte sterkte, stede ofte plaetse, noch in zaeken van de religie.
« Ende soo verder syne hoocheit soude begheren haer (e vijjden in
eenighe stede voor desen lande daertoe bequaeme, dat hy int faict van
de religie aldaer niet en sal moghen attenteren oft veranderen, maer
laeten in sulcken staet ghelyck hy die sal vinden ; behoudelik altyt de
vryheid in zyn hof.
« Ende alsoo men heeft ghesien dat de desordre toeghecommen in de
stede van Antwerpen, heeft syn beghinsel ghennnien van de waciite van
syne hoocheit, die de poorten hebben inghenomen ende de borghers doodt
gheslaghen, dat syne hoocheit sal believen wesende in dese landen syne
wacht te maeken van volck van dezen landen soc te voet als te peerde.
« Dat terstondt naer dat hy ghecommen sal zyn in eenighe stede van
desen lande, syne hoocheyt sal order stellen op syn huys, daer toe de
staeten hem sullen gheven de somme van drie hondert duysent ghuldenen,
ende dat ter tydt toe men sal hebben gheliqiiideert de weerde van de
domeynen. Welverstaende dat de confiscatien niot en syn in de domeynen
begrepen, toi dat met ghemeene ad vies anders sal wesen gheordonneert.
Daerentusschen sullen die worden geadministreert by eenighe ghedepu-
teerdc van syne hoocheidt ende van de staten ghesaemderhandt ende het
incommen gheimploieert in zaeken van oorloghe.
« Enile (l;it liy in aile zaccken raeckcndc dese landen sal ghebruyckcn
— 313 —
al zulken raedt als hem by den staeten sal worden ghegheven. Ende in
ghevalle van aflyvicheit ofte renonciatie van eenighe van den voors. raede,
dat by de staeten drie sullen ghedenomineert worden daer uyt zyn
hoocheit der eenen sal kiesen.
» Dat hy gheenen anderen secreten raedt en salghebruycken, in eenighe
saecken desen lande angaende.
» Dat hem ooc sal believen in de selve saecke gheens andere secretaris-
sen te employeeren dan naturele van den landen, noch te doen ieeckenen,
depescheren of parapheren dan by de ordinarisse daertoe ghecomniiteert.
» Van ghelyckcn sal hem believen ordinaerlicke ende als syne ghelegent-
heyt dat toelaeten sal, te assisteren in den voors. raede, sonder plaetse te
gheven d'ander raeden dewelcke ghetracteert wesende by de ghene die
niet wel en kennen de humeuren ende den staet van dese landen , en
connen anders niet veroorzaecke dan mistronwe, twelck is de waere ver-
derfenesse van desen lande.
)> Ende als syne hoocheit sal wesen in Vranckeryke ofte aldus biiyten
desen landen, dat hy by hem sal houden een ofte twee van den voorseiden
raede ende een secretaris, om met hen advies te tracteren de extraordina-
risse zaecken van dese landen die hen daer zouden moghen presenteeren
voor zyne hoocheit, ende door hen doen maecken de brieilng de voorseide
landen concernerende.
» Voorts mits volbrenghende tghene des voorschreven es, sullen de
voors. ghedepiiteerde, syne hoocheit presenteren aile ootmoedighe onder-
danicheit ende dienst, ende dat met aile moghelicke middelen de zaecken
sullen ghehouden werden in zulcken staete, dat men den vyandt noch sal
connen doen wycken, ende de grootheit van syne hoocheit vermeerdert,
ende dat de tractaeten te vooren ghemaect ende gheaccordeert met syne
hoocheit, werde ghemainteneert in aile haere poincten, ghelyck sy bidden
dat hy van synen weghe ooc wil doen.
» Ende ten eynde de coninclicke Majcsteyt van Vranckeryke soo veel te
nieer gheneghen sy om hem te verclaeren viandt van den coninck van
— 314 —
Spaingnion endc onse saecke aon te nemon gliclyck syii (ninlicii , Iwci^lk
es te vreesen dat hy daer toe niet lichtelick en sal te beweghen syn
alleenlyck in regarde van synen broeder , ten sy dat hy daeraf eenigiie
vruchten verwacht , ooc vreesende dat soo verder synen l)n)cder qname
deser wercld te scheiden sonder hoir aleer dese oorloghe ghceyndicht
waere , dat hy deselve aenghenomen soude hebben teghens een soo
machtighen prince als is de coninck van Spaingnien , tôt heure groote
oncosten ende bederf van synen hande , ende dat synen broeder ende hy
souden blyven ghefrustreert van de successie van desen lande, alsoo
volghens den tractaete van Bordeaulx , in dien ghevalle de staeten souden
vermoghen te kiesen sulcken anderen als hem soude believen :
» Sullen de voors: hunne ghedeputcerde belasten van te vraghen duer
interccssie van Syne Hoocheit met Syne Majesteit condudcren dat , tuglie-
valle Syne Hoocheit quaeme te sterven sonder kynderen, dat dese laudeii
sullen coninien an de croone van Vranckryke, op deselve condilien die
angegaen syn met Syne Hoocheit.
M Ghelesen in de vergadcringh van
de Generaele Staeten den x'w'"
novembris 1583.
Nous n'avons pu découvrir quels furent les députés chargés de celte
nouvelle mission ; toujours est-il que le "ii novembre ils n'étaient pas
encore partis, car à cette date les États, qui s'étaient réunis à Dordrecht,
envoyèi'ent en France, le seig'" de la Mouillerie ^ Antoine de Lalaing et
le docteur Van Asseliers, conseiller et premier secrétaire et audiencier des
Etats, afin d'annoncer au duc l'arrivée prochaine des ambassadeurs des
Etats, et de le prier de vouloir, entretemps, intercéder auprès du roi, son
frère, pour obtenir du secours pour les Pays-Bas et pour défendre (ju'on
fournisse, de la France , des vivres aux Espagnols.
Voici l'instruction dont fut chargé le seig'' de la Mouillerie :
• Antoine de la Laiiijj , scign"" de la Mouillerie , avait iHi' iiiaîtie d'hôtel de rarcliiduc
M.itlii;iK, cl fut fliariîé iiliisiciirs fois ilc missions diploniatii|ues iiniwirlanics.
— 315 —
» Instruction pour Mcssire Antoine de Lalaing, Seig'"" de la
Mouillerye et Jehan d'Asseliers docteur en droitz, conseiller, premier
Secrétaire et audiencier du Pays-Bas, qui delà part de Messeigneurs
lesEstatz, sont envoyez vers Son Alteze en France de ce qu'ilz auront
illecq adiré et traicter avecq Lad''' Alteze.
» Avant tout baiseront de leur part, en toute humilité, les mains de Son
Alteze , avec toute deue révérence et obéyssance.
» Et excuseront que les députez n'ont seu y venir sitoit comme lesd'«'
Estatz auroient bien désiré pour les raisons contenues en l'aultre instruc-
tion des députez, lesquels on reprendra icy, avec aultres qu'ilz seauront
adjouster
» Et declaireront que pour entre aultre faire leursd'° excuses , les ont
illec expressément envolez, ensemlile pour prier très-humblement Son Alteze
de ne vouloir rien diminuer de la bonne affection que icelle a jusques ores
démontrée et tant par les lettres que par la bouche du Seig"" d'Esprunaulx
par sa charge, et assuré de continuer de porter au bien et conservation de
ce pays; combien qu'ils nedoubtent de cela, puisque ce importe si grande-
ment à l'accroissement de la Grandeur.
» Et qu'ilz ont aussy charge de faire entendre à Son Alteze l'Estatz de
ce pays, l'affection que la pluspart des inhabitans ont de demeurer ses
humbles et très fidèles serviteurs et subjects ; l'effort que faict l'ennemy
pour cependant que nous n'avons assistence d'elle du costé de France , et
combien il importe à sa grandeur et de la couronne de France y en temps
pourveoir.
» Que les députez des Estatz ne tarderont beaucoup de venir pour
ensuyvant ce qu'ilz ont promiz ou traicté de Dendremonde achever ce que
pourroit rester à conclure estans desia leur instruction dressée et aulcuns
dénommez sur l'adveu des provinces.
» Et qu'entretemps ne fauldront d'emploier tous leurs moyens pour main-
tenir le pays contre les forces de l'ennemy.
25 XVI 23
— 316 —
» Et siipjilicrnnt liion liiimlilcment son Alleze que cependant veuille
intercéder et tant faire, vers Sa Majesté très chrestienne qu'elle soit dis-
posée d'embrasser très vivement nostre faict, et peser tellement comme
cela importe au maintiennement de sa grandeur, et luy déclairer qu'ilz ont
veu les Estatz et ceulx de ces pays mal disposez pour entrer en la reconci-
liation avecq Son Alteze, s'il n'est que le Roy se déclaire ouvertement;
s'asseuraiil qu'aultrement Son Alteze ne jouyrait du fruict désiré, en
dommageant sa réputation tant en royaulme de France que es Pays-bas,
et vers touts aultres princes estrangiers; et cest estât se confiant sur icelle
assistence tomberoit en évidente ruyne estant frustrée d'un si puissant et
redoutable appuy comme est le Roy de PVance, estant luy seul qui, entre
les princes chrestiens, peult faire teste à l'Espaignol.
» Et que pour incommoder à l'Espaignol et ses adberenè, Sa^Majesté
serait servie tant au regard de Son Alteze que pour le maintiennement
de sa grandeur, de la couronne de France, clore le passaige de Calais,
Maisiéres, et aultres vers l'ennemy et ne permectre qu'aulcuns Vivres et
munitions soient envoyez au pays estans soubz le commandement dud'
ennemy, soit par ses subjectz ou aultres de quelle nation que ce soit.
» Et s'il est objecté qu'on envoie de ces pays vivres à l'ennemy, diront
que, puisque Messeigncurs les Estatz consideroyent que l'ennemy estait
servy par France, Angleterre et aultres part de vivres et aultres cboses
nécessaires, ont mieux trouvé de convenir d'en tirant quelque fruict per-
mectre pour quelque temps jusques a ce que seroit par les princes voisins
aussy deffendu.
« Et comme pour niieulx pouvoir empescher que l'ennemy ne soit si
abondamment pourveu de cboses nécessaires lesquelles luy viennent non
tant seullement parce qu'on hiy amène en sesportzet passaiges de ces pays
directement, mais aussy la plusparl des pays, quartiers et villes à liiy
voisines, par lequel moyen il maintient son arniéegarnison et villes (oultre
ce que les Estatz sont aprèspour dell'endre généralement le conimeice avecq
l'ennemy et de ne mander on porter quelques vivres, nuinilions ou aultres
biens et marcbandises de quelle sorte ou qualité qu'ilz soient au pays par
luy détenuz) i!z ont aussy cliargé les biens qui vont aud''* villes et places
— 317 —
plus proches de quelque droict de eonglé, dont aulcunes appartiennent et
sont subjectes à sa Majesté.
• En oultre pourtant qu'ils treuvent par expérience que à cause qu'on
permet librement de toute sorte dés vivres munitions et matêriaulx duisans
pour dresser et entretenir armées et bastir des basteaux, envoier vers
Espaigne et y librement traficquer le roy d'Espaigne pour mectre en pied
et maintenir ses forces contre les Pays-Bas,, mais aussi par armées dé mer
forcer les royaulmes plus proches, ce que d'oibt faire doubter les rois et
princes voisins, puisqu'on scait que le désirer de gouverneur n'est jamais,
en prince ambitieux rassaisi, que les Seig""* Estatz ont trouvé bon permectre
la trafique si libre comme elle a esté par cy devant, ains l'accorder tant
seullement sur charge de payer droits et licences.
« De quoy ilz advertiront Son Altesse, et luy supplieront que par son
intercession il veuUetant faire vers sa majesté que lad^* imposition pour ce
qu'on amène aux villes voisines à l'ennemy et dont il se sert, aussy
l'empêchement qu'on donne à latraficque d'Espaigne trouver bon, et pour
aultant que besoin y soit approber, puisque c'est pour nuire nostre ennemi;
qui est aussy perpétuel émulateur de sa grandeur.
« Et comme il y a advertence que aukuns auraient de sa Majesté trés-
chrestienne obtenu, ou pourchasseroient encores d'obtenir représailles ou
arrestz contre les biens et personnes des subjectz de ces pays, ne respectantz
l'estatd'icelluy et les grandes charges delà guerre que leur fault supporter
pour les delTense de leur liberté, vies, femmes et enfants contre l'oppres-
sion de l'Espaignol, auquel ung chascun plustost leur debvrait donner
toute assistance qu'avec cette aftiiction y vouloir adjouster une aultre.
« Supplieront Son Alteze que son bon plaisir soit intercéder vers
Sad'e Majesté à ce qu'il ne veuille accorder lesdtes représailles ou arrestz,
et s'il a aulcunes accordées les casser, et advertiront bien particulièrement
et souvent messeigneurs les Estatz de ce quilz auront besoigné et de
l.'Estat des affaires illecq.
« Faict en l'assemblée des Estatz Gènéraulx à Dordrecht le -ay-ïù]" de
novembre 1583.
— 318 —
L'historien \Vagen;i;ir, nous apprend que les déjjutés envoyés en
France vinrent, au mois d'avril 1584, l'aire aux Etats-Généraux, qui se
trouvaient alors à Delft, un rapport satisfaisant concernant leur mission. Nous
ne possédons aux arciiives d'Ypres aucun document concernant le résultat
de cette embassade, mais nous y trouvons deux lettres, sous la date du
8 de ce mois de mars, l'une adressée au duc d'Anjou, l'autre au roi de
Navare, plus tard Heni'i IV. Dans ces deux lettres les États-Généraux
font connaître combien il est nécessaire de porter secours à la ville
d'Ypres, assiégée par les Espagnols et qui n'a plus d'autre espoir que
dans la France.
Voici ces deux lettres qui ne sont pas des moins intéressantes :
« Monseigneur. Nous ne scaurions exprimer la joye que nous avons en
aians entendu que V'''^ Alteze estoit ari'ivée en la cour à Paris auprès le
Roy son frère, nous asseurent que c'est pour le bien et advanchement des
affaires de ces pays. Prions au Créateur de donner sa grâce que ceste
entrevue soit pour une union fraternelle et perpétuelle. A quoy nous
voulons assister de nos prières, sachant bien combien il vous importe que
ainsy soit.
» Nous venons recevoir certaines advertences de Testât de votre pays
de Flandres et en quel estât les affaires d'illecq se trouvent et espécialcment
la bonne ville d'Ypres, estant tel que si bieutost ny soit donné le secours
que convient, que icelluy dutout se vat perdre et icelle ville subjuguée à
si grand pi'éjudice et cest estât et totale ruine de tant de bons bourgeois.
Cela nous occasionne, et pour aulti'cs grands respects, de supplier très-
humblement V'" Alteze en conformité de voz précédentes que icelle soit
servie secourir lad''' ville d'Ypre avec tous les moiens que V''' Alteze peuct
avoir à la main, d'aultant ([ue sur ce seul appui lesd'* bourgeois se
maintiennent ; et si de ceste résolution de V'*' Alteze, ilz poui'roient de par
elle estre advertiz, cela les encouragerait ; de plus asseurant V'"^ Alteze que
nous acheminerons les restants affaires tant de Sa Maj"' (pie des nostres
que n'y obmectrons riens et (pie la conclusion en sera prinse au plus grand
contentement de V''^ Alteze, tellement que nous espérons fermement que
— 319 —
sadt« Majesté et V""" Alteze remectront led' secours sur cette difficulté,
principalement au regard de ceste nécessité; prians sur ceste confidence.
» Monseigneur, donner à V'*' Alteze bonne et heureuse vie. De Delft
le viij" de mars 1584.
De V-'e Altese ,
j) Très-humbles et très-obéisants serviteurs ,
a Les Estatz-généraulx des provinces unies
des Pays-Bas.
Par ordonnance desd'^ Estatz ,
M. DE Hennin.
(Suscription).
» A Son Alteze.
« Sire,
» Les lettres que le S"" Constans nous at dernièrement apportées nous
rendent ample tesmoignage de la grande et singulière affection que V''''
Majesté a coutume de porter au bien et advanchement de Testât de
nos affaires, et comme notre debvoir et la raison nous commandent
correspondre autant qu'en nous est, aussy avons bien voulu advertir
V'^ Majesté que tascheront par tous moyens à nous possible d'ad-
vancher la délivrance de Monseigneur le Vicomte de Turaine h présent
détenu prisonnier de l'ennemy, pour la dévotion qu'il at monstre avoir au
service de Son Altesse et des pays de pardera ; estans très marris que pour
la difficulté des chemins et empeschements que l'ennemy donne aux entrées
et yssues de la ville de Gand , n'avons ceste fois sceu mener la négociation
dudt S'' Constans à telle fin que luy et nous eussions bien désiré. Toutes-
ibis prions V""" Majesté vouloir croire et s'asseurer que, non obstant son
absence, tiendrons tousiours la bonne main, et ne cesserons tant que
mond' Si" le viscomte puisse par échange ou aultrement estre m is hors
des prisons à entière liberté et franchise, comme n'avons rien plus à cœur
que de nous emploier à une œuvre si agréable à Dieu et à V'"'' Majesté
nous honorer de ses nobles réquisitions et commandemens. Au reste
recommanderons très humblement à V"' Majesté Testât de ce pays qui es*
à présent tel qu'il a besoing de la faveur et assistence de ses amys, sin-
-- 320 —
gui iérement au. regard de la bonne ville d'Ypres, qui- se trouve en bien
grande extrémité pour avoir soustenu le siège par l'espace de neuf mois,
de manière que, si elle n'est promptement secourue, est en certain dangier
de tomber soubs la tyrannie de l'Espaignol à la grande disréputation de
Son Alteze, et plus grand descouragement de toutes aultres villes des
provinces unies. Et d'aultant que nous nous tenons du tout asseuré de
vostre affection envers nous, n'en ferons icy ultérieure instance, sachans.
que V"^® Majesté tiendra volontiers la mains vers Son Alteze pour lui faire-
accélérer ses forces contre notre commun ennemy l'Espaignol, qui par la
longueur et cessation entrevenus s'advanche de plus en plus au détriment
de Son Alteze et de cesd^^ pays ,. lesquelz aspirent singulièrement au se-
cours que Son Alteze leur mande avoir prest par delà ; principalement
estant la réconciliation avec Son Alteze en telz termes, comme V'' Majesté
pourra entendre dud' S'' Constans, à la discrétion duquel nous remectans
finirons ceste avecq noz très humbles recommandations, prians Dieu vouloir
maintenir yy^ Majesté.
» Sire, soubz sa sainte et digne garde. Escript à Delft ce viij jour de
mars 1584.
n De V"» Majesté.
» Très humbles et très affectionnez en service,
les Estatz-généraulx des provinces unies des
Pays-Bas.
Par ordonnance des Estatz,
(Signé) M"" DE HeniNln.,
(Suscription)
» Au Roy de Navarre.
Le secours n'arriva pas, et un mois plus tard, le 7 avril, la ville d'Ypres.
fut obligée de capituler après un siège de près de neuf mois et une résis-
tance désespérée !
Deux mois plus tard, le 10 juin, le Duc lui-même succombaà Château-
Thierry, à l'âge de trente ans! Il mourut, selon les uns, d'une maladie
violente causée par ses débauches, selon d'autres, par le poison, et selon
d'autres encore de chagrin et de dépit de n'avoir pu réussir dans son
entreprise contre les provinces belges.
EXTRAIT DES PROCES- VERBAUX
DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE.
— MM. de Sinimbu, membre du sénat brésilien, et Grothe, premier
secrétaire de la Société historique d'Utrecht, adressent leurs remercîments
à l'Académie pour leur admission.
— • Plusieurs compagnies savantes remercient l'Académie de l'envoi de
ses dernières publications.
— Madame Hart fait part de la perte cruelle qu'elle vient d'éprouver
en la personne de son mari, M. Laurent-Joseph Hart, graveur en médailles,
chevalier des ordres de Wasa de Suède , du nichan-iftihar en brillants de
Turquie, desSS, Maurice et Lazare de Sardaigne, du Christ de Portugal,
de St-Sylvestre de Rome et du Lion de Holstein , décoré de la grande
médaille d'or de mérite de Suéde, membre correspondant de l'Académie
d'Archéologie de Belgique et de plusieurs académies et sociétés des Beaux-
Arts , décédé à l'âge de 4-9 ans.
La mort prématurée de notre excellent confrère M. Hart, l'un des plus
habiles graveurs de l'époque, affiige profondément les membres de notre
Académie , qui aimaient et appréciaient ce grand artiste, qui réunissait à
un admirable talent un noble caractère.
— L'Académie vient de recevoir les envois suivants :
1. De la Société des antiquaires de Poitiers, la 3'^ livraison de ses
Bulletins de 1859.
2. De la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, le tome troisième
de ses Mémoires et Documents de l'année 1859, ainsi que le n" 1 de son
Bulletin de 1800.
— 322 —
Tî. De la Société des arts et des sciences de la province du Brabant-
Septentrional, ses travaux de l'année 1859. *
•4. J)ii Comité flamand de France, le n" 17 — septembre et octobre 1859
■ — de son BuUetin.
5. De l'Académie royale de médecine de Belgique, le n" 12 du tome II et
le n° 1 du tome 111.
6. De la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, la
livraison de ses mémoires et observations de décembre 1859.
7. De l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de
Belgique, les n°^ 9 et 10 du tome VIII de son Bulletin.
8. De la Société des antiquaires de Picardie, le n^ 3 de son Bulletin
de l'année 1859.
9. De la Société de médecine d'Anvers, la livraison d'octobre et de
novembre 1859 de ses Annales.
10. De la Société littéraire de Louvain — Tael- en Letterlievend
Genootschap , — le rapport de sa situation et de ses travaux pendant
1858-1859.
11. Delà Société historiqueet archéologique deWestphalie, lelO'' volume
de son recueil intitulé : Zeitschrift fiir Vaierlândische Geschichte nnd
Alterlhumskunde, rédigé sous la direction de MM. le docteur Giefers et
l'assesseur Geisberg.
12. De la Société de médecine de Gand, les livraisons de novembre et
décembre 1859 de ses Annales.
13. De la Société archéologique de Béziers, la 2'' livraison du tome 1"
de son Bulletin.
iA. De la Société archéologique de Namur, la S*' livraison du tome VI
de ses Annales.
15. De la Société française d'archéologie pour la conservation des mo-
numents historiques, le volume de la XXV" session du congrès archéologique
de France; année 1859.
16. De M. le baron de Stein d'Altenstein, membre de l'Académie, ses
deux Annuaires de la noblesse de Belgique des années 1858 et 1859.
17. De M. le président de l'Académie, VAlmanach de Gotha de l'année
1800.
18. De M. le chevalier Camille de Boi-reman, membre de plusieurs
— 323 —
sociétés savantes à Liège, sa Notice sur les fiefs et les seiynenrs de lU'iini
et (le Momheeck.
19. Du journal de l'imprimerie et de la librairie en Belgique, lesn^^ 11
et t2 de 1850.
20. Du bibliophile Belge, le 5*= et le 6" cahier du tome XV de son
Bulletin.
2t. Du B. Père Terwecoren, les livraisons du 15 novembre et du 1 et
du 15 décembre 1859, ainsi que le 1^ n° de janvier 18G0du recueil
intitulé : Collection de précis historiques.
22. De M. Théophile Lejeane, membre correspondant, sa Notice sur
l'ancienne ahhaije de Lobhes. — Extrait des Annales du cercle archéologique
de Mons.
23. Du même, une Notice sur le village de Braije. — Extrait des
Annales du cercle archéologique de Mons.
24. De M. d'Otreppe de Bouvette, membre honoraire, la 31*^ livraison
— ■ janvier 1858 — de son recueil intitulé : Des souvenirs.
25. De M. Le Grand, membre effectif, sa traduction française de l'ouvrage
du professeur Stein sous le titre de : La constitution de la commune en
France.
26. De M. l'abbé Corblet, membre correspondant à Amiens, les n°^ 11
et 12 de 1859 de sa Revue de l'art chrétien. '
27. Du même, une brochure intitulée: L'architecture du moyen-âqe,
jugée par les écrivains des deux derniers siècles.
28. De M. Broeckx, archiviste-bibliothécaire de l'Académie, sa Notice
sur les médecins poètes.
29. Du même, sa Notice sur Josse de Harchies, médecin théologien
montois au XVI*^ siècle.
30. Du même, sa brochure intitulée : Notes sur le choléra-morbus
asiatique.
31. De M. Boucher de Perthes, membre correspondant à Abbeville,
divers n^^ du Pilotte — journal de la Somme et de l'arrondissement
d'Abbeville — dans lesquels se trouvent plusieurs de ses intéressants
travaux archéologiques, géologiques et paléontologiques.
3 s XVI -24
SUITE AU TABLEAU GENERAL
DES
MEMBRES DE L'ACADÉMIE.
3e Vice-Birésident :
"Sm. DIECERICK (le professeur J. L. A.) ' ^
Secrétaire j»er|»ét«el :
VAN DER IIEYDEN (Nicolas Jean.)
OililiotlBécaire-adjoiiit t
MAERTENS (le prul'esscur Euolakd.)
Mentbrcs eorres|ioiidaiits :
ROlUîEMAN (le chevalier Camille de), meinljre de la snciélé libre d'éiniilation et
dcrinslitut arcliéologiijue de Liège, membre correspondant dt; la société
scieiitiiique et littéraire du Limbourg, etc.
(iliOTIIE (.].), premier secrétaire de la société historique d'Utreclit, etc.
Iflenihre laonoraire :
SEIBERTZ (JeaN'-Suibert), docteur en pliilosopliie, conseiller ;iu tribinial à
Ariisberg, chevalier de Tordre royal de r.Vigle rouge de l'russe, nieniliir
de l'association historique et archéologique de Westphalie, correspon-
dant de l'académie royale des sciences de Munich et de phisiciu'S autres
SDcii'tés savantes.
SlNIMltU ilo sriialenr .loAs Lins ViEiUA Eansvnsm) dc|, ministi'c de ri-nipcrenr
du r.résil, etc., etc. à Rio-.laneiro.
TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES
coiileoues dans le 16' volimie des Annales de rAcadéraie d'Archéolode
de Belgique.
5^3S^
Notice hisloriqiie sur le village de Vinderhoute (Flandre-orientale), ses
droits féodaux et ses légendes; par M. Jules Huyttens, membre
effectif de l'Académie page 5
Rapport fait par M. Diegerick, membre de l'Académie, sur la Notice
qui précède » 3i
Extrait d'un ancien Ordinaire , qui prescrit les Ornements , Reliquaires,
Draperies, Vêtements, et autres objets du culte dont on doit se servir
pour toutes les fêtes de l'année , dans une église au XVIe siècle , par
M. Alexandre Schaepkens, membre correspondant » 36
Notice sur les Négociations qui ont eu lieu entre les Etats-Généraux et
le duc d'Anjou, après la tentative de ce prince pour surprendre Anvers
(1585. — Janvier à Avril); par M. I. L. A. Diegerick, membre
effectif de l'Académie (Suife) » il
La mort d'un bon Roi « 73
La mort du Président d'honneur de l'Académie » 78
Extrait des procès-verbaux et de la correspondance de l'Académie .... » 79
Supplément du tableau général des membres de l'Académie » 91
Guillan)ne de la Marck , seigneur de Lumey, amiral de la flotte et
gouverneur de Hollande sous Guillaume de Nassau, prince d'Orange,
(1566-1578), par M. Ed. Maertens, membre effectif de l'Académie. . . » 93
Communications de M. le baron de Ficrlant , membre correspondant de
l'Académie « 127
Famille de le Bidart de Thumaide et le chevalier Alphonse-Ferdinand
de le Bidart de Tlmmaide; publiciste, etc., par E. De Glatigni » 137
Mon séjour à Florence. — Souvenirs historiques par Ch. Van den Nest,
prêtre, conseiller de l'Académie. (Suite, voir p. 240, XV^ volume.) » 147
Extrait des procès-verbaux et de la correspondance de l'Académie » 1 58
Suite au tableau içéiiéral des membres de l'Académie » 163
— 326 —
De rinfliience de la religion sur TEmploi des mains, par P. Lansens ,
membre correspondant de l'Académie page 165
Une ancienne Crypte Romane, par M. Alex. Schaepkens, membre
correspondant de l'Académie, chevalier de Tordre de la Couronne de
de Chêne , etc » 201
Curiosités généalogiques, par F.-V. Goethals, conseiller de l'Académie. » 207
Choix d'épitaphes et d'inscriptions commémoratives sur monuments,
dalles et pierres funéraires en l'église paroissiale de St. -Paul ,
ancienne église conventuelle des Dominicains, à Anvers ; copiées
sur place avec annotations; communiquées par M. Barthélémy De
Proost , architecte , membre effectif de l'Académie » 223
Kxtraii des procès-verbaux et de la correspondance de l'Académie ' » 230
Supplément au tableau général des membres de l'Académie » 234
Notice sur l'ancien Comté d'Everghem, par J. Huy tiens, membre
effectif de l'Académie *» 235
Notice sur le frère Abraham de l'Abbaye d'Orval et les tableaux qui lui
sont attribués, parle docteur A. Namiir, Professeur-Bibliothécaire
à Luxembourg ; membre correspondant de l'Académie » 254
Notice sur les négociations, qui ont eu lieu entre les États- Généraux
et le duc d'Anjou, après la tentative de ce prince pour surprendre
Anvers (1583-1584); par M. I. L. A. Diegerick, membre effectif de
l'Académie. (Suite et fin.) » 289
Extrait des procès-verbaux et de la correspondance de l'Académie » 321
Suite au tableau général des membres de l'Académie » 324
-c>Ca>S)«>/30-
ERRATA.
Page 255 , 32" hgne , lisez : Fancheur , au lifu de Traiiclieur
Page 256, 23^ ligne, lisez: Daman, au lieu de Damon.
ANNALES
DE L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE DE BELGIQUE.
ANNALES
L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE
BELGIQUE.
TOME DIX-SEPTIEME.
ANVERS,
IMPRIMERIE J.-E. BUSCHMANN , RUE DES ISRAÉLITES ,
(Imprimeur de l'Académie d'Archéologie de Belgique),
1860.
RÈGLEMENT
DE
L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE
DE BELGIQUE,
FONDÉE LE 4 OCTOBRE 1842.*
But de r Académie.
Art. ler. — L'Académie est consacrée à l'archéologie, à la
numismatique et à l'art héraldique. Elle s'occupe de propager les
connaissances qui se rapportent à ces trois branches scientifiques;
de rechercher tous les monuments de la Belgique, et de créer une
bibliothèqiie, un salon d'antiquités, armures, médailles, manus-
crits, archives, copies de monuments, ouvrages héraldiques,
documents authentiques à l'usage des familles, etc. Elle s'engage
à fournir des renseignements et à donner des avis sur tout ce qui
concerne le but de ses travaux. — Son siège est présentement
établi à Anvers.
Composition.*
Art. 2. — L'Académie se compose d'un nombre illimité de
membres effectifs, de membres correspondants et de membres
honoraires.
' L'Académie a décide d'insérer dans ses Annales son Règlement, dont l'édition,
publiée en 1813, est épuisée.
— 6 —
Art. 3. — Les membres effectifs doivent être domiciliés en
Belgique. C'est parmi eux seuls que l'on peut choisir les officiers
et les fonctionnaires de l'Académie.
Art. 4-. — Tout membre qui cesse d'habiter la Belgique est
inscrit au nombre des membres correspondants ; mais s'il reprend
son domicile en Belgique, il redevient membre effectif, à moins
qu'il n'ait été nommé membre honoraire.
Art. 5. — Les memlires correspondants sont choisis parmi
les savants qui possèdent des connaissances spéciales dans l'archéo-
logie, dans la numismatique ou dans l'art héraldique^ et dont le
concours peut être utile à l'Académie.
Art. 6. — Les membres honoraires sont choisis parmi les
personnes les plus élevées en rang, et qui, par leur haute position
sociale, peuvent rendre des services à l'Académie; parmi celles
qui ont acquis, par leur mérite, de nombreux titres à la considé-
ration publique; parmi celles dont le nom rappelle de beaux
souvenirs et honore le pays; parmi celles enfin auxquelles l'Aca-
démie veut donner une marque de sa haute estime. Elle peut,
dans des cas extraordinaires, conférer même, comme un hom-
mage particulier, le titre de président d'honneur.
Art. 7. — Le président d'honneur, quoiqu'il fasse partie des
membres honoraires, jouit non-seulement des mêmes droits que
les membres elFectifs, mais il a la préséance sur tous les membres,
et est appelé à présider les séances auxquelles il se présente.
Art. 8. — Les membres correspondants et honoraires sont
exempts de toute cotisation; ils peuvent assister à toutes les
séances, mais n'ont que voix consultative.
— 7 —
Art. 9. — Tout membre effectif, correspondant ou honoraire,
qui publie un écrit quelconque, est tenu d'en déposer un exemplaire
à la bibliothèque de l'Académie.
Art. 10, — Tous les membres indistinctement qui appar-
tiennent à la noblesse, sont priés de faire parvenir au secrétariat
une copie coloriée sur parchemin de leurs armoiries respectives et
des notices généalogiques sur leurs familles , pour être conservées
dans le archives de l'Académie, afin de pouvoir former un dépôt
héraldique, destiné à la conservation des titres de famille. Dans le
même but, elle invite toutes les personnes nobles du royaume à
lui transmettre les documents généalogiques qui les concernent.
Art. 11 . — Tous les dons faits à l'Académie par ses membres,
ainsi que par d'autres personnes, seront inscrits et honorablement
mentionnés dans des registres spécialement destinés à cet effet. Le
nom du donateur sera cité, s'il n'exprime pas le désir de garder
l'anonyme.
Art. 12. — Chaque membre effectif, admis après la fondation
de l'Académie , verse entre les mains du trésorier une somme de
vingt francs pour frais de réception et de diplôme, et une cotisation
annuelle de la même somme, payable par semestre.
Art. 13. — Le membre effectif, désigné dans l'article précé-
dent, est considéré comme démissionnaire s'il se refuse à payer sa
rétribution.
Art. 1-4. — Le membre qui cesse de faire partie de l'Académie
perd tous les droits que son titre d'Académicien lui confère.
Art. 15. — Tous les membres effectifs, correspondants et
honoraires sont invités à faire à l'Académie les propositions ou les
communications qui leur paraîtraient intéresser celle-ci. Ces pro-
positions ou ces communications sont soumises au Conseil d'admi-
nistration , chargé de les examiner et d'en donner son avis à
l'assemblée L^énérale.
Art. 1G. — Tous les membres ont indistinctement le droit de
consulter l'Académie sur ce qui concerne l'objet de ses travaux et
de ses recherches, et de lui demander tous les renseignements
qu'elle est à même de donner. Ces renseignements sont fournis
gratuitement, sauf le remboursement des frais qu'elle aurait à faire
pour copies d'actes, de manuscrits, d'armoiries ou autrement.
Art. 17. — Toute personne qui a contribué à enrichir la
bibliothèque ou le salon de l'Académie, acquiert, quoiqu'elle soit
étrangère à celle-ci, le droit spécifié à l'article précédent.
Art. 18. — Toute personne qui désire être admise à l'Académie
doit se faire présenter par un membre, ou bien s'adresser par
lettre au Conseil d'administration, en appuyant son désir de ses
titres à l'admission. Le Conseil, chargé en premier lieu de l'examen
des demandes d'admission, les soumettra à l'assemblée générale.
L'assemblée générale, après avoir entendu le rapport et l'avis
du Conseil d'administration sur la présentation du candidat, décide
au scrutin secret si celui-ci est admis. L'admission a lieu à la
majoritéabsoluedesvoix. Le candidat auquel le ballotage n'a pas été
favorable, ne peut être de nouveau présenté qu'au bout de trois ans.
Aut, 19. — Chaque membre nouvellement admis reroit son
diplôme et un exemplaire du règlement.
Art. 20. — Tout membre qui s'est chargé de faire un rapport,
doit le présenter dans la séance fixée à cet effet, sinon il encourt
— 9 —
une amende de trois francs. S'il présente des excuses, elles sont
jugées par le Conseil d'administration; qu'elles soient admises ou
non , le rapport doit être fait, à moins d'empêchement légitime,
dans la séance suivante, sous peine de la même amende.
S'il a été arrêté que le rapport doit être fait par écrit, il sera
signé par chaque commissairea porte
d'entrée. Leur bordure est des plus élégantes et des plus gracieuses.
L'ensemble de ces quatre tableaux de laine cl de soie, pourrait
s'appeler : Délices de la rie champêtre. Il tant beaucoup de bonne
volonté pour y reconnaître une image des quatre saisons, comme
le veut la tradition. Il est vrai que les anciens tapissiers, ou plutôt
leurs dessinateurs , faisaient souvent contraster les sujets les moins
susceptibles d'opposition. Parfois, en été, vous vous trouvez au
milieu des neiges; en hiver, au milieu de la verdure, des tleurs.
Nous en avons une preuve au sujet de la troisième pièce en ques-
tion, laquelle est censée figurer l'hiver; mais quel hiver! Un
vieillard est assis, en plein air, auprès d'un calorifère à trépied,
non loin d'une table... Au fond, l'œil se porte sur des jets d'eau
en plein mouvement et de la verdure plus fraîche que jamais. Il
fallait, malgré ces licences, peu poétiques du reste, intiniment de
goût et de talent pour ne pas aboutir à l'absurde, car, il y a en
toutes choses une logique impitoyable qu'on ne saurait enfreindre
impunément. A cette époque, il était impossible d'obtenir l'harmo-
nie convenable des couleurs, et l'art du lajiissier se bornait à l'em-
20
ploid'iiii |t('tiliioiiiiiri' lie coiiIcmii's IViuichcs. — i!v l;i, (riiulivs (''carls.
Le dessinateur ne se faisait aiiriiii smipiile de mÔMinger les
costumes, en dépit des époques. Un anachronisme ne lui coûtait
rien. Dans la première pièce de tapiss(Mie, un ancien romain
coudoie une dame ék\i:^aûle du XVIIK' siècle. Dans la deuxième,
une de ces dames pince d'une espèce de guitare allemande, ou
sistre (chitarra tcdescaj, à trois cordes. Or, ce modèle ne fut
jamais adopté parmi nous, et la g-uitare française, sorte de sistre
allemand perfectionné se rajiprocliaiit de la i,niitare espagnole,
était montée de six cordes. Il fallait frapper le regard, éveiller
l'attention. Sous ce rapport, le tout est si bien entendu, soit Heurs,
soit arbres, soit costumes, que l'on pardonne volonticis ces quel-
ques disparates et inexactitudes, non moins que les peccadilles d(;
perspective et de dessin que l'œil du puriste y découvi'e. Nous
dirions volontiers de ces magnifiques tentures, ce que M. lîarbier
de Montault dit des anciennes tapisseries du Vatican, dont plus
d'une pièce, peut-être, porte les caractères des célèbres fabriques
d'Audenarde : « Instructives pour l'iconographie, elles ne le sont
pas moins pour les costumes de l'époque qu'elles reproduisent
fidèlement, avec toute leur richesse et leur élégance. Le dessin
est correct, les attitudes sont simples et sans prétention. On
s'arrête volontiers à les regarder, tant elles ont de charme; *. •
D'après M. Ach. Jiibinal, les tentures du moyen-âge se fabri-
quaient ])ar fragments que l'on rapprochait ensuite en les recou-
sant, tandis que les tentures modernes s'exécutent, dit-il, d'une
seul(^ pièce ^. Il ne faut pas rennonter au moyen-àge pour ren-
' Rome chrétienne (Tapisseries), dans les Annales Arcfn'ohf/itiiies do DiDiiON,
Paris, 1.S.55, T. XV, p. 23i.
* liecherches sur l'nsuije et l'urit/ine des tapisseries liistoriées, [i. !)0.
/
01
r^ 1 "
contrer des tapisseries formées de pièces rapportées : celles qui
nous occupent ont été confectionnées en partie d'après ce système.
Aucune de ces pièces n'est endommagée. Des dévasta lions
furent pourtant commises dans d'autres salons de l'hôtel, en 1795,
comme l'atteste un procès-verbal du temps. On y voit que deux
tentures en toile peinte, dont la valeur est généralement appréciée
aujourd'hui, ont été percées impitoyablement en différents endroits.
Les tapisseries seules ont été respectées.
Tous les dictionnaires géographiques, tous les indicateurs et
guides, toutes les histoires particulières et générales du pays, as-
signent une renommée exceptionnelle aux anciennes fabriques de
tapisseries d'Audenarde. Le croirait-on cependant? Dans le cabinet
des antiquités de cette ville, on conserve quelques modèles et outils
de tapissiers, mais on n'y voit pas un centimètre de ces tissus
dont des milliers de pièces ont été fabriqués, pendant quatre siècles.
Il y a deux ans à peine, la ville eut l'occasion d'acheter une ma-
gnifique chambre historiée. Un étranger, parisien, dit-on, s'en est
emparé depuis. C'est de cette tenture qu'il est parlé dans
V Histoire de Léopold, on sait à quel propos : « A x\udenarde,
y est-il dit, la salle de l'hôtel-de-ville, où le roi et la reine dijièrent,
fut tapissée en tapis fabriqués à Audenarde même, et qui rappellent
le haut degré de prospérité où cette industrie était alors portée ^ •
C'était un double souvenir. L'occasion était belle : elle ne se re-
nouvellera plus. Quand les visiteurs du cabinet d'antiquités, qui,
depuis l'établissement d'une voie ferrée, deviennent de plus en
plus nombreux, demanderont quelque jour un échantillon des
' Histoire rh Lrcipold premier . rai îles Belges . Bruxelles, 18;J5, pp. 278
ol 279.
réièhres lahriqiies de ta[iisseries d'Audenarde, il faudra furcéiiient
les enYoy(!r au Louvre ou au Vatican,
Quant aux modèles, il serait vivement à souhaiter que ceux
qui s'occupent de recherches sur les tapisseries anciennes, s'atta-
chassent à étendre leurs investigations aux patrons et aux artistes
(liii les exécutaient. Non seulement ces renseii-niements seraient
précieux pour l'histoire de l'art, mais ils nous permettraient d'éva-
hior imaginairement, les nombreuses tapisseries perdues, et d'as-
signer une date approximative à celles qui nous ont été conservées.
Parfois même elles aideraient à constater leur lieu de fabrication.
M. Lacordaire, dans la troisième édition de sa notiGK3 inté-
ressante sur les tapisseries des Gobelins, publie un superbe dessin
de la tapisserie de rinstitution du Saint-Sacrement « pièce donnée,
dit-il, en 1586, à l'église de Saint-Médéric, par maître Pierre
Guiche, l'un des curés de cette paroisse, qui y est représenté. »
Or, dans le registre d'une des anciennes corporations d'Audenarde,
que nous avons décrit en détail * , figure une aquarelle à peu près
semblable, datant de 1579. Il est certain que les aquarelles qui
décorent ce registre, ne sont qu'une réduction d'anciens patrons,
faite, au prix de quelques sous, par un peintre attaché aux
manufactures d'Audenarde, à une époque calamiteuse qui força
les tapissiers à fermer leurs ateliers. Ces contrastes heurtés,
l'emploi exclusif des couleurs franches, la sobriété calculée des
nuances intermédiaires, ne laissent aucun doute à cet égard. Voilà
donc les manufactures d'Audenarde se trouvant reproduire, presqu'à
la même date, un sujet identique, pour les détails et l'ordonnance,
à celui que fournit une fabrique de France, supposé que la tenture
* Mc.ssa(jer de->> .Scieitas histmiqurs . aiiiice 1S54, p. 446.
— 23 —
décrite par M. Lacordaire provienne de ce pays. Les réflexions
se présentent en fouie. Nous n'en ferons qu'une seule, en termi-
nant : c'est que les manufactures d'Audenarde rivalisèrent long-
temps, si elles ne les surpassèrent pas, avec les plus célèbres ateliers
de la France, non-seulement pour la perfection matérielle de leurs
produits, mais pour l'importance et la beauté des sujets qu'elles
représentaient sur ta laine et la soie.
RECHERCHES
SUR
LES REJOUISSANCES
AUXQUELLKS LA RENTRÉE DES RÉCOLTES DONNAIT LIEU DANS LES
ILES BRITANNIQUES ;
M. Émilien DE WAEL ,
Membre correspondant de l'Académie d'Archéolojcie de Belgique , de la Société
d'Horticulture de Mussachusetls , de l'Iustilut d'Essex , Conservateur de la
Société Paléontologique de Belgique. ''
(^^'CS èri
t In han-est time, harvest folke, servants arjd ail ,
» Should malie , altogellier , good cheere in llie hall ,
» And fillout the Idack bol of Ideith to tlieir song,
» Ant let them be merie al harvest time long.
» Once ended Ihy Harvest, let none be begilde ,
» Please such as did piease thee, man, woman and child.
1" Thus doing, with ahvay suche helps as they can ,
» Tbou vvinnest the praise of the laliouring man. «
TussEU, Five poynls of Husbandrie, Atigiist.
Que des réjouissances à l'époque de la moisson , sont d'une
coutume fort ancienne, il n'y a aucun doute, et remonter à leur
orii^nne première est impossible, puisqu'elles se perdent dans le
vague du temps.
Macrobe * nous dit que chez les païens , les chefs de famille
avaient l'habitude de fêter la rentrée de la moisson en commun
avec ceux qui y avaient mis la main ; mais Bourne ^ croit que
cette coutume nous vient des Juifs et cite pour autorité Hospinian^,
' Macrobius, Sntunial (lie prim., cap. 10.
' IJoCRNE, Antiq.vuhj., cliap. XXXI.
' HusPlNlAN , de oriij. fcsl. jud. stukius anl. convie, \>. 63.
— 25 —
qui prétpnd que c'est d'eux que les payens la prirent, oftVant :i
leur exemple les premiers fruits aux dieux, à la fin de la moisson.
Fixer l'époque de l'introduction de cette coutume en Angleterre,
n'est pas moins difficile. Moresin ' nous dit que les pajtistes
avaient l'habitude de rapporter chez eux à la tin de la moisson
des chapelets de blé, qu'ils suspendaient à des potaux, que l'on
olFrait alors un sacritlce sur l'autel, en si^ne de remercîment pour
la récolte et que l'on adressait à Dieu des prières pour demander
du repos, de l'aisance; mais Vacina ou Vacuna (dérivant proba-
blement de Vacmido pour désigner le repos et l'aisance) était chez
les anciens le nom de la divinité à laquelle les laboureurs offraient
leurs ovations à la fin de Ja moisson 2, il nie paraît avec lui qu'il
y a un fond d'idolâtrie.
Eugène Aram ^ pense que cette habitude date du temps du
paganisme, ou tout au moins est une cérémonie judaïque, et
est par conséquent beaucoup plus ancienne qu'on ne le suppose
généralement; cette coutume se serait conservée pendant des siècles,
• Comme une juste expression de la gratitude humaine pour la
munificence divine . (tel est le sens des paroles de cet homme
extraordinaire qui a si malheureusement fini). Comme appui à son
idée que ce serait au moins un rite judaïque, il cite Leviticus ^,
et il referre à l'hymne à Apollon par Callimachus , pour preuve
à l'autre hypothèse; observant que les païens commettaient à
l'occasion de cette fête une méprise assez grande,' en ce qu'ils la
* Moresin, Papatm, p. 173 in v. (Vacina).
* MouESiN, Papaius , p. 173 in v. (Vacina).
' Life ofEut/cne Aram, i>c édition, p. 71; Essay on mell siipper and shouting
Ihe rhum.
* Leviticus, XXIII, 39.
— 26 —
consacraient à Apollon ou au soleil, seconde et non pas première
cause, puis il ajoule. cpie du pain et des g^àteaux (cakes),
faisaient partie des oflVandes hébraïques * et qu'un gâteau (cake)
mis sur la tête de la victime, complétait les ofilVandes grecques à
Apollon -.
Mais Apollon, continue Aram, perdant sa divinité avec les progrès
du christianisme, les moissonneurs ont jugé à propos de manger
entre eux ce qui primitivement éiait oftert au dieu ^. D'abord le
pain et les gâteaux étaient faits de nouvelle farine, mais peu à peu,
ceci fut moins observé et on tit à la fm indifféremment usage de
vieille ou de nouvelle farine.
A quelle époque cette coutume s'est répandue en Angleterre, je
n'oserais le fixer; cependant tout porte à croire, qu'elle y fut
introduite par les Romains. En plusieurs endroits une fête à
l'occasion de la moisson a encore lieu, mais presque partout elle
a existé, ici c'était sous le nom de Harvest-Home, là Mell siippcr,
en d'autres Harvest supper, Feast of ùigathcring etc. *.
' Leviticus, XXIII, 13.
* Homère , Iliade, L. I.
' Dans l'île de Sky il est peu (rciulroits où l'on no trouve quelque pierre (rude
stone), consacrée à Gruagach ou .\\w\\on. {G enlleman, Mar/azine , feb. 1795,
p. 124, from some réflexions hy tlir Bcik Donald ni queen of kilmir m the isle
of Skjj.)
* L'étyinologie de quelques-unes de ces expressions est fort vague et par con-
séquent plus d'une a été donnée ; Eugène Aram dit que mell pourrait dériver de
mcal (farine), mais aussi de l'instrument nommé mell, que Ton employait ancien-
nement pour réduire le blé en farine dans un mortier. — Df Jamieson , Etjimo-
lof/iral Dirfionanj of Srottish lanf/itai/e. v. (mell), donne au mot mell, celui de
Company pour synonyme. ■ — D'" Kl.i.is, Observai ions on popular aniif/uelies by John
Drand , arranyed d; revised willi addilionhy Henri Kllis , London 1813, "2 v.,
p. 446 , pense que mell peut provenir du français mesler , maître et valet man-
geant ensemble; d'autres le font dériver du mot teulonique mehl (farine) L'ex-
pression de mell-supper pourrait encore provenir de ffi<?rf-5y/>. (the reivard suppen,
Faaas, Ohserv. on papiil. antiij.
07
Il y avait des endroits où l'on ne tenait pas seulement un md\-
siipper, mais aussi un kurn-suppe)\ ou kern-snpper , comme on le
proiionci' dans le Nortliumberland ^ et entièrement diflerent l'un
de l'aulre dans leur cause. Le kurn-supper ayant lieu quand tout
élait fauché - et le mell-suppcr lorsque tout était rentré. D'après
Eugène Aram, kern-supper ne pourrait être qu'improprement
confondu avec corn-supper, attendu que la première expression
provient de chiirn-supper ^ ou pour être plus explicite, de ce que de
temps immémorial il était d'usage dans quelques contrées démettre
une grande quantité de lait f^creamj dans une baratte /^c/mr/ij que l'on
faisait circuler à la ronde dans des coupes. Cette coutume existait
encore à l'époque de la mort d'Eugène Aram (août 1759) aux
environs de Whitby et de Scarborougli, dans la partie orientale
du Yorkshire et aux environs de Gisburne dans la partie occidentale
du même comté; ailleurs le lait a été remplacé par de Vole et le
churn par iankard (pot à couvercle) ^.
Avant que je détaille quelques-unes des pratiques qui se tenaient
à l'occasion de la moisson, je ferai observer que ce n'était pas à
la rentrée des céréales qu'elles se bornaient, mais qu'encore la
rentrée du foin, se terminait par des réjouissances, si bien dé-
crites dans les Hef^perides dont je citerai quelques vers pour montrer
combien par le fond elles ressemblaient à ce que je décrirai ci-
après :
» Corne with tlic sprinixlitno forth f;iir maid aiid be
» This year agaiii the Mettdmc's Deilij
» Yet ère ye enter, give us leuve to set
» Upon your head this flowry corooct;
' Observations on pop. antiquités, vol. II, p. ii9.
* Eugène Aram, Kssmj on mell suppprnnd shouiin'j the churn.
' Observations on pop. aniiq., vol. II, p. i49.
— 28 —
» Tn inako tliis iicat (listiiiclioi) (Vdiii llie rcst,
» Yoii arc tlio l'riiiic aiul llic l'iiiic»;sse ol' llio FcasI :
» To wiiicli, willi silver foct leaii you flio way
» Wliile sweet Itreath niinplis attend on you this day
» This es your lioure; and best you inay conimaiid,
» Since you are Lady of tlie Fairie laiid.
» Full niirlli wait on you, and sucli uiirlli as sliall
« Cliorrish tlie clicok l)ut luako noue IjIusIi at ail '
Dans Il's comté de Kent on avait des réjouissances à ])eii près
semblables à la rentrée du houblon. - Ilutchinson, ^ nous cer-
tifie que dans le Durliam, la coutume dont il s'agit existait; il l'y
croit évidemment introihiite par les Romains : on y faisait dans le
temps de la moisson une figure de Cérès, que l'on plaçait dans le
champ, pendant qu'on y travaillait, pour la rapporter à la maison,
quand tout l'ouvrage était terminé, et cela avec de la musifjTie et
de grandes acclamations, après quoi on teiudt une fête nommée
mcll-supper, à l'instar de l'ancien sacrifice où l'on mêlait la nou-
velle farine.
Paul Ilenlzner ^ dit avoir vu la dernière charette de blé cou-
verte de (leurs, autour de laquelle on promenait une figure riche-
ment habillée, qu'il criU devoir représenter Gérés, homiiuîs et
femmes as is tant bien que mal sur la charette ne cessaient de
chanter qu'au moment de l'arrivée à la grange. Dans le Ilert-
fordshire des hockneij cakes étaient distribuées aux ouvriers. Le
' IIeruicks, Ilcsperi<l('s, p. IGl. The mc.adoiv verse, nr anirersiiri/ to
mistress Iiri(l(/el Lnwnuin.
' SwAKTS, Hop fjardeii, h. Il, 1. 177, i", Loud. 17r):2. (loinpelioa (imoti;/
the hop-pirkers.
=* Hutcminson's Ihirhnm, v. XI, p. .Wlî, Varish nf Easinulon.
* Paul Hknt/nku, a Journay into Eiijjtund in the ijear 1508, 8". Slniioh.
Inll, 1757, p. 79.
- 29 —
hockney cart était celle qui emportait la dernière charge et les
ouvriers courraient autour avec des rameaux à la main et les
chevaux étaient parés de même ^ Dans d'autres parties du Hert-
fortshire ainsi que dans le Shropshire on a à l'occasion de la
moisson ce que l'on y nomme Crying the mare, la dernière gerbe
que les moissonneurs lient est appelée mare, on la place à quel-
que distance, pour jeter après avec les faucilles, celui qui coupe
le lien oblient le prix, aux grandes acclamations de ses compagnons; à
Iletchin, dans le même comté, chaque fermier rentre la dernière
charge, au plus grand trot de ses bètes. Ses ouvriers le pour-
suivent avec des jarres d'eau pour lui jeter et tout ceci avec grand
bruit 2. Dans le Bedfordshire en pareille saison on a a Jack and
a GUI ^
Dans quelques parties du Yorkshire on a une Harvest Dame ^.
Tandis que dans d'autres on a comme ci-dessus une gerbe proposée
pour prix, c'est à qui l'emportera; puis quand tout est rentré on
a un festin qu'on nomme The inning yoose ^.
Dans le comté de Kent on a une Ivy girl; c'est une figure faite
du meilleur blé dans le champ et tournée aussi iii^'n que possible
dans une figure humaine, que les femmes attifent de garnitures
de papier, coupé en bonnet, mouchoir, manchettes, (on the finnest
lace), et laquelle rapportée à la ferme avec la dernière charge en
titre, les garçons fermiers à souper aux dépens de celui qui les a
employés 6. Cette coutume existe presque encore partout sous cette
' Salmon's Surrey Herfforrhhire , v. II, p. 4.15.
* Observ. on pop. antiq , v. II, p. 443.
' Id., V. II, p. 444.
Md , V. II, p. 444.
= Id., V. II, p. 444.
" Id., V. II, p. 442.
— ao —
forme en EcosiC, mais la Hj^uve appelée Corn Ladij ou Corn
Maiden n'est qu'une petite paquelle de blé liée ensemble et qu'on
suspend dans la ferme ^
Dans quelques parties du Northumberland c'était une figure
bizarrement ornée, couronnée de fleurs, une gerbe de blé sous le
bras et une faucille à la main, que les moissonneurs portaient le
matin du jour où ils comptaient mettre la dernière main à la
moisson et cela avec musique et grand bruit du village au champ,
où on la fixait avec un bâton pour l'y laisser tout le jour; l'ou-
vrage terminé ils la rapportaient comme elle était venue, on la
nomm^ii Harvest Queen, et semblait devoir représenter Gérés 2.
Ceci existait encon; il y a un demi siècle, mais sous la déno-
mination de Harvest Doll ou Kern Bahij, ce qui paraîtrait devoir
signifier Cern, Corn et Bahy, (image; ".
Dans quelques endroits du Devonsliire, à \Yerington par
exemple, les moissonneurs li^'ul les derniers épis ramassés dans
une forme bizarre, que l'on rapporte à la ferme pour la suspendre
au-dessus de la table et l'y laisser jusqu'à l'année suivante. Le
propriétaire tiendrait pour un grand malheur de l'en voir disparaître
et pour aucun prix ne voudrait s'en désaisir. Cette figure s'y nomme
Knack et lorsqu'elle est entièrement faite, une personne se place
au milieu du groupe, la tenant en l'air et criant trois tuis ce mut
pour qu'un chacun le répèle, puis il ajoute :
Wol! dit ! wcll jjoiind
Wi'll scl)ocl\cd ! well savecl from tlic irrouiKi *
* Ohsei'v. nn pap. miti'/., vcl. 11, p. ii3.
* HlîTCUI.NSn.N, Jlisfarn nf Xorthianlierlnml. \. II, el fiiiem , |). 17.
' (Jbsi'rvation.'i un jinp. 'uiinj., vni, il, p. lî:!.
* D.itis qiii'lijîios fii.lioils (Il di: p.ir ini>r|ii:T!," : wcll Sf.iili'rcd lu ihr ipruun'l.
puis elle crie îvhoop^ ce que tous répètent de toute la force de
leurs poumons *.
Les paysans du Warwickshire, ont un jeu à l'occasion de la
rentrée de la moisson, un individu est choisi pour jug-er tous les
forfaits commis pendant cette saison. Celui trouvé coupable est
couché sur un banc, et on lui donne des coups de souliers. C'est
ce qu'ils nommaient : giving them tJie boots -.
En Ecosse on a presque partout des réjouissances de ce genre,
mais la coutume la plus générale, il y a cinquante ans, était de donner
ce qu'on appelait : a maiden feast à la fin de la moisson, il s'en
suivait que la dernière poignée de blé ramassée, se nommait :
the maiden, et elle était destinée à la plus jolie fille du champ ;
entourée de rubans, celle qui était choisie, l'emportaitau son du violon
et des cornemuses, un grand dîner était donné à toute la bande et la
soirée se passait en joyeusetés et danses. Celle à qui on avait
remis tJie maiden, était la reme de la fête ^.
Cette poignée de blé était généralement liée en forme de croix,
on la suspendait dans l'emplacement le plus visible de la ferme avec
l'inscription de l'année. J'ai vu plusieurs ferme en 1835 où il y
avait encore de ces croix de conservées, mais aucun propriétaire
n'eut voulu se désaisir de ces reliques de famille.
Quoi qu'il y ait encore aujourd'hui des endroits où cette coutume
existe, elle tomba presque entièrement en 1797; la coutume pré-
valut alors de donner une pièce de 6 pence et un pain à chaque
moissonneur ^ il y avait cependant encore, comme il en est
* Observ. ou pop. antiq., vol. II., p. 442.
' Steevens, last édition of Shakespeare , vol. III, p. 171.
" Statistical account of Scotland, vol. XIX, p. 550, 8". Ediinb. 1797, Paiish
uf Longlorijan in the lAnintij of Perth.
* Id.,
— 32 —
(Micnre aiiiouririnii, des fermiers qui donnaient on repas à tous leurs
ouvriers et (|ui leurs permettaient de s'amuser toute la soirée à
leur façon.
Il existait en 1797 une famile depuis environ un siècle dans le
Cupar grange estate, dont le fermier tenait un joueur d'instrument
fa piperj tout le temps de la moisson, lequel se mettait à souffler
aux oreilles de l'ouvrier traînard •. On m'a assuré que dans quelques
endroits on fait encore aujourd'hui corner par des enfans derrière
les ouvriers paresseux.
Dans l'Ile de Sky le premier qui avait terminé sa moisson (en
1795) envoyait une jioignée de blé à son voisin, lequel aussitôt
qu'il avait tini l'envoyait à un auti'e qui n'était pas aussi avancé et
ainsi de suite jusqu'à ce que tout le blé était coupé. On ap^jelait
cette petite gerbe, the Cripple goat et aussi Gaobbir Bliacagh, elle
restait au fermier le plus en retard comme un reproche à sa paresse,
ce qui l'obligeait de rentrer chez lui, aussitôt qu'il pouvait, pour
échapper aux huées. ^
D'* Johnson ^ parle d'une moisson qu'il avait vu dans les
II(''brides, les coups de faucille resonnaient en cadence sur un
harert-song que tous les moisonncurs chantaient à la fois ^.
* Statistical account of Scotland, vol. XIX, p. 348, 8". Ediinb. 1797, Parish
of Bandothjj, Coiinty of Perth.
* Gent.lemn7i Muf/azine, feb. 1795, p. IS-i. From some rcjhxions by the rcv.
Donald. M. Queeu of Kihnir in llie Isle of Sky.
= D'' Johnson, Four of ihe Hébrides.
* Que des Harvast somjs existaient aiicieniiemeiit il n'y -i aucun doute.
Bisiioi' Kennett en parle dans le Glossary de ses Parochial anliquities au mot
dylenum. Hemines de Hedynyton ad curiam Domini sinyulis annis inter fesds
S. Michalis el festiini S. Martini, venieni cnm loto et pieno Dyteno, sic.iH hartenus
roiis-in'vi'riint. D.'iis les Ohl Ixillads histiiriral et narrative eollected by Thomas
Evans in-i" vol ïlHi, London, (ni eu Irouvc (jii('l(|ues-iuis.
— 33 —
Il est à remarquer que les His^lilanders d'Ecosse ont encore
l'habitude de faire tous les ouvrages où plusieurs prennent part
et qui demandent quelque régularité, au son de quelque chant qui
souvent n'a aucune idée et marque seulement la mesure.
L'ancien chant procéleusmatique qui animait les rameurs des
galères pourrait bien avoir été du même genre. Le Hébridiens
au temps du Dr Johnson, avaient l'habitude de chanter en ramant.
Dans quelques-unes des Hébrides et dans les îles Orkneys il
existait, et je ne m'étonnerais pas si cela existait encore, une sin-
gulière superstition : il était un jour où les manants s'abstenaient
de travailler au champ, à l'époque de la moisson, parce qu'une
ancienne tradition leur disait que s'ils s'avisaient de travailler le
sang jaillirait des sillons *,
Il y aurait moyen de continuer les citations à l'infini, je crois
avoir démontré suffisamment l'antiquité de l'usage.
' Brand. Description ofthe orkney Irland, iii-i". Edirab. 1805. —Martin.
Description ofthe matern Irland of Scolland, p. 368.
'25 XVII
CURIOSITÉS GÉNÉALOGIQUES
F.-V. Ci®ETM Ali!!» ,
Conseiller de l'Acatléiiiie.
II.
DE VOS.
I. Robert de Vos, ('chovin du village de Nederheembeek, mort le
9 janvier 1627, épousa Elisabeth van Wasse.nhoven. Il gisent à Neder-
heembeek. Leur pierre tumulaire portait l'inscription suivante :
Hier legt begraven Robrcght de Vos, scbepenen van Heem])eck, die sterft den
9 january anno 1627, ende Elisabeth van Wftssenhoven, syiie luiysvrouwe,
sterft hebbeii t' saemen geliuwd geweest 54 jaeren. Ridt voor de zielen.
De ce mariage naquit un fils, savoir :
II. Jean de Vos épousa Marie van Ophem, décédée le 4juin IGGI, fille
de Henri van Ophem et d'Anne Lemmens. Jouissant d'une belle fortune,
il forma le projet de la mettre à proiit, en donnant une brasserie à chacun
de ses garçons, capables den faire l'exploitation. L'idée d'accaparer succes-
sivement le commerce de la bière était un projet coUossal dont l'exécution
ne fut pas au-delà de leurs moyens.
Jean de Vos et Marie van Ophem ont laissé huit enfants, savoir :
4o Anne de Vos, née à Nederheembeek le 10 octobre 1(51 4, se niiiria, le 12 mai
1037, à lY'gHse de ce village, avec Martin Draelant ;
2" Jean, (|iii suit :
3" LaiiilxTl riK Vus, m' lo 24 dcldlire IfilH, s'est étalili à Lcnilieek ;
— 35 —
-iu Gilles DE Vos, né à Nederlieembeek le 5 octobre 1 620, épousa Anne de Trop» .
Il vint s'établir en qualité de brasseur à Bruxelles, rue de l'Évêque.
De ce mariage naquit une fille, savoir :
Marie de Vos, née le 12 juillet 1651.
5" Josse DE Vos, marchand de vins à la maison de Blé à Bruxelles, né à
Nederheembeekle 19septembre 1622, épousa, enl648, Madelaine/iom/ww/s,
née le 10 mai 1629, décédée à Bruxelles et inhumée aux Récollets,
fille de Henri Rombantsei dTJisnbelh van der KJst. De ce mariage naquirent
quatorze enfants, savoir :
A. Jean , mort en bas-âge ;
B. Jacqueline de Vos, née le 2i septembre 1650, déoédée le 11 avril 1737, à l'âge
de 87 ans, se maria, en 1669, avec François van Ciitsem, brasseur, mort
à Bruxelles le 10 février 1711, fils de Henri van Cutsem et de Catherine
vati Lelieboom;
G. Jean de Vos, récoliet sous le nom de Bernard, né le 23 juillet 1652, mort en
1727 et enterré à Bootendael;
D. Madelaine de Vos, née le 21 mars 1654-, décédée le 3 octobre 1736, k l'âge de
83 ans, et inhumée aux Grands-Carmes à Bruxelles, se maria en premières noces
en 1675, avec André Ydens, fils de Jean-Baptiste Ydens et de Catherine de
Bucker ; et en secondes noces avec André Aertsens, mort le 28 janvier 1725
et enterré aux RécoUets à Bruxelles ;
E. Anne de Vos, religieuse à Gortenberg, née le 23 mars 1656, jubilarisée le
11 septembre 1725;
F. André de Vos, né le 15 février 1658;
G. Marie de Vos, née le 23 mai 1660, décédée en bas-âge;
H. Henri de Vos, né le 2 juin 1662, mort jeune;
I. Josse de Vos, né le 7 septembre 166i, mort jeune;
J. Ehsabeth de Vos, née le 25 décembre 1665, décédée en bas-âge;
K. Josse de Vos, moine à l'abbaye de Grimbergen , né le 7 septembre 1667, mort
le 3 janvier 1691, âgé seulement de 23 ans;
L. Catherine de Vos, née le 6 juin 1669, décédée le 11 juin 1753, à l'âge de
84 ans, se maria en premières noces le 5 octobre 1686, avec Jean-Baptiste
vander Straeten, mort le li février 1690; et en secondes noces, le 8 août
1690, avec François Sievens, mort le 21 février 17i6, fils de Jean Sirvens,
receveur de la vénerie royale aux Pays-Bas, et de Jacqueline Ydens;
M. Elisabeth de Vos, née le 25 mars 1672, décédée en bas âge.
N. François de Vos, né le 8 juillet 1671, mort en 1697.
5. André DE Vos, né le li août 1624, mort à Bruxelles le 15 juillet 1678,
l'pousa Elisabeth Sammels. Nous donnons leur descendante, ci-iiprès;
— 36 —
6. Henri nE Vos, chaiidaiii ilo la collégiale do Saiiilc-(îudiilf' à Bruxelles, né le
18 avril 1(i!28, mort le 5 janvier 1684, âgé (h; 06 ans, et enterrée
Sainte-Gudule ;
7. George de Vos, né le 5 février 1630, mort en célibat et enterré à Neder-
heemlieek ;
8. Pierre de Vos, né le 3 novembre 1632, mort le 3 juin 1671, âgé seulement
de 39 ans, et enterré à Nederheomheek, épousa, en 1662, Elisabeth
van der Veken, qui convola avec Philippe Van den HoiUcn.
Pierre de Vos laissa quatre enfants tous nés et baptisés à Nederheembeek,
savoir :
A. Arnoud de Vos, né le 25 novembre 1665; mort le 19 juin 1691;
B. Anne de Vos, née le 3 mars 1667;
C. Barbe de Vos, née le 12 février 1671, se maria avec Pierre Brmjlants;
D. Madelaine de Vos, née le 7 octobre 1669, mariée : 1" à Philippe Jacobs; et 2» le
29 janvier 1696, à Luc Straeimans. •
m. Jean de Vos, brasseur, rue de Flandi^e à Bruxelles, né à Neder-
heembeek, le 10 juillet IGIG, épousa Anne van Steensel, fille de Jacques
van Steensel et d'Anne Mertens, dont :
1 . Josse qui suit :
2. Jeanne de Vos, née à Bruxelles le 23 décembre 166i et baptisée à Sainte-
Catherine, décédéc le 6 avril 1731, se maria avec Charles Wouwennans,
mort le 6 février 1734, à 68 ans, fils de Henri Wouwennans et d'Anne-
Marie van Meldert. Ils ont été inhumés à l'église de Finis-Tcrrae, à
Bruxelles.
3. Marie de Vos, née à Bruxelles en 1662, et baptisée à Sainte-Catherine,
décédée à Bruxelles le 21 avril 1706, âgée de 41 ans, et inhumée à
Sainte-Catherine, se maria : 1° avec Barthélcmi Meulepas , mort le
28 mars 1700 et enterré à l'église de Sainte-Catherine susdite et
2" le 1 octobre 1701, avec Josse d'Hamere, apothicaire à Bruxelles,
né à Gand le 6 juin 1674, mort le 1 décembre 1754, âgé de 80 ans, et
enterré à Sainte-Catherine. Il convola avec Elisabeth Wufelaers.
IV. Josse DE Vos, premier officiai des états de Brabant au bureau du
receveur Van Veldon, né à Bruxelles au mois de décembre IGGf) et
baptisé à Sainte-Catherine, mort le 25 novembre 1713 et enterré à l'église
Sainte-Catherine à Bruxelles, épousa, en janvier 170-4, Anne-Claire Denys,
née en 1G88, décédée le 28 juin 1741 , âgée de 53 ans , et inhumée à
— 37 —
Luxembourg, fille de Jacques Denijs et d'Anne Loyaerts. Elle convola avec
Pierre-Charles, baron de Winterfeldt. Josse de Vos a laissé :
1» Anne-Marie-Caroline de Vos , née à Bruxelles le 21 décembre 1704 , se
maria, le 4 juin 1734, avec Henri t'Kint, épicier, veuf de Marie Rigeker
et de Marie Van Laethem, mort le 5 avril 1744 , à l'âge de 72 ans, et
enterré à Sainte-Catherine à Bruxelles, fils de Pierre t'Kint et de Jeanne
Crockaert, sa première femme.
Les enfants d'Anne-Marie-Caroline De Vos furent, les héritiers légitimes de
leur oncle le baron de Vos, savoir Louis et Catherine t'Kint et Elisabeth
Christine de Winterfeldt. Ceci est prouvé par l'acte dont voici un extrait :
Alzoo sieur Ludovicus ende jouffrouwe Catharina t'Kint, broeder ende
suster , kinderen van joufTrouwe Anna-Maria-Carolina de Vos , halve
suster van vrouwe Elisabeth-Ciiristina de Winterfeldt, in houwelyk gehad
hebbende den heere baron Petrus-Carolus de Winterfeldt , van intentie
waren, van bloedswegen, naerhede by te leggen over seker stuk lands
verkogt door vrouwe Carolina de Winterfeldt, eenige dochter van den
voorseyden heere baron Petrus-Carolus, baron van Winterfeldt, ter assis-
tentie ende autorisatie van haren man den heere Hyacinthus-Franciscus-
iQSH])hus de Fourmesti'aulx, heere van Gussignies, aen jouffrouwe Catharina-
Isabella-Josepha Houseaux, weduwe wylen d'heer Joannes-Franciscus Riga,
ende om te voorkomen alleonnoodige onkosten die daer over zouden kunnen
gereysen, zoo ist dat op heden is gecompareert de voorseyde joiilTrouwe
Catharina-Isabella-Josepha//oî«ea»a;, weduwe d'heer /?///«, tereenre; ende
de>oorseyde sieur Ludovicus ende jufTrouve Catharina fA'mï, ter tweedere
andere zyde ; welke eerste comparante verklaert by dezen te retrocederen
ende afstand te doen aen de tweede comparanten, onffangende hetzelven
zoo voor hun als voor hunne mede bloedverwanten ende erfgenamen
fideicommissaire van wylen den heere Joannes-Baptista-Franciscus , baron
DE Vos, in zyn leven chevalier van het krygs-order van IMaria-Theresia,
van hoogloffelyke gedagtenisse , lieutenant-generael ende bevelhcbber van
het corps de génie, binnen deze Nederlanden ende raed van finanticn van
zyne voorseyde majesteyt, om deel te maken van het fideicommis geor-
donneert by zyn eygenhandig geschreven testament, gedagteekend 13 april
1772, gesloten 12 february 1779 ende geopend 5 september 1783, door
my ondergeschreven notaris ende getuygen ter zaeke, etc.
2" Jeanne-Thérèse de Vos, née le 10 septembre 1706;
3" Jean-Baptistc-François, baron de Vos [tar lettres-patentes du 5 décembre
1772 et serment fait le 23 juin 1773 es mains du duc de Lorraine,
gouverneur et capitaine-général des Pays-Bas , une des notabilités mili-
— 38 —
taires du dernier siècle, ne à Uruxelles le ïil septembre 1711, mort dans
la même ville le 4 septembre 1783 et enterré aux Pauvres Claires, épousa,
par contrat passé à Weineren , le 7 avril 1 763 , Marie-Charlotte , comtesse
de Hohen-Embs .
Je possède l'acte suivant :
« La soussignée en conséquence d'un commun accord avec le conjointement
soussigné son époux, sont convenus, de gré à gré, que, vu les raisons
et circonstances qui mettent obstacle à pouvoir habiter ou vivre ensemlde,
ladite épouse soussignée a consenti, comme elle atteste de consentir par
cette irrévolablement, de vivre toujours séparément de son époux, s'enga-
geant expressément qu'elle ne fera jamais aucune démarche ou représen-
tation au contraire, que du consentement et volonté de son époux, etc.
Fait à Luxembourg le 10 mai 1764. »
Marie-Charlotte, comtesse de Hohen-Embs, testa le 26 décembre 1766 par-
devant le notaire Brosius, à Luxembourg; elle est décédée peu de temps
après.
Voici les lettres patentes susdites :
« Marie-Thérèse, etc. salut ! De la part de notre cher et féal Jean-Bapliste-
François de Vos, chevalier de notre ordre militaire, colonel et directeur
des fortifications en nos provinces Belgiques, conseiller en notre conseil
des domaines et finances et commandant le corps du génie dans lesdites
provinces, nous a été très-humljlement représenté qu'il serait issu d'une
famille fort ancienne et, du côté maternel, d'une des patriciennes de notre
ville de Bruxelles; qu'il aurait commencé à servir dès sa jeunesse dans le
régiment d'infanterie d'Hartopp qui est aujourd'hui celui de Deynze, d'où
il serait passé ensuite au corps du génie dans lequel on l'aurait d'abord
employé aux nouvelles fortifications de Luxembourg; qu'il aurait fait trois
campagnes en Hongrie, où il se serait trouvé aux batailles à Kronska et
de Panhova, et en 1739 à la défense de Belgrade; que de là il aurait été
employé à ditTérentes places et commissions dans nos Pays-Bas; qu'ensuite
il aurait servi dans la première guerre contre le roi de Prusse où il aurait
fait cinq campagnes, pendant lesquelles il aurait dirigé le siège de Sonnen-
stein en 1758; et l'une des attaques de la ville de Dresde en 1759 dont il
aurait également dirigé les ouvrages comme chef ingénieur en 1760; et
qu'en la même qualité il aurait servi aussi àratta(iue et bombardement de cette
place; qu'il se serait de même trouvé à la prise et bataille de Torgau, dirigé
en chef le siège de Wittemberg; et qu'enfin, en considération de ses
services, il a été honoré de la croix de notre ordre militaire ; et comme
par l'article 37 des statuts du même ordre, nous promettons d'accorder
le titre de baron à ceux d'entre les chevaliers (|ui le demanderont et de
— 39 —
leur en faire dépéclier les lettres-patentes exemptes de tous droits royaux,
il nous supplie très-humblement de daigner de le lui conférer sous son
nom de Vos au port des anciennes armoiries de sa famille qui sont un
écu d'azur à la terrasse de sinople au renard courant et contourné d'or,
surmonté d'un heaume au naturel, ayant pour cimier un renard naissant,
pareil a celui de l'écu, et de lui permettre, pour plus ample grâce, de les
décorer de deux lions d'or, armés et lampassés de gueules pour supports,
et de prendre pour devise Fortitiidini ; Nous etc. et voulant le faire
jouir pleinement de toutes les faveurs et privilèges qu'il nous a plu d'attacher
à la qualité de chevalier de notre ordre militaire, nous déchargeons et
exemptons le même Jean-Baptiste-François de Vos du payement des
droits royaux qui seraient à payer à notre caisse à l'occasion de nos
présentes lettres-patentes etc., Vienne 4 décembre 1772.
III. André de Vos, né à Nederhurabeek le i^ août 162-4, mort à
Bruxelles le 15 juillet 1678 et enterré aux Augustins, était fils puîné
de Jean de Vos et de Marie Van Ophem. 11 épousa Elisabeth 5fl//wie/s ,
décédée à Bruxelles le 20 août 1662 et inhumée à l'église de Sainte-
Catherine, fille de Guillaume Sammels et d'Elisabeth van Cutsem. Il s'était
établi comme brasseur aux environs du grand Béguinage. De ce mariage
sont nés cinq enfants, savoir :
\o Guillaume qui suit:
2" Elisabeth de Vos, décédé le 21 novembre 1737, à l'âge de 84 ans, et
inhumée auprès de son père aux Augustins ;
3° Catherine de Vos, décédée au mois d'avril 1735, se maria, le 18 juin 1679,
avec Paul van Cutsem, mort le 9 août 1722, fds de Henri van Cutsem
et de Catherine Lelieboom. Ils gisent à Notre-Dame de la Chapelle à
Bruxelles ;
4o Barbe de Vos, décédée le 2 avril 1 734, se maria à Jacques-Joseph Symons,
avocat au conseil souverain de Brabant, mort le 10 septembre 1706. Us
gisent aux Récollets à Bruxelles ;
5û Jean de Vos, mort le 20 juin, 1743, épousa Marie-Anne Janssens, née le
23 octobre 1674, décédée le 19 février 1729. Nous donnons leur postérité
ci-après.
IV. Guillaume de Vos, mort à Bhixelles le 13 août 1695, d'un coup
— 40 —
lift fou, la veille du Ijouibardeinent, et cnteiTé aux Récollets, épousa
le 23 mai 1079, Catherine de Kerpen, décédée le 18 mai 1718. Il s'était
établi comme brasseur au Caveau. Sa veuve convola avec Josse van Assche,
brasseur au Lion couronné près des Grands-Carmes. De ce mariage sont
nés six enfants, savoir :
1. Jean-François de Vos, mort le 12 novembre 1720 et enterré aux Récollets;
2. Catherine de Vos, décédée le 7 septembre 1755 et inhumée aux Augustins
à Bruxelles, se maria : 1° avec Jean t' Sas, brasseur au Faucon et puis
aux Armes d'Angleterre, veuf d'Elisabeth van der Schueren, mort le
10 avril 1715 et enterré dans l'église Saint-Nicolas à Bruxelles ; 2° le
10 août 1715, avec François-Joseph de Burbure, anobli en 1722.
seigneur de Wesembeek, veuf, avec un enfant, de Cécile de Snillii, fils
de François de Burbure et de Catherine Kerremans, sa première femme ;
et en troisièmes noces le 17 août 1740, avec Richard-Guillaume k Comte,
seigneur d'Orville, mort le 6 mars 1754, à 70 ans, et enterré à Notre-
Dame de la Chapelle à Bruxelles ;
3o Marie de Vos, décédée le 28 septembre 1732 et inhumée aux Bécollets
auprès de son premier époux, se maria : 1" avec Arnoud van der
Schueren y brasseur au Moulin à Vent, mort le 14 décembre 1724 et
enterré aux Récollets à Bruxelles; et 2° au mois d'avril 1725 avec Jean-
Baptiste Pauwels, mort le 13 février 1768 et enterré à Sainte-Catherine;
4» Guillaume, qui suit :
5" Jacques de Vos, mort le 13 décembre 1726, à 31 ans, épousa Anne-Cathe-
rine van Merstraeten , décédée le 23 octobre 1755, à 58 ans. 11 s'était
établi comme brasseur au Cornet. Sa veuve convola, le 10 avril 1730,
avec Pierre Kockaert qui avait été marié avec Marie-Anne t'Serstevens.
Jacques DE Vos laissa deux filles, savoir :
A. Pétronille de Vos, née à Bruxelles le 17 septembre 1724 et baptisée à Sainte-
Catherine, décédée le 18 janvier 1768 et inhumée à Saint-Géi^ de Bruxelles, se
maria, le 29 juin 1754, avec Henri-Joseph Kockaert , ex-brasseur au Lion d'or,
né à Bruxelles et baptisé à Saint-Géry le 29 juin 1720, fils de Pierre Kockaert
et de Marie-Anne t'Serstevens;
B. Anne de Vos, née à Bruxelles le 15 juin 1726 et baptisée à Sainte-Catherine.
6° Barbe de Vos, décédée le 14 novembre 1757 et inhumée à Saint-Nicolas de
Bruxelles dans le caveau do Jacques Wovtcrs, se maria avec Jean-Bapliste
Brydaels, marguiller de l'église susdite, marchand de draps, rue de la
Colline, à Bruxelles, mort le 24 octobre 17t)l.
— 41 —
V. Guillaume de Vos, né le 10 février 1691 mort le il février 1751,
épousa, 1° le 18 juin 1715, Anne-Tliérése van der Straeten, née à
Bruxelles le !27 décembre 1689 et baptisé à Saint-Géry, décédée le 19
juillet 1732, à 46 ans, et inhumée aux Récollets à Bruxelles, fille de
Jean-Baptiste van der Straeten et de Catherine de Vos; et 2° le 13
mars 1741, Ida de Cafmeyer, décédée le 22 février 1750 et inhumée aux
Augustins à Bruxelles. Du premier mariage sont nés à Bruxelles dix enfants,
savoir :
jo Catlierine-Tlicrèse de Vos, née le 6 avril 1716, décédce en janvier 1768
et inhumée à Saint-Jacques sur Caudenberg, se maria avec Jacques Waer-
nots, agent du conseil privé ;
2» Anne-Thérèse de Vos, née le 6 août 4 717, décédée le 12 mars 1718;
3° Marie de Vos, née le 16 septembre 1718, décédée le lendemain ;
i'^ Jean-Baptiste de Vos, né le 15 décembre 1719, mort le 27 du même mois ;
5° Barbe de Vos, née le 15 janvier 1721, se maria, le 9 février 1741, avec
Herman-Joseph Fonson, médecin, demeurant au Sablon à Bruxelles ;
6o Madelaine de Vos, née le 5 octobre 1722;
1° Guillaume de Vos, né le 29 octobre 1723, mort le 10 décembre suivant;
8o Pierre de Vos, né le 26 février \ 725 ;
9° Guillaume de Vos, né le 26 mai 1726, mort le 5 mai 1729;
10° François de Vos , né le 5 mars 1729, mort le 5 mai suivant.
IV. Jean de Vos, mort le 20 juin 1743, à l'âge de 76 ans, et enterré
aux Augustins à Bruxelles, était fils cadet d'André de Vos et d'Elisabeth
Sammels. 11 épousa Marie-Anne Janssens, née à Bruxelles et baptisée à
Notre-Dame de la Chapelle le 23 octobre 1674, décédée le 19 février
1729 et inhumée aux Récollets à Bruxelles, fille de Michel Janssens et
d'Elisabeth Schotte. Il s'était établi comme brasseur à l'Éléphant. Leur
testament conjonctif a été passé par-devant le notaire van der Borght,
le 30 mai 1722; et leur succession a été partagée par-devant le notaire
J.-B. Jacohs, le 17 mars 1744.
De ce mariage sont nés à Bruxelles et baptisés à Saint-Géry, huit
enfants, savoir :
l'J Elisabeth de Vos , née le 12 décembre 1698, décédée en bas âge;
— 42 —
2" B;irlic-Joseph de Vos , née le 21 février 1701, décédé le 11 iiovciiibrc 1767;
3" Michel, ([iii suit :
4" Isabelle de Vos, née le 19 juin 1705, décédée le 1G avril 1715;
5" Marie-Anne de Vos, née le 25 octobre 1707 ;
6» Catlierine-Josèphe de Vos, née le 5 mai 1710, décédée le 10 août 1756;
7" Jeanne-Josèphe de Vos, née le 3 septembre 1713;
8o Jeanne-Marie DE Vos, née le 11 février 1716, décédée le 2i mars 1755
et inhumée à Sainte-Gudule de Bruxelles, se maria, le 8 octobre 1737,
avec Louis Sagermans , né le 3 juillet 1713, mort le 8 juin 1766 et
enterré à Finis-Terrœ , fils de Pierre-Martin Saf/ennans et d'Anne-1'hi-
lippine Aheets. Il convola, le 10 novembre 1765, avec Catherine Mûris ,
veuve de Jacques Platteborse.
V. Michel de Vos, né à Bruxelles et baptisé à Saint-Géry le 24 mars
1703, mort le 1 avril 1775, épousa, le 9 février 1727, à l'église de^aint-
Géry susdite, Marie Louts , décédée le 13 juillet 1778, fille d'Adrien. Il
s'était établi comme brasseur à l'Éléphant près du poids de la ville. Ils
gisent à Saint-Géry. De ce mariage sont nés trois enfants, savoir :
1° Pétronille-Jeanne de Vos, née le 15 mars 1733, décédée le 5 février 1738;
2° Barbe-Joseplie de Vos, née le 23 octobre 1 739, décédée en couches de son
sixième enfant, le 28 février 1766, se maria, le 22 décembre 1756,
à Saint-Géry avec Josse-Laurent 't Kint, né le 16 novembre 1722 , mort
le 11 août 1781. (Voyez Miroir, t. I. p. 259);
3" Isabelle-Josèphe de Vos, née le 17 décembre 1742, décédée le 17 mars
1775, se maria, le 15 avril 1765, à Saint-Géry, avec Louis-Joseph
Uohijns, avocat au conseil de Brabant, né à Assche le 8 novembre 1740,
lils de Pierre Rohijns et d'Anne-Marie de Heeze.
c^-£='G*Sfe*^J'=5i--3
43 —
ni.
VAN CUÏSEM.
1. Henri van Cutsem, fils de François van Cutsem, épousa Elisabeth
van Zeele; elle était veuve le 8 juin 1585.
Par acte passé par-devant les échevins de Bruxelles le 16 mai 1572 Henri
VAN Cutsem , fils de François, et Elisabeth van Zeele , sa femme, ache-
tèrent une brasserie portant pour enseigne \e Soleil et sise à Bruxelles rue
des Teinturiers : Tôt behoeff Henrix van Cutsem, brouwere, zone wylen
Vranx van Cutsem, ontfaende tôt behoefvanhcm selven ende van Lysbette
van Zeele, zynder huysvrouwe, een hofsstadt metten huysen ende comme
daer op staende , met aile de commegerechte daertoe dienende gelegen
binnen de voorseyde stadt van Bruysele in de Verwer-Straete, gehecten de
Zonne, tusschen de goeden des heeren Franchois van Borne , priesters
t' SinteGuercix Weert, in d'een zyde.
Ils étaient décédés en 1585 laissant plusieurs enfants, ce qui résulte de
la pièce suivante :
Condt zy allen dat Pieter 'T Serstevens in àen naeme van Cathelyne Pandaews,
dochter wylen Jans Paridaens ende weduwe wylen Jans de Bruyne , opge-
dragen in de handen Jans van Cattenbrouck, secretaris der stad Bruyssele,
van wegen de erfgenaenien wylen Jacops Houwaert : van wegen der erfge-
naemen wylen iVIargriete van der Noose , weduwe wylen Aerts de Brujjne,
tôt behoeff Jacques /foi/imatts, ontfaende in den naeme ende tôt behoeff van
Henrik, Andries , Pieteren Cathelynen ende Anne van Cutsem, kinderen
wylen Henricxî;att Cutsem, diehy haddevan wylen Elisabeth irm Zeele, zyne
huysvrouwe was, aile 'trecht, actrepaert ende deel der voorseyden Cathe-
lyne Paridaens competerende. Te Brussel 18 january 1585.
1° Henri, qui suit :
2o André van Cutssem.
Condt zy allen dat Hermès Neyt, in dennaem van Andréas van Cutssem, sone
wylen Henricx van Cutssem , dien hy hadde van wylen Elisabeth van
Zeele, synen huysvrouwe was, heeft overgegen tôt behoeff van Henrick en
— 44 —
VAN CUTSSEM, broeder is voorspyde Andries, ende van Anna Moriacns,
zyiien liuysvrouwe. Brussele 1592, 23 décember.
3o Pierre van Cutssem épousa Jeanne deBecker, veuve d'Engclbert van Ophem,
fdle de Jean de Becker et de Gertrude van der Meeren.
De ce mariage naquit une fille, savoir :
Jeanne van Cutsem, mariée à Adrien van Merstraeten.
4o Catherine van Cutssem ;
5» Anne van Cutssem.
II. Henri van Cutshem épousa Anne Moriaens , décwlée à Bruxelles le
29 septembre 1617 et inhumée à St-Géry sous une pierre ornée de leurs
écussons, fille de Henri Moriaens.
Voici deux fragments de deux actes passés par-devant les écheuins de
Bruxelles, à l'appui de cette génération ;
Condt zy allen dat Karel vander Borcht, zone wylcn Henricx vandcr Borcht,
dien hy hadde van wylen Goedele Was, synder huysvrouwe was, heeft
opgedragen tôt belioeff Henricx. van Cutshem, son wylen Henricx van
Cutshem, ontfaende in den naem ende tôt behoeff van hem zelvcn ende
van Andriesen, Pieteren , Kathalyne ende Anna van Cutshem zyne
hrocders ende susters. Te Brussel lesten april 1585.
Condt zy allen dat Cristiaen de Visch, coopman van Tappisseryen, binneii dcse
stadt van Bruessele, sone wylen Pietor de Visrh, heeft opgedraegen, tôt
behoeff Hcnrix van Cutssem, brouwere, sone wylcn Henricx van Cutssem,
onfacnde in den naemc ende tôt behoeff van bcm zelven ende van Anna
Moriaens, zynder huysvrouwe. Te Bruessele 1596, 18 november.
La succession délaissée par Henri van Cutshem et Anne Moriaens fut
partagée par-devant les échevins de Bruxelles le 10 janvier 162:2 :
Allen condt Paul Baert, licenciaet in de rechten, heere van Berentrode, ende
Jan van Gindertaelen, schepenen te Bruessele, saluyt ! Condt. . . gecompareert
zyn Henrik vam Cutsem, soenc wylen Henricx van Cutssem, die hy hadde
van wylcn jouffrouwe Anne Moriaens, zyne huysvrouwe was, ter eenre;
item Jan van Cutssem, broeder van vader ende moederc des voorseyde
Henricx van Cutssem, ter tweeder; item Pieter van Cutssem, oock
l)roeder van vader ende moeder der voorschevcnc Henricx ende Jan van
Cutssem, ter derden ; item heer ende meester Augustyn van Cutssem,
licenciaet in de reclitcn ende advocaet iii den raede van Brabaul, oock
— 45 —
broeder van vader ende moeder des voorsclirevenen Henricx , Jaii onde
Pieter van Cutssem, ter vierder; item jiiffrouwe Johanna van Cutssem,
suster van vader ende moeder, der voors. Henricx, Jans, Pieter ende
heer ende meester Augustyns van Cutssem, ende Pieter Gheerems
haeren nian ende momboir, ter vyfster; item jonffrouwe Petronelle van
Cutssem , jongbe docbter, oock suster van vader ende moeder des voor-
noemde Henricx, Jan, Pieter en heer ende meester Augustyns, ende jonf-
frouwe Johanna van Cutssem, ter sester; item Joos Cuyermatis, als
particulier momboir van Pauwel Sophie, minderjarige zone wylen Pauwels
Sophie, daer moeder aff was jouffrouwe Anna van Cutssem, insgelycx
suster, als sy leefde, van vader ende moeder dcrvoorschreven Henricx, Jan,
Pieter, heer ende meester Agustyn, jonffrouwe Johanna ende Petronella
van Cutssem, ende na vermogen van consente ende authorisatie hem by
rayneheeren overmomboiren van de weeseu der voorseyde stadt. Te Bruessele
1622, lOjanuary.
1" Henri, qui suit :
2" Jean van Cutsem, né en 1587, mort sans hoirs, le 14 août 1637; sa
succession a été partagée le 10 mai 1641 :
Allen enz., Willem van Blitterswtjck cwùe ^ïcohus Hartius , beydelicenciaelen
in de rechten, schepenen te Brussele, saluyt! t'gccompareert sieur Pieter
van Cutsem, rentmeester deser stadl Brussele, sone wylen. Hendricx
VAN Cutsem, ter eenre ; item, heer ende meester Augustyn van Cutsem,
licenciaet in de rechten ende advocaet in den raede van Brabant, broeder
der voorseyde Pieter van Cutsem , ter tweeder ; item Jouffrouwe Joanna
VAN Cutsem, suster der voorseyde sieur Pieters ende heer ende meester
Augustyn van Cutsem, met sieur Pieter Geerems, insgelyks rentmeester
der voorseyde stadt Brussele, der voorseyde Jouffrouwe Joannna van
Cutsem man ende momboir, het derden ; item Joncker Jan Elshoiit, raedt
ende rentmeester generael van zyne coninclycke majesteyts domeynen van
Zeelandt, bewester schelt, in den naemvan jouffrouwe Petronella van Cutsem,
insgelyckx suster des voorseyde sieur Pieters, heer ende meester Augus-
tyn ende Jouffrouwe Joanna van Cutsem , ende uyt crachte der spéciale
procuratie hem by deselve Jouffrouwe Petronella van Cutsem hier toe
sonderlinge gegeven ende verleent 11 january lestleden, ter vierder; item
ende den voorseyde joncker Jan Elshout, in den naem ende als procuratie
hebbende van jouffrouwe Maria Peetervloets, weduwe wylen sieur Hen-
drik VAN Cutsem, als moeder ende nomboiresse van Jenneken ende Maria
VAN Cutsem, haere kinderen, by huer behouden van den voorseyde wylen
sieur Henrick van Cutsem, haeren manne, die oock broeder was, als
— -16 —
hy l(!efde, des voorseydc Pecter, licer cnde mcester Aiii;iistyn, Joiiffroiiwc
.li)li;iiina ende Pctronella van Cutsem, ende ujt craclUe vau procuratie
etc. hebben gedeylt alsulcke goederen op hun verstorven door de doot
ende aflyvicheyt van wylen Jan van Cutsem, luinnen broeder ende oom
etc. Briissele 1641, 10 meye.
3" Pierre van Cutshem, né le 28 avril 1589, mort le 13 décembre 1G55,
épousa Cécile van Mersiniteii , décidée le 21 juillet 1642. Nous donnons
leur postérité ci-après ;
40 Augustin VAN CuTSiiEM, avocat au conseil souverain de Brabant, né en
1591, mort à Bruxelles le 14 novembre 1676 et enterré à Saint-Géry,
épousa Sabine Siiavels.
Il résulte d'un acte passé par devant deux clianoines du chapitre d'Anderleclit
(jue maitre Augustin van Cutsem était veuf en 1654 : Geconyjarcert is en
liunne persoone Geeraert de Clerq, soo in den naem ende van wegtn heer
endemeester Augustyn v.\N Cutsem, licenciaetin de recliten ende advocaet
van raede van Brabant ; als oock in den naem ende van weghen Pieter,
Maria ende Clara van Cutsem, syne kinderen, by hem behouden van*\vylen
jouffrouwe Sabina Snavels, sync huysvrouwe, 14 february 1654.
6" Jeanne van Cutsem, décédée à Bruxelles, en 1626, et inhumée à Saint-
Géry, mariée à Pierre Geereins, receveur de la ville de Bruxelles;
70 Pétronnelle van Cutssem, sans alliance ;
8» Anne van Cutssem, née le 1 mai 1582, se maria avec Paul Sophie ;
90 Corneille van Cutsem, né à Bruxelles et baptisé h. Saint-Géry le 6 août 1596,
étant tenu sur les fonts par Henri Jacohs et Catherine van Cutsem.
III. Henri van Cutssem, né en 1584, mort le 29 octobre 1639, épousa
Marie Peetervloets.
Leur succession fut partagée par acte du 10 mai IGiO, entre leurs
deux enfants, que voici :
i^> Jeanne VAN Cutssem;
2" Marie van Cutssem, mariée à Luc. van der Haeren.
III. Pierre van Cutshem, né le 28 avril 1589, mort le 13 décembre
1655, étaitfilsde Henri van Cutssem et d'Anne Moriaens. 11 épousa, le 26
janvier 1619, à l'église de Saint-Géry à Bruxelles, Cécile van Merstraten,
décédée le 21 juillet 16i2. fille de .Jean rnn Mn-slnden et de Cécile cr/n
(leii Zijiie. Ils gisent à Saint-Géry dans le caveau de la famille van Cutslieni.
De ce mariage sont nés trois enfants, savoir :
lo Pierre, qui suit :
2» Marie van Cutsem ;
3° Claire van Cutsem.
IV. Pierre van Cutshem, licencié en droits à l'université de Louvain
le 11 mars 1644, puis avocat au conseil souverain de Brabant, né à
Bruxelles et baptisé à St-Géry le lendemain, étant tenu sur les fonts par
Pierre Geerems et Cécile van der Zypen, le 10 octobre 1019, mort le 23
novembre 1073, épousa, par contrat passé à Bruxelles par-devant le notaire
van Nu vêle, le 4 février 1049, et à l'église le 7 mars 1049, Marguerite
VerlietiJewegen, décédée le 9 mai 1085. En vertu d'un octroi du 31 août
1672, ils testèrent conjointement le 30 mai 1073.
Voici un extrait de leur contrat de mariage :
Op liedeni february 1649, comparerende voor my Petro van Nuvele, opcnbaer
notaris enz., heer ende meester Pieter van Cutshem, licenciaet in de
rechtcii ende advocaet in den raede van Bral)ant, jonghman, toecom-
mende bruydegom, geassisteert van sieur Pieter van Cutshem , synen
vader, oud rentnieester ende tegenwoordige borghemeester uytter nafien
deser voorseyde stad Brussele, ter eenre; item joufFrouw Margriete
Verheijlewegen jonghe dochtere, toeconimende bruydt, geassisteerd met
jouffrouwe Elisabeth d'Hurbe, haere moeder,. weduwe wylen Hendrich
Verheykiveyen, ter andre, enz.
La succession de Marguerite Verheijlewecjen fut partagée, par acte, du 7
septembre 1685, par devant le notaire Antoine Lemniens:
Coni])areert syn heer ende meester Petrus van Cutshem, avocaet van den
voorseyde raede, ter eenre; item Joannes-Baptiste van Cutshem, broeder,
van vader ende moeder, der voorseyde beere advocaet van Cutshem, ter
tweeder; item Henricus van Cutshem, broeder, van vader ende moeder,
des voorseyde heer ende meester Petrus ende Joannes-Baptista van
Cutshem, ter derder; en de jouffrouwe Gerlrudis-Elisabetha van Cuthsem,
ingelyckx suster des voorseyde advocaet van Cutshem, Joannes-Baptista
ende sieur Henricus van Cutshem, geassisteert met sieur Franciscus
Basscry, desselver man ende moml)oir, albier mede comparerende, ende
zyne buysvrouwe, om t'gene naerbeschrcven te doen autlioriserende mits
desen, 1er vierder syde, aile kinderen wylen béer en meester Petrus van
— 48 —
CUTSiiEM, in synon levene advocaet enz., eiidejoiiffroiiwc Margareta Ver-
heylewcf/en, geluiysschen, doen sy leefden, hunne ouders, enz.
\o Pierre van Cutsiiem, né le 25 décembre 1649, mort le 27 avril 1707. Sa
succession a été partagée le 25 avril 1709 :
Compareert, etc., jouffvrouwe Maria-Anna t' Went, weduwe wylen sieur Jan-
Baptista van Cutsem, als moeder ende momboiresse van Petrus van
CuTSEM, Isabella van Cutsem, liuysvrouwe van d'heer Joseph Bellot >
Jean-Baptiste van Cutseai , Maria-Anna van Cutsem ende van Guillelmus
van Cutsem, liaere kinderen , gestelt by testament van wylen heer ende
meester Petrus van Cutsem, in syn leven licenciaet in byde de rechten
ende advocaet van den souvereynen raede van Brabant, volgens den
testament gepasseert voor my notaris ende getuygen den 3 january 1707,
tereenre; endejouifrouweGeertruyde-Elisabeth van Cutsem,» weduwe van
wylen sieur Frans Bassery, in synen levene outborgbmeestei* uytter
natien deser stadt, oock als moeder ende momboiresse by den voorseyden
tcstamente gestelt over joulTrouwen Margarita, Magdalena-Theresia, Anna-
Francoise ende Maria-Anna Bassery, haere kinderen, ter andei^ zyde ;
welcke voorschrevene comparanten, met overstaenendebywesea van lieer
Andréas Verheylewegen , priester, sieur Jacobus van Assche wegens die
eerste comparanten ; ende van sieur François van den Dycke ende sieur
Micbiel van den Dycke, synen sone, wegens de tweede comparanten,
hunnen respectieve naeste vrienden , op den voct ende in conformiteyt
van den voorseyde testamente, verclaeren met onderlinge consente te
hebben gedeylt, etc.
2" Elisabeth-Cécile van Cutshem , née le 28 juillet 1651, décédée le 13 dé-
cembre 1 652 ;
3" Jean-Baptiste , qui suit :
/f Henri van Cutsiiem , greffier des chef-tuteurs de la ville de Bruxelles,
né à Bruxelles etbaptisé à Saint-Géry le 15 février 1658, mort en célibat
le 5 juin 1689 et enterré dans le caveau de la famille dans cette église;
5" Gertrude-Élisabeth van Cutshem, née à Bruxelles le 2 décembre 1660 et
baptisée à Saint-Géry, décédée le 5 juin 1737, se maria, le 19 février
1678 , à l'église de Notre-Dame de la Chapelle , avec Franrois Bassery,
né le 23 septembre 16i9, mort le 28 mai 1694, liis de Jnsse Bassery et
de Madclaiiie Dondenvoick.
V. Jean-Baptiste van Cutshem, né le avili IGôC», mort le 5 janvier
I70;{, épousa, le 26 anùl 167',), Maria-Arme /' /ù///, née le 1' septembre
— 49 —
1660, dcccdée le li février 1718, (iUe d Élieiuio t' Kint , et de Marie van
Bossmjf. Ils testèrent le 19 février 1718. Leur succession fut partagée le
8 mars 4718 par-devant le notaire P. Lion, à Bruxelles. De ce mariage
sont nés sept enfants, savoir :
lo Etienne né le 28 août 1680, et bnplisé le 30, mort le 22 octobre 1693;
2° Marie-Catherine, née le 8 septembre 1683, dccétlée le l"' juillet 1098;
3o Jean-Baptiste van Cutshem, prêtre, né le 9 septembre 1691, mort le
14 septembre 1738 ;
4o Marie-Anne van Cutshem, née à Bruxelles et baptisée à St-Géry le 1 1 mai
1694, décédée le 19 avril 1728, se maria, le 22 décembre 1719, à JNdtrc-
Damc de la Chapelle à Bruxelles, avec François Lanne, mayeur de Forêt,
né en 1682. mort le 2 octobre 1765, fils de Jérôme Lanne. et de Jeanne-
Marie Leennans. 11 convola avec Aime-Callierine van de Crtiijs ;
5" Pierre, qui suit :
0" Isabelle van Cutshem, née à Bruxelles et baptisée à St-Géry le 17 sep-
tembre 1685, se maria en premières noces le 25 mars 170i avec Josepli
Bellol ; et en secondes avec Baltliazar Bellot ;
7" Guillaume VAN Cutshem, curé de Forêt lez-Bruxelles, né le 28 août 1696,
mort le 18 février 1733.
VL Pierre van Cutshp:m, secrétaire ordinaire du conseil souverain de
Brabant par lettres patentes du 18 avril 1725, greffier du même conseil par
lettres patentes du 10 octobre 1741 , né h Bruxelles le 19 avril 1682 et bap-
tisé à Saint-Géry, étant tenu sur les fonts par Pierre van Cutshem et Barbe
Vues, mort le l^"" septembre 1777 , épousa en premières noces le 25 avril
1705, Marie-Thérèse Was, décédée le l^'' octobre 1711 et inhumée à
Saint-Géry; et en secondes noces par contrat du 8 avril 1730, et a. l'église
de Sainle-Gudule à Bruxelles le 1 9 du même mois, Thérèse Françoise-Pétro-
iiille de Cort, décédée le 28 juillet 1735, fille de Jean Hyacinthe François
de Cort, seigneur d'Hilvazenbeek, et de Catherine-Livine Loijens. Elle fut
inhumée le 29 juillet 1735 dans le caveau de la famille Loyens à Sainte
Gudule.
Voici un extrait de ce second contrat de mariage :
Op heden 8 april 1730, cnmpareerde voor my etc., den heer Petrus van
Cutshem, secretaris van syne kyserlycke ende catholique majesteyt en
syiien souvereynen raede van Brab;iiit, weduwenaer wylen Maria-Tberosia
Was, toecoininendcn bruydcgom , ter eenre; ende joufTrouwe Theresia
25 XVII 4
— 50 —
Fraiiçi*ise-Pofronille de Cort, wettige docliter van diMi hecre Joannes
}lyacintliUS-Fraiicisciis de Cort, heere van Hilvazenbeeck, advocaet van
den voorzyde raede, ende van vrouwe Catharina-Livina Loyens, toecom-
mende bniyt , ge?,ssisteerd metten selven hacren vader ende nioeder 1er
andere syden , welkt) comparanten hebbende geconcipicerl aen te gaen
hunnen aenstaenden huxVÇ.lycke.
Il eut du premier mariage :
10 Corneille van Gutshem, né à Bruxelles -Çt baptisé à Saint Géry, le 25 juin
1706, mort le 13 septembre de la même afl,"*^e.
2" Catherine van Cutsem, née le 13 avril 1707, déccdée le 21 septembre de
la même année.
3" Pierre van Cutsem, né le 5 juillet 1708, mort le !^3 juii 1*^20.
11 eut du second lit : •
À" Anne-Françoise van Cutshem, née à Bruxelles et baptiséf^ ^ Sainte-Gudule
le 17 décembre 1732, décédée le 13 septembre 1819, se iPa™, P^r contrat
du 10 décembre 1755, et le lendemain à Sainle-Gudule, ;!vec ^ide-Paui
van den Cruyce, conseiller au conseil souverain de Br^l'^'it. "p- '^
4 janvier 1725, mort à Bruxelles le 19 juillet 1808, fils il? Pascbier-
Jean-Augustin van den Crnycc, seigneur d'Aertselaer, de Cleyd'if'l et de
Sloovers, bourgmestre d'Anvers, et de Marie-Mathilde de Coiiincl''
■50 Marie-Catlieriue-Madelainc van Cutshem , née à Bruxelles et b'ipt'sée à
Sainte-Gudiile le 23 juillet 1735, décédée le 29 avril 179/i., sfc\ maria,
par contrat du 29 décembre 1767, avec Michel^Florent-Léonard J3fle/'"««* '
seigneur de Bosières, natif de Louvain, mort le 27 février 1 780 ,■ sans
hoirs, fds de Pierre-Léonard Baelmans, premier bourgmestre de Loif^'am,
«t d'IIélène-Claire van der Noot.
.^---îr*-G*îÇf*£i
SÉANCE GÉNÉRALE DU 20 MARS 186(1
Président : M. le Comte de KERCKHOVE-VARENT.
Secrétaire-perpétuel : M. VAN DER HEYDEN.
wt^CA^X(î>^>0-
EXTRAIT DE LA SÉANCE.
M. LK PUKSÎDEXT OUVRE LA SEANCE PAR LE DISCOURS SUIVANT :
• Messieurs,
Un souvenir de mon voyage en Espagne m'a inspiré, ces jours
derniers, quelques réllexions sur l'état de l'enseignement historique
et archéologique dans notre pays. Je vous demande la permission
de vous les soumettre.
Ces réflexions, j'en ai bien peur, vous paraîtront peut-être
sortir parfois du cercle rigoureux de vos études et s'être impré-
gnées un peu trop de l'influence des événements au milieu desquels
nous vivons. Messieurs, un célèbre philosophe écrivait à un de ses
amis : « Je n'ai pas le temps d'être moins long. « Je me permet-
trai de vous dire à mon tour : «pardonnez-moi; je n'ai pas eu
le temps d'être moins politique. »
r/osi ([u'iMi ('i!cl, Mcssioiirs, il est liii'ii dinicilc îmjiiiiid'lmi,
pour no pas dire imj.ossible, de s'absir.iire roiiijilèleiiii'iil du iikui-
vement général qui nous ciilraîiK^ el doiil l'ns exactement les villes, leur population, leurs monuments* leurs
hiMels, les prix des voitures, des spectacles, etc. Avec cela, on
entre dans un pays, on le parcourt d'un bout à l'autre, on voit
tout, excepté la vie du peuple, son caMir, sa pensée, ce (|ui fait
son originalité, ce qui le coustiîue bien plus profondénn^nt que ses
théâtres, ses costumes ou ses divertissements jiublics. On voyage
ainsi pendant vingt ans, sans avoir, au fond, rien appris, et l'on
rentre chez soi aussi jeune, aussi novice, aussi inexpérimenté que
l'on en est sorti. Eh bien! c'est exactement là ce qui arrive à la
plupart de ceux qui ont fait plusieurs années de cours d'histoire :
ils ont beaucoup vu el le plus souvent ils n'ont rien appris, mais
beaucoup onblié. Pour ma part, je suis persuadé ([u'il e!i s.'ra de
ménu^ tant qu'on ne s'attachera pas, dans l'enseignement, à faire
lie l'histoire ce qu'elle doit être, la grande science de l'expéi'ience
humaine.
Mais, Messieurs, l'hisloire élan! conqu'isc ainsi, il l'sl évident
— Gl —
qu'il faiidi'ii pénétrer plus avnnl qu'on ne le fait généralement dans
la vie (les peuples, mieux connaître leurs mœurs, leurs travaux,
leur esprit, toute leur manière d'être; c'est à dire, qu'il faudra
faii'e entrer beaucoup plus d'archéologie dans l'enseignement de
riiisloire. Aujourd'hui, l'archéologie est l'occupation de quelques
individus , une science d'amateurs , tandis qu'elle devrait être
l'occupation de tous ceux qui enseignent ou apprennent l'histoire.
Combien de gens y a-t-il, je vous le demande, qui sachent recon-
naître une médaille, tleehiflrer une charte, constater l'âge et
le caractère exact d'un vieux monument? Certes leur nombre
n'est pas bien grand. Cependant nous entendons dire tous les
jours que, pour étudier l'histoire, il faut remonter aux sources.
C'ebt fort bien ; mais, pour cela, il faut pouvoir comprendre les
sources. Sinon, il faut croire sur parole les quelques maîtres qui
les interprètent ; or ceci est peu conforme à notre esprit moderne
de libre-examen, qui veut que chacun juge tout par soi-
même.
En Belgique, iMcssii'urs, il y a, je crois, sous ce rapport une
lacune à combler. Avec un peu de bonne volonté, et grâce aux
ressources du pays, à l'esprit do iirogrès dont il est animé, il ne
serait pas bien difficile de compléter l'enseignement de l'histoire
dans le sens (jue je viens d'indiquer. Dans un autre pays que
généralement, en Europe, on croit très-arriéré, mais que l'on juge
foit mal, en Espagne, on a fait pour les études historiques une
cliose extrêmement utile et que nous devrions imiter chez nous.
On a créé à ]\Iadrid, à l'instar de l'école des chartes de France,
un enseignement spécial pour l'archéologie. Cet établissement, à
part tous les autres avantages, offre celui de former des sujets
capables de remplir les fonctions de bibliothécaires, conserva-
— G2 —
teurs, archivistes, etc. Les jeunes gens y sont admis à l'âge de
dix-huit ans, après avoir suhi l'examen de bachelier-es-lettres. Le
cours de l'école est de trois ans. Je n'ai pas besoin de vous dire
qu'on y enseigne la diplomatique, les antiquités du moyen-âge, le
latin dans ses transformations successives jusqu'à son absorption
dans le Roman, etc.
Pourquoi, Messieurs, n'ctablirait-on pas la même chose en
Belgique? On se plaint assez souvent, et avec raison peut-être,
de l'abandon de tel ou tel monument, de la mauvaise restauration
de tel autre, et l'on réclame à grands cris l'intervention du
gouvernement ou de ses commissions. Si cependant les^ études dont
je viens de parler étaient plus répandues, si surtout elles étaient
encouragées, en plaçant au bout, comme en Espagne, l'espoir
sérieux d'une carrière pour ceux qui s'y livrent, de pareilles
plaintes deviendraient sans doute, chaque jour, plus rares, et
tout le monde y gagnerait, les hommes et les monuments. Il
serait d'ailleurs facile de rendre la mesure plus féconde, en faisant
voyager, pendant quelque temps, au moyen d'une bourse, les meil-
leurs sujets sortis de l'écoJe. Ces jeunes archéologues établiraien-t
ainsi avec l'étranger des relations utiles pour la science, et rappor-
teraient dans le pays des travaux dont tous profiteraient, historiens,
littérateurs et artistes.
Pour résumer, ]\lessicurs, ce que je viens d'avoir l'honneur de
vous dire, je rappellerai que l'archéologie est l'auxiliaire le plus
utile de l'histoire bien entendue et même son auxiliaire indispensa-
ble. Chaque jour, elle vient jeter quelque nouvelle lumière sur
les mystères du passé. Quels services, par exemple, n'ont pas
rendus à l'histoire les travaux de l'expédition française en Egypte,
et plus récemment, les savantes recherches de MM. Layard,
— 68 —
Botta, Rawlinson et tant d'autres? L'arclicologie est à l'histoire ce
que la paléontologie est aux sciences naturelles : elle est môme
plus, car elle seule peut donner la vie et la couleur aux récits
historiques, en nous initiant aux monuments, aux mœurs, à la
langue, aux costumes môme du passé. Une pareille science ne
saurait être laissée plus longtemps hors de l'ensignement dans un
pays comme le nôtre, aussi avancé sous tous les rapports, aussi
plein des plus riches souvenirs. Elle a droit à toutes les sympathies
de la nation et du gouvernement.
Messieurs, je n'ai pas la prétention, veuillez le croire, d'avoir
apporté devant vous quelque idée nouvelle, je n'ai fait que rappe-
ler; mais vous le savez, les vérités utiles ne sauraient être trop
répétées, pour arriver enfin à une réalisation.
La vérité est comme la goutte d'eau qui finit par percer la pierre
sur laquelle elle tombe ; mais hélas ! c'est à la condition d'y re-
tomber sans cesse et pendant bien longtemps.
Puissiez-vous, Messieurs, accueillir avec bienveillance la goutte
d'eau que je suis venu vous présenter ! »
— L'assemblée arrête par acclamation et à l'unanimité que le
discours de M. le président sera imprimé dans les Annales de
l'Académie.
— Le procès-verbal de la dernière séance générale est lu et adopté.
— M. le secrétaire fait le rapport suivant sur les travaux de
l'Académie depuis sa dernière séance générale :
« Messieurs,
Avant de vous entretenir du rapport que m'imposent les fonctions
— 64 —
ilo secrélairc pi'rpt'liiel auxquelles vous avez daigné m'appelcr,
permettez-moi de vous dire combien je suis touché de la bienveil-
lance que vous avez montrée à mon égard ; et pour l'honneur que
vous m'avez fait de j('ter les yeux sur celui de vos membres le
moins digue, sans doute, de remplir cet important emploi, souffrez
que je consacre ces premières paroles à la plus vive et la plus
durable reconnaissance.
Certes, je ne devais pas m'attendre à cette marque de con-
fiance ; et je ne vous dissimule point que cette tâche sera fort
loui'de pour moi, pour ne pas dire qu'elle sera de beaucoup au-
dessus de mes faibles moyens ; mais plus votre indulgence est
grande envers moi d me paraît peu méritée ; plus le sentiment
que vous avez fait naître dans mon cœur m'était inattendu, me
flatte et m'est devenu précieux, plus je suis sensible au témoignage
d'estime que vous me donnez, et plus je croirai de mon devoir de
justifier voti'c choix par mes e'forts et mon zèle, qui doivent sup-
pléera l'impuissance de mes dispositions. Aussi comptez-y. Messieurs,
ma bonne volonté et nmu dévouement ne feront jamais défaut.
Nous devons aux hommes actifs qui n'ont cessé, depuis la fonda-
tion de cette association, dose rendre utiles et de se distinguer dans
le monde savant, que noire Académie aura dans peu dix-huit années
d'existence. Pendant cette longue période, la compagnie, se plaisant
à fouiller dans les débris des générations qui nous ont précédés,
a toujours travaillé avec ardeur pour atteindre le noble but de sa
création ; elle a continué, avec les faibles ressources dont elle
dispose, à produire des travaux accueillis avec beaucoup de faveur
par le public. Nos publications sont répandues chez toutes les
nations du monde civilisé et partout elles sont honorablement con-
servées. De toute pai't nous arrivent des marquas de sympathie et
— 65 —
(le liaiile approbation do. savaiils illustres , les souverains les plus
éclairés daig'nent agréer avec bienveillance l'hommag'e de nos
travaux et nous accordent leurs augustes suffrages, en un mot tous
les gens de bien capables de nous juger applaudissent à nos efforts.
Sera-t-il nécessaire de vous rappeler que notre Académie possède
aussi l'avantage d'avoir donné lieu à la fondation de tant d'autres
sociétés archéologiques, dont l'utilité est reconnue incontestable?
Mais hâtons-nous de le dire à son honneur, avant d'arriver à cette
extension de célébrité, elle a partagé le sort réservé à presque
toutes les institutions établies sur le désir de contribuer au bien
du genre humain. Elle a dès sa naissance rencontré des adversaires
poussés par la passion ignoble de l'envie. Ils ont dirigé contre nous
les armes de la calomnie, le plus avilissant des vices; et du
fond de leur obscurité ils se sont servis de moyens indignes de
l'homme d'honneur pour nuire aux personnes dont les éminentes
qualités les blessaient; mais leurs dégradants efforts n'ont pas pu
un instant nous décourager , et jamais ils n'ont même attiré sérieu-
sement notre attention : nous leur avons opposé notre dédain et le
résultat de nos travaux, et, aujourd'hui que nos publications par-
lent si hautement en notre faveur, ils sont vaincus et réduits au
silence.
Notre Académie est entrée dans une excellente direction ; son nom est
prononcé avec respect chez tous les peuples où les lettres sont cultivées .
J'éprouve une véritable satisfaction à rapporter ici un fait,
qui, appuyant ce que nous venons de dire à la gloire de notre
Académie, est une nouvelle preuve de son bon renom : c'est ce que
nous a appris notre Président M. le comte de Kerckhove; lors
de son récent voyage en France et en Espagne , pays où il
a visité les princijiales notabilités scientifiques et littéraires,
25 XVII 5
— m —
et où — pour le dire en passant — coiinii p;ir ses ouvrages el
précédé de sa réputation, il a été accueilli partout avec une grande
distinction, dans ces pays, dis-ie,il a vu nos travaux avantageuse-
ment appréciés, l'afTiliation à notre Académie estimée et ambitionnée,
et remarqué que beaucoup de nos membres y sont renommés parleurs
œuvres et leurs talents. C'est en visitant les nombreuses Académies
dont M. de Kerckhove fait partie, en visitant les bibliothèques
publiques et les musées, qu'il a entendu dans tous ces lieux faire
l'éloge de notre Académie et de plusieurs de nos collègues, parmi
lesquels MM. de Gerlache, Schayes, de Witte, Gachard, Broeckx,
de Keyser, etc. Et pourquoi, Messieurs, ne vous ferai -je 4)as part
du juste éloge que M. de Kerckhove, dans une de ses excursions
au riche et incomparable Musée royal de peinture de Madrid, a ouï
faire par son célèbre directeur général M. de Madrazo, de notre
Vice-Président, M. de Keyser? Pourquoi, dis-je, n'aimerions-nous
pas à reproduire cet éloge avec d'autant plus d'empressement qu'on
est quelquefois injuste en Belgique envers M. de Keyser, ce (pie
confirme la vérité du proverbe : « nul n'est prophète dans son
propre pays. • J'ai vu des tableaux de M. de Keyser, disait
• M. le commandeur de Madrazo à M. de Kerckhove, et je le con-
» sidère comme un des plus habiles peintres d'histoire du siècle. La
» patrie de Rubens et de Van Dyck peut s'enorgueillir d'un beau
> talent pareil. » Voilà de quelle manière M. de Keyser est juge à
l'étranger par un des peintres les plus savants et l'un des meilleurs
coloristes de l'Europe, par le chef des Académies de peinture en
Espagne, homme franc et loyal, inaccessible aux petites passions
qui déshonorent les Beaux-Arts. Je ne puis m'empècher de signaler
un tel suffrage si flatteur pour notre collègue M. de Keyser et pour
la Belgique qu'il honore.
— f)7 —
Ceci nous démontre que nos collègues sont partout lionorablemenf
appréciés et que notre compagnie mérite d'occuper l'attention publique.
Notre Académie, en effet, est aujourd'hui en relation avec presque
toutes les sociétés savantes qui existent dans les deux hémisphères,
et les échanges que nous faisons avec elles de nos publications,
enrichissent notre bibliothèque et nous font acquérir la connaissance
des découvertes des traces du passé, et celle des investigations
archéologiques qui ont lieu dans le monde.
L'Académie compte parmi ses membres la majeure partie des célé-
brités archéologiques de l'époque ; et le désir exprimé par les person-
nes les plus versées dans l'histoire et la science archéologique d'être
associées à ses travaux est encore une preuve irrécusable de la
haute estime dont elle jouit.
Je sais, MM., que j'aurais pu me dispenser de tous ces préliminaires
d'éloges, — bons pour des sociétés naissantes dont l'utilité n'est pas
généralement reconnue — et que j'aurais pu omettre quelques détails
particuliers ; je me plais cependant àm'arrêtersurces considérations,
parce qu'elles montrent avec certitude l'accomplissement du premier
et du plus ardent de nos désirs, celui d'être utiles, et c'est là la
plus douce récompense que nous puissions ambitionner.
Je passe aux travaux que, depuis la dernière séance générale,
l'Académie a publiés. Ils sont dus aux membres dont les noms
suivent: MM. Broeckx, Osw. vanden Berghe, Arnaud Schaepkens,
Schayes, l'abbé Stroobant, Ed. le Grand de Reulandt, l'abbé vanden
Nest, Augustin Grootjans Hulpiau, le major de Marteau, Théophile
le Jeune, Hagemans, Léopold de Villers, vander Heyden, Lansens,
le comte de Kerckhove-Varent, Edmond vander Straeten, Galesloot,
le docteur Valiez, Jules Huyttens, Alexandre Schaepkens, le profes-
seur Diegerick, le professeur M;iertens, le baron de Fierlant,
— 68 —
de (jhil.ii;iii, r;ircliilecle de Piuost ((1 le prolesseiii' Xaiiiiir. Je les
cite dans l'ordre de l'impression de leurs œuvres, dont je n'entre-
prendrai pas, MM., de vous faire un exposé analytirpie, parce que
leur publicité dans nos Annales les fait mieux apprécier qu'un
simple résumé toujours pâle et incomplet, qui ne saurait qu'en
atTaiblir l'importance et le mérite.
Leur nombre aurait été plus considérable, si notre Académie,
forcée de se renfermer dans les limites de ses ressources,
avait pu pourvoir aux dépenses de l'impression. L'ancien Ministre
de l'Intérieur, M. de Decker, lui donnait un subside destiné
à couvrir les frais de ses publications ; mais cet enfcourgc^ement
ne nous a pas été accordé par son successeur le ministre actuel.
Cependant la continuation de cette faveur lui permettrait de
multiplier ses travaux, de donner une plus grande extension
à ses études et d'illustrer ses œuvres de gravures, où l'école
belge serait dignement représentée, et de contribuer ainsi à étendre
la gloire de nos savants et la réputation de nos artistes. Plusieurs
de nos membres effectifs, n'écoutant que leur zèle, se sont em-
pressés d'aider l'Académie pour la soutenir dans la position où elle
est entrée. En les remerciant ici publiquement, je puis les assurer
de la reconnaissance de leurs collègues. La compagnie a été surtout
pénétrée de la conduite généreuse de l'un de ses membres effectifs,
qui lui a fait don d'une somme assez forte. Aussi l'Académie voulant
lui donner une marque de sa gratitude et de son estime
lui a conféré le titre de membre honoraire. Ces traits de dévoue-
ment honorent à la fois les personnes et l'institution. Ils servent
en outre à montrer que l'égoïsme ne trouve point d'accès dans leurs
cœurs.
Je fais avec bonheur la remarque que jamais, depuis la fondation
— 69 —
de l'Académie, les luttes déplorables de l'amour-propre ne sont
venues troubler parmi nous l'union et la concorde, choses indis-
pensables à l'accomplissement de la tâche que nous nous sommes
imposée , et sans lesquelles une compagnie savante, quelque bien
organisée et quelque richement dotée qu'elle soit, ne peut rien faire
de bon, ne peut être utile. Espérons que ces deux qualités ne
s'éloigneront point de nous. C'est le plus ardent de mes vœux. Le
souvenir du passé ne permet pas d'élever des doutes sur l'avenir.
C'est avec un cœur pénétré d'un sentiment douloureux que vous
partagerez sans doute, MM., que j'ai à mentionner que nous avons
éprouvé des perles sensibles depuis la dernière séance générale,
la mort a largement moissonné dans les rangs de nos membres,
Nous avons rendu dans nos Annales un tribut mérité à leur mé-
moire et exposé les titres qu'ils ont à l'estime et aux regrets
publics. Je n'ai par conséquent pas à y revenir pour faire hommage
à leurs mânes.
Le sentiment pénible que nous éprouvons devant ces pertes,
trouve, si je puis le dire, un adoucissement dans l'admission de
nouveaux membres , connus par leur mérite supérieur et qui nous
assurent une brillante coopération.
Comme les distinctions accordées à nos collègues rejaillissent
sur l'Académie et tendent à stimuler le zèle et à redoubler, au
besoin, d'activité pour avancer de plus en plus dans la voie du bien
public, je crois devoir faire mention des distinctions qui, depuis la
séance générale de 1857, ont été décernées à quelques-uns de nos
membres en récompense de leurs talents et de leurs services rendus.
Notre honorable président M. de Kerckhove a été nommé, par
le roi de Grèce, commandeur de l'ordre royal du Sauveur, sur la
proposition de l'illustre M. Rangabé, ministre de la maison
— 70 —
royale et des affaires étrangères de Grèce, ancien professeur de
l'université d'Athènes, membre de l'institut de France et des
principales Académies, qui, par ses remarquables ouvrages, s'est
créé un rang si élevé dans le monde savant.
La lettre qu'un écrivain aussi célèbre que M. Rangabé adressait
à notre président, à l'occasion de cette brillante promotion, est
trop honorable pour ne pas la reproduire : elle offre une nouvelle
preuve que M. de Kerckhove n'a pas ramassé ses nombreuses
décorations dans les antichambres. J'ai sous les yeux cette lettre,
et en voici la copie exacte :
Athènes, le ii/âO juin 1^57,
« Ministère de la
t» Maison du Roi et
» des relations ex-
)) térieures.
» Monsieur le vicomte,
• Il m'est agréable d'avoir à vous annoncer que Sa Majesté le
Roi, mon auguste souverain, s'est plu à vous élever, par oixlon-
nance, en date du 10/22 courant, rendue sur ma proposition,
au grade de commandeur de son ordre royal du Sauveur.
» Sa Majesté, en vous accordant ce nouvel et bien flatteur témoi-
gnage de sa haute bienveillance, a voulu reconnaître, d'une manière
éclatante, le mérite qui distingue vos œuvres scientifiques. J'ai
d'autant plus d'empressement à vous en faire, Monsieur le vicomte,
mes félicitations les plus sincères que j'ai pris avec beaucoup de
plaisir l'initiative d'une distinction aussi bien méritée.
» En vous faisant parvenir ci-joint le brevet royal de votre
nomination et les insignes qui vous ont été conférés, je vous
— 71 —
• prie, Monsieur le vicomte, d'agréer les assurances de ma con-
» sidération la plus distinguée.
fSignéJ A. R. Rangabé. •
» A Monsieur le vicomte de Kerckhove,
» président de l'Académie d'Archéo-
» logie de Belgique, à Anvers. »
Notre président M. de Kerckhove a été l'objet d'une autredistinc-
tion des plus flatteuses, — comme auteur de plusieurs ouvrages
et comme membre de l'Institut royal des sciences naturelles des
Deux-Siciles, de l'Académie royale des sciences (Société royale
Boiirhonnienne) , de l'Académie royale pontaniane et de l'Académie
royale de médecine de Naples, de l'Académie royale de médecine
de Palerme et de l'Académie royale des sciences de Messine — il
a été élevé, le 27 mars 1858, à la dignité de comte, transmissible
à ses descendants, par le roi des Deux-Siciles Ferdinand II, pro-
lecteur actif des sciences , qui déjà auparavant avait nommé
M. de Kerckhove commandeur de l'ordre royal de François I et
iui avait fait cadeau de son portrait représenté sur une magnifi-
([ue médaille en or, grand module, portant sur le revers : A
l'auteur de l'Histoire médicale des campagnes de Russie et
d'Allemagne -».
M. de Kerckhove peut se glorifier avec d'autant plus de raison
de cette concession du titre héréditaire de comte, — obtenue gratui-
' Cet ouvragée est traduit en Italien par le célèltre docteur Fantonetti.
secrétaire perpétuel de rinstitiit impérial Lombardo-Véïiitien des sciences ,
lettres et arts, professeur de Médecine à Milan, et eu Hollandais par le nor-
moins célèbre docteur Van den Boscn, de Rotterdam.
(A'ole (lu .scirelalrc pcijK'lucll
— 72 —
temeiil, — qu'elle émaned'un roi arislocratiqued'un mérite éminent,
regardé par tous les gens éclairés et bien pensants comme le modèle des
souverains, comme le véritable représentant de la monarchie, et qui
n'a conféré des titres nobiliaires que très-rarement et seulement dans
des cas fort exceptionnels; roi auquel l'histoire impartiale consacrera
une belle page dans ses fastes et inscrira son nom parmi les princes
les plus méritants, les plus vertueux et les plus parfaits qui aient
occupé des trônes. Oui! il est permis d'être fier d'avoir été distingué
par un tel souverain, si digne de l'admiration et de la vive amitié du
glorieux et si justement aimé chef de l'Eglise, notre saint père Pie IX.
Les gages d'une si haute estime donnés par le roi Ferdinand II à
M. de Kerckhove sont de bien beaux titres à la gloire cfe notre
président, et rien ne pouvait couronner avec plus d'éclat sa longue
et laborieuse carrière scientifique.
— J'ai vu les lettres-patentes de comte octroyées à M. de Kerck-
hove. Elles lui ont été expédiées de Naples sous la date du 20
décembre 1858, après avoir été dûment signées et enregistrées
aux archives de la commission royale des titres de noblesse du
royaume des Deux-Siciles, sous le numéro d'ordre de 1273, sans
qu'il y ait eu des frais à acquitter. —
M. de Keyser, Ir vice-président de notre Académie, directeur
de l'Académie royale des Beaux Arts d'Anvers, a été nommé, par
le roi des Pays-Bas, commandeur de l'ordre royal et grand ducal
de la couronne de chêne, pour les admirables tableaux que cet
éminent artiste a produits et envoyés en Hollande.
M. le major de Marteau, membre effectif de l'Académie, a été
nommé, par le roi des Belges, olTicier de l'ordre de Léopold,
en récompense de la conduite si courageuse et sublime qu'il a
— 73 —
tenue dans le sauvetage des personnes ensevelies sous les décombres
de l'Entrepôt royal d'Anvers.
M. le chanoine de Ram, recteur magnifique de l'Université
catholique de Louvain, conseiller de l'Académie, a été nommé, par
le roi de Bavière, officier de l'ordre de St-Michel, pour les émi-
nents services qu'il a rendus au haut enseignement pendant les
vingt-cinq ans que l'Université catholique est placée sous sa
savante direction.
M. le consul Florent Lysen, membre effectif de l'Académie, a
reçu la croix de chevalier de l'ordre royal de Charles III, pour
son ouvrage sur l'économie politique.
M. l'abbé van den Nest, conseiller de l'Académie, a obtenu la
décoration de chevalier de l'ordre royal de François I , sur la
recommandation de notre président M. de Kerckhove, qui avait
envoyé au gouvernement Napolitain les ouvrages de M. l'abbé van
den Nest.
Avant de terminer, MM., je vous dirai que la correspondance
de l'Académie est toujours fort considérable. Il me serait impos-
sible de vous donner connaissance des lettres que nous avons
reçues. Le nombre en est trop grand, et c'est ce qui nous a forcé
d'adopter la mesure de les lire au Conseil à mesure qu'elles nous
arrivent et de mentionner dans nos Annales celles qui offrent de
l'intérêt.
Quant à l'état des finances, l'Académie n'a aucune dette, toutes
ses dépenses ont été régulièrement payées. D'après le Règlement,
une commission doit être nommée pour vérifier les comptes du
trésorier. Cette commission constatera la somme qui reste en
caisse.
Tous les livres et envois que l'Académie a reçus, depuis la dernière
— 74 —
séance générale, ont été annoncés dans nos Annales et
envoyés à M. Broeckx, archiviste bibliothécaire, qui les a déposés
dans la Bibliothèque de l'Académie. M. le professeur Maertens ,
nommé bibliothécaire adjoint, s'occupe activement de la rédaction
du catalogue de tous les objets , médailles , statues , manuscrits
et ouvrages quelconques appartenant à l'Académie, et après que
ce zélé collègue aura terminé cette laborieuse tâche et que les
finances de l'Académie le permettront, ce catalogue sera imprimé
et adressé à tous les membres effectifs. »
— L'assemblée arrête par acclamation que le rapport de
M. le Secrétaire perpétuel sera imprimé dans les Annales de
l'Académie.
— Toutes les élections de membres et toutes les propositions
faites par le Conseil d'administration sont sanctionnées par l'assem-
blée générale conformément au Règlement.
— Une commission chargée de vérifier les comptes et d'exami-
ner l'état des finances de l'Académie est nommée. Elle se compose
de MM. Broeckx, de Proost etvander Heyden.
EXTKAIT DES PROCES-VERBAUX
DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE.
— Sur la proposition de M. le comte de Kerckhove, président
de l'Académie, elle délègue, par acclamation, M. d'Otreppe de
Bouvette, président de l'Institut archéologique Liégeois, membre
honoraire de notre Académie, comme son représentant au congrès
scientifique de France qui s'ouvrira au mois d'avril prochain.
— Le congrès archéologique de France — qui sera ouvert à
Dunkerque le 16 août 1860 — invite l'Académie à y assister.
— La Société impériale de géographie de Vienne demande à
entrer en relation avec l'Académie. Adopté par acclamation.
— MM. Soucaille, secrétaire de la Société archéologique, scien-
tifique et littéraire de Béziers, le chevalier Camille de Borman,
membre de plusieurs compagnies savantes, Stanislas Bormans,
secrétaire de l'institut archéologique de Liège, et Van de Wael,
agent de la société générale à Bruges, adressent leurs remercîments
à l'Académie pour les avoir admis au nombre des membres
correspondants.
— L'Institut de France et plusieurs autres compagnies savantes
remercient l'Académie de l'envoi de ses dernières publications.
— 76 —
— Siii' la |trojiosilioii de Mi\l. le docteur Broeckx et le profes-
seur Diegerick, rAcadémie arrête que les membres correspondants,
(jui seront élus à l'avenir ])armi les savants domiciliés en Belcfique,
doivent contracter l'obligation de s'abonner aux Atmales.
— M. le comte de Kerckhove, président de l'Académie, annonce
la mort de M. l'abbé Texier, membre correspondant de notre
Académie, supérieur du séminaire du Dorât à Limog'es, membre
de la Société archéologique et historique du Limousin et de
plusieurs autres compagnies savantes, correspondant du ministère
de l'instruction publique de France. M. Texier était un excellent
prêtre et un écrivain de beaucoup de mérite : il remplissait avec
un grand dévouement ses devoirs chrétiens, ce qui le faisait géné-
ralement vénérer et surtout chérir du pauvre. 11 a publié de
savants écrits qui lui donnaient un rang' distingué dans la répuClique
des lettres. Nous avons remarqué particulièrement dans les
Mémoires de la société des antiquaires de Poitiers des travaux
bien intéressants de M. Texier, savoir : son Essai sur les argen-
tiers et les ém,ailleurs de Limoges; son Manuel d'épigraphie et
son recueil d'inscriptions Limousines.
— M. le président annonce également la mort du célèbre
docteur Ghrétien-Godefroid-Daniel Nées d'Esenbeck, membre hono-
raire de l'Académie depuis sa fondation, avec lequel M. de Kerckhove
fut très-longtemps en relation.
M. Nées naquit le 14 février 1776, à Odenwalde près d'Erbach.
Après avoir achevé ses études primaires au gymnase de Darm-
stadt, il se rendit à l'université d'Iéna, où il resta plusieurs années,
pour y étudier la philosophie, les sciences naturelles et la médecine.
C'estàlcna qu'il lit la connaissance de l'immortel Gothe, qui le prit
sous sa protection spéciale et lui accorda toute son amitié. En 1800, il
/ /
fut promu au grade de docteur en médeciue et se livra à la pratique
médicale, mais son caractère pacifique et indépendant ne pouvait
se plier aux exigences et aux nombreux désagréments attachés à
cette carrière ingrate, qu'il abandonna, au bout de quelques années,
pour se consacrer entièrement aux études des sciences naturelles.
En 181 G, il fut nommé professeur de Botanique à l'université d'Er-
langen. En 1818, il fut appelé, en la même qualité, à l'université nou-
vellement établie à Bonn, où il fonda avec son frère Frédéric et
l'habile jardinier Linning le riche et ;idmirable jardin des plantes. En
1830, il fut nommé professeur de Botanique et directeur du jardin des
plantes àBreslau, place plus avantageuse qu'il a occupé jusqu'en 1852.
M. Nées, surnommé le Liiinée d'AUeinagnc, a publié plusieurs
ouvrages qui l'ont fait admettre à presque toutes les Académies
et sociétés des sciences. Son mérite éminent et ses travaux ne lui
ont pas seulement valu des lettres de noblesse du Roi de Bavière
et des décorations de Prusse, de Bade et de Saxe-Weimar, mais ils
lui ont fait décerner, le 3 août 1818, le plus grand' honneur
que puisse désirer un savant, savoir la présidence de l'Académie
impériale Léopoldino-Caroline des curieux de la nature d'Alle-
magne, fonctions qu'il n'a cessé de remplir, pendant quarante
ans, avec un zèle et un dévouement au-dessus de tout éloge.
— Madame Fuss fait part de la mort de son mari M. Jean-
Dominique Fuss, professeur émérite de l'université de Liège,
membre correspondant de notre Académie, décédé le 30 janvier
1860, à l'âge de 79 ans.
Pour rappeler les titres qu'avait notre savant confrère à l'estime
publique, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire le bril-
lant discours que notre honorable confrère M. Lacordaire, recteur
de l'université de Liège, a prononcé, à la salle académique, au
— 7H —
milieu \\c i'rnioiion irun immonsp auditoiro, avant de coiidiiirc. i:i
dépouille morlellc au champ de repos.
« Messieurs,
« De cette première i^'énération de professeurs qui ont assisté
à la création de l'Université, il y a quarante ans, un membre,
presque le seul, nous restait encore hier. La mort, qui nous a
appelés si souvent dans cette enceinte, où nous avons rendu les
derniers honneurs à tant de nos collègues moissonnés dans la force
de l'âge, avait respecté jusqu'ici ce vétéran de l'enseignement
supérieur, et semblait devoir lui permettre d'ajouter^ encore de
longs jours à sa vieillesse. Elle vient de tromper notre espoir,
celui de sa famille et de ses amis, en le frappant, comme elle se
plaît fréquemment à le faire, d'un coup rapide et inattendu? Mais
M. Fuss n'était pas seulement le vénérable reste d'un ordre de
choses qui, depuis longtemps, n'est plus; il a été aussi des nôtres;
nous l'avons même vu un moment à notre tète, de sorte qu'il
était, dans toute la force du terme, le trait d'union, si l'on peut
s'exprimer ainsi, entre le passé et le présent universitaires.
' Sa vie, quoique prolongée au-delà des bornes ordinaires,
se prête peu à un long récit. En dehors de l'enseignement, elle
n'a été mêlée à aucun des événemens dont nous avons été témoins.
L'étude, l'accomplissement du devoir et les affections de famille
l'ont remplie tout entière; elle a été de celles qui s'écoulent près
du loyer domestique sans attirer les regards du monde, mais qui,
par cela même, sont salutaires à contempler, qu'on peut surtout
citer en exemple à la jeunesse pour lui apprendre ce que valent
le travail, la persévérance et l'esprit de conduite quand il s'agit
le conipiéiir un rang honorable dans la société. l*our ceux-mèmes
~ 79 —
dont la carrièrp est faite et l'existence assise, nm^ lelle vie n'est
pas sans d'utiles enseig'nements.
« Fuss (Jean-Dominique) avait vu le jour, le 3 janvier 178:2,
à Duren, près de Cologne. Je ne lui ferai pas l'injure de taire
qu'il était né dans une de ces modestes conditions qui deviennent
un titre d'honneur pour l'homme qui a su en sortir et qui lègue
aux siens une position sociale bien supérieure à celle que lui-même
avait reçue du sort. Une obscurité qui a résisté aux recherches que
j'ai faites couvre les premières années de Fuss. Tout ce que j'en
puis dire, c'est qu'il fit d'excellentes études chez les Pères Jésuites
de Duren. Il était très-jeune encore lorsqu'il eut la bonne fortune
de rendre quelques services littéraires à M^ie de Staël, obligée de
quitter la France et commençant ce voyage en Allemagne qui lui a
inspiré l'un de ses meilleurs ouvrages. Lui-même a raconté quel-
quefois à des amis que ce fut cette femme célèbre qui l'engagea à
se rendre à Paris, où sa protection l'accompagna. Grâce à ce pa-
tronage illustre, Fuss, à son arrivée dans cette capitale, entra en
qualité de précepteur chez M. Odier, chef d'une riche maison de
banque, qui lui confia l'éducation de ses enfans. Pendant de très-
longues années, il a conservé avec cette famille des rapports qui
n'ont csssé qu'à la suite des malheurs récents qui l'ont frappée,
rapports (pii attestent le zèle et le succès avec lesquels il avait
rempli ses fonctions.
« Il existait alors à Paris, entre les mains du comte de Ghoiseul-
Gouffier, un manuscrit grec du X^ siècle, reproduisant un impor-
tant ouvrage sur les antiquités romaines de Lydus, historien du
Bas-Empire, ouvrage que, pendant longtemps, on avait supposé
perdu. Fuss, qui, dès cette époque, était lié avec le savant
helléniste M. Hase, s'adjoignit à lui pour le publier. Il en fit une
— 80 —
traduction lalinc qui panil ni 1812, arcompagnée du lextr ^ro.c,
revu et corrige par M. Hase, qui y ajouta en même temps un
commentaire sur la vie et les écrits de Lydus. Celte publication
fonda la réputation de Fuss et lui valut, peu de temps après,
d'être attaché à la Bibliothèque impériale de Paris, avec le titre
de secrétaire du célèbre xMillin, conservateur du cabinet des
antiques et fondateur d'un ouvrage périodique encore très-estimé,
le Magasin encyclopédique. En cette qualité, Fuss a publié dans
ce recueil, de 1813 à 1815, un assez grand nombre d'articles
liltéraires, les uns anonymes, les autres qui portent son nom.
• Dans les premiers mois de 1815, il quitta Paris, ^ où il
s'était marié, pour occuper au Gymnase royal de Cologne la chaire
de langue latine. Son mérite devait recevoir bientôt une plus
éclatante récompense. En 1817, lorsque fut créée l'Université de
Liège, il y fut appelé des premiers par le gouvernement d'alors,
qui le chargea du cours de littérature grecque et latine et de celui
des antiquités romaines. 11 remplissait ces fonctions lorsque la
révolution de 1830 vint apporter dans l'instruction publique du
pays un trouble qui s'est prolongé pendant plusieurs années; l'en-
seignement supérieur fut plus particulièrement atteint. Tous les
professeurs d'origine hollandaise attachés à l'université de Liège,
désormais étrangers à la Belgique, durent la quitter. Fuss lui-
même, bien qu'appartenant à une tout autre nationalité, fut un
moment compris dans cette mesure, et il n'échappa qu'en dé-
ployant une énergie à laquelle son calme habituel n'avait pas pré-
paré ceux qui en furent témoins. A la même époque, le gouver-
nement piovisoire supprima la Faculté de philosophie et des lettres
à rijuiversité de Liège. Ce que cette suppression avait de grave
poui' les familles et pour l'Université elle-même, fut toutefois atté-
— 81 —
mit; j)[ir l;i (n'alion d'une FaciillH libre qui lui autorisée à délivrer
des diplômes, et dans laquelle Fuss trouva naturellement place.
Elle a fonctionné jusqu'à la réorganisation de l'enseignement
supérieur, en 1835. A cette époque, Fuss fut de nouveau nommé
professeur à l'Université, mais ses anciennes altributions furent
amoindries ; il ne conserva que le cours des antiquités romaines.
Celui d'archéologie, dont il fut également chargé, n'a jamais été
donné, faute d'élèves.
« C'est dans cette situation que les années, s'accumulant peu
à peu sur la tète de notre collègue, lui firent enfin sentir le besoin
du repos. En 1848, il demanda et obtint l'éméritat. L'année
précédente, le gouvernement avait récompensé ses longs services
en lui conférant l'Ordre de Léopold. Pour ne rien ometire, j'ajou-
terai qu'il a rempli les fonctions du rectorat pendant l'année
académique l84-i-18-45.
« Telle a été, dans toute sa simplicité, cette vie d'homme de
lettres que ni des velléités d'ambition, ni des travaux étrangers à
la science, ni le désir de la richesse, ni la recherche du plaisir,
n'ont jamais un seul instant fait dévier de son but, vie réellement
professorale, et digne d'être présentée, à ce point de vue, comme
modèle à tous ceux qui ont l'honneur d'instruire la jeunesse.
Quant à ses écrits, Fuss se présente sous deux aspects : comme
érudit et comme poète. Ses travaux d'érudition sont les moins
nombreux, et le plus important, après sa traduction de Lydus,
dont j'ai déjà fait mention, est son Manuel des Antiquités
romaines, qu'il a composé en latin, à l'usage des élèves qui
assistaient à ses leçons. Cet ouvrage, qui a eu trois éditions,
obtint à son apparition un tel succès qu'il fut adopté dans un
grand nombre d'universités étrangères, et ne tarda pas à être
•îj XVM 3
— 8:2 —
tradiiil (hiiis la plupart des langiies de l'Eiinip(\ Comnif! poêle,
Fuss est de la famille des Jean Second, des Heinsius, des Vanier,
des Desbillons, c'est-à-dire de cette Usinée toujours subsistante de
savants hommes qui, dédaignant de s'adresser à la foule dans
l'idiome qu'elle comprend, chantent pour leurs égaux dans la
langue de Virgile et d'Horace. La popularité n'a rien à faire ici et
Fuss n'y aspiiait [las. Il lui suffisait d'obtenir les suffrages des juges
compétents, et ils ne lui ont pas manqué. Le seul usage qu'il ait fait
de sa langue maternelle a été de traduire en allemand quelques-unes
de ses poésies latines. Ses écrits en français se réduisent à peu de jj
chose ; les principaux ont pour objet de défendre la poési'e latjne mo-
derne et de juslilier l'usage de la même langue dans les leçons aca-
démiques. Cette question, qui présentait un intérêt réel à l'époque ^
où il la traitait , n'en a plus aujourd'hui que tous les cours de
l'Université se font en français. Ces quelques détails ne suffisent J
pas, messieurs, pour donner une idée complète des connaissances
de notre savant collègue. Fuss n'était pas seulement un antiquaire
de mérite, un philologue érudit, en fait de langues anciennes, un
latinisîe surtout de premier ordre; il avait aussi étudié les langues
modernes du midi de rEurope, et l'hébreu lui-même ne lui était
pas étranger. Dans ses dernières années, sa pensée s'était presque
exclusivement portée sur ces redoutables problèmes ipii maintenant
n'ont plus de voiles pour lui, et il faisait sa lecture habituelle des
Pères de l'Eglise.
« Nous allons, messieurs, le conduire à sa dernière demeure.
11 y descendra accompagné du respect et de la sympathie que nous
(levons à notre doyen d'âge, et à une vie à laquelle aucune vertu
privée ne fit défaut. •
Notre i-cgrellable et si regretlé confrère laisse un fils, substitut
— 83 —
du procureur général à la cour d'appel de Liège, o{ui maiclie
dignement sur les traces de l'auteur de ses jours.
L'Académie a reçu, depuis la publication de la dernière livraison
de ses Annales, les envois suivants :
1. De l'Académie royale des Sciences, des Letires et des Beaux-
Arts de Belgique, les no* 1 1 et 12 du tome VIII, et les nos [ et 2 du
tome IX de son Bulletin,
2. De la même, son Annuaire de ISoO.
3. De la Société de Médecine d'Anvers, les livraisons de dé-
cembre 1859 et de janvier, février et mars 1860.
•4. De la Société libre d'Emulation de Liège, son catalogue.
5. De la Société des Sciences médicales et naturelles, les ca-
hiers de janvier, février et mars 1860 de son JournaL
6. De la Société des antiquaires de l'Ouest, la livraison du
4e trimestre 1859 de ses Bulletins,
7. De la Société pour la recherche et la conservation des mo-
numents historiques du Grand-Duché de Luxembourg, le tome XIV
de 1859 de ses Publications.
8. De la Société Archéologique de Touraine, les livraisons
du 1»', du 2e et 3e trimestre du (orne X de ses Mémoires de 1858.
9. De la Société Archéologique de l'Orléanais, le n» 84 de
son Bulletin du 3e et du 4e trimestre 1859.
10. De l'Académie royale de Médecine de Belgique, les nos 2 et 3
du tome II, supplément de son Bulletin, et le n» 1 du tome III.
11. De la Société Dunkerquoise pour l'encouragement des
sciences, des lettres et des arts, le Discours de son président,
M. Cousin, prononcé dans sa réunion du 13 janvier 1860.
— 84 —
\^2. I)i' l;i SociéU'. srienl.ifi(|iii' cl lilliTairc du Liiiiljourii;, la
2e livniisoii du loiiie IV de son Ihdleiin.
\l\. \)r la Société Archéologique de Namiir, le rapport sur sa
Silimlioii pendant Tannée 1850.
14. De la Société des antiquaires de Picardie, le no 4 de son
Bulletin de l'année 1859.
15. De la Société d'émulation de Cambrai, ses Mémoires des
années 1830-31, 34-35, 30-87, 38-39 (W et 2'ne parties),
40-41, 4^2-43 (l'-e et 2>He parties), 44-45, 40-47, 48-49,
50-51 (2'1'e partie), 52-53, 54 à 50 [Ue et 2n'e parties), 57-
58 (Ir*^ et 2nie parties), ainsi que quel(|ues programmes des ques-
tions que la société a mises au concouis.
16. De l'Académie des arts et sciences de Boston, le 3^ et le
4e volume de ses Actes 1857-1858.
17. De l'mstitution Smithsoniane, ses publications des années
1850, 1857 et 1858.
18. De la Société des sciences naturelles de Hermannstadt, ses
Mémoires et Actes des années 1858 et 1859.
19. De la Société Savoisienne d'histoire et d'archéologie, le
Bulletin de sa séance du 8 janvier 1800.
20. De la Société française d'archéologie le Programme du
congrès archéologique de France (jui sera ouvert à Dunkerque le
10 août IcSOO.
21. De l'Université royale de Christiania l'In-folio intitulé :
Th roii ilhjems Domkirke .
22. De la même, l'ouvrage intitulé : Karlamagnus saga ok
Kappa Mans, pai' Unger. 1 partie.
23. De la même, une brochure sons h; litre de Forcnuujcn
td Norske fortidsmindesmerkei'S Bevaring.
~ 85 —
24-. Dp la mémo, l'ouvrage sous le litre de Srjmbnlœ ad hhtoriam
antiqulorem Rernm Norvegicaraiii. Edidil Muuch.
25. De la même, le traiié du professeur Holmboe sous le titre
d'Om Det Norske og de Keltiske Sprogs hidbyrdes Laan.
26. De la même, le Recueil d'Asbjornsen sous le titre deiVors^i?'
tJuIdre-Even tyr og folkesagn .
27. De la même. Taie og Cantate ved det Norske imiversitets
Mindfeest for Kong Oscar, af J. S. Welliaven, professor.
28. De la même, Personalier oplœste Ved Kong Oscar den
1^ Begravdse i Riddeidiolmskirken den 8^ august 1859.
29. De la même, Almindelig Norsk Hum-Kalender med
Primstav og Merkedage. 1859.
30. Du journal de l'imprimerie et de la librairie en Belgique,
le no 12 de 1859 et le no 1 de 1860.
31 . De i\I. de Pontaumoiit, membre correspondant à Cherbourg-,
son Mémoire intitulé : Les oUm du château de Tourlavillc près
de Cherbourg.
32. De M. Edmond Van der Straeten, membre correspondant
à Bruxelles, ses Recherches sur les communautés religieuses et
les institutions de bienfaisance établies à Àudenarde, depuis
le A7/e siècle jusqu'à la fui du XSIII^.
33. Du même, une Notice mWivXhe, : Numismatique Aude-
nardaise.
34. De M. de Rode, membre correspondant à Dunkerque, une
brochure intitulée : Etat de la Flandre maritime ' avant le
V« siècle.
35. De M. Adolphe Mathieu, membre correspondant à Biuxelles,
un volume intitulé : Œuvres en vers. — Epitres d'Horace.
36. De M. Diegerick, 2^ vice-président de l'Académie, sa Notice
_ 86 —
sur Jehan Vperman, le phr- de la cliu'ur(jie flamande,
1297-1820; le comte des liibauds, à Ypres, 1525; le fou
d' y près, 1525.
37. De M. le (lorlciir de Meyer, membre correspomlant à
Bnii^es, son ouvrage iiililiili' : Jaerboek der Koninkhjke Gilde
van St-Sebastiaen te Brugge.
38. De M, Gustave van Hoorebeke, membre correspouilant à
Gand, son Esquisse biographique du baron de Giey, maréchal de
camp, en l()4-0-1733.
39. Du même, ses trois Annuaires statistiques des familles
de Gand, des années 1858, 1859 et 1860.
40. Du même, une brochure intitulée : Fondations* de la
vertueuse et bienfaisante demmselle Jossine-Marie Cardon ,
béguine et supérieure du couvent ter-Spiegelen au grand t)éi;ui-
nage de Gand, en 1008-17:25.
41. De AI. de Wael, membre correspondant à Eeckeren, une
Notice généalogique sur la famille de Wael, et une ancienne
})lanche en cuivre armoiriée.
42. De M. Bouchot de Perthes, membre correspoîidant à
Abbeville, son Discours prononcé à la Société impériale d'l^]mu-
lation d' Abbeville — dans la sé.ince du 3 novembre 1859 —
intitulé : De la femme dans l'état social, de son travail et de
sa rémunération.
43. De M. Aimé Vingtrinier, vice-président de la Société
littéraire de Lyon, sa Notice sur la tour St-Denis en Bugey.
44. De M. L. Galesloot, membre correspondant à Bruxelles,
sa brochure intitulée : Laprovince de Brabant sons l'empire Romain.
45. De M. l'altbé Corblet, membre correspondant à Amiens,
le N'o 1, janvier 1800 de sa Herue de l'art chrétien.
4C). Du R. P. Terwecoreii, les Nos du |r ,^t du 15 janvier,
du II" et du 15 février et du 1^ et du 15 mars 1800, de son
recueil intitulé : CoUectmi des précis historiques.
47. De M. d'Otreppe de Bouvette, membre honoraire à
Liège, la 30^ livraison — i^ janvier 1800 — de ses Prome-
nades et rêveries en Belgique.
■48. Du même, la première partie de ses Fragments de voyage
en Hollande — 1810, 1818, 1824.
•49. De la Direction du Messager des sciences historiques de
Belgique, la 4^ livraison de 1859 de son Recueil.
50. De M. Menant, membre correspondant à Lisieux, ses
Observations sur les Pohjphones Assyriennes.
51. Du même, sa Notice sur les inscriptions et caractères
cunéiformes.
52. Du même, une brochure Sur les inscriptions des Briques
de Babylone. Ces trois productions, et surtout la dernière, de
notre savant confrère M. Menant offrent un bien vif intérêt à
l'archéologue et jettent une nouveau jour sur une écriture et sur
une langue encore très-peu connues.
SUITE AU TABLEAU GENERAL
DES
MEMBRES DE L'ACADÉMIE.
membres eorresgiondants ;
MM. \ .
BORMANS (Stanislas), conservateur adjoint au\ archives de l'État à Liège,
secrétaire de Finstitiit archcologi(jue liégeois, etc.
SOUGAILLE (Antonin), licencié és-lettres , secrétaire général de Isf société
archéologique de Béziers , etc.
WALLE (Alphonse-Philippe-Ghislain van de), agent de la société générale ,
membre de la société royale des Beaux-Arts et de Littérature de
Gand , etc., à Bruges.
WILBERT (Alcibiade-Auguste-Napoléon-Auistide), avocat, président de la
Société d'Émulation de Cambrai, membre de plusieurs compagnies
savantes, etc., à Cambrai.
NOTICE
LA COMMUNE DE DESTELBERGHE
Membre effectif.
Parmi le grand nombre de bourgs et de communes qui entourent
d'une brillante auréole la capitale de la Flandre, nous plaçons au
premier rang le village de Destelberghe ; non pas que sa population,
l'étendue de son territoire ou sa culture présentent quelque chose
de plus remarquable que celles des autres villages ou que quelque
monument remarquable le fasse distinguer de ses co-voisins.
La distinction qui le fait remarquer parmi toutes nos communes,
consiste dans la richesse des châteaux et des maisons de cam-
pagne dont le village est pour ainsi dire émaillé : sur une distance
des plus restreintes se touchent des châteaux presque royaux, des
villas qui, par la richesse de leur construction et l'originalité de
leur architecture et notamment par la variété des diverses collec-
tions de fleurs exotiques qu'elles renferment, présentent une diffé-
rence notable, non seulement avec toutes les communes du canton
de Garni, mais avec tous les bourgs de la Flandre.
2S XVH 7
— 90 —
Une cliniissôe (|ui joiiil (lîind à Termondc, Iravorso le village
dans toute sa iongiieiir et vient par son eoncours an^menter les
agréments déjà si nombreux de Pestelbei'ghe : sa population est de
SG^O âmes et sa supcrticie comprend 'li)2!2 hectares.
Comme presque tous les villages de la banlieue, les terres y sont
légères : les habitans, très-industi'ieux , sont pour la plupart
maréchiers et ne doivent qu'à leur labeur le bien-être dont ils
jouissent.
Une partie de la population vient chercher et gagner en ville un
salaire insuffisant pour sa subsistance à la campagne.
Le village de Destelberghe avoisine aux villages de i^Onstackere,
Loochristy, Zeven-Eecke , Calken, Laerne, Heusden et au terri-
toire de la ville deLokeren.
L'hydrographie est nulle, l'Escaut baigne le village ef parmi
les quelques cours d'eau on cite le ruisseau le Lee ou Leede, qui
vient prendre son principe à l'Escaut et court se jeter dans la
Deurme à Lokeren.
Déjà maintes discussions se sont élevées sur l'origine plus ou
moins ancienne de la plupart de nos bourgs et villages, et jusqu'ici
cette question est toujours restée indécise : à mon tour je soulèverai
une question qui de prime abord semble des plus faciles à ré-
soudre, et qui comme la précédente attend encore sa solution.
Nos villages furent-ils élevés primitivement dans les plaines, les
marais ou construits sur les plateaux? ont-ils d'abord couronné
les hauteurs.
César nous dit explicitement que le pays des Ménapiens se
composait de bois et de marais où ils se retiraient lorsqu'un
ennemi les attaquait, et d'où il était impossible de les débusquer
et encore moins de les y poursuivre ; il résulterait de ce passage que
- 91 —
les Ména}Dieiis aiirai(3nt habité primitivement et principalement les
marais et les bois (jui les mettaient à l'abri de toutes insultes :
D'autre part Pline nous décrivant la Flandre d'aujourd'hui nous
enseigne qu'ils habitaient de préférence les hauteurs où l'on ne
pouvait atteindre, et où ils se sauvaient en cas d'attaque; de plus
les auteurs anciens nous apprennent que le prêtres Germainsaimaient
à adorer leurs dieux sur des hauteurs et dans des bois épais. Sans
chercher à éclaircir la question ou à l'approfondir davantage, nous
croyons et admettons avec la plus grande généralité des savants
que les villages occupant les hauteurs sont plus anciens que ceux
construits dans les bas fonds; n'importe de quelle manière on
envisage cette question, Destelberghe peut, ajuste titre, prétendre,
non-seulement à cause de sa situation topographique mais aussi
par ses souvenirs religieux et historiques à une très haute anti-
quitée : placée le long d'une lisière de prairies jadis marais,
formés par les débordements de l'Escaut, le village de Destelberghe
nous présente au moyen-âge un immense plateau boisé : une
profonde et vaste forêt qui s'étendait jusqu'aux portes de la ville
de Gand, couvrait son territoire ainsi que celui des villages de
Zeven-Eecke, Saffelaere, Heyfte, Loochristy, Oostackere, une
partie du bois se nommait « Eynarts Triest » en mémoire du
célèbre Eynard, secrétaire de Gharlemagne et abbé de St-Bavon
auquel cette forêt appartenait.
Si l'on doit admettre que le plupart de nos villages doivent
leur origine aux institutions religieuses de nos ancêtres les
Germains, Destelberghe, un des premiers, vient se placer sous la
plume de l'écrivain assez patient à recourir aux institutions
religieuses, pour remonter à une source bien obscure, il est vrai,
mais qu'on doit cependant adnieltre comme une origine historique
des plus certaines.
— 92 —
Nos premiers ajiùlres à l'é|)oqiU' de riiilroiliiclidii de Tl^wangùle
dans nos conlrées, Irom'èrciit exislaiil et en jik'iiie voi,nie, un
nombre iulini de superstitions et d'adorations païennes. Con-
naissant le caractère opiniâtre de nos aveux et leur atlachcment
à leurs coutumes religieuses, nos missionnaires loin d'abattre les
objets de leur idolâtrie les laissèrent subsister, et s'appropriaient à
leur béuélice, les miracles que les dieux g'crmains étaient sensés
faire et exécuter. Ils parvinrent, à la tontine, il est vrai, à les dé-
tourner de leur idolâtrie primitive; le peui)le n'eu continua pas
moins à recouiir en toute circonstance à ses anciennes coutumes
que le christianisme venait de consacrer; le nom Ge^rmain ainsi
que l'objet qui était le but de leur dévotion, continua seul à sub-
sister pur de tout mélange : c'est ainsi que les villes et villages
de Eeke, lloltem, Seven-Eecke, Thorliolt etc., ont conservé le
nom germani((ue et la tradition religieuse des arbres (pi'on y
adorait : qui nous dit qu'il n'en fût point de mmm pour le village
dont nous traçons ici la notice liistoriquiî : Dcstel-herghe ne se
composc-t-il pas de deux mots germaniques j)ur de tout mélange :
cette montagne aux cliardons n'était-t-elle point un lieu sacré où
l'un adoiait le cha7'do?i , comme ailleurs on adorait le chêîie et
le sapin?
Nous ignorons l'histoire primitive de Deslelberghe et l'époque
de sa fondation : la première fois qu'il en est fait mention est en
l'année 9(14 dans le diplôme de l'empereur Lothaire, confirmant la
doiiarniii que jadis avait faite du village le comte Wichmann au
monastère de St.-lîavon. « Suis jiiris villani Tliesla vocatam cum
» ecclesia et omni integritale ciintis(pie ad (!am pertinentibus. »
Dans le cartulairc de St-lJavou publié i)ar M. Serrure, nous
trouvons une seconde confirmation (jue fait le même empereur à la
— 93 —
demande de l'abbé Womarus en 907, de toutes les propriétés
appartenant à l'abbaye ; tous les villages, excepté celui de Destel-
bcrghe, y sont cités, aucune mention n'est faite toutefois sous ce nom
mais nous y trouvons fait mention d'un village de Berghine. « In
villa Berginna • ne doit-t-on pas y reconnaître la locution de nos
paysans qui se servent généralement du mot Bergen par abréviation
de Destelberghen : en 1187 Urbain confirmant les propriétés de
l'abbaye de St-Pierre se sert de la même abréviation pour désigner
le village. « Et in altare de Bergina. »
Aucun fait historique ne vient nous apprendre comment Destel-
berghe échut au comte Wichmann; tout ce que l'histoire nous
apprend de ce personnage est, qu'il était d'origine Saxonne et
qu'il avait épousé Leutgarde, tille du comte Arnould-le- Vieux.
Gomment cette superbe propriété passa des mains des abbés de
St-Bavon dans le cloître de St-Pierre sera toujours pour nous une
énigme aussi obscure que la cause d'où il provient que l'abbaye
de St-Pierre avait un si grand nombre de serfs tandis que nous
n'avons jamais rencontré un seul acte qui reconnaisse un esclave à
l'abbaye de St-Bavon.
A dater de cette époque jusqu'au seizième siècle, Destelberghe
soumis à la juridiction abbatiale ne figure nulle part dans l'histoire,
et si les cartulaires en font mention c'est pour notifier les ventes,
les recettes, louer les terres ou percevoir les dîmes. Vers la fin
de cette époque le village de Destelberghe sort de son long som-
meil, son réveil est troublé par les impressions les plus péni-
bles, et ses plaintes sont d'autant plus justes que ceux qui devaient
le préserver de toute oppression, semblent l'abandonner et n'avoir
nul souri de le défendre contre ses nombreux ennemis. Il est
incroyable si nous ne possédions point les décrets lancés tour à
— 94 —
luiir par la ville de Gand, et les édils militaires appondiis à ces
décrets, de concevoir avec quelle profonde insouciance, je dirais
avec quelle incurie et cruauté, nos magistrats laissaient à la merci
d'une soldatesque sans frein les habitans compris sous le nom de
habitants du platpays. On pille les églises, on incendie les fermes,
on massacre femmes et enfants et toutes ces exactions se font au su
des autorités civiles et militaires, et circonstance plus incroyable en-
core ce sont les villages de sa banlieue qui ont le plus à souffrir et que
Ton massacre jusque dans les faubourgs. Le paysan ruiné, cbassé de
la campagne se sauve en ville, voyant qu'il n'y avait guère d'autre
moyen de conserver ses jours; cette agglomération d'un élément
étranger dans ses murs fesait craindre à nos magistrats une
révolte dont peut-être ils n'auraient pas été les maîtres^ alors
seulement ils s'aperçurent de l'abîme qu'ils avaient creusé : du
consentement et de concert avec l'autorité militaire ils se hâtèrent
de lancer un décret daté du 24 novembre 1583 par lequel il était
défendu aux soldats de piller les villages de Wondelghem, Oos-
tackere, Mariakerke, Destelberghe et Loochristy, mais permettant
qu'au-delà de ces limites il leur était loisible de piller, d'incendier
et de détruire à leur guise et volonté. Est-il étonnant qu'après
des excès de ce genre la population se révoltât contre les
Espagnols.
L'année 1576 avait ouvert celte longue suite de désastres qui
devaient particulièrement atteindre le village de Destelbcrghe :
placée sur la route militaii'e qui de Gand menait à Termonde, la
pauvre commune fut pillée une jjremière fois par le régiment des
dragons de Uœulx qui y avait été caiilonné, a[)rès lui vinrent
les divers régimeiiis (jiii hivernaient à Gand et ({ui profitaient du
voisinage pour enlever et emporter tout ce (jui avait échappé aux
— 95 —
premiers pillages. A la suite de ces guerres la commune de Destel-
lierghe se trouva si obérée et sa misère était si grande qu'arrivée aux
abois elle s'adressa au propriétaire du village, à l'abbé de St-Pierre,
afin d'obtenir la permission de mettre en culture des terres qui
jusqu'alors étaient en gachère et qui dépendaient de l'abbaye,
et d'en percevoir le revenu pour éteindre les dettes du village.
L'abbé y consent à condtion qu'on sauvegardera ses droits
féodaux : à cette requête et supplique que les bourgmestre, échevins
et grands propriétaires adressent au roi Charles d'Espagne, il est
fait mention des maux qu'ils ont soulferts, ils relatent qu'outre les
impôts et les diverses charges qu'ils ont été obligés d'acquitter, ils ont
été pillés deux fois. « Wy hebben tôt twee verscheyden stonden in
het jaer 1604 et in het jaer 1675 geplundert ende verbrent
geweest. •
Les droits féodaux de la commune de Destelberghe sont trop
curieux, pour que nous ne le mentionnions pas. Les trois pièces ou
actes qui les renferment et que nous donnons ici parmi les annexes,
ont été collationnés sur des originaux reposant aux archives de la
province.
Le fief principal, comme aussi le plus considérable, porte le
nom de Notax : aussi ancien peut-être que le village lui-même,
il fut de tout temps l'apanage de plusieurs puissantes familles de la
ville de Gand. Cette superbe propriété appartient aujourd'hui à M. le
baron Ueyndericx; le château nous présente tous les dehors d'une
forteresse du moyen âge, et bien que déchu de son ancienne
splendeur, il peut encore rivaliser avec les châteaux du même genre
si clairsemés aujourd'hui en Flandre : ses droits féodaux étaient
1res éteiidus , mais le châleau et son propriétaire rélevaient
toutefois de l'abbé de St. -Pierre de qui il était homme-lige.
— 96 —
Voici la liste de fiefs, hieii incomplète peut-être, que nous trouvons
à Desteiberghe :
1o La Seigneurie de Notax.
1^0 Den Grootcn Hannaalt.
30 Thogelandt.
4-0 Brant Ackere.
50 Ten Heede.
60 Ter Zaelen.
70 Moxgaever.
80 Sleenker.
î)o S'MeyersWal.
lOo Pulaex.
Ho Thiesham.
12o De Walgraclit.
130 Tsneeclver Marseli.
14-0 De Haude Steede.
150 Het groot blies sluck.
I60 Ten Broocke.
170 Den Grooten Wal te Crobbenburgh.
La Flandre renferme peu de villages qui ne possèdent un
pèlerinage plus ou moins célèbre, plus ou moins fréquenté. Devons-
nous attribuer l'origine de ces cérémonies religieuses au christia-
nisme ou doit-on remonter jusqu'au paganisme pour en trouver les
sources primitives?
11 est hors de doute que la plupart de nos villages s'ils n'ont
pas tous existé avant l'introduction du christianisme, la plupart
du moins atteignent cette haute antiquité Nous croyons qu'il en
est de même [lour les pèlerinages et autres lieux de dévotion.
— 97 —
Parmi tous ses rivaux peu de villag'es peuvent revendiquer avec
autant de certitude et remontrer à une source aussi ancienne que le
pèlerinage de Destelberghe, dit de Bergen kruis : tout nous le fait
supposer d'origine Germanique ou Celte. Nous savons que nos
pères les Germains adoraient leurs divinités au milieu des bois épais,
que leur religion était une religion de mystères , qu'ils n'élevaient
point de temples à la divinité, et adoraient les arbres et les
arbustes. Le célèbre pèlerinage de Destelberghe, enfermé jadis au
milieu des bois, sur le haut d'une montagne ou plateau, a tous les
caractères de remontrer à cette source primitive ; pour ce qui regarde
les temps plus modernes le pèlerinage de Bergen-kruisest enveloppé
d'un profond mystère. La seule fois qu'il en est fait mention est en
l'année 1007 à l'époque de la translation des reliques de
St-Liévin à Gand. Il est dit dans la chronique de Thielrodc, éditée
parM.VanLokeren • que l'abbé Herenboldfit transporteries reliques
» de St-Liévin de Hautem à Gand, et que des miracles éclatèrent
• partout ou passa la sainte châsse, et que nombre de merveilles
» eurent lieu au mont St-Pancrace. » Or le mont St-Pancrace
se trouve à Destelberghe : nous voyons d'après cet itinéraire que
l'on passait l'Escaut sur le parcours de la commune même, et que
traversant les marais qui bordaient ce fleuve l'on arrivait directe-
ment au plateau; tout nous fait supposer que cet endroit était
situé au lieu dit Het Pauwke : du reste c'est l'endroit le plus
rapproché de la terre ferme à la sortie des prairies : jadis \c: mont
St-Pancrace où s'opérèrent ces miracles s'appelait aussi du nom
de Montagne de la Croix, nom qu'il porte encore aujourd'hui.
Quel était la dénomination que les Germains donnaient jadis à ce
lieu? On l'ignore, mais tout nous fail supposer que c'était thistel-
herg, montagne auœ chardons; el tout nous fait supposer qu'à celle
— 98 —
éjioquc c'étail déjà un lieu consacré, que lus prêtres y avaient
sacrifié à leurs dieux et (ju'on y adorait ou des arbres ou des ar-
i)ustes; car pourquoi ce nom de Bergen kruis qui dénote une con-
sécration toute chrétienne? n'était-ce point l'usage de nos pre-
miers missionnaires de planter des croix, des brandons, des paillons
sur les terres aux endroits qu'ils voulaient consacrer à la divinité?
Nous croyons donc que bien avant que les reliques de St-Liévin
fussent venus sanctifier ce lieu par des miracles, nos ancêtres les
Germains y avaient adoré leurs Dieux *.
Quoiqu'il en soit de cette origine, ce pèlerinage un des plus
célèbres de la Flandre, est tout aussi fréquenté de nos jours que
jadis et l'aflluence du monde y est toujours la même, et chose
curieuse à remarquer, nous qui avons parcouru le vaste dépôt des
papiers provenant de l'abbaye de St- Pierre, nous n'avons malgré
* Nous citerons et invoquerons à l'appui de ce que nous émettons ici le témoignage d'un
de nos plus savants archéologues, M. le professeur Roulez: en 1833 on avait trouvé à
Destelberghe à vingt pieds de profondeur et à côté d'ossements humains une pointe de
lance en bronze et un instrument de même métal en forme de croix, de même qu'une
hache de silex; ces objets allèrent grossir la collection de M. Léonard Huyttens. En 1837
le savent professeur que nous venons de citer inséra dans les Bulletins de l'Académie une
notice historique sur cette trouvaille ainsi que sur celles que Ton avait faites antérieurement.
Voici ce qu'il nous apprend de plus saillant et qui vient en partie confirmer Topinion que
nous avons émise : que de tout temps Destelberghe paraît avoir été un lieu consacré aux
divinités païennes. « La nature des objets que l'on a découverts au village de Destelberghe
» nous indique qu'ils remontent à une époque antérieure à la domination Romaine : il
» est toutefois impossible de déterminer s'ils appartiennent aux Celtes, anciens habitans de ces
» contrées ou s'ils y furent déposés par les Germains qui remplacèrent ceux-ci après les avoir
I) expulsés de leurs demeures. Ces haches sont peu communes et l'on n'en connaît que
» trois en Flandre. Il reste maintenant à chercher la cause qui a rassend)lé ces divers
» objets qu'on y a trouvés, à savoir des instruments de pierre et de bronze, des ossements
» d'hommes et d'animaux, ainsi que plusieurs troncs de chêne. Je n'ai pas besoin
» d'avertir qu'une question aussi obscure et qui offre en elle-même si peu d'éléments
X de solution ne peut être résolue que par des conjectures; celle i|ui me paraît la plus
» vraisend)lable serait de regarder cet emplacement comme un des bois sacrés qui
« servaient de temple aux divinités Celles ou Germaniques.
— 99 —
toutes nos recherches trouvé qu'une seule fois une charte où il
est fait mention de ce lieu si célèbre. « Een stuck land gelei^hen
binnen de procliie van Desselberghen L;;enamt t' MevrouAv lant inde
CriUsbergengvooi — annol502. » Et remarque toute aussi curieuse
tandis que tous les autres pèlerinages ont un saint particulier
qu'on y invoque et une maladie spéciale qui s'y guérit, et pour
laquelle on fait le pèlerinage, Bergen Krmjs n'a ni saint ni
aucune spécialité particulière pour laquelle on l'invoque.
Voici ce que la tradition populaire nous apprend : à l'époque
de la translation des reliques de St-Liévin, le château de Notax
était habité par un prince; l'histoire ne nous dit ni son nom, ni
quelle était sa famille. A l'arrivée de la châsse le seigneur alla à la
rencontre des reliques et invita les prêtres à se reposer : d'aucuns
disent qu'il avait fait construire une chapelle, et qu'à l'instant un
grand nombre de miracles s'opérèrent. Quoiqu'il en soit, la tradi-
tion veut que ce fut à cette occasion et en mémoire de ces prodiges
qu'on y planta une croix, qu'on y vient invoquer pour toutes les
maladies.
Le village de Destelberghe ne possède aucun monument remar-
quable, l'église est de construction moderne et sous peu elle
renfermera un monument élevé à la mémoire de M. Léonard
Huyttens, dû au ciseau de M. Geefs d'Anvers : la même famille y
a fondé un hôpital ou hospice qui ne déparerait pas maintes villes,
et qui est d'une grande ressource pour les pauvres de la commune.
Voici la liste des curés dont nous trouvons les noms mentionnés
soit dans les cartulaires de St-Pierre soit dans la liste des baptêmes
et décès :
Jean De Grave 1506
.... Pyadt 1559
— 100 —
Maximilicn Van llovc 15US
1). . . Docquémont 1014-
.... DcCorle 1029
Jean Van Duyii lGdi2
Adrien Bcrkmans lOil]
Jacques \k Croock 1G-4G
G. Vardaus 1()51
P. Le Sellier 10G8
G. Denys 1G75
Marc Hendericx 1G81
P. Van de PuUe iG81
Joseph-Baptiste Guyon 1G9G
J. Kimpe 1705
.... Ghesille 170G
t'Servrancx 1743
Benedictus De Graet 1803 mort en 1830.
Bourgmestres :
Adrien Van Damme 1 G99
Simoen Luytschander 1704
Jean Van Brnssel 1 707
Adrien Van Damme 1709
Lievin Elewaut 1713
Jean De Moerloose 1715
Jean Van Laere 1720
Jean Eneraedt 1725
Jean Van Laere 1729
Thomas De Baels 1741
Lievin Van Meulewaler 1745
— loi —
Jean Maïqneny 4750
Juscph Van Pclc-licni 1755
Lievin Maroson 1773
Jean-Baj3tisle Bnysi' 1770
1788
ANNEXES,
I.
Lotharins imperator confirmât anno 964 donalionem villœ de Thcfila
factain monasterio blndiniemi a Wicmnnno comité.
In noiiiine sanctœ et inclividuae Trinitatis Lotharius superna disponente
providentia Rex.
Cum magno munere misericordiae Christi Ecclesise multiplicentiir
gaiidia, digiiiini constat lit sollicitudine Piegi;)3 clementiœ spiritu Dei inci-
tante, ne quid in rébus ipsins Ecclesiae impacatum maneat, nova semper
auctoritate roboretur. Idcirco notum esse voliimus omnium tidebum nos-
trorum tani pmesentium quam futiirorum industrie, quaUter venerabilis
abbas Womarus liladinensis c;vnobii nostram adiit serenitatem, rogans
lit more antecessorum m strorum, regiim scilicet, rébus vel proprietatibus
monasterii sui infra regni nosiri termines c ;nstitiitis , emunitatis vel
deni'ensionis nostrœ bravium concederemus.
Onod qnidem jam duduni nos constat fecisse. Sed quia postea qua?dam
piâ lidt'iium largitioneaucta videntur, jamNobilissimus cornes Wicmannus
inslinctu anioris Dei, et ob remedium anima:', suie, conjugisque ipsius,
tiliœ scilicet Arnidfi Marchisi , ibidem sepuita', iilic perpetim contulit
possidendam sui juris villani Tbesla vocalani , cum Ecclesia et onini inle-
- 102 —
i^ritale, ciinclisqiic ad eaiii jxM'l'mentilius : eaileiii sub poipelua oniunitatis
iiosti'iB tiiilinne esse volmiiii^; ita at milliis noster conies aiit jiidex, aut
vicariiis, aiit publiciis fisci exactor vel advocatus vel alins aliquis praeno-
minatas res ini^redi audeat ad IVodas exigendas, vel paratas faciendas,
vel hominihiis iii pra^scriptd lorn liabitantibiis districtioiiem ingredioiidi ,
vel aliiid quid potestatis exorcendi licentiam aut potestatem habeat, nisi
abbas, et advocatus quem ipse sibi utilcm et necessarium prospexit.
Omnium qunque exactiones teloneorum per diversa mmiicipia, oppida seu
castclla, vel loca qua'librl regni nostri ex hominibus juris pnedicti mona-
sterii penitus indultas et remissas esse vnlumus atque sancimus.
Quain videlicet immunitatis rcmissionem ut uovcrit omnium fidelium
nostrorum pra^sentium ac futurorum uuiversitas a nobis plenissime stabi-
litam , super ea hoc nostrœ majestatis praeceptum fieri jussimus, manuque
propriâ eam subterlirmavimus , et anuli nostri impressione,subterfirmavi-
mus, et auli nostri impressione signari jussimus. *
Datum viii kal. martii, régnante domino Lothario anno X.indictione VI.
II.
In Nomine Patris et Filii et Spiritùs Sancti, etindividuœ Trinitatis. (aim
omnipotentis Patris sapientia, eademque, et virtus et vcrbum Dei, cuncta
essentia constituit ex niliilo, solo verbo et imperio, universaliter hoc omni
creaturaî constituit ut factum sequeretur factoiem.
Et cum jam cuncta processissent valdebona à sunnno etbonoDeocreata,
omnia subdidit usui hominis, quem in banc excellentiam componebat,
ut consimilem Deofaceret, et universisà se suj)i'r terram creatis prseferret.
Sed va3 curvœ in terris anini;e et caîlestium inani, degencranti à suo
factore! Dépérit omnis ea creatura, quie nec aliquando per se animadvertit,
ut declinaret à malo et facei'et bonum. Unde ne homo penitus perirel,
quem ipse creavit Deus, hominem induit , quem etiam super cyelestia
cxallavit....
Pi'a'tcrea documenta dédit, quomodo spiritu humilibus, et eleëmosynam
facientibus pateret ingressus cielestium «dium, et qualiter de terrenis
negotiaremur cadcstia. Qiiapropt(M' in Dei nomine ego Wicmannus gratiâ
Dei, non nieis meritis conuîs, tlagrans amore cadcstis liei'editatis, cupiens
adipisci quamdam particulam licitiUidinis, cum his, ijui patrimoniis suis
— 108 —
Domino legaliter traditis c;elestem pcrvencrmU ad Inorcditatem, saliilire
lîoc miliivisiim est ut ex bonis à clenieiite Domino mihi collatis, aliqnam
providerem aeterniE felicitatis miiii portioni'ni.
Idcirco ad monasterium Blandiniiim à sancta? recordationis pâtre
Amando antiquitus constitiitum et in honore Principis Apostoloruni
Pétri, doctorisque gentiimi Paiili consecratum , uhi requiescunt copora
SS. Wandregisili, Anslierli, Vnlfrannii, Arcliiprœsuhim, cum beata Cliristi
virgine Amalberga, cujusque Rector exstat et abbas Deodevotus Womariis,
cogitans ac pertractans , siipernâ Dei inspirante clementiâ , delegavi et
tradidi Domino Deo , sanctissimo ejus Apostolo Petro, ac ciieteris sanctis
ibidem requiescentihus atqiie servis Dei in ipso loi'o, nunc et in fnturuni
militaturis, mei villani juris Thasiam dictam, cum Ecciesia, mancipiis,
culturis, pratis, pascuis, silva et omni hereditate, quœ ad ipsam respicit et
quidquid speratur pars pr»dict;e hereditatis.
Ha3c omnia, sicut praifatus sum ad idem venerabile cœnobium Blandini-
ense pro remedio animiB meae, et conjugis meae defunctae Luitgardis, trado,
transtundo, atque transcribo, et de jure raeo cedens ei, juris potestatisque
dominium ejusdem loci destino atque concedo, ut ipsi servi Dei amodo et
deinceps ha?c recipiant ad utilitatis sua? profectum, habeant, teneant, possi-
deant absque uUius contradictione vel refragatione : quatenus ipsi servi Dei
ibidem secundum regulam S. Bcnedicti viventes, Deo(jue servientes. liberiùs
et devotiùs pro me et conjuge mea nunc defuncta, cuntisque, pra^decesso-
ribus meis, omnipotentis Dei, sanctorumque ejus exorentclementiam.
Si vero, quod fiiturum minime credo quisquam de sucessoribus meis,
heredibus aut proheredibus injuriosus contradictor, seu quaelibel extranea
persona Imic traditioni me» contrarie voluerit, et infirmare, quod multorum
firmatum estfideiium auctoritate, in prirais S. Trinilatis et S. Dei Genitricis
Maria\ B. Pétri, ac deinde omnium sanctorum iram incurrat, ob offensam,
perpétua? malcdictioni subjaceat, et partem habeat cum iis,. qui hereditatem
Doraini voluerunt delere de terra. Tamen iniqua praesumptio non obtineal
effectunV, sed haec nunc traditio finiia permaneat et inconvulsa.
Actum publiée in monastei'io Blandinio kalendis novembris anno verbi
incarnatiDCCCCLXII. Indictione V. Lotharii régis anno XIV. Domini Womari
abbatis Vlll.
Signum ipsiusWicmanni comitis, qui liane tradilionem fecit, et ilhistriiim
viroriim testimonio firmari petiit.
Signum illustris Arnulplii comitis, patris supradicta? Luitgardis comitissie.
— 101 —
TH.
Acte van (jnderinfie cnde t'ucrkcmannafie van de meiimie van Deftlel-
herfjen, toehelioorende aen jonnwoiiwe Lij.diette mjins hccren Diederic.rs
Noothacx docjter, van den jare IS7I, den /^stcn ^^^^,J ,,f,jf weedemaend.
Wy Aernould van den Scoete bailliii ende wcttelic niacnre myns liecren
s abs ende dcr kerken van sente IMeters by Ghendt, (Iberard bcere van
Steenliiise, Raesse Mnlaert ridderen, Jaii Roiiuut, Daniel Sersanders,
Pieter de Rike, Jan van der Kokcnen, Picter Serseynioens, Boydin van
Verteg-hem, Jan van Crombrnggiie, niannen niins hecren s abdts ende der
kei'ken vocrseyt, doen te weten allen den ghenen die desen presenten
t saertere zullen zien ofte hoeren lesen, dat voer onsiieden commen es in
properen persoene aise voer heere ende voer wet joncfrauwe-Lysbette niyns
heeren Diedericx Noothacx docbter was, de welke voer ons bicscii ende
begheerde te hebbene eenen wetteleken dingbeleken voogt, ende naer
den heersdi ende de begheerte van hare, so was soe wetteleke^ghedaen
te voogde, so dat de vorseide joncfrauwe Lysbette met haren wetteliken
voogt hiesch ende begheerde te commene te taehiianne ende te rade.
Mits welken heesche ende begheerte voerseyt soe daertoe wettehke was
gliedaen ; mids dat soe hare hovswerdich maecte met zeker te doene wettelike
naer costume ende usage van don hove van sente Picters; ende dede daer
toghen joncfrauwe Lysbette voerseyt nietgaders iiarcn wetteliken voeglit, dat
soe hilde een leen van minen den abdt ende der kei'ken vorseit, ligghende
in de prochie ende in t lierschep van Desselbergbine ende datter toe-
behoert ende daer onitrent, t welke voornoenide leen dat inen heet de
meyerie van Desselbergbine met allen den rechten diere toebehoren : t welke
leen ende rneyrie voerseyt met t gheunt datter toebehort hare so verdonkert
ware, dat soe niet en wiste w..(!r dats ai' ot' aneginghe ende watter schul-
dich ware toe behoerne; mids welker verdonkerthede vorseyt, joncfrauwe
Lyslielte met haren wetteliken voogt voornoemt hiesch ende beglierde
te hehben eene wettelike gaderinghe ende eene wettelike t serkemanagc
van haren vorseyden leene ende datter tocbeboert, om datsoe noy negheene
en adde, also zoe dede segglien; noch daer wyt kenden. So, mids der
boghci'ten van joncfrouwe, Lysbetten ende haren wetteliken voegt vorseyt,
wy manne voornoemt waren gbemaend van den redite, ende wysd(!n dat
vocrseyde joncfrauwe Lysbette eene wettelike gaderinglie ende t serke-
— 105 —
managp. van harfii Icene vorseyt ende dater toe hehocrt wel hebben mnchte
ende sculdirli ware te hebiiene, mids dat zoe neglieene gheliad en hadde,
daer wy t kenden ; ende ooc mids dat soes niet entbeeren en wilde ; ende
wysden voertdat niendieghebieden sande t sondaegs hiiterkerkendaer men
de kercghebode schnldic ware te doene ende daer t voerseyde leen ende
datter toebehoerde gheleghen ware ; ende dat men daer besceedelicke noemen
saude den dach ende stede daer men de wettelike gaderinghe ende t serkema-
nage doen ende besitten zaude naer don maendach naestvolghende den zonda-
a;he van den kercghebode binne dieren welke sheeren moete, ende dat men
daer dach soude doen allen den ghenen dierejeghen ofte mede segghen
wilden : ouderlingen, ommezaten ende oec hem allen dier of mochten weten te
spreken : t welke ai wel ende wettelike viilcommen ende vuldaen was
ghelyc dat de vorseyde vonnessen in hadden, ende de dach van der moeten
t voerseyts heeren wart wettelike besceeden claerlike ende openbaerlike
op den dicendach naestv Ighende den vorseyden sondaghe dat de kerc-
ghebode ghedaen waren, ende de wettelike dachvaert zynde tydlic voer
de noene ter stede daer mynheere Diederic Noothacx vorseyt placht te
woenene ende die nu der voerseyde joncfrauwe Lysbetten toebehoert : ter
welker dachvaert ende stede vorseyt, wy bailliu ende manne vornoemt
waren, omrae wetthelike voert te gane metter wetteliker gaderingen ende
t serkemanagen vorseyt ; soe dat daer voer ons quam joncfrauwe Lyshette
voorseyt : begheerde voegt, wart wettelike te voogde ghedaen ende maecte
haer hovsweerdich met zeker te doene wettelike, op welken zeker soe
an ons begheerde dat men verclaeren soude wettelike, wien wy manne
vorseyt daer kenden wetteliken dach te hebbene ende van wat zat zaken;
mits welker begheerten, wy manne vornoemt wirden daer of ghemaent,
ende wysden dat wy daer kenden wetteliken dach hebbende, den bailliu
ende ons mannen vorseyt, joncfrau Lysbetten ende haren wetteliken voogt
vornoemt, ende aile de ghene die jeghen de wettelike gaderinghe ende
t serkemanage of daer mede segghen wilden, ende oec auderlinghen ende
ommezaten de ghene diere of mochten weten te sprekene, mits welken wy
manne voerd wirden ghemaent, dat wy de wettelike gaderinghe ende
t serkemannage wettelike besitten sauden ende oerontscepe daer of horeii
naer costume ende usage van den hove van sente Pieters, t welke al
wettelike vulcommen ende vuldaen was. Ende daer up ghehoert auder-
linghe ende ommezaten ende de ghene diere of mochten weten te spre-
kene, ende elc sonderlinghe hy zynen heede, welke voerseyde gaderinghe
2o XVI 8
— lOG -
Piuh' wotU'liki' t st'rktMii;imi;ii;e \vv i:i;iiiiic vocrsi^t woiilcn u,]ii'iii;H'iit te
ontliikeiie cntle hiite le ghevene glu'iyc dal wy t bevonileii hinhlcii ; mils
tl;it (le vorsevfle joncframve Lysbolte iiiel haren weltelikeu vdol;! v:m
Imipcii, van meer > erontscepen le doen lioerne afghinghen : behauden
der hulpe eiule oerconiscepe diere af glichoert was. Up t welke \vy welte-
leke bevondcn liadden met viilre orcondscepen ende iiiet vêle lieden cens
sprekende.. 1." Dat joncfraiiwe Lysbette vorseit l'.eeft ende liaudl een
IfPii van niiiinpii lieere den abdl ende der kerken van sente Pieters
vorseit, t welke Icen men heet de meyerie van Desselberghine ende
dat daer loe behoert iigghende in de prochie ende in t herscliep van
Desselberghine ende daer omirent.. 2.» Ende hebben voert bevonden wel
ende wetlelike, dat den voerseyden leene ende meyerien toebeboeren
dric bunre lands letlel min ofto meer die men heet s meyers (t'a/, oece
manne, ende laele ende ghedinghen also men sduldich es-te dingenc met
mannen ende laten ; ende hier loe behoeren boeten van drien poiiden
parisise ende al daller onder es, wandelcoep, sterfcoep, erven ende ont-
herven.. 3°. Voert behoert ter voerseyden meyerien, t derden deel van al
dat scepenenvonnesse van Desselberghine toebehoert so waer dat ghevallen
mach in de prochie van Desselberghine ende in t heerscap, so wel op
grond van leene als op grond van erven : hel ne vvaere van wandelcoepe
slerfcoepe van leene, of hel ne ware dat yemen spreken wilde le gronde
van leene om af te winnene : dat men dat dinghene, daer ment scluddec
es te dinghene, ende al d ander behoert scepenen vonnesse loe.. 4." Ende
voert behoeren loe den voorseyden leene, aile de ghebode te doene of te
doen doene even verre dat zy den heerscepe ende den scependonime van
Desselberghine toebehoeren, ende al dierghelike aile die achlinghen ende
de pandinghen te doene, ende den meyer le hebbene t derden deel van den
boeten ende aile proffiten dieren af commen moghen, ende voert aile de
he^de te stavene ende daer af le hebbene zyn reclit.. 5." Ende oec behoert
ter vorseider meyerien, vier,scaren te bannen ende aile manninglien te
doene : eist in ghebannen vierscaren of der buten in l schependom ende in t
heerschap van Desselberghine.. 6." Ende oec behoert daer loe vei'de
te neniene, cn\\e die te stadene ende op te draghene alst te doene es; enda
de meyere es scnldich le scultene ende te vanghene gelyc den bailliu.. 7."
Ende voert behoren ter vorseyde meyeriu t derden deel van sleifcoepen
ende wandeicoepcn ende van aile dien dat schepenen vonnesse toebehoeren
mach : miis dat de meyere niaoïire daer of es.. 8." Ende voert es s meyers
— 107 —
rerht ende hehoort toe den vorseydeii leeiie d;it, iinor deii tyt dat de
meerschen verboden werden , by wette hiittei' keiken , te hettene ,
dat de meyere sine beesten mach doen gaen in de v(trseyde merschen
naer t verbod xiiij daghe lanc in de vorseyde prnchye dore gaende..
9.0 Ende oec behoeren toe den vorseyden leene, t derden deel van
allen den vervallen ende avonturen, forfayten, ende van allen anderen
rechten, die ghevallen nioghen hinnen den scependonime van Dcssel-
berghene : altoes hute ghenonien dat voeren bescheedelic bute gheleit es
ghelyc dats vcrclaert staet. 10" Ende waert dats gheviele dat yemene
ghevanglien wirde van den live binnen den heerscepe van Desselberghene,
dien ghevanghenen es sculdicb de meyere te haudene up sine plegt ende
avonture die eerste drie daghe, ende daer na saine de meyere, der keri<en
van sente Pieters of haren bailliu overleveren, ende de kerke of haer
bailliu saine voert liauden ende vvet ende vonnesse daer of doen gheschien
binnen den heerscepe van Desselberghene vorseit ; ende wert hy verwyst,
de justicie salre af ghedaen werden binnen den heerscepe van Dessel-
berghene vorseit, ende de kerke sal doen den cost van der justicie, ende
de meyere sal doen den cost van den hangheman ; ende andere coste
zullen zy deelen ghelyc dat zy de proffite heifen : dats te weten de kerke
van sente Pieters de twee deele, ende de meyere terden deel. Maer waert
dat yemene van schulde ghevanghen wirde ende van allen anderen zaken,
so zaudene de meyere hauden de eerste drie daghe ende daer na de kerke
of haer bailliu zesse daghe, ende elc also voort totter tyt dat de zake
ghetermineerd ware : het en ware dat de ghene die van der kerken weghe
daer ware, <le vorseyde meyere verbade dat hy den ghevanghenen hilde
van der kerken weghe vorseyt. 11° Ende voert es te wetene dat elc
prelaet van sente Pieters in zyn eerste incommen ende nieiiwe creacie,
eenen ballinc daer ghebannen sonder meer, met hem inbringen mach
ende hem zyn land weder gheven : den ban te niete doende sonder consent
van den meyere vorseit; maer waert soe datupeeniche andere tiden eenich
ballinc wilde hebben sinen inlandein t heerschap vorseit, dat moeste zyn bi
consente van den meyere vorseit, endehy moeste ghenouch doen jegens de
kerke van sente Pieters van tween deelen ende jeghen den meyere van den
deele.. 12.° Ende van allen bastaer, incommelinghen ende vonden toebc-
hoerende den herscepe ende den scependomme von Desselberghine, daer of
es schiildich te hebbene de vorseyde kerke de twee deele ende de meyere
t derden deel.. 13.° Ende van allen de dienstlieden die van hauden tyden
— 108 —
ende van liauden tioncke inghebnren zyn biniion ofte ui» t heerschap van
Desselborghene, es schuldecli te liebbene de vorseyde kerke de twee deele,
ende de meyere t derdeii deel; maer van allen dicnstlieden ende van haren
naconiniers den kerken van sente Pieters, of ininnen heere van Vlaendren
toebehorende eer si te Desselberghine quamen, en zal de vorseyde meyere
niet hebben om de redene van den composicien die de kerke van sente
Pieters ende miin heere van Vlaendren onderlini^be ghemaect hebben van
haren dienstlieden.. Ende voert es te wetene dat de vorseyde wettelike
gaderinghe ende t serkeraanage ontpioken warl te sente Pieters in t hof
met myns lieeren ende der kerken bailliii ende ons mannen boven gbenoenit
in al der zelver manieren dats voerschreven staet. Mits welken ontplukene
vorseyt, ende hiiter begheerten van joncfrauw Lysbetten vorseyt ende
haren wetteliken voogt vornoerat vvy manne vorseyt, wirden ghemaend,
wat schuldich ware te ziine nietten rechte naer al dats vor ^nslieden
wettelike comraen ende vcrleden ware? mits welken wy wysden in
eenen wetteliken vonnesse, dat aile de vorseyde pointe ende elc
zonderlinghe ghelyc dat sy voren bescheedelike verclaert ende bescreven
staen , ende wise wel ende wettelike bevonden ende huutghe gheven
hebben , behoeren ende schuldech zyn te behoerene te joncfrauwe
Lysbetten leene vorseyt dat men heet de meyerie te Desselberghine ende
datter toebehoert, ende dat soe dat haut ende schuldesch es te haudene
in eenen vullen leene van minen heere den abdt ende der kerken van sente
Pieters vorseit, ende dat soe hem daer af schuldech es trauwe ende waer-
hede, ende zulcken dienst als voren verclaert staet. Ende aile dese
vorseyde dinghen ende elc point sonderlinghe waren ende zyn ghedaen
ende vuldaen wel ende wettelike ende al wettelike met allen den wette-
liken maeninghen ende vonnissen diere toebehoerden also mense schukiich
was te doene naer recht, wet, costume ende usage van den hove van
sente Pieters vorseyt. Ende omdat zy aile zullen zyn ende bliven goed,
vaste, zeker, ghestade ende wel ghehauden ten eeuweliken daghen ghelyc
ende in der selver manieren dat zy boven gheschreven zyn , so hebben wy
bailliu ende inannen boven ghescit, by bede ende neerensten versouke
van joncfrauwe Lysbetten ende haren wetteliken voogt voornoemt ; voer
ons, aile dese vorseyde dinghen kennende, dese jeghenwoerdeghen wette-
liken t saertere bezeghclt elc van onslieden sonderlinghe met sinon zeghele
huuthanghende, in oertcontscepe ende kennesse der waerheden. Dit was
ghedaen int jaer ons Ileeren als men screef M CGC ecn en t seventich
den xi]""" dach van weedemaent.
— 109 —
IV.
COPIE.
Compositie van desen heerscepe van Desselberghene.
Kond ende keiilic zy allen lieden dat wy Jan Abt ende convent van der
Abdyen van S. Pieters by Gend, in den name van onser kercken an d'een
zyde, ende Béatrice van Massemen ivedewe heere Diederic Notax over my
ende in den name van Lysbette rayne dochtere als hare vocht, ende by
rade wille ende consente van de heeren haren vrienden ende maghen
hier naer genompt, an d'ander zyde ; considerende en anesiende dat
discord ende ghescil namaels rijsen ende werden mochte tusschen ons
ende onsen nacommers om theerscip toehehoorende der meijerie van Des-
selberghene die men haut van der kerken van S. Pieters voors^ de welke
meijerie heere Diederic Notax dies God de ziele hebbe, in tyden als hy
levede, ende ic Béatrice zyn wettelic wyf voors* te gader cochten jeghen
Janne van den Dorpe met aile den rechten datter toebehoorde ende
schuldich es toe te behoorene, om paijs ende omme ruste zyn wy partyen
voors^ by goeden vriendelicken traitiete ende consente van ons, over ons
ende over onse naercommers eens worden ende gheaccordeert in devorme
ende manière hier naer verclaerst. Ende int eerste zo es te wetene dat
ter voors'' meijerien van Desselberghene toebehoort terde van allen foiir-
faiten die scepenen vonnesse van Desselberghene toe behooren ende niet
van dat ten mannen vonnesse toebehoort, Item gevielt datter yemant
gevanghen worde van den lyve binnen den heerscepe van Desselberghene
dien ghevanghene es sculdich de Meijere te houden op zynen plicht ende
aventure d'eerste drie dagen, ende daer naer der kerken van S. Pieters
of den genen die daer zal wese in haere stede te livereren, ende de
kercke saine voort an haiiden ende wet ende vonnesse der af doen,
binnen den heerscepe van Desselberghene voors^ ende wert hy verwyst,
de justicie zalre of gedaen werden binnen den heerscepe van Dessel-
berghene voors' ende de kercke zal den cost van de justicie doen ende de
meijere den cost van den hangman, ende andere costen ziillen wy deelen
ghelyc dat wy de proiiffyten helfen, dats te wetene de kerke van S. Pieters
de twee deel, ende de meijere terde, maer. waert van sculden dat hy
ghevanghen ware ende van allen anderen zaken zo zondene don meijere
liouden d'eerste drv dai;hen ende dan de kercke zes da^en ende dan
- 110 —
wt'dpr de nirijoip div da^lieii ende daer nacr de kercke zes daglKîii eiulc
elc alzo vnoit lutter tvd dat de zaeke ^etêi'iiiineerl ware liet en ware dat
de ghene die van den kerken weghe daer ware den voors. meyere ver-
baden dat hy den gevanghenen hilde van dor kercken weghe, Item zo
machelcPrelaet van S. Pieters in syn eerst incommen ende nieuwe creacie
cenballincdaerverbannen zonder meermethein inbringen endehemzyn land
weder geven, den ban te nieuten doende zonder consent van den Meyere
voors* maer waert zo dat op eenich andere tyden eenich ballinc wilde zyn
inlanden bebhen dat nioeste zyn by consente van ons beeden ende hy
moeste genoeg doen jegen de kercke van S. Pieters van de twee deelen
ende jegen de meyere van den derden deele, item van allen bastaerden
incommelingen ende vond tocbohoorende den wettelyken Scependomme van
Dcsselberghene daer af es sculdich te hebbene de kerke yoors. de twee
dcel ende de meyere terde, item van aile dienstlieden die van auden tyden
ende van andentronkezyn ingeboren binnenofop't hcerscip van Desselber-
ghene es schuldich de voors. kercke te hebbene de twee deelen ende de
meyere terde maer van allen anderen dienslieden ende van haren naCommers
der kercken van S. Pieters of mynen heere van Ylaenderen toebehoorende
eer sy te Desselberghene quamen en zal de voors" meyere niet liel)ben ora
de redene van der couipositie die de kercke van S, Pieters ende myn
heeren van vlaenderen hebben gemaekt onderlinge van haren dienstlieden,
item hebben wy Abt ende Convent voors' der voors" vrouwen bekent
ende geconsenteert onsen wint op 't veors" heerscip van Desselber-
ghene alzo verre als wy moglien ende ons toebehoort den welken wind
zo ende haer hoyr eeuwelicke van ons ende van onsen naercoramers
in den name van onser kerken voors' znllen boude ende blyfven houden in
leene teenen alven coopt ende mits desen accorde stellen wy partyen
voors' deen den anderen quytte ende renunchieren ende gaen of van
allen anderen heeschen calaengen, costumen ende uzanchen die deen
jegen den anderen niach hebben ghedaen ofgeuseert of namaels doen
of usercn niogen want geene uzanche noch possessie deèren of helpen
raach eenige van ons lieden contrarie den poynten ende den accorde
voors', ende beloven ende hebben belovet over ons ende over onze
naercommers by troiiwen ende by eede jeglion dit prosent accordt ofte
jegen eenich poynt boven bescrcven nininiernieer te gaene nng te doene
ofte te latene ofte doen doene by ons of by anderen ende om dat wy
willen ende begbeercii dat aile dese pointen ende dinglien beliouden
— m —
l)fyven goed vast ende gestade, zi> lirliltt'ii \vy tor uieer verzekerthedi' eiide
in ct'uwelickei' gliedinckenesse giiedaen maeken twee paer brieven Iteede
eens sprekende dies elc van ons jiartyen voors' eene heeft, ende beseghelt
met onser beeder partyen zegbele, bidden ende versoeken den heere van
Maldegem den heere van Massemme, heere .la n Mularde, ende heere Phls
van Massemme, de welke hier over waren ende by wiens rade ende
consente de voors" dingen ende accord ghedaen ende gemaekt waeren dat
zy haere zeghelen willen hangen an dese letteren raits de onse; ende \vy
heere van Maklegem, heere van Massem'me, Jan Mnlard, heere van Exaerde
ende Phls van Massemme rudders maghe ende vriende vrouwen Beatricen
ende jonkv. Lysbetten veors"- ten bede ende versoeke van voors. partyen,
kennen ende lyen dat voor ons ende by ons ende byonsen rade ter eere,
bâte ende proufi'yte van onsen nicliten voors. ende haer hoyr ende naer-
commers dit présent accord en aile de voors*. dingen waeren gedaen en
geaccordeert als 't voors' es, ende in kennesse der waerheden wy hebben
onzen zeghele ghehangen aen dese pnte Iren metgaders den haerliedei'. Dit
was ghedaen op onsen vrouwen dag ter conceptien achthieiisten dag van
Décembre int jaer ons heere als men schreef M. CGC zevene ende vyftich.
Ghecollationeert jegens den zwarten boiik inhoiidende diversche Pri-
vilegien ende onde litteraigen der kerken van S. Pieters by Gend, ende
rust den zelven bonk int secrrt van der Proostie der zelver kercken welcke
voors" copie metten texte van den zelven zwarten bonk es bevonden
accorderende by my onderscreven als clercc{ van mannen van den Leen-
hove van St. Pieters voern' toorconden dese.
Destelberi;hen. Synde de prochie van Destelberghen een schoone prochie
groot elf hondei'l buiideren, ende redelyck wel bewoont geweest, ende oock
verciert met diversche casteelen ende schoone huysen van plaisance maer
eylaes dat te beclaghen is alsnu door den iirant in de leste troubelen van
oorlogh gelyck meer andere prochien hier binnnen Vlaenderen , seer
geruineert ende verandert, disponerende oock alliier den heer Prclaet als
Patroon van de pastory der selve prochien.
Den wint en dt^ niolderye dezer voors*^ prochie is oock een leen van de
kercke van St-Picters ende haei'cii upperleen li ivc glu hnuilv'ii Icn doseii Iccue i
— 112 —
sno dat niemaut aiulers meulen stellen en niacli om te maelen hiiinen laet
voor zyiie heerschapp van Destebergh dan der errachtigheri van dezer leene.
De Meyerve van de voûrsy*^ procliie is jnsgelyks een leen van de voorne
kereke geliouden, belioorende toi den nieyerye en leen drye Ininderen lants
lettel min ofte nieer, die nien lieet s' meyers wal, synde aile vrye van
thienden ende van rente ende competert dese meyerye het derde deel van al
dat scliepenen vonisse van Destelberghe toebehoort soo waer dat gevallen
raag in de voor^ prochie alsoo wel op gront van leen ais op gront van
erfven, ten waere van sterfcoop ofte wandelcoop van leenen. Item behoort
ten dezen meyerye aile de geboden te doen ofte doen doen even sene sy den
heerschepe ende schependom van Destelberghe raecken ; moet oock aile de
achtynghe ende pandinghe doen , ende hebben t' derde deel van de boelen
ende aile de profylten dier daer afcomen moghen. Item gille de Eeden
staeven ende daer af hebben syn regt, item de vierschaere bannen «nde aile
de maenynghen doen eyst in gebannen vierschare ofte daer biiyten int
schependom ende heerschap van Destelberghe, item vrede nemen ende die
staeven ende opdraegen alst te doen is, is ook schuldigh te schutfen ende
te vaene gelyck de bailliii voorts in s' meyers reght ende behoort toeten
selven leene, dat naer den tyt dat de menschen verboden woi'den by welte
nytter kercken te Lessene dat den meyer zyn beesten moet doen gaen in de
voorn meerschen veerthien daeghen lancknaei' het verboodt in devoornoemde
Prochie deurgaende behoort oock ter voors meyerye t' uerde deel van allesterf-
coopen ende wandel coopen ende van aldies dat schepenen vonnisse raecken
maeis mits dat hy meyer maender daer af is, gelyck oock desen meyer toehoort
het derde deel van aile de vervallen endeaventuren fourfaiten endealleandere
rechten die gebeuren moghen binnen het voornoemde schependom van
Destelberghe voorts waert dat geviele dat iemant gevangen wierde van den
lyfve binnen het voors^ heerschap van Destelberghe, den meyer is schuldigh
dien gevangenen te hauden op zyn plicat de eerste daegen ende daer naer
moet hy dien oveileveren aen de kereke van St-Pieters, of te haeren bailliu
welke kereke ofte bailliu hem voorts hauden sal ende wet ende vonnisse
daer af doen binnen t' voornoemde heerschap van Destelberghe en de werdt
de gevangenen vervveesen, de justitie sal dor af gedaen woerden binnen
t' voornoemden heerschap van Destelberghen, en de werdt de gevangene
verweesen de justitie sal der af gedaen worden binnen t' selven Destelberg-
hen ende de kereke sal doen dencost van de justitie, ende den meyer den cost
van hangman ende de anderen costen sullen sy deelen gelyck dat syprofyt-
— 113 —
ten heffen dats te weten de kercke van St-Pieters de twee deelen ende den
meyer t' derde deel ; maer waert datiemantvanschiilden gevanghen wierde
ofteanderesaecken soo soudede meyer haiiden de eerstedrye daeylien ende daer
naer de kercke ofte haeren bailliu ses daeghen ende t'elckent soo voort
tottertydt dat de saecke geterniineerdl waere het en waere dat den gonnen
die van de kercke weghe daer waere der voore meyer verbaede dat hy de
gevangenen liilde van de kercke wege voor^ Voorts is te weten dat Elck
Prelaet van St-Pieters voorseyt in syn eerste incomraen ende nieuwe
Creatie ende ballinck daer gebannen zonder meer met inbringlien magh
hem zvn landt wederçrevende, den ban te niet doeden soender het consent
van den meyer voor^ maer waert dat op eenighe andere tyden eenige ballingen
wilden hebben haer inkint op t' heerschap van Destelberghe dat moeste syn by
consente van meyer voor* ende hy soude moeten genoeg doen jeghens de
kercke van St-Pieters van de twee deelen ende jegens der meyer van
t' derde deel, ende van aile bastaerde incommelinghen ende van der
toebehoorten van der heerschepe ende schependom van Destelberghe daer
af is schuldigt t' hebben de voors'^'^ kercke de tw'ee deelen ende den meyer
het deerde deel maer van aile dienstlieden ende haer naercommers de
kercke van St-Piet ts ofte myn heeren van Vlanderen toebehoorende eer
sy te Destelberghe qiiaeraen, en sal den voors^ meyer niet hebben omme
de reden van compositien die de kercke van St-Pieters ende myn heere
van Vlanderen onderlinge hebben gemaeckt van Imnnen dienstlieden ende
den erfachtingen van desen leene magh eenen meyer maecken ende oock
verlaeten t' allen tyden alst hem belieft omme de voor^ meyerye te
bedienen als boven, ailes ingevolghe het deelen van den leen boeck.
N° 53, 13 deel.
VI.
Alsoo Bailliu ende schepenen met de groote ghelande der prochie Des-
selberghe versoghs hebben aen den Eerw. heere Prelaet van d'abdye van
St-Pieters als heere van de voor^ prochie dat de aenhoudt ghelegen
binnen de selve prochie, soude moghen worden gebraght tôt culture ora
daer mede de voorsheyde prochie voor zoo veele als t' moghelvck sy te
herstellen van de groote schulden daer inné de selve ghevallen is door
de ghepasseerde ooiloghe die den mecrderen deel syn crooserende den
— Ui —
pt'iinimk wj'- s(tit \>[ ilat sy dieu ai'iiga.'iiilc ovcr l'cii ^Ikm'oiucii s\u iiider
iiiaiiici't'ii naei'Vdlghonde.
Kerst ciidc alvuor ii dat don voorscgden l>ailliii l)iir^iieiiiestre ende
sclicpenen mitsg''^ groote ghelaiide eiide gheiiiente van Desselberghe-
sidh>n gli hoiidfiii syn ovcr de voor* hecre Prelaet liet guarrant tnenveer-
deii van de iiytghegeven admodiatien van den voor^ Hanaiddt ten diversche
stond(în ghedaen by syne voorsaeten.
Item dat de uytghegeven cheynsen sullen sorteren h ler elïcct sonder
eenighe contradictie, ende dat het jaeiiykx revenue van diere sal blyven
ten prollyte van de pi'onstdye van selve abdye.
Item dat sy snllen verobligeert syn te betaelen vuyt de landene ter culture
te hrinylien de wandelcoopen, doodtcoopen, beste hoofden ende andere
lieerlycke reghten, gelyck men in het anderdeel van prorhie van Dessel-
herge betaeit, ende dat t' selve sal beghinnen met d'eerste jercopinglie
staende te dnenebyde voorseyde baillin burgh*'"'' ende scbepcnen nwtsgae-
ders groote giieiande'^^ende gliemeente.
Item dat de strajeten van selven Hanaudt suUen moghen worden beplandt
ten proffyte van selve abdye buyten den schoofcant van den propiletaris.
Item dat sy sullen betaelen ten proffyte van de selve abdye voor Uecogni-
tie ses deniers 's jaers nnyten bunder in plaetse van de Philipe gaende teni
proffyte van selve abdye uuyt den voornoemden Hanaudt.
Item dat sy sullen uuytlegghen voor het onderhaiiden van kercke van
selve prochie twee bunderen lants uuyt den selven Aenhaudt te beghinnen
van de groote straete lanckx den unytplant van P. Meulewater tôt op de
Leede, boven eene somme van twee hondert ponden grooten om daer mode
de voornoerade kercke te vergrooten ende repareren als naer behooren.
Item dat sy van gbelycken daer neffens aen oock sullen uuytlegghen ten
proffyte ende onderhaudt van den ghemeenen armeii van de selve prorhie
twee bunderen lants boven eene ghelycke sonnne van ghelycke twee hon-
dert ponden grooten (onme te belegghen te)i intreste ten proffyte van tU'n
armen.
Item dat sy oock daer neffens sullen uytleggen twee bunderen lants tôt
het onderhaut van eenen onderpastor met last dat den selven sal ghehonden
wesen te doene eene saterdaegsche wekelycke gesonghen misse, in de
keiTkevan der zelve prochie U'V eeren ende aen den authaer van onze lieve
Vrouwe bove eene sonmie van ghelycke twee lumilert ponden gro!ilen om
te belegghen ten proffyte van den selven oinlcipioloor Icn inler(>ten als
— 115 —
vooiTii diier iivf dcn ('(tstei' sal pninitereii s' jiieiivc k\ twoo poitid'ii ^rdnlcn
voor syn assistcntifi in de sclvo misse.
Item dat sy sullen lietaelen ofto laten volL^hen de thiende van vriii;lit('ii,
die (ip de landen tôt culture te brint^hen van voors. aenhaudt sullen coinen
te groyen, te weten de voile thiende van de elfsten sehoofvan de specien
daer van dat men in liet ander deel van de prochie tliiende is ghevende,
endc naennaels sal ghegeven worden ;
Op aile welcke conditien \vy sno over ons als met aggreatie van onsen
convente, voor zoo veele als ons aengaet bebhen gheconsenteert dat deii
voorseyden aenlioudt sal ter culture ghebraght ende vercoght worden tcu
proflyte van de selve prochie ende twelckede voorn. bailliu endeschepenen
met de groote ghelande ende insetenen der selver prochie hehben gheac-
cepteert ende belooft deselvete acbtervolgben. Actum desen xj"" april 169'.).
ende waren ondertecckent Maunis Abt van St-Pieters, G. Goethals Bailliu
J. Van Straeten, ende Andries van Damme.
De onderscreven groote ghelande ende proprietarissen der prochie van Des-
telbergbe verclaren voor soo veele als ons aengaet te consertenen dat den
Aenhaudt by den voorenstaende contracte ende consente ter proflyte van de
voorn prochie op aile de condition daer by vermeit sal vercoght ende ten
culture ghebraght worden behaudens dat alleenelyck sal gheemployert
worden ten proU'yte van de kercke, aermen, ende onderpastoor van de
selve prochie de penninghen die sullen komen te procederen van de weerde
van de vercoopinghe van achtien bunderen uyt den gemelden aenhaudt,
ailes met beloftc ende onder verbandt in forma. Actum desen vyfdcn juny 1 099
ende waeren onderteekent Ant. Bap. Van Pottelsberghe, F. A. Vander Meer-
sche de Berlaere, J. Helias, Reynier de Buck, A. Van deSompele, Seghers,
Jacques Van Laere, E. Lootman Notax.
Cariai aire J8.
VII.
De selve Meester Nicaisehoud eenleendatmenheetthoerteN(etbaergroot
wescuile in 1 ndemeersschen ende watere twintich bundere littel meer oC te min
ligghende indiverssclien ptcheelen outrent tvoorseyde hof en inde nicrsscben
It beboort te desen voor* leene in ervel.penninc Renlen veertich scliill par.
twee hoeiideien en ecn hall' s' jaersdie hem zync laten sculdich zyn bmvyst
— 116 —
up divei'ssclien gronden \'un eenen ^iiele;^lieii iiil vuor^ litviscep. lU'iii behoort
ten voors. lec'iie eenljailiin die dernachlighe vandeii sclveleene inakoniiiacli
eiide veilateii tallen iiideii aist lieni i^lielieft en eeu hol' van maiiuen van
leenen ende boeten zulcke als lieiii zyne manncn van leenen wysen zouden
op dats nood ware item behorden ten voors. leene Iviij manscepen staen
twelcken veranderiiii^lien te wetene de tiene elc te vnllen conpe van
van X rt' X en. xx st. van camerlincgelde en andere xlviij manscepen staen
telcken veranderinglie ter besten vrome van drien en te xx scell par. van
Camerlinc gbelde. En als eenich van de Iviij leen verandert by coopen so
beboort de voorn. Meester Nicaise van dien toi den tlnende pinninc. Item
hebben de voors. baill. en maenen de kennisse en terecbt van de voors
leen te ervene t' ontervene bewys daer op te doene afwindinghen circunie-
naghien ende vergaderinghen te hondene en al inde manière dat men
ghecostumeertheeft. Item ende by alzo dat glieviele dat vQorden voors.
baill en manen handelinghe van ghedinghe ware en zy van dien miet wys
vroet oft eens en waren van vonnessen te makene , dat zy dat ghedinghe
zyn sculdich te draghcne voor de mannen myns heeren ende der kercken
van sinte Pieters als te haerlieder wettelicke hofde, en van hêml. last
hebben alst heml. redelic sal denckene en insglielycs wordden de voors.
baill en manen beroppen oft geappelleert voor ofte naer vonnesse dat zy
van dien sculdich zyn te staenne te rechte voorde baille vande manen myns
voorz. heere en kercken. Item behoort ten voorz. leene dat de voorn. baill
metten laten kennesse ende berechte hebben vande ervachticheden die
men vande voorn. mester Nicaise houden es, die te ervene ende tontervene
ghelyc men ghecostumeert es, en aise verandert en versterften dobbel
rente en by coope van xxx ^ paris xix sell par. boete tôt iii i par. en
daer ondere. Item behoort te desen voors. leene op sekere plaetsen van
lande ghelegglien int voorts heerscp op den mnelen cautère den vyfthiens-
ten scoof ende up sleeken cauter en inde mersschen op zomighe plecken
den derden oppere welc land en niersch diversche personnen houden zyn
ende dat nioet men deelen up tvelt als de vruchten staen gheebonden en
thoen vulvvonnen es inde mersch en dan moeten de ghene die tland en
mersch toebehoort oft hare pachters voeren ofte doen voeren svoors.
meesters Nicaise deel in zyne voorz. hof te Noettaex eer zy thare moghen
voeren oft roeren vande velde, behoort ter voors. teene thiende op di-
veissche perchelen van lande geleghen binnen den voors. heerscape,
't voorz. leen staen te trouwen ende waerheden ende alst vervvandelt te
— 117 —
vullen relieve van x «' par. en xx «' par. van (^auierlinc gliekle en alst
verwandelt by coope tex''" pen. relieve en carmerlincgelde als boeven.
Leenkoek 4517.
VIII.
Acte de chasse en faveur du seigneur de Notax.
Kennelyck sy aile lieden dat den eerw. heere ende vader in Goede
heere Robertiis prelaet van de abdye van Ste-Pieters in pachte ghegeven
heeft soo hy doet by desen aen Mher Jooris Rudolf Lantman limtenanl
colonel van den Heere prince Van Berckevelt die van gelijcken in pacht
bekent ghenomen thebben alsulcke redit van jacht ende vogelderye als de
voorz. abdye is competerende binnen de prochie en heerelyckhede van
Desselberghe voor eenen terme van negen jaren ingande half ougste xvj^
twee en taclitig onder de conditie dat den voorn, Lantmann contant sal
tellen aen den voorz. eerwerdige heere prelaet de somme van hondert
ponden grooten vlaems, die teynden de voorz. neghen jaren by den voor-
schrevenen eerw. heere prelaet suUen moghen worden gherestitueert ofte
voorders behauden tsynder kense dan in gevallen de voorz. hondert pond
grooten niet en worde gerestitueert dat den voorschreven Lantman syne
successeurs ende naercommers sullen 's moghen te continueren in den
voorschrevene pacht tôt de effective restitutie van diere synde oock gecon-
ditioneert der voorn. Lantman dese voorwaerde ende pacht aenveerden sal
met den last van alsulcke voorgaende comraissien ofte voorwaerden als van
de voorschrevenen jachte ende vogelderye soude moghen uuytgeven zyn
by den jachtmeester van de voorseyde abdye die hy aen hem neempt te
contenteren sonder eenick verghelt ofte recompense te moghen pretenderen
als oock dat den voorn. Lantman ghedurende syn termyn sal moghen
stellen een ofte twee toesinders ofte weyknechten met auctoriteyt van te
moghen arresteren ende callaingeren die daertoc nochtans by de wet van
't voorz. Desselbers-he sulls moeten worden "'heedt.
X T K
SUR
LA VISITE DES LEPREUX
A ANVERS
DEPUIS I.E 11 MAI 1517 JUSQU'AU U MARS 15'24..
C. BROECKX,
Bihliotliécaire-Aitliivisle de l'Académie etc.
Ail moyen âge, les lois de rhyi^iènc étant peu connues et peu
observées, l'Europe fut fréquemment ravagée par des épidémies
meurtrières et la Belgique en particulier paya souvent un large
tribut à ces impitoyables ministres de la mort. Pour nous en con-
vaincre, nous n'avons qu'à consulter les historiens de cette époiiue.
Mever, le père de notre histoire f Annales rerum Flandricarum
anno DCCCXX, page II; ibid, DCCCCLI, page 19;)Gustis,
(Jacrboeken der stad Brngge, 1<? deel, page 63;) Despars,
Chronique, lei" vol, page IGi;) André Wydts, Chromjcke van
Ma en der en en Brabant, tome I, page 67 ; ibid, page lOl^; ibid,
112;) GuESQUiÈRE, fActa sanctoriini Belgii selecta, tome 1, page
4-89; ibid, tome IV, page 514. § 23) et d'autres écrivains encore
nous ont cousei-vc de bonnes descriptions de ces Iléaux.
Si hi lèpre est la jtlus redoutable des maladies culanées, elle
tient aussi une des premières phices dans l'hisloiie des malheurs
— 119 —
tIp rcspèr.e humainf. Nos ix'tcs la n^gardaient commo un sic^nn
non équivoque de la colère du ciel.
C'est dans l'Ecriture Sainte que nous trouvons les premiers in-
dices des précautions prises contre les maladies contagieuses. Les
chapitres 15 du Lévitique, 5 des Nombres et 15 du livre premier
des Rois, prescrivirent la séparation des lépreux, d'abord dans le
désert, hors du camp et ensuite, hors de Jérusalem. Les sujets
suspects de lèpre étaient obligés de se présenter devant le grand
prêtre Aaron et plus tard devant les autres prêtres. Ceux-ci les
examinaient et ordonnaient soit la séquestration provisoire de sept à
quatorze jours, soit la séquestration définitive. Lorsque les croisés
se furent rt-ndus maîtres de la ville samte, ils continuèrent à garder
hors de la ville un lieu isolé destiné aux malades atteints de la ma-
ladie contagieuse, sous le lilre d'hôpital de St-Lazare, d'où est
venu le nom de Lazaret,
Il est probable que la lèpre a existé en Europe avant les croi-
sades. Les Sarrasins l'apportèrent en Espagne et en France vers
l'an 720. En effet, l'histoire nous apprend que St. Nicolas fit le
premier bàlir un hôpital uniquement consacré aux lépreux ; Charle-
magne, dans ses Capitulaires, fit des règlements relatifs aux mariages
des lépreux. Ce fut au commencement du douzième siècle que la lèpre
pai ut pour la première fois, sous forme épidémique, dans nos contrées.
11 n'y a rien d'étonnant à cela, puisque ce fut précisément à ceite
époque que les relations de notre pays avec l'Orient, foyer primitif de
cette maladie, devinrent très-fréquentes. L'enthousiasme religieux,
provoqua en ce temps là (de 1096 à 1291) plusieurs expéditions
pour arracher aux infidèles le tombeau du Sauveur. Il est inutile
de rappeler ici la part que nos compatriotes prirent aux guerres
saintes, sous les Codefroid de Bouillon, les Robert de Jérusalem,
— 1:20 —
les Thierry et l^hilippe d'Alsace, les Baudouin de Constantinople et
d'autres illustres capitaines belges. Nous nous bornons à constater
que les débris de ces expéditions, qui purent regagner la terre
natale, y apportèrent et y répandirent le germe de la lèpre. Ce
fléau ne fut pas plus tôt introduit dans notre climat, qu'il y prit
une extension formidable. L'effroi qu'il inspirait était si grand que
les autorités de la plupart de nos villes se crurent obligées de com-
battre le mal par des ordonnances très-sévères et de prescrire aux
lépreux, même sous peine de mort, de déclarer leur maladie, de fuir la
société et de se renfermer dans les léproseries qu'on avait fait
construire hors de l'enceinte des communes. Les hommes iJe l'art
étaient également tenus, sous les peines les plus sévères, de signaler
à l'autorité tous les malades chez lesquels ils pouvaient dér.ouvrir
quelque trace de la terrible maladie.
En moins d'un siècle, la lèpre avait pris des proportions si
effrayantes, qu'en 1220, sous le règne de Louis VIÎI, on comptait
2,000 léproseries en France et plus de 20,000 dans toute la
chrétienté. Soit que les mesures prises dans toute l'Europe aient
diminué la violence du fléau et son caractère contagieux, soit que
la fin des croisades ait empêché de nouvelles importations, soit enfin
qu'un mal, né en Orient, ait perdu insensiblement de sa violence
dans un climat tempéré, la lèpre épidémique commença à dispa-
raître insensiblement de notre pays. Vers le milieu du seizième
siècle, elle avait complètement disparu. Telle est aussi l'opinion
du célèbre historien de la médecine Rurt Sprengel, qui fixe sa
disparition totale vers 1626. Ce médecin dit qu'en cette année,
Louis Xill chargea les médecins David et Juste Laigneau,
(le parcourir toutes les léi»roseries. Cette visite apprit à distinguer
la véritable lèpre de relie qui n'était que factice, et bientôt on vit
— 121 —
complètement disparaître la maladie, fllistoirc de la médecine,
traduite par Jourdan, tome 111, page Go).
La ville d'Anvers fut, à diverses reprises, éprouvée par le fléau.
Comme on s'était aperçu que la lèpre se communiquait avec la
plus grande facilité, le magistrat prit diverses mesures dans l'intérêt
de l'hygiène publique. Parmi les plus importantes nous citerons la
construction d'hôpitaux spéciaux ou léproseries, l'examen médico-
légal des personnes suspectes et leur séquestration provisoire ou
délînitive. Ces mesures étaient des plus sages et des plus propres à
arrêter les progrès du fléau.
La première léproserie établie à Anvers fut celle de Tersiecken,
située d'abord hors de l'enceinte de la ville. Elle existait déjà
avant 1231 puisque Nicolas van Wyneghem, pléban d'Anvers, lui
fit une donation le 17 mars 1231 [Diergxsens, Antverpia Christo
nascens et crescens, Anvers, 1773, à la page 207 du tome I).
Le 29 août 1272, Henri Noze, chanoine, légua à la même
léproserie des terres et des objets de literie (Mertens et Torf'S,
Geschiedenis van Antwerpen, tome I, page 539).
Il parait que vers 1287 plusieurs lépreux se livraient à la
débauche et sortaient sans permission de la léproserie. Les sœurs
et les frères qui les soignaient, s'étant plaints au magistrat, l'écou-
tète et les échevins portèrent le 24 février de la même année un
décret sévère pour prévenir désormais de pareils abus. (Mertens
et Torfs, ibid. tome III, page 655).
Le nombre des malades était parfois si élevé qu'on fut obligé
d'établir, hors de la porte St-George, une seconde léproserie qui fut
vendue par ordonnance de la commune du 9 juillet 14-88. Un
arrêté de la même autorité, daté du 27 avril 1552 fit construire
dans le même but des maisonnettes en argile (Lcrmen hnijshenaj
25 XVII y
. 122
liurs (le la |iorl(' Pioiigc près de l)aiiilinii;gv. l'his taiil elle Ciirciil
it>iii|)hi(:ées par des inaisoimcUes en ltii(|ii(;s (UiEUCXSKNS, ibidA. III,
page 135). 11 parait que l'épidémie sévit de nouveau l'année
suivante puisque le magistrat, par décret du 9 août 1553, ordonna
à tous les lépreux étrangers fvelt sieckenj de regagner leur lieu
de naissance, endéans les quatorze jours, sous peine d'être tlagellés
et bannis. Les dimanches et les jours de fêtes, les lépreux d'Anvers
devaient se rendre à l'église de St-Willcbrord pour y entendre la
messe sans pouvoir y entrer. Après le service divin ils devaient
retourner dans leur lazeret (Marshall et F. Bogaerts, Biblio-
thèque des antiquités Belgiques, page 178). •
En i54'2 le fameux capitaine iMartin Van Rossem dévasta les
environs d'Anvers et le couvent de Tersiecken, ce qui Corça les
religieuses de s'établir en ville (Diercxsens, ibid. tome IV, page:;3).
Il paraît qu'elles rentrèrent dans leur établissement après la retraite
du capitaine. En 1575 la guerre s'étant de nouveau allumée dans
notre pays, les religieuses allèrent d'abord s'établir en ville derrière
réélise St-George et en 4 592 elles se fixèrent définitivement rue de
la Cuiller, dans la propriété appartenant aujourd'hui à la lamille
Meeus (Diercxsens, ibid. tome V, page 223).
En 1601 un grand nombre de lépreux s'étaient de nouveau mêlés
à la population, et l'on avait tout à craindre de ce contact. Par
décret du 11 septembre de la même année, le magistrat assigna
à tous les lépreux, qui ne demeuraient pas aux léproseries de
Dambrugge et deTersiecken, deux nouveaux endroits pour y habiter,
savoir dans la rue de la Cuiller près de Tersiecken et dans la nie
des T.inncurs près de la tour dite lluydevetterstoren (Diercxsens,
ihid.) Celle permission lut révoquée le 2 août 1G14'. Alors tous
ceux (pii 11'' deuioiiraient pas dans le couvent de Tersiecken lureiil
— 1,23 —
d(! nouveau astreints de se rendre à Dambrugge. (Diercxsrns, ihid.
tome VI, pacfe 840.) Les eontrevenauts étaient att;ichés avec une
chaîne à un billot, pendant un mois entier, au pain et à l'eau.
(Marshall et F. Bogaerts, Bibliothèque, page 179).
Après l'invasion de la Belgique par les Français en 1794-, les
lépreux furent soignés comme les autres malades, à l'hôpital
Ste-Elisabeth. Les maisonnettes à Dambrugge ne furent toutefois
démolies qu'après 1830.
Si nos magistrats communaux prenaient à cœur de préserver
leurs concitoyens d'une maladie si fatalement contagieuse, ils
jirocédaient aussi avec toute la circonspection possible avant de
séquestrer quelque personne suspecte. A cet effet, les médecins et
chirurgiens jurés de la cité fstadsmedecynen en stadschirurgynenj,
qui remplissaient à peu près les fonctions de médecins légistes et de
médecins des épidémies étaient invités à visiter les personnes
suspectes. Après un ou plusieurs examens et après avoir dûment
constaté la contagion, ils ordonnaient de séquestrer les malades.
Mais, dira-t-on, il n'était donc pas toujours facile de reconnaître
l'existence d'une maladie aussi hideuse que la lèpre? En effet,
les auteurs qui ont décrit l'histoire de ces épidémies sont
unanimes à déclarer que la maladie pouvait rester à l'état
latent pendant un temps plus ou moins long. Dans ce cas les
individus suspects étaient tenus de subir plusieurs examens et ce
n'était qu'après avoir constaté l'existence du mal qu'on prononçait
la séquestration dans les léproseries.
A l'appui de ce que nous avançons, nous allons faire connaître
une pièce que nous devons à l'obligeance de M. Frédéric Verachter,
conservateur des archives de la ville d'Anvers. Ce manuscrit est
en quelque sorte le procès-verbal des opérations des médecins et
— 124 —
des chirurgiens jurés depuis le 11 mai 1517 jusqu'au 14 mars
1524-. Le voici :
Item int jaer ons heeren xv*^ en xvii den xj en xijsten dacli in meije soo
sijn ghevijseteert by die ghesworen medijcijne en cijurgijnen deser stat
Antwerpe vuyt bevele van den borghemesteren en heeren. Dese navolghende
psonen vader leprosen ten huijse van mester Dominicus de Waelmont en
was de ierste visitatie na die aflyvicheijt van mester peter manacker
salijgher ghedachten ghedaen en doen waren de medijcijnen en doctore
dese navolghende heeren
In medijcijnen Doctoren
Item mester Jan Vand'eycken ' .
Item mester thomas de muijssijs
Item mester jan van turnout
Item mester heijnric van liere _ *
Item mester jasp de laet was doe in Vranckrijck
de cijurgijnen
Item mester Dominicus de Waelmont
m. Jacobe Duijtsche. m. jan vanden broecke
m. ghert van hildernissen m. peter van Scaespdyc (sic).
m. peter manacker.
Dit syn de ghene die ghevijsenteert ware int selve jaer
Item peter Deels lazarus ghewijst
item anthonis stamps
item margriet cornelyssen j
item katlijn coops
item cornelijs cools .
item jan scampaert ( ^'"'Jghewijst
item merten behaert
item jan salleman
item wouter noijens
item mariie moons ) , , ^ .
, j — , vuvtghestelt
item de weduwe ropacrts^ •' ^
— 135 —
item mathys cools \
item jan de liaest / , . .
., '', , > dese en tiuamen met.
item dyngne van noute (
Truyken van der beyst /
Item den xxv'e Dach in junio int selve jaer ghevysenteert ten huijse van
claus de clerck eën jonghen knecht jan loefs sone lasarus ghewesen
item de brueke van mester peter manacker - - vj stuyvers
Dit syn de bruekcn die gliene die quanien na den viij vrie inde ierste
vijsijtacie
Item mester thomaes de muijssis ]
Item mester heijnric van lyere > elck vj grooten
Item mester jan van turnout )
in de twede visitacie
Item mester thomaes de muyssis )
Item mester heijnric van lijere / elc vj grooten
Item mester jacob de Duijtsche )
So* iii scellingen brab.
Item ghevijsenteert een jonghen knecht van sinte lauwereys te hove die te
loven was lasarus ghewesen en de selve hier vrij en ghesont was ghe-
wesen tôt inester jans vanden broeck huijse
Item int jaer ons heen duysent vier honderd en xix opten xnsten dach in
april des dystdaechs in de palmweke soe waren ghevijsenteert by bevele
ende ouder costuine dese naervolghende personen van der leprosen en
lasarijen ten huyse van mester Dominicus de Waelmont de twede reyse
en doen waren de medecijnen en Doctoren dese heen
Item mester jan van der eycken
Item mester thomaes de muyssis
Item mester jan van turnout
Item mester jasp delaet
Item mester adriaen van velthoven
Item mester heijnrick van eijnde was syeck en sterf corts daerna salijgher
ghedachte
Uie surgijnen
mester Dnicus mester jacob. mester jan van den broeck. mester ghert.
m. peter scaepdyc, peter manacker
— 1.'26 —
IHl sifii dicijhcne die nlict'ijscntccrl wiire
Item tlierl lliys die was tieken vaii dt'ii kisariissclie die waerl (|iiijt en
ghesont ghcvoden en ghewesen
Item jan de linllander viij
Item gnesem van den steen vrij
Item joris bastaerl vrij
Item niagriet van santhove viiijt gliestelt
l'em frans de volder la/.arus ghewesen
Dit syfi die broeken
Item mester thomaes )
Item mester jan vati turnout (bilTé) > elc vj groolen ^
Adriaen van velthoven ) •
Ano Iwynlich
hem ano xv^ en xx.. opten xiiiisten dacli in meyesoowaren gliev^senleert
by die Doctoren van niedecynen en by de gbeswore siirgijnen een jonck
meyssen van xviij jare ont gheheeten grietken rognians en hebben al te
samen ghesloten en gheconcludeert met rypen rade, datse op dese tijt
de voorsc. grietken los en vrij wijsen van de lasarijen
Int jaer onsheen mv^ en xx opten seventiensten dach van septebri soe vvare
ghevijsenteert ten liuyse van mester Dominicus dese psonen liierna
bescreven aengaende de leprosen oft lasarijen in prensencien van den
Doctoren hierna bescreve en surgynen
Item in den iersten mester jan van der eycken
Item mester tbomaes inester jan van tnrnont
Item mester jasp mester adriae van velthoven
mester jacob
En snrgijnen mester Dmcus mester jacoh wassieck
mester jan aen de coeport mester ghert mester peter van scacpsdyck
mester peler manacker mester nierten.
IHl ai/Il de ^ijecken.
Imiiiwimi dit' viscoper cnape in de ( apel van giacie vrij
lynken mens int hoplant
niacriet boels bnvten lienhvnliols lasarus gbewosen
U7
magriet nayons woneii by sint Jacobs \
mayken tvoklers '. vuyt ghestelt
Jan van ces j
mayken maes int hoplant vry
Item op ten xiisten dach van aprille ano xxj soe ware glievysentert ten
liuyse van niester Dominiciis dese psonen hierna besci'even aengaende de
leprosen en lasarien in psencien den Doctoren hier na bescreven
Inden iersten mester jan van der eycke die en was daer niet
Item mester thoniaes de niuysis
niester jan van turnout
mester jasper delaet
mester adriaen van velthoven
mester jacob van caster
Snrgijnen
Item mester Dominicus
Item mester merten
mester ghert
mester peter van scaepsdyck
niester peter manacker
mester jacob en niester jan van den broecke
dese twe hadden tflersijn
Dit waren die ghene die gheexamijnert en ghevijsenteert waren
Item maijken maes achter de crone opte perliiierct viiijt ghestee.lt en dal
sy nersticheyt sal doe en besceet brenghen sal van medecyne oft sy int
bat is gheweest
hanneke van es opte pertmerct vry
Item ghert thys die eens lasarus was en na vry was ghewesen is vuijt
gestelt tôt in septeber en dat hy int bat t'aken reysen sonde en ner-
sticheyt sonde doe om helpen
Item Antonis staemps nietser lasarus ghewesen
Item magriete naijens bij sint jacobs kercke vrij ghewesene
Item adriaen de heeit biiijten kijpdorp poortte vuijtghestelt en dat hy int
badt reijsen sal tôt aken en nerstijcheyt doen sal van niedecijnen on
besceet brenghen.
Item des xviisten dach van october soe was bevolen van den borghenies-
ters dat wy souden vijsenteren ghert thys die ens was lazanis ghewesen
over jaren en hy qiiani weder ons int jaer van xii en doen liet hy
— 128 —
hem vijsentereii illichaeni dat scoen was hcvoiidon en hy seyde dal
hy glieen ghebreck mcer en hadde aen syn lyf, dvvelc hy loech en
bedroech de heen en Doctore want hy selber seyde dat hy altyt gebreck
hadde ^^hehadt en gaten in syn beenen en voeten etc='
Item aldns soe bebbcn \vy vuyt bevel van jan van leest corte roije desen
selve ghert ghevijsenteert ten huijse van mester gliert van hildernissen
opten xviisten dacli van october in psencijen van mester jasp de laet
mester jan van turnout ) r> , ■ i-~
— . . , , Doctoren in medicy
en mester jacob de caster )
en mester Dnicus de waehiiot ]
m. ghert van hildernissen > surgijns
en m. peter van scaepdyck )
en wy hebben hem bevonden seer catyfvich en qualyc ghestelt en lazarus
bevoden want hy selver segde dat hy ons bedroghen hadde *en dat in
zyn beenen en voeten en de waerheyt niet gheseyt en hadde alsoet hem
ghevraecht was doen hy los ghevvesen was.
Item xxsten dach in october soe is ghevijsentert ten huyse van mester
ghert van hildeinissen een jonck meyssen gheheten tôt cornet
van boberghen de welcke wy bevonden hebben los en vry van der
lazaryen in presencien van den Doctore en siirgijnen hier na bescreven
by bevel van ja va leest
mester jasp de laet
mester jan van turnout
mester jacob de castro
mester Dnicus de waelmont
mester ghert van hildernissen
mester peter van scaepsdyck
Ano xv^ en xxij opten xiiiisten dach van aprille soe syn ghevijsenteert en
gheexamijiiert by bevel van den borghemesteren en raet by jan va leest
beveel ghedaen te vijsenteeren de leprosen hierna ghenoempt int godt-
huys van der sijcker buyten Antwerpe en bij drie medijcijnen en drie
surgijnen
Dit Hijn de Doctoren in med)jcyne
mester jasper de lad
mester jan van turnout
mester adriarn van velthoven
— 139 —
De surgijiifii
niester Domiiiicus de waelmoiit
mester jan van den broecke
niester ghert van hildernissen
Dit syn de ghene om te syn ghevyse7iteert yheweest opten selven dach voersc.
Inden iersten peeter celsin kypdorp die cordewagher cruijerwas ) vuytghe-
peter de langhe buyten sint joris porte ) stelt
hanneken neesse lysbet neessen sone opt beghynhof )
hanneken van as opte verkemerct \
Thomaes van boute in de ranien van Phs de hont in kypdorp vuytghe-
steelt tôt der naester reijsen
Item maeyken maes was in de laetste vijsijtacie bevolen dat sy raet soude
doen van medycijnen te baden dwelc sy niet gedae en heeft, aldus soe
is by malcanderen gbesloten, dat sy gaen sal by mester Âdriaen van
Velthoven en doen syn bevel en raet tusschen dit en theylichs sacramets
dach om te prove oft nien haer eenichsins can ghehelpe oft niet, en
dan soe sal men haer sentencie gheven na dat me bevyden sal
Goris hemsen in de pkerstrate die en is niet gecome
Ano xv'= en xxij den xixsten dach in meije soe was bevolen van den borghe-
mester by bevel van jan van leest te vijsenteeren van der leprosen een
gheheten peter cels ten huyse van mester Dominicus.
Dit syn de Doctoren in medicijnen
mest. jasp de laet
mester jan van turnout
De siirgijnen .
mester Dnicus de Waelmont
mester jacob
mester jan van den broecke
En wij^bevinden dat hy arm en keytvick was en lazarus ghewesen opte
selve dach
ano xxij in junio des anderdaechs na theylich sacramentsdach
Item toen quam maeijke maes en begheerde haer sentencie te hebben oft
zy lasarus was of niet en was
— 130 —
Aldus soe syn verghert geweest en hebben ghevysenteert dose selvc vrouvve
voersc.
by mester jasp de laet. . . . i , , —
1 " . • . . f doctoren m medvcyne
by inester jan van turnout ) ■ ^
mester Dnicus de waelmont
mester jacob
mester jan van den broecke
mester ghert van hildernisse en wj bevyden dat dese vronwe is niet
gheachtervolclit, ghedae alsulke raet als haer bevolen was te doen van
mester adriae van velthove nochtans bevynden wy dat seer ghebetert
is en doet sy raet sy sal wel ghenezen, want wyze bevynden vri van
lazaryen
anno mv^ en xxiij < pten xxvsten en xxvisten dacli in meye'soe was be-
volen van den borgheniesteren by bevel van der corter roeijen jan van
leest te vijsenteren dese navolgende psonen vander leprosyen oft laza-
ryen int clooster vander sycker »
DE MEDIJCINEN SURGIJiNEN
mester thomas de niuyssis m. Dominicus
mester jan van turnout m. jacob wissenborch
mester jasper de iaet m. jan van den broecke
m. gbert van bilderiiisscn
Lenaert in aile kerken )
magriet van santhove ) '^^^'''^^
Vuijtghestelt
Trnijken blocx by den blyenhoeck
jan wils in de pkerstrate
Lysbet denys in de pkerstrate int straetke sonder eynde
willem peters ouscoemaker byt beghynhof
Dese sijit vnj ijhewescn
jan aerts scoemaker
jan gotens int liophmt
copne penincke gont i _
, ' 1 biiyte de rovport
bissy pauwels ) ^
Uese en woiulen niet syn gbevyseterl op die nien oribnancie, inaer sy
syn gegae aen mynhecr van lierc oni oilol' te bebbe en beblion orlnf
— 131 —
georcgiie en des andcrs syn sy glievijseteerl olio\v(«est teii linyse van inestnr
gliert iiij niester thomaes mester jan van luniuiit luester jasp (IckiL'l
Doctoers
mester «Inicus mester jacob, broeck hildenis
hanneke van essrhe j
niaijken van nuijssen ) ^^^^™^
diosyn vergoten vuijtg'hestelt blijenhoeck
belle clans inde lepelstraet vuijtghestelt
peter de langhe buijten sint joris vrij
Item in dat selve jaer op sinte pauwels dach soe syn vergadert int cloester
vander sycker byeden by beveele vander corter roijen van ja van leest
cortte royer metser jasp laet niester jan van tnrnont mester gasp laet
Doctoren in medicijnen en mester ghert van bihlerissen en mester peter
vanscaepsdycksnrgynenomtevijsetereeen ghehetengoijvaertmusgheseel
clermaker won taiitwerpen by de clocke op clapdorp soe hebben wij be-
vonden den selve goijvaert seer arm e n katyvicb in syn leden onmaditich
synde en tekene synde leproes oft melaets.
Aniio xxiiij.
Item op xiinsten dach van merte toe syn gheweest vuyt begherte van
vrienden ghert thys mester jasp laet en mester jan van ttirnont en mester
jacob de castro als medicyne en ghert van hildernissen en m. peter van
scaepsdyck om te segghen hnnne kenlyckheyt van ghert thys de welcke
hier voer gescreven staet na vuijtwijsen sijne ghebreecke die hy hadde
soe hebben wy mester jasp laet en mester jan van turnout en mester
jacob die quam na soe hebben wy tsanien voer niyn heer her wille draeck
tsamen overbracht in ons rapport dcii selve ghert tijs was ghevysetert by
ons dat wy hem vonden lazarus te wesen vuyt beden van den voerscr.
gherde want hy syn pelgrimagie begherde te doen alsoe hem de heen en
stat bevole hadde te doen eer hy weder inde stad van anlwerpen comen
mocht op de correx die daer toe stond.
La lecture de celte pièce nous fait connaître que les médecins et
les chirurgiens jurés étaient tenns d'assister à l'examen sous
peine d'une amende de six gros. Elle donne le nom de ces fonc-
tionnaires (|ni sont :
132
MEDECINS. CHIRURGIENS.
Jean Vander Eyckeii , Dominique De Waelmont ,
Tiionias De Muyssis, Jacques Wissenborch ^,
Jean Van Turnout, Jean Vanden Broecke,
Henri Van Liere , Gérard Van Hildernissen ,
Gaspard De Laet ^ Pierre Van Scaepsdyci<,
Adrien Van Veltiioven , Pierre Mannacker,
Henri Van Eynde 2, Mertens.
Jacques Van Castre,
Dans les cas douteux les médecins indiquaient l'usage des eaux mi-
râtes d'Aix-la-Chapelle qui sont encore prescrites de nos jours contre
les maladies de cette nature *. Pour notre part, nous nous rappelons
que plusieurs personnes atteintes de maladies rebelles et gi*aves de
la peau ont été rétablies par l'usage des bains d'Aix-la-Chapelle.
Les malades étaient examinés au domicile d'un des chirurgiens
ou à l'hospice de Terslecken. Leur nombre n'était pas fort élevé
puisque de 1517 à 1524- il ne se présenta à l'examen que 63
personnes. Voici le résultat : En 1517 il y eut 17 personnes
suspectes : deux furent déclarées lépreuses, neuf furent mises en
liberté, deux remises, quatre ne se sont pas présentées.
En 1519 il y eut six personnes à examiner, dont quatre furent
déclarées saines, une remise et une atteinte de lèpre. Gérard Thys,
' Voyez sur ce médecin les intéressantes Etudes hinfjrapliifjiips sur les médecins
liégeois depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1850, par M. Ulysse Capitaine,
insérées dansletome UliaBulletin de l'institut archéologique, liégois. Liège, 1857.
* Mort en 1519.
' Ce médecin était origiiKiirc d'Allemagne puisqu'on le nonnne, dans le manus-
crit, rAllemand (Duyisclie).
* Voyez le Guide prntifpie du médeciit cl du iiKtluileaux eaux minérales delà
France et de l'étranger, par le docteur Constantin James. Paris, 1858.
— 133 —
doyen des lépreux, fut trouvé guéri. Celui qui a tenu la plume a
écrit quatre cent vier hondert au lieu de cinq cent.
En 1520 il se présenta neuf personnes, dont quatre furent
déclarées exemptes du mal, trois remises et deux séquestrées.
En 1521, sur huit personnes, on trouva deux lépreuses ; trois
furent déclarées exemptes d'infection et trois remises.
Les médecins et les chirurgiens procédèrent en 1522 à la visite
de sept individus. Deux furent déclarés non infectés, quatre remis,
le septième ne s'était pas présenté.
En 1523 on procéda à l'examen de seize personnes. Cinq furent
trouvées atteintes de lèpre, six furent remises et cinq déclarées non
infectées. Le dernier examen ne fit découvrir qu'un seul lépreux.
Le manuscrit nous fait connaître que les lépreux avaient un doyen,
deken van de Lazarussen et qu'en 1519 c'était Gérard Thys qui
sortit guéri du lazaret. Nous savons qu'il marchait à la tête des lé-
preux lorsque ceux-ci se rendaient le dimanche à l'église de St-Wil-
lebrord, mais nous ignorons en quoi consistaient ses fonctions et
pourquoi onlui donnait ce nom. Était-ce le plus âgé? Était-ce le plus
ancien habitant de la léproserie? Était-ce le plus gravement atteint?
Était-ce parce qu'il agitait un cliquet ou espèce de sonnette dont
le bruit abasourdissant éloignait tous les passants lorsque les malades
se rendaient au service divin ^
Comme nous l'avons dit, la lèpre cessa de régner épidémiquement
vers le milieu du XVI^ siècle. Les rares cas, qu'on constata après
cette époque, appartenaient peut-être à une autre espèce, moins
hideuse et plus bénigne. Nous terminons cet article par un fait
* C'est sans doute à cet usage que l'on doit le proverbe anversois : liy hcefï
eene stem gelyk een lazarnsklep pour dire qu'on a la voix de stentor.
— 134 —
qui vient appuyer ce que nous avons avancé sur la disparition de
ce mal. Il se trouve dans la Bibliothèque des antiquités Belgiques
de Marshall et Bogaerts ^ Dans l'année 1526, deux ans après
le procès-verbal de la visite des lépreux que nous avons fait con-
naître, il ne se trouvait aucun malade dans l'hospice, puisqu'il y
est dit que le couvent dit der zieke lieden ou le'prosie, contient
9 religieuses, i servantes, et 3 domestiques, en tout 1 G personnes.
' Statistifjiie. Populations. Relevé des foyers du Bruhanl en Jo2d. à la page
79 du tome II.
LA
CHAPELLE DES LOMBARDS
A MONS;
Léopold DEVILLERS,
Conservateur-adjoint des archives du Hainaut,
Membre correspondant de l'Académie.
An treizième siècle, des nég'ociants de la Lombardie furent
envoyés par les papes pour percevoir, dans quelques contrées de
TEui'ope, l'impôt sur les bénéfices ecclésiastiques connu sous le
nom d'annate. Ces Lombards trouvèrent en Suisse, en Allemagne,
en France et dans les Pays-Bas, des juifs se livrant au commerce
d'argent; ils résolurent de leur faire une rude concurrence.
N\iyant pas contre eux la réprobation universelle qui poursuivait
les juifs, étant, du reste, aussi riches que ces usuriers, les Lom-
bards parvinrent facilement à leur but, en rendant des services aux
princes et au peuple. Ils ne fréquentèrent d'abord que les foires et
les marchés, puis ils s'établirent dans diverses localités.
Dans les villes où ils étaient reçus, les Lombards occupaient
un quartier particulier, qui n'était toutefois pas séparé des autres
habitations, comme l'était le quartier des juifs. A Paris, les Lom-
bards habitaient le Pont-aii-change, à Londres, le Lombnrd-strcet.
A Mons, où les juifs occupaient la rue qui a, en partie, con-
— 136 —
serve leur nom ', nous pouvons croire que les Lombards habitèrent
la rue d'Havre, qui fut constamment très-commerçante : ils eussent
difficilement trouvé un emplacement plus favorable.
Ce qui vient corroborer cette opinion, c'est que la Chapelle des
Lombards se trouvait dans la rue d'Havre. Elle avait été érigée,
en 1544, par messire Bertrand Turcq, natif du marquisat de
Montferrat en Lombardie. Des membres de la famille Turcq furent
les banquiers du comte de Hainaut Guillaume 1 d'Avesnes. « Et
> d'autant, dit Vinchant -, que ce Bertrand n'eut nuls enfants et
• que sa sœur Florence fut alliée à la maison des Zabondans, qui
» estoient chevaliers, Guillaume Zabondans, fils de ladite Flo-
» rence, fut héritier dudit messire Bertrand. De ce Guillaume
> sortirent François et Nicolas, qui furent seigneurs d'Arteville
» au marquisat de Montferrat en Lombardie, et furent iceux Za-
» bondans, bonne espace de temps, collateurs de ladite chapelle. »
En 1353, le chapelain des Lombards de Mons, nommé Nico-
lon, contribua à créer la fameuse confrérie de Saint-Christophe,
en l'hôpital des Apôtres, hors la porte d'Havre.
Dans le courant du quinzième siècle, les Lombards se retirèrent
de cette ville et laissèrent leurs tables à des banquiers indigènes,
qui conservèrent le nom de Lombards. Ces tables furent suppri-
mées en 1618 et remplacées, en 1625, par le Mont-de-piété,
que Ton établit dans l'ancien hôtel d'Eiighien et auquel le nom
de Lombard reste encore attaché.
La chapelle des Lombards était sous l'invocation de la Sainte-
Vierge. Les annalistes nous apprennent que la madone de cetle
' L'antre partio dp cpIIp niP a pris Ip nom dp rue des Sœurs-Noires, par suite de
rélablissement du couvent do ces relit^ipuses, en 14-98.
* Annales du llauiavl, od. dps Biid., t. III, p. 223.
— 137 —
chapelle fut a^^elée Notre-Dame de Hon, parceque, en 1395, un
bourgeois nommé Jean de Hon et Sara de Portis, sa femme, fon-
dèrent en son honneur un cantuaire de messes *. La fête principale
de N.-D. de Hon se célébrait le 15 août.
En 1617, le chevalier du Long Gourtil et sa femme firent une
autre fondation, rappelée dans l'inscription suivante qui se trouvait
dans la muraille, à droite de la chapelle :
PIERRE DU LONG COURTIL
CONSEILLER DE SA MA-
JESTÉ ET DÉPOSITAIRE
GÉNÉRAL DU PAIS DE
HAINAU ET DAMOISELLE
MARIE FRANEAU SA COM-
PAIGNE, POUR PERPÉTUELLE
MÉMOIRE ET AFIN d'aCCO-
MODER LE VOISINAGE DE GES-
TE CHAPELLE, AFFIN AUSSI DE
PRIER DIEU POUR LEURS AMES
ET DE LEURS PARENS ET A-
MIS, ONT FONDÉ UNE MES-
SE POUR I ESTRE CELEDRÉE
CHAQUE DIMANCHE DE
l'année AVECQ EAUWE
BÉNITE, LE 7 DE JANVIER
1617. PRIEZ DIEU POUR
LEURS AMES.
En 1772, des contestations s'élevèrent sur la collation des
bénéfices de la chapelle. 11 fut décidé, par lettres du grand bailli
de Hainaut, du 13 octobre de cette année, que la demoiselle
Christine Hanoye de Gomanpont était la collatrice légitime.
1 De Boussu, Histoire de Mons, p. 105. — Vinchant, t. III, p. 223. —
HossART, Histoire du Hainaut, t. II, p. 141.
25 XVI 10
— 138 —
L'ancienne chapelle des Lombards appartint ensuite au proprié-
taire d'un hôtel voisin qui, à la fin du siècle dernier, était en la
possession de la famille Marin de Thieusies. A cette époque, une
demoiselle de Thieusies occupait cet hôtel, et son frère, le P. Elle,
récollet, venait y célébrer la messe tous les dimanches à dix
heures, pour l'aisance de sa sœur et du voisinage. Celte dame
entendait l'oiïîce du haut d'une tribune qui dominait le public.
La chapelle des Lombards avail nw loii£,^ueur d'environ vingt
mètres; elle avait reçu de nos ancêtres la dénomination de Capelette.
Fermée à l'époque de la révolution française, elle» ne fut plus
rendue au culte et servit de magasin jusqu'cà l'époque de sa démo-
lition, en 1835; sur son emplacement s'élève la maison de
jM. Franeau.
Celte chapelle, de style ogival, régnait à front de la rue d'Havre
et était éclairée par une grande verrière, ornée de meneaux en
pierre. La voûte en ogive était garnie d'arêtes aussi en pierre.
La toiture aiguë était surmontée d'un clocher, dont la girouette
domine aujourd'hui la maison de M. Franeau. L'entrée se trouvait
au côté droit du bâtiment, vers la Grand'Place.
L'autel de la Capelette était orné d'un tableau représentant
ÏAssomption de la sainte Vierge et d'une statuette de Notre-
Dame, qui furent transférés, en 1801, dans l'église paroissiale
de Sainte-Elisabeth \ ainsi que la petite cloche qui annonçait le
service divin.
' Ces objets ont élé vendus , depuis peu , à l'église du village d'Obourg.
muv
ÏOLOGIOUKS
M. Alexandre SCHAEPKENS,
Membre correspnndanl lie l'Académie, chevalier de l'oidro de la
CourOQue de Chêne, etc.
DES TRESORS DES EGLISES NOTRE-DAME ET SAINT-SERVAIS A MAESTRICHT. —
ÉGLISE DE SAINT SERVAIS. — PROCESSIONS PUBLIQUES. — L'INQUISITION
ESPAGNOLE. — LE VRYTHOF A MAESTRICHT. — STATUE MIRACULEUSE DE LA
VIERGE DES RECOLLETS. — SAINT LAMBERT , SA NAISSANCE, SON MARTYR
SON TOMBEAU. — DES ÉVÊQUES DE TONGRES. — PRISE DE TIRLEMONT EN 1641J.
EGLISE DE NOTUE-D.XME A MAESTRICHT.
TRÉSOR.
DE LA PETITE CROIX DITE DE CONSTANTIN, EMPEREUR DES ROMAINS.
Le samedi feria seœta de la semaine Sainte, lorsqu'on bénissait
les eaux, il était d'usage qu'après la fin du service du jour le
célébrant allait avec les assistants vers la chapelle de St-Étienne,
le diacre portant cette croix et le sous-diacre les pbioles qui con-
tenaient des épines de la couronne du Seigneur ; ces trois reliques
liées ensemble furent alors descendues dans l'eau que l'on bénissait
pour l'usage du clergé et des laïques.
140 —
Le reli(iiiaire de la Croix porte en tête (inscription) le nom
de l'orfèvre.
DE LA CROIX D OR DE NOTRE-DAME A MAESTRICHT.
La valeur de l'or de la grande croix donnée par Uomanos,
empereur de Gonstatinople, fut estimée à mille quatre-vingt-dix
florins de Liège. C'est de l'or pur d'Arabie. Elle fut confiée à un
chanoine qui laissa ce reliquaire avec d'autres enfermés dans une
caisse et quitta le pays. Lorsqu après la mort de ce clianoine ses
collègues ouvrirent la caisse, on ne trouva plus que l'ètu* et le
pied de la croix, celle-ci ayant disparu. Le pied était en argent
doré *.
BAS-RELIEF EN PIERRE , DERRIÈRE LE CHŒUR DE l'ÉGLISE
NOTRE-DAME.
Pour l'intelligence de ce curieux monument, il est à remarquer
que les princes Germains s'arrogèrent l'investiture des biens
temporels et des fiefs annexés aux épiscopats depuis le IXe siècle,
rin trouve que les évêques sont investis par les empereurs au
moyen de l'anneau et la crosse jusqu'au XI^ siècle. Il y eut une
grande scission entre Grégoire Vif et Henri IV, à propos de ce
mode d'investiture qui causa une guerre cruelle en Europe. Les
successeurs du pape et de l'empereur convinrent à la fin que les
évêques seraient investis par l'empereur au moyen du sceptre.
' La croix fut remise plus tard à M. Liesens, curé de St-Mathias (de Tordre
de la compagnie de Jésus), qui l'envoya en cadeau à Rome.
— 141 —
TRÉSOR DE SAINT SERVAIS.
DE LA CROIX DOUBLE EN VERMEIL DE l'ÉGLISE SAINT SERVAIS.
La grande croix patriarchalo de l'église de Saint Servais,
contenant des parcelles de la vraie croix dn Sauveur date de 1 4-90 et
fut exécutée par un orfèvre nommé Ulricus, qui demeurait vis-à-vis
du couvent des Dominicains, rue Grand-staet (la maison occupée
par M. Leunis). Elle fut faite en préjudice de celle de Notre-Dame
qui date de 120-i. Un écrit du chanoine Galmont, de 1512,
avance qu'elle fut faite en concurrence à celle de Notre-Dame,
qui attira une foule de pèlerins.
CHASSE.
La grande châsse en ivoire, mesurant deux pieds et demie ,
contenait les reliques des saints Hieron et ses compagnons qui périrent
en martyrs près de Cologne et le squelette d'une des onze mille
Vierges et de plusieurs autres saints. Nous croyons que c'est cette
châsse qu'on portait dans les processions.
11 existe un catalogue des reliques de l'église Saint Servais par
Van den Poel, qui demeura dans la rue des Prêtres. Van den Poel,
qui fut custode des reliques et trésorier de la même église en 1658,
cite dans son catalogue une caisse d'ivoire de forme quadrangulaire
dans laquelle se trouvaient les reliques des saints Pierre et Marcellin,
qu'Éghinard, chancellier de Charlemagne, obtint à Rome de
saint Grégoire et dont il fit présent à l'église saint Sei'vais. Baronius
parle de cet envoi en 828.
Les chanoines de l'ancienne collégiale de saint Servais reçurent
en 1821 deux mille florins des Pays-Bas à partager entre eux.
— 142 —
pour 1 PS diplômes, hiillrs, etc., roiistat;in( leurs privilèges, qu'ils
avaieiil envoyés au roi (iuillaunie l"', à La Haye.
ÉGLISE SAINT SERVAIS.
Fn frère Franciscain a lie les tours de l'église avec dos barres
de fer, le même avait ancré son couvent lors de l'explosion d'un
magasin à poudres en 1761. L'ancienne tour de saint Servais était
couverte de [)loml), on en retira environ f(uarante mille livres.
L'anci(;nne tour était surmontée d'un aigle en cuivre, ^e même
qu'on plaça sur la nouvelle. La république Française y plaça un
bonnet phrygien ; Napoléon I'' y replaça un grand aigle (wi bois,
qui était si grand qu'il menaça souvent d'être emporté par les
vents ^
PROCESSIONS PUBLIQUES.
L'an 1-475 sous CharIcs-le-Téméraire, qui lit la guerre à ceux
de Cologne, le peujile fut affligé de grands maux. Le sénat de la
ville de Maestricht pria alors les chanoines de faire une procession
publique avec la châsse et les reliques. Cette procession eut lieu.
D'autres processions eurent lieu plus taid dans des circonstances
analogues, et nous ferons suivre le programme de celle qu'on lit
le 6 janvier 1677.
1 Un ouvrier qui y travailla et rlitnt la chaussure était déchirée, s'accrocha par
le soulier dans un des doux, ce qui fut cause qu'il fut renversé et tomha du haut
de la tour. Cet hcmmc s'était proposé de faire renouveler sa chaussure à la réception
de son salaire.
— 143 —
Processie met de noodklst op Drijkonïmjendag den 6^^^^ janiiary
1677.
Ten 1^^"" den gTOcncn vaen.
2. De studenten van de Paters Jesuiten met standaren.
3. De apostelen.
Â. De wijskinderen.
5. De Cellebroeders.
6. De Paters Capusijnen.
7. De Paters Boggaerden.
8. De Paters Cruijsbroeders.
9. De Paters Aiigiistinen.
10. De Paters Prediclieeren.
11. De Paters Minnebroeders en Onse Lieve Vrouwe woort ge-
dragen door vier Paters.
12. De Canonicken van Onse Lieve Vrouwe met kappen ende liet
beeldt van Onse Lieve Vrouwe in het silver met 2 engelen die
den gordel van Onze Lieve Vrouwe in de hant draegen, woort
omgedragen. Capellaenen van Onze Lieve Vrouwe ende het
hoof van St-Bartholomeus in het silver, dat woort ômge-
draegen door vier Capellaenen.
13. De Capellaenen van St-Servaes ende de Canonicken met kappen,
waer voor nogh gingen deHeeren van St-Anthonis endeBiessen
ook met kappen.
14. Het Broederschap van het H Sacrament van de parocliie van
St-Mathys met flambeuwen.
15. Het Broederschap van St-Barbara van de parochie van St-Jan-
Baptist met flambeuwen.
16. Het ambaght van de smits waer naer woort gedraegen de
Nootkiste door acht Capellaenen van St-Servaes, te weeten
H. Partouns en Vanderhaegen, H. Van de Pant en de Brassin,
H. Cellers ende Ploumen, H. Cousin en Smits.
De Processie is uitgegaen aen de Pisterie langs den Vrythof, aen de
PP. Predichereu waer eenen autaer, en door St-Jorisstraet ^ aen het
i Gedceke van de groote slaet, van de Spilstract tôt het Vrythof.
— 144 —
oiidtstadhiiis daer blevcii de Heeren met de nootkiste en den heer canonick
Ciraeven met don Heer capcllaen Veestraeten secretaris, die ginijien het
oudlstadlmys op, en deede de i^evangenen afcoomen, onder anderen was
eenen Stootwaegen die eenen Fransen Facker in de Capucine straat hadde
met een hout het lioof ingeslaegen en was terstont doodt, ende eenen
moelcnaer, die hadde naer een kindt geworpen met eenen steen ende het
kind is daer naer gestorven, ende sy syn de processie gevolglit achter de
nootkiste met eene brannende kerse in de hant.
17. Ilel andiagh van St-Joserdi.
18. lîet hooft van St-Servaes gedragen door vier Heeren Capel-
laenen, te weeten Heer Emondts Capouns, Heer Sigen ende
Amido ende soo syn aile andere ambagten gevoight met flam-
beuwen suo ordine, en daer is gekoomen den Eerw. Heer
Lipsen met het H. Cruys, daer naer den geheclen Uaedt
van het beyde corpus soo Brabants als Luikst, daef niier de
justisie van den koninck, daer naer is gevoight don He r
hoogh Proost Bredenroode met het venerabei, en daer naer is
gevoight den Heer Calvo gouverneur ende veel andere offi-
ciei'en, ende groote quanlitydt die het hooghweerdig volgden.
De processie is uitgegaon aen de Pisterie * langs den Vrythof aen de
Predicheeren kercke, aen knabbenhouwers huys was eenen autaer en aen
het oudtstadhuys, en ook eenen aen St-Nicolaes kercke onder Onse Lievc
Vrouwe, en onder Municks Poorte aen St-Jacobs kercke in den hoeck
van de Minnebroeders en so voorts tôt in St-Servaes kercke en daer is
gesongen te Deurn in Pontificalibus. — Den dienst is gedaen gcweest de
twee dagen naer volgens, te weeten den 7 en 8 door de Heeren canno-
nicken met groote devotie, en is gesloeten den 8 op vrydagh met eene
processie door de kercke en buyten den choor met om te draegen de
nootkiste met 8 voorschr. Heeren en Capellanen en Canonicken met iedei'
een flambeeuw, waer naer is omgedraegen het hooghweerdigh door deii
Eerw. Heer Deeken Lipsen volgende veel bnrgcrs met groet devotie. —
Outrent tussen vyf en ses uren s'avonts is de nootkiste opgeset door den
i Broodbakkerij, van het cappittcl.
— 145 —
Heer Deeken Lipsen en canonick Vaes en Ilalwick, Heer Eemondts en
Ploiinien capellacns ••.
DE l'inquisition A MAESTRICIIT.
L'iiU|uisilioii Espagnole proprement dite ne fut jamais établie
dans cette ville. Elle fut remplacée par le pouvoir de la régence
de la ville, dont les ordonnances de police sur la conduite intérieure
des familles existaient longtemps avant les édits contre la
réformation donnés par Charles V et Philippe II. Ce pouvoir de la
régence fut presque illimité. Une ou deux fois dans Tannée ils
faisaient le tour des rues de la ville en s'informant à domicile des
mœurs des habitans, si on n'avait pas entendu ses voisins
blasphémer Dieu ou ses saints, si on n'était pas adonné à la magie,
s'il ne s'en trouvaient pas qui pouvaient rompre le nœud du
mariage ou qui savaient mettre obstacle à l'union de personnes
fiancées par une fraude infernale, ce qu'anciennement on désignait
par, of mail niemand haut die den Nestel knoopte^ et on trouve
plusieurs peines établies pour ces crimes, qui consistaient entre
autres en pèlerinages à saint Jacques de Compostelle, à Paris à
' Van het jaer 1673 tôt 1678 zyn de Fransclien onder koning Lodewyck den
XIV in liet bezit dezer stad (Maestricht) geweest, om deze reden lieeft deze open-
bare Processie door de straeten knnnen gescliieden, het jaer 1638 hadden de
HoOanders om verdachtheid van mede pligtigheid aen het verraed van zekeren
Landsman, brouwer dezer stad, de PP. Minderbroeders en Jesuiten hunne
kloosters en stad doen ontruimen, en waren by intreede van den koning van
Frankryk weer binnen gekonien, de Jesuiten in hun vorig coliegie, doch daer de
kerck der Minderbroeders sedert hun vertrek voor arseiiael diende en het clooster
voor militaire hospitael, zoo konde de koning voor dat tydvak hunne gebouwen
niet teruggeven. Men had hun dan tydelyk met hun miraculeuse beeldt geplaets
in St-Jacobs cappella, en het naest gelegen huis zuidwaerts voor woniiig be-
zorgd, dit is v.aerschynlyk Municks Poorte wacr van hier melding is.
— 146 —
Notre-Dame, ou à Uotsemadon, (sic) un endroit en Brabant où, sur
un rocher, F image de la Sainte Vierge est vénérée. Les bourgmestres
de la ville eonduisaient ces pèlerins jusqu'à une grande pierre qui
se trouvait sur les contins de la juridiction de la ville, les
chargeaient de lettres qui témoignaient de leur peine et qu'ils
étaient tenus de faire voir et de faire signer dans les différents
endroits où ils passaient. Aussi les femmes ou les jeunes gens
furent condamnés à assister à la procession publique qui tous les
ans se faisait le deuxième jour de Pâques dans l'église des
Récollets rue St-Pierre. On portait dans cette processien l'image
nnraculeuse de la Vierge qui se trouve maintenant dans l'église de
Notre-Dame, et la régence avec les maîtres ou doyens des
métiers y assistaient, et la procession linie ceux-ci furent régalés
dans un diner avec du vin au couvent des Dominicains. Les
condamnés suivaient cette procession en chemise pieds nus, les
cheveux llottans, portant un cierge allumé à la main. Ils
portaient des chaînes dans le cas où ils devaient être emprisonnés
après cet acte de contrition.
Des preuves des mœurs dissolues de nos ancêtres, vivant il y a
quatre ou cinq siècles, se trouvent dans les ordonnances de
l'autorité communale pour réprimer la débauche. Quoiqu'il soit
à présumer que la ville d'alors ne fut pas aussi étendue et si peuplée
(pie'llc lit' fui [dus tard à cause des privilèges de ses princes, |»ar
l' coHinierce et les fabriques de drap; on permit cependant, malgré
que les maisons de prostitution furent sévèrement prohibées, (pi'une
seule existât derrière l'église de Notre-Dame dans 1« rue du Bâtun,
où les femmes prostituées étaient libres.
— 147 —
LE VRYTHOF A MAESTRICHT.
En 1579, les bourgeois de la ville lireni sur cette place une
belle résistance aux Espac^nols qui s'étaient emparés de Maastricht.
Les femmes jetaient des toits et des fenêtres toutes sortes de
projectiles sur les soldats. Schwartzenberg- van Heerle, gouverneur
de la ville, y mourut à la tète des babitans. Le clergé de saint
Servais sortit de l'église avec la croix et l'eau bénite pour aller
au-devant des vainqueurs, mais les soldats dans leur fureur ne les
épargnèrent point et ils furent tous massacrés près du chœur de
l'église de saint-Jean où on les enterra en plein air. Il y a quelques
années on put encore voir leurs pierres sépulcrales, et le clergé de
l'église, le jour des morts, sorlit de l'église par cette porte pour
jeter de l'eau bénite sur les tombes. Cet usage continua jusqu'à
la fin du siècle passé *.
Au commencement du chisme de Luther, après les édits
sévères de Charles V, on exécuta plusieurs sectaires en les livrant
aux flammes sur cette place. On leur mit sur la tète des mitres de
papier peintes de figures diaboliques.
Plus tard on y exécuta une pauvre vieille femme accusée de
magie et que l'on croyait avoir des relations avec le diable. On
disait qu'elle avait des conférences avec l'esprit des ténèbres près
d'un abreuvoir qui se trouvait devant l'hôpital de saint Servais et
dans lequel le bétail se désaltérait. Après lui avoir fait avouer pendant
les tortures qu'elle avait empoisonné l'eau de l'abreuvoir on la
fit monter sur le bûcher.
La fontaine de saint Servais sur le vrythof fut empoisonnée par
les Français en 1673.
' En 1859 on fît à cet endroit des tranchées pour la conduite du gaz et on y
découvrit plusieurs squelettes.
— 148 —
DE LA STATUE MIRACULEUSE DE LA VIERGE DES RÉCULLETS
MAINTENANT A NOTRE-DAME.
Cette statue mesure environ quatre pieds.
Les vieillards de la ville ne se rappellent pas rpiaiid nu comment
elle fut apportée dans cette ville.
Cependant, il y a une tradition qui dit, qu'elle fut apportée il y a
deux cent et trente ans * par un homme noble qui se fit frère
mineur et qui fut enterré devant l'autel de la Vier£,^e. Son épitaphe
fut le suivant :
ANNO DOMINI 1-474 MENSIS MAII *
DIE 25 OBIIT NOBILIS DOMINUS ET FRATER
MCOLAUS DE HAERLAER MILES, AETATIS CENTUM
ET UNIUS ANNORUM , CONSILIARIUS ET PRIMUS
MAGISTER HOSPITII LUDOVIC! DE BORBON
EPISGOri LEODIENSIS, GUI PROPITIETUR MISE
RIGORS DEUS AMEN.
Cette opinion est confirmée par les mots qui se trouvent gravés
à la tête de l'image sur la pierre en forme de croix de bourgogne.
mater Dei mémento mei. Mais s'il n'a pas apporté cette
stastue le premier, elle doit être plus ancienne; un antiquaire de la
ville assuiail d'avoir vu un ancien acte, confuTné par des sceaux,
d(; l'année 14-70, de la confrérie de Sainte-Barbe, vierge et
martyr, dans lequ(.'l il est fait mention d'une confrérie très-célèbre
de la Sainte-Vierge de cette église. Ainsi il est douteux quand ou
* Ceci paraît être écrit en 1600.
149
comment cette statue arriva dans l'église des Récollets. Tous les
documents qui regardaient la chapelle de la Vierge et qui se trou-
vaient déposés chez le bourgmestre et pensionnaire Brouwers, en
si grand nombre qu'une charrette à main n'aurait pas suflil pour les
transporter en une fois, ont été dispersés et volés.
Le même antiquaire anonyme avait vu chez un de ses amis de
cette ville un petit drapeau imprimé sur papier dans le genre des
petites flammes que les pèlerins rapportent ordinairement de
Montaigu. L'image de la Vierge y était représentée avec sa
dénomination actuelle, c'est-à-dire la Vierge de Maestricht ,
l'étoile de mer avec une invocation. Sa statue se trouvait dans une
petite chapelle en bois, située dans une plaine spacieuse plantée
d'arbres près de la Meuse. On y voyait les pèlerins en procession
avec leurs bannières déployées. 11 est à regretter qu'on n'ait pas
fait attention aux lettres de l'inscription pour pouvoir les comparer
aux caractères propres à chaque siècle. De cette manière on aurait
pu juger de l'époque de ce petit drapeau. On pense que ce fut une
impression typographique, et si cela fut ainsi, alors on pourrait en
conclure que ces drapeaux furent imprimés avant l'invention de la
typographie ou du moins par un autre procédé.
Narration d'une Visitation du tombeau de saint-lambert
DANS l'église du VILLAGE DE SAINT-PIERRE PRÈS DE
MAESTRICHT, PAR LE RÉVÉREND M. STAPPERS , CURÉ DE
SAINT-PIERRE ET PLUS TARD CHANOINE DE l'ÉGLISE NOTRE-
DAME.
L'an 1624-, le 3 juillet, après avoir obtenu le consentement
spécial du révérend M. Jean de Choquier, vicaire de Liège,
— 150 —
j'ai eu soin de faire ouvrir le tombeau de la maison de Lichtenberg,
sur lequel en 1575, en voulant y placer le corps du défunt seigneur
Hcrman d'Eynatlen, on trouva une lame de plomb avec cette
inscription : Hic jacet sepultus Sanctus Mariyi' Dei Lamhertiis.
Le révérend prélat Louis d'Eynatten, abbé de sainte Gertrude à
Louvain et neveu de Herman d'Eynatten précité, me rapporta qu'il
tenait cette circonstance d'un moine du couvent de Slavante qui
fut présent à cet enterrement.
Considérant ceci, et ayant consulté l'histoire de Jean Chapeau-
ville, j'ai obtenu la permission d'ouvrir ce tombeau. On me donna
des assistans pour présider à l'ouvrage; ce furent le révérend
M. Défaire (Olivier), doyen de Notre Dame à Maestricht, avec
le révérend chanoine Louis Le Jeusne, et le noble seigneur
Frédéric d'Eynatten, seigneur de Gerdingen, Vucht etc. qui de-
meure au château de Caster, ainsi que le bourgmestre de Saint-
Pierre, Paul Van Piyckell. A neuf pieds sous terre nous trouvâmes
deux sarcophages, dont un s'étendait vers l'autel de saint Lambert
et se trouva à moitié sous cet autel. 11 mesurait en longueur sept
pieds et en largeur deux et demi, il avait une ]irolbndeur de deux
pieds et paraissait taillé d'un seul bloc de pierre deSichen.' On y
trouva trois crânes avec quelques ossements mêlés de terre. L'autre
sarcophage fut brisé, et semblait être de la chaux à cause de
la vétusté de la pierre qui s'était changée en cette matière. Nous
y trouvâmes deux crânes avec quelques ossements, que nous fîmes
placer avec les autres ossements trouvés dans le sarcophage sous
l'autel.
11 subsistera un grand doute relativement à ces deux sarcop-
* Carrière ;iiix environs de la ville.
— 151 —
liages, pour savoir duquel des deux on retira le corps de Saint
Lambert, (le tombeau d'Aper, père de Saint Lambert). Pour celui
qui se trouve sous la pierre de Lichtenberg, plaide l'antiquiti',
puisque la pierre dite de Sichen se présente changée en chaux;
quant à celui qui se trouve à moitié sousTautel il peut être considéré
comme le tombeau du martyr d'après un ancien usage des chrétiens
de placer l'autel sur le tombeau du martyr. Cet autel port;^ encoi'e
le titre d'autel de saint Lambert.
Il est de fait que le vénérable corps de saint Lambert a été
enseveli ici pendant treize ans, et dans le même endroit le corps de
saint Aper, d'après le calendrier des saints de l'église de Liège. Ces
ossements peuvent être de la mère de saint Lambert, nommée
Herisplinde, et d'autres membres de sa famille.
On plaça en mémoire du tombeau de saint Lambert cette
inscription :
HOC LOCO IN SEPULCRO PATERNO CORPUS SANCTI
LAMRERTI EPISCOPI LEODIENSIS MULTIS IN DIES
CORUSCANS MIRACULIS SEPULTUM JACUIT USQUE
AD ANNUM 709. ^
Le père Fisen écrit qu'après que le corps de saint Lambert eut
été enlevé du tombeau paternel, saint Hubert l'orna d'habits
précieux. Le mauvais pallium dans lequel le corps était enveloppé
quand il fut transporté de Liège et dans lequel on le trouva
enseveli , fut muni du sceau de saint Hubert et donné en
vénération aux fidèles. Fisen a suivi dans ceci les anciens
historiens entre autres Ghapeauville.
' Cette pierre se voit dans la petite chapelle de Saint Lambert, bâli sur le
tombeau du saint lorsque l'église entêté détruite en 1748. C/est l'emplacement
de l'ancienne église.
— 152
DU MARTYR DE SAINT LAMBERT.
Lorsque la nacelle chargée du corps du saint arriva à Macstricht,
les habitants de la ville coururent à sa rencontre. Le père Fisen et
quelques autres rapportent, sur la foi d'une tradition constante,
qu'alors on aperçut sur l'église de Notre-Dame un ange qui de la
main montrait l'endroit où la nacelle s'arrêta. Un ange aurait été
placé j)our perpétuer ce souvenir sur le sommet de l'église et
celle ligure, étendant la main vers la Meuse, serait restée à cet
endroit jusqu'au temps de Fisen.
L'anti(piaire anonyme a vu de près cette ligure, qu'il tient pour
une Vierge. Le massif en était en bois, couvert de lames de plomb,
les })lis delà draperie y étaient accusés par le marteau, la tète et les
mains étaient coulées en plomb. La main droite était vide et n'avait
pas la position de montrer. De la main gauche elle tenait un sceptre,
et portait une grande couronne ouverte sur la tète fixée au moyen de
fris en fer. Les formes et le port de cette figure ne ressemblaient
pas à un ange, mais à une Vierge, et l'antiquaire traite cette
tradition de la statue d'un ange de fable.
Les Jésuites prétendaient que saint Lambert avait vécu à Macs-
tricht avec ses parents Âper et llerisplinde, et qu'ils avaient occupé
une maison située dans l'enclos de leur couvent.
C'était la petite maison située au coin de la rue De Iloen,
(aussi dile aux chiens). Le saint martyr y fut né, et en mémoire
de ce fait on y avait placé sa statue. Sur la façade qui donnait
au nord on voyait ligurer ces initiales D. S. L. R. (Domus
sancli Lamberti reœdificata), au moyen des ancres sous la toiture.
Au grenier inférieur était annotée l'année 1G88.
153 —
MAISON DITE DE SAINT LVHIBEIÎT.
En 1787, lorsque l'église des Jésuites fut changée en salle de
spectacle, on perça une rue à travers le jardin du couvent. On
bâtit alors les maisons et à l'endroit où se trouve celle habitée
23
XYII
11
— 154 —
jadis par le professeur Minkelcers, (à côté de celle du docteur
Heckers) on fora un puits dans le jardin près de quelques ruines
d'une ancienne chapelle dédiée à saint Amand. On trouva dans ce
puits un anneau d'or avec un os de doigt.
Sur cet anneau ou sceau était gravée près de la croix une petite
couronne de palme ou d'olive et à l'entour : HÂRI VIVAS A^tSTO.
Cet anneau vint dans les mains de M. Rouwyser, zélé coUectionnaire
d'antiquités, qui le céda à l'hagiograplie Ghesquière. Celui-ci en
substituant l'a à l'e dans HARI, y lut : HerisplmiUs vivas Deo
rel Domino Christo, et croyait que saint Lambert aurait
donné cet anneau à sa mère Herisplinde. D'autres auteurs
ne sont pas du même avis. La lettre greque /\ seule parmi
les autres caractères romains représente le symbole de la Trinité
on de Dieu. On objecte au même écrivain l'habitude *qu'on
observait encore alors, d'enterrer hors des murs de la ville;
ainsi que la tradition constante qui existe, disant que le saint a été
enterré avec ses parents dans leur terre à St-Pierre.
On pourrait plutôt attribuer l'anneau à quelque chrélien du V^
siècle en expliquant l'inscription : Honorio et Arcadio Romanorum
Imperaloribus VIVAS A^^O^ chriSTO. Ces empereurs Romains
adorateurs du vrai Dieu ont donné la paix aux chrétiens, signifiée
par la palme qu'on voit sur l'anneau.
DE SAINT ftlATERNE.
D'après quelques anciens Iiistoiiens et d'après les catalogues
des reliques, saint Valenlin ne serait que le neuvième évèque de
Tongres. Ceci est inexact d'après les pères Bollandistes, qui
pensent que la mission de saint Materne, qui en l'an 80 de notre
ère aurait été envové par saint Pi(>rre vers la Cermanie inférieure
— 155 —
en compagnie des saint Eucharius et Valerius, est une lixion. Il
n'est fait mention de cette mission avant le IX^ siècle. Les Bol-
landistes prétendent que saint Materne, apôtre, serait le même que
saint Materne du IVe siècle, que l'empereur Constantin fit venir
à Rome de la Germanie, pour assister au concile tenu pour dé-
cider de la scission de l'église d'Afrique, qui avait choisi l'em-
pereur Constantin comme arbitre. Ce serait le même qui
aurait signé les actes du synode d'Avella l'an 314 de la
manière suivante : Maternus agrippinensis episcopus. Ces mêmes
savants en tirent pour conclusion que depuis saint Materne en
Si^, et saint Servais mort en 384, on ne peut compter huit
véritables évêques de Tongres, dont saint Servais apporta les
restes de Tongres à Maestricht. Cependant ils sont loin de dimi-
nuer ce nombre, et croient que ces évêques furent des associés
de l'évêque ordinaire du diocèse fvicarios vel cJwrejnscopos fiiissej,
qui à cause de l'étendue des limites du diocèse encore infesté des
erreurs du paganisme, eurent la puissance apostolique et épiscopale
et furent envoyés pour convertir les païens des contrées éloignées.
Ce qui affaiblit davantage l'idée qui existe que tous ces évêques
auraient été à la tête de l'église, c'est que, parmi les reliques
honorées à Maestricht et ailleurs, il n'est fait mention que des
restes de saint Martin et de saint Valentin de tous les évêques
de Tongres. De ceci on peut conclure qu'entre saint Materne et
saint Servais aucun évêque n'ait occupé le siège de Tongres que
saint Martin et saint Valentin.
ÏIRLEMONï PRISE PAR STRATAGÈME PAR UNE PARTIE DE LA
GARNISON DE MAESTRICHT, EN 1646.
Vers la même époque ceux de Maestricht sous la conduite de
— 156 —
Jean liomacq cl do Grisou ont pris par stratagème la ville de
Tirlemoiit de la manière suivante : Ils avaient déguisé en reli-
gieux trois soldais dont deux en capucins et un en jésuite. Dès
l'aube du jour Jean Remacq sortit de la ville, accompagné d'un
ti'ompette portant pavillon rouge (sluijer) et de quelques soldats
sans armes, portant des insignes de couleur orange, les suivant
comme prisonniers de guerre. Jean Remacq arrivé avec les trois
soldats habillés en religieux aux portes de Tirlemont entra sans
être reconnu par le laclionnaire qui ferma après eux le guichet.
Voyant le danger de sa position s'il était découvert, Jean Remacq
sans perdre du temps saisit sa fourche, en assomma le factionnaire,
et rouvrit ensuite le guichet pour introduire le reste de sa troupe.
Ceux-ci tombèrent sur la garde composée d'un sergeant et de dix
hommes, qu'ils massacrèrent. Entre temps louts les soldats à jiied
et à cheval, composant cette expédition, entrèrent en ville et
firent prisonniers les officiers et les soldats formant la garnison.
Ils enlevèrent un grand butin consistant en instruments de guerre
et parmi ceux-ci deux tymbales qu'ils emportèrent vers Maestricht.
Voici comment une chronique manuscrite mentionne le même fait :
A° 1646 . Den 17 februarie hebben die van Maestricht onder het
beieg van Grisson Gapityn-Luytenant van den grave van
Solms Gouverneur van Maestricht en den Cornet Jan
Remack, met 200 Pacrden en 5000 iiian te voct, de stad
Tienen met een behendige Grygs Praktyk ingenooinen en
binnen Maestricht gebracht 21 vaendels en 7 Standaeren
wierden naer den Haeg gesonden, en aldaer in de groote
sael opgehangen, de Bagagie over de 1!2,000 llyxdaelders
waerdig synde beneffens nog andere ryke buyt gemaeckt.
EXTKAIT DES PUOCES-VERBAUX
DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE.
— L'Uiiiversilé royale de Christiania (Norwège) consulte
l'Académie au sujet de la restauration que le gouvernement
Norwégien se propose de faire exécuter à la célèbre et
remarquable cathédrale appelée : Throndhjems Domkirke. Ce
serait un travail digne d'un prince éclairé et paternel comme le
roi Charles XV, juste appréciateur des arts et des sciences,
qui marche glorieusement sur les traces de son père et de son
aïeul, dont la mémoire doit rester à jamais chère aux Suédois.
— Notre savant et si estimable collègue M. d'Otreppe de
Bouvctte, que l'Académie avait délégué pour la représenter au
congrès des Sociétés savantes ouvert à Paris, le 9 avril dernier, écrit
à notre Président, M, le comte de Kerckhove, la lettre suivante :
. Liège, 26 avril 1860.
• Monsieur le Président,
■ J'ai l'honneur de vous informer que le congrès des Sociétés
» savantes, ouvert à Paris le 9 avril dernier, a fait un accueil
» bienveillant à votre délégué, et l'a écouté avec intérêt lors de son
• rapport sur les travaux de l'Académie et la sage et savante direction
— 158 —
que sait leur imprimer son honorable Président M. le Comte de
Kerckhovc-Varent. Ce rapport, dont une partie a été livrée
à Timprovisation, sera imprimé dans les Annales pour l'année
prochaine, ouvrage qui vous sera transmis ; en attendant, comme
témoignage d'estime, le congrès lait hommage à votre Société
de VA7inuaire de l'Institut des Provinces, exemplaire que vous
recevrez par l'intermédiaire de notre légation à Paris. Il me
reste à remercier l'Académie de l'honneur que, sur votre
proposition, M. le Président, elle a daigné m'accorder en me
désignant pour la représenter au congrès des Sociétés savantes
de France.
• Veuillez agréer, M. le Comte, l'hommage de mes sentiments
de haute considération et de dévouement.
» Le délégué, membre honoraire de l'Académie d'Archéologie
de Belgique.
» Alb. d'Otreppe de Bouvette. »
— Sur la proposition de M. Van der Heyden, Secrétaire
perpétuel, l'Académie délègue i\I. Le Grand de Reulandt, membre
ellectif, de la représenter au congrès archéologique qui s'ouvrira
à Dunkerque le 16 août 1860.
— M. Wilbert, Président de la Société d'Emulation de Cambrai,
adresse ses remerciments à l'Académie pour son admission comme
membre corresjiondant.
— L'institut de France, l'Académie des sciences et arts de
Boston, l'Académie de Stanislas de Nancy, l'Académie impériale
de Reims, la Société archéologi({ue de Grèce, la Société provinciale
des arts et des sciences de Bois-le-Duc, l'Institut royal Lombard
des sciences, lettres et arts, et plusieurs autres compagnies
— 159 —
savantes remercient l'Académie de l'envoi de ses dernières
publications.
— Le conseil communal d'Ypres adresse à l'Académie le
programme du concours qu'il a ouvert : faire l'histoire de la ville
(l'V'pres sous les comtes de Flandre, de Baudouin-Bras-de-Fer
à Philippe II exclusivement.
L'Académie a reçu, depuis la dernière livraison de sf^s Annales,
les envois suivants :
1. De la Société historique et littéraire de Tournai, toute la
collection de ses Bulletins et de ses Mémoires.
2. Du Comité flamand de France, le tome \y^ de ses Annales.,
et le no 1 de janvier et février 1860.
3. De la Société libre d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-
Lettres de l'Eure, le tome Ve du Recueil de ses travaux.
A. De la Commission des Antiquités du département de la Côle
d'Or, la 2« livraison du tome V^ de ses Mémoires. 1858-59.
5. De la Société Archéologique et historique du Limousin, la
Irc et la 2e livraison de son Bulletin.
6. De la Société impériale Archéologique du midi de la France,
la 5e livraison du tome Vile Je ses Mémoires.
7. De la Société de Littérature Néerlandaise de Leyde, le
volume de 1859 de ses Actes.
8. De la Société des Antiquaires de l'Ouest, la livraison du
II* trimestre de 1860 de ses Bulletins.
9. De la Société de Médecine d'Anvers, la livraison d'avril 1860
de ses, Annales.
10. De la Société libre d'Émulation de Liège, son Annuaire
pour l'année 1860.
— 160 —
11. De l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des
Beaux-Arts de Belgique, les nos 3 et -4 de son Bulletin de 1860.
1^. De l'Académie royale de Médecine de Belgique, les n»» 2
et 3 du tome III de son Bulletin de 1860.
13. Du Cercle Archéologique de Mons, le tome II de ses
Annales, 1860.
l^. De la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des
Pyrénées orientales, le li2c volume de ses Actes et Mémoires.
15. De la Société des Sciences Médicales et Naturelles de
Bruxelles, les cahiers d'avril et de mai 1860 de son Journal.
16. De la Société des Antiquaires de Picardie, le n'^' I Je son
Bulletin de l'année 1860.
17. De la Société, d'A;4'riculture, Scit?nces, Arts et Commerce
du Puy, le tome XX, 1855-1856.
18. De l'institut archéologique Liégeois, la i'' livraison du
tome III de son Bulletin.
19. De la Société Savoisienne d'histoire et d'archéologie, le
résumé des ses séances du 11 mars et du 8 avril 1860.
20. Du Journal de l'Imprimerie et de la Librairie en Belgiqne,
les nos -1 et 3, 1860.
21. De MM. Janssen et Van Dale, membres correspondants, la
3^ livraison de 1859 de leur llecueil, publié en Hollandais,
concernant les antiquités et l'histoire de la Flandre Zélandaise.
22. De M. Diegerick, 2e Vice-Président de l'Académie, sa
brochure intitulée : Le trésor de l'église de Notre-Dame ten-
Brielen — 1500 — ; L'Argenterie de la Ghilde de Saint-
Georges à Ypres — 1525 — ; le trois-centième anniversaire dé la
délivrance de la ville d' Ypres — 1683 — ; Quatre défenseurs
d' Ypres, au siège de 1383.
— 161 —
'23. De M. Adolphe Iweins, membre de la Société Littéraire de
l'Université de Louvain, son Esquisse historique et biograpliique
sur Rythovius, premier évêque d'Ypres.
24. De M. l'abbé Corblet, membre correspondant à Amiens,
les nos 3 et -4 des mois de mars et avril 1860 de sa Revue de
l'art chrétien.
25. Du Bibliophile Belge, le 4»' cahier du tome XVI de son
Bulletin.
26. Du R. P. Terwecoren, les livraisons du li' et du 15 avril
et du 11' et du 15 mai 1860 de sa Collection de précis histo-
riqties.
27. De M. le professeur Namur, membre correspondant à
Luxembourg, sa Notice sur ime monnaie Carlovingienne, trouvée
à Altkirch, à Rahling, canton de Rohrbach, département de la
Moselle.
28. De M. d'Otreppe de Bouvette, membre honoraire à Liège,
sa brochure intitulée : Vestiges des âges, etc.
29. Du même, la 2de partie de ses Fragments d'un vogage
en Hollande.
30. De AL Wilbert, président de la Société d'Émulation de
Cambrai, membre correspondant, ses Considérations sur le premier
établissement du Christianisme dans la Gaule -Belgique et sur
les pratiques superstitieuses qui lui ont servécu. — Extrait du
compte-rendu des séances archéologiques tenues à Cambrai en 1858.
31. Du même, une brochure sous le titre de Formation et
administration des villages.
32. Du même, ses Considérations sur la monnaie à l'époque
romane, adressées à M. Ch. Robert.
33. Du même, ses Considérations générales sur V histoire des
2 5 XVI 12
— 163 —
Etats du Cambn'sis, de l'Artois, du Hainaut, de la Flandre, du
Tournalsis et du Brahant.
34. Du même, sa Notice sur l'origine, la constitution et les
travaux de la Société d'Émulation de Cambrai.
35. De M. Edmond de Busscher, membre correspondant à
Gand, son ouvrage intitulé : Recherches sur les peintres gantois
des AYV'e et XV^ siècles, etc. Cet ouvrage offre le plus vif intérêt
à tous les amis des Beaux-Arts. Notre savant collègue a recon-
stitué authentiquement l'école primordiale de peinture des Flandres,
et par ses infatigables recherches dans les archives de Gand, dont
il est le conservateur, il est parvenu à prouver que son siège était
à Gand. C'est pour cette ville un titre de gloire de plus à ajouter
à la priorité de l'emploi de la peinture à l'huile. Ces deux points
sont aujourd'hui acquis à l'histoire artistique et archéologique de
la Belgique.
SUITE AU TABLEAU GENERAL
DES
MEMBRES DE L'ACADÉMIE
Heiiibre effectif
M. IWEINS (Adolphe), membre de la Société littéraire de rUniversité catholi-
que, etc., à Louvain.
REVUE
DES
ANCIENS MONUMENTS
DE LA VILLE DE MONS;
Léopold DEVILLERS ,
Conservaleur-adjoint des archives du Hainaut,
Membre correspondant de l'Académie.
« La ville est grande et belle, et ornée
de somptueux édifices tant privez que
publics. D GUICCIARDIN.
Il suffît de jeter les yeux sur les anciens plans de Mons * et
surtout sur la magnitîque vue peinte à l'huile, en 1683, qui repose
au dépôt des archives de cette ville '^, pour reconnaître de suite
que le témoignage de Guicciardin n'a rien d'exagéré.
Nous l'avons dit dans une circonstance solennelle ^ : «La ville
de Mons a conservé peu de ses anciens édifices. Mais ceux qui lui
restent, — l'église de Sainte- Waudru, l'Hôtel de ville et le Bef-
froi, — attestent suftisamment qu'elle peut réclamer une part hono-
rable dans les fastes artistiques de la patrie. •
Ces trois édifices furent toujours, à la vérité, les plus importants
' Voir, entre autres : les plans gravés qui se trouvent dans l'ouvrage de Blaeu,
Urbium tolius BeUjii seu Germaniœ inferiorin Tahulce {\>ATS\)Tior), et dans les Délices
des Pays- fins, par Gl'icciardin.
' Il existe aussi une fort belle vue de Mons, gravée par Stelzer, en deux feuilles,
ayant 33 centimètres de hauteur sur 1 mètre de largeur. — De Boussu a, en outre, fait
accompagner son Histoire de Mons d'une vue de cette ville, gravée par J.-L. Kralït.
■^ Cinquantième anniversaire de la fondation de la Société royale des Beaux-Arts et
de Littérature de Gand. — Congrès artistique et archéologique. 1858.
25 XVII 13
— 166 —
de notre ville. Toutefois, on doit l'avouer, elle a fait des pertes
considérables sous le rapport monumental et artistique. Il n'y a,
pour le prouver, qu'à rappeler les édifices et les principales œuvres
d'art qu'elle n'a plus :
L'Église collégiale et paroissiale de Saint-Germain.
La Tour de hriques.
Le Jubé et les Tombeaux des comtes Baudouin IV et Baudouin V,
qui ornaient l'église de Sainte-Waudru.
Les Ei^iises paroissiales de Saint-Nicolas-en-Bertaimont, et du
Béguinage.
Les Eglises conventuelles des Jésuites, des Capucins, desMtnimes,
des Dominicains, des Oratoriens, des Carmes déchaussés, des Carmes
chaussés, des Repenties, des Clarisses, des Carmélites, des*Céles-
tines, des Bénédictines, des Capucines, et de l'abbaye d'Épinlieu.
La Capelette, la Chapelle de Saint-Jean décollé et la Chapelle de
N.-D. de Cambron.
Telle est la série des monuments religieux de Mons démolis depuis
la fin du siècle dernier.
Celle de ses édifices civils également démolis, est bien moins
longue, mais présente des destructions fort regrettables, notamment
celles des anciennes Fontaines et de la Grande-Boucherie.
Voici maintenant une statistique des anciens édifices que Mons
a conservés.
Edifices religieux :
L'église de Sainte-Waudru.
L'église de Sainte-Elisabeth.
L'église de Saint-Nicolas-en-Havré.
L'église des Récollets, servant de succursale à la paroisse de
Saint-Nicolas-en-Bertaimont.
— 167 —
Les couvents des Ursulines et des Sœurs-Noires, qui ont été
rendus à leur ancienne destination.
Ceux des Filles de Notre-Dame, des Filles de Sainte-Marie, et
l'abbaye du Val-des- Ecoliers, qui ont été ali'eclés à la prison civile et
militaire, au dépôt de mendicité, et à l'hôpital civil, respectivement.
La chapelle de l'hospice des Béguines.
Edifices civils :
La Tour du Château.
L'Hôtel de ville.
Les hospices des Chartriers, des Orphelins, etc.
On peut encore ajouter à cette nomenclature : l'ancienne châtellc-
nie, qui est devenue l'hospice des insensés, le refuge de l'abbaye de
Saint-Ghislain, qui est actuellement occupé par les Dames du
Sacré-Cœur de Jésus, l'ancienne chapelle échevinale de Saint-Georges,
qui a été enlevée au culte depuis la Révolution Française, l'église
des Sœurs-Grises, devenue une grange, et le Collège de Houdain,
aujourd'hui la caserne du Saint-Esprit.
Il ressort de cet aperçu, que la ville de Mons a perdu plus de la
moitié de ses anciens édifices, et l'on peut se faire une idée de ce
qu'elle était autrefois, par cette énumération rapide de ses monuments
des siècles passés.
Aujourd'hui, il s'agit de faire revivre par la pensée et d'après des
documents authentiques, ceux de ces monuments qui n'existent plus, et
de rassembler, en outre, les souvenirs que rappellentles autres d'entre
eux qui ont perdu leur destination primitive et que la faux du temps
ou le marteau des démolisseurs feront peut-être disparaître bientôt.
C'est ce que nous nous proposons d'essayer de réaliser, en publiant
successivement dans les Annales de l'Académie d'archéologie de
Belgique, le résultat de nos recherches sur ce sujet.
LA CïlAPFlLE ÉCIIEYINAIE
DE
SAINT-GEORGES
A MONS ;
PAR
Léopold DEVILLERS,
Conservateur-adjoint des archives du Hainaut,
Membre correspondant de l'Académie.
Vers 1390, Guillaume de Bavière, comte d'Ostrevant, fils
d'Albert, comte de Hainaut, établit à Mons une confrérie sous
l'invocation de Saint-Georges, patron d(; la chevalerie, à l'instar
de celle que le roi d'Angleterre, Edouard III, avait instituée
dans ses états, en '134'2. *
' Il y eut, en outre, des ordres militaires de Saiiil-Georges en Espagne, en Autriche,
en Bourgogne, à Gênes, à Raveinic et à Ruine. Deux .suiisi.stent en(U)re aujourd'inii : le
premier, en Russie, qui fut institué en 1769 par Catiierine II, et dont la décoration est
une croix d'iirà quatre branches ayant au centre un écusson qui représente Saint Georges
à cheval terrassant le dragon ; et le second, en Bavière, dont rinstitutiim remonte à inie
époque fort reculée. Les chevaliers de Saint-Georges avaient pour mission de diumer la
clias.se aux infidèles. C'est pour remplir cette mission, que les chevaliers du Hainaut
allèrent, en 1385, au secours des chevaliers de l'ordre leiitoniqne, en Prusse. — Voir
sur cette expédition : F. Hachkz, Fêtes popi/lnires à Muns, pp. 5 et 6 ; Messager des
sciences liistoviiiues de lichjique, 1848, pp. 108 et 109, et uiu' note d'Kjiii.E Gachet,
insérée dans jr l'.uUrlm de Ut Commission ioijoh' d'hishiire, t. Xlll, p. "213.
— 169 —
La conlVéric de Mons lut tvès-célèbre '. Guillaume en était le
chef, et l'on n'y recevait que 50 membres, l'élite de la noblesse. Les
premiers confi'ères furent : le seigneur de Vertaing, sénéchal de
Hainaut, les seigneurs de Ligne, de Trazegnies, do Boussu, de
Roisin, et autres.
A la même époque, le même comte d'Ostrevant avait créé, dans
te Hainaut, la chevalerie de Saint-Antoine-en-Barbefosse, qui avait
son siège dans l'église de ce nom, située à l'entrée de la forêt
d'Havre et dont le chœur subsiste encore. Il était également grand
maître de cet ordre militaire, qui se composait, d'ailleurs, des
mêmes membres que la confrérie montoise de Saint-Georges.
Les chevaliers du Hainaut assistèrent à plusieurs expéditions,
sous la bannière de leur illusti'e fondateur; celle-ci portait, d'un
côté, h figure de Saint Georges, avec les armes de Bavière et de
Hainaut écartelées, et, de l'autre, une herse d'or sur un fond de
gueules, avec cette devise : Evertit et œqiiat.
Telle est l'origine de la noble confrérie de Saint-Georges, qui
avait sa chapelle près de la Maison de la Pai^ (hôtel de ville).
Cette chapelle avait été érigée en 1390 et reconstruite en 1459,
avec la maison de la paix. Son entrée était surmontée d'une statue
de Saint Georges, en cuivre doré, qui se trouvait encore, au
siècle dernier, au-dessus de la porte du corps-de-garde de l'hôtel
de ville.
Diverses fondations furent faites dans îa chapelle de Saint-
Georges. Le 9 septembre 1412, Jean et Colin de le Porte, frères,
fils de Pieron de le Porte et de Cécile Pieuse, et Jean Esters, clerc,
' Cette institution, dit le Baron de Reiffenberg, est probablement le germe de l'ordre
de St-Georges encore florissant en Bavière. — Monuments pour servira l'histoire des
provinces de Hainaut, Namur et Luxemboimj , t. VII, p. LI de l'introduction.
— 170 —
y l'oiidèrent un cantuaire de messes, qui se célébrait, chaque jour,
avant l'ouverture des portes de la ville, pour l'utilité des voyageurs.
Une autre messe, qui se célébrait aussi chaque jour, à sept heures
et demie, avait pour fondateur Louis de Presières. Les dimanches
et les jours de fêtes, on y célébrait, en outre, une messe à onze
heures et demie, jusqu'à concurrence de cent messes par an, en
exécution d'une convention passée le 14 novembre 1676 entre le
conseil de ville et les confrères du Rossignol, qui avaient cédé
leur local à la ville , pour la construction de la caserne de ce
nom. Georges Demaret y avait fait une fondation consistant en
une distribution de treize pains aux pauvres, les dimanches, de
quinze en quinze jours, et la famille d'Alcantara avait affecté une
rente de cent livres à l'entretien de l'image de N.-D. de Bon-Secours
en la même chapelle et à la célébration d'olTices en musique. Des
offices solennels y avaient lieu à la fête de Saint Georges et de la
translation de son corps, et le jour de Saint Quirin, dont la statue y
était vénérée. Cette chapelle avait un valet et une offrandière. Elle
était administrée par deux intendants délégués par le magistrat.
Après Guillaume de Bavière, la confrérie de Saint-Georges, de
même que l'ordre de Saint-Antoine-en-Barbefosse, périclita, et la
chapelle ne fut plus fréquentée que par le magistrat "» et par les
bourgeois. Elle était desservie par le chapelain du magistrat et
par les pères minimes, qui donnèrent à la ville, en 1618, le corps
de Saint Georges.
Les échevins firent démolir l'ancienne chapelle^, vers 1600, et
' Les éclievins y rétaliliient la confrérie de Saint-Georges, en 1624, mais seulement.
|)our les membres du magistrat et du conseil de ville.
' De curieux débris de celle cliapelle existent encore deiiière le corps-de-garde de
riiùlel de ville.
— 171 —
annexèrent à son emplacement une maison voisine *, pour y élever
la moderne, dont la consécration fut faite le 23 février 1603,
par l'archevêque de Cambray, en l'honneur de la Sainte Vierge,
de Saint Laurent et de Saint Georges.
L'intérieur de la chapelle échevinale de Saint-Georges ne présente
rien de remarquable ; trois arcades ogivales , séparant la partie
antérieure de l'autre, une voûte de même style, dont la principale
clef porte le millésime 1601 , sept fenêtres dépourvues de meneaux,
un doœal (jubé), de style renaissance et du haut duquel le magistrat
assistait aux offices, enfin le pavement, en pierres blanches et noires,
du sanctuaire, en font toute la décoration.
La façade, située à front de la Grand'Place, présente un porche
auquel sept marches donnent accès; il est surmonté d'un fronton,
jadis embelli de trois statuettes, soutenu par deux colonnes en-
gagées, et accosté de deux fenêtres avec meneaux en pierre, d'une
architecture moderne. L'étage qui surmonte cette entrée, a trois
fenêtres : il était autrefois réservé aux chambres des états de
Hainaut.
Un pignon élevé et d'un aspect gracieux termine cette façade,
qni porte le millésime 1604.
Les offices de la chapelle étaient annoncés au peuple par une
cloche posée dans le companile de l'hôtel de ville ^.
* Cette maison s'appelait Maison de l'office,
* Une résolution prise le :29 mai 1556 par le chapitre de Sainte-VS'audrii, est ainsi
conçue : « Sur la requeste faiote, ou nom de Messieurs eschevins de ceste ville de Mons,
» par Mess'"s Gilles Resteau, chlr, S'' de Ruette, Franchois Uespiennes et Loys Malapert,
» eschevins, ensemble Mess. Jehan Auldegonde, chappellain de la chappelle Saint-George
» scituée en la maison de ville, de povoir faire ung clochier au plus hault de laditte
M maison de ville, pour y pendre la clochette d'icelle chapelle, affin d'ouyr sonner les
» messes de jilus long; fut accordé ausdis eschevins de ce faire. >i
— 172 —
Cette chapelle est maintenant destinée à diverses expositions et
à des assemblées; parfois, elle sert de salle de vente. Elle fut
momentanément affectée à l'exercice du culte réformé, sous le
gouvernement du roi Guillaume. C'était pourtant du haut de l'es-
calier de cette chapelle que le capucin Marc Aviano avait fait
entendre, en 1681, devant un auditoire qui remplissait la Grand'-
IMace de Mons, un sermon des plus véhéments contre les sectateurs
de Luther.
LES
ANCIENNES HALLES ET FONTAINES
DE LA VILLE DE MONS;
PAR
Léopold DEVILLERS,
Conservateur-adjoint des arcliives du Hainaut,
Membre correspondent de l'Académie.
A l'époque de sa prospérité industrielle, Mons eut des halles
au blé, aux draps et aux pelleteries; elle eut aussi des boucheries.
Nous allons rappeler en quelques lignes ce que ces établissements
otf raient de particulier. Nous consacrerons, en outre, dans cet
article, le souvenir des fontaines qui jaillissaient autrefois au
centre des principaux marchés de cette ville.
Halle au Blé. — Elle existait, dès le XlVe siècle, à front de
la rue du Haut-Bois *, dont une partie prit depuis le nom de rue
de la Halle. Cette halle a été démolie en 1837. Depuis plusieurs
années, elle ne recevait plus aucunes denrées. Le marché au grain
continue néanmoins à se tenir en face de l'emplacement de la Halle,
sur lequel on a construit la boucherie moderne. Mais à ce marché.
' De Boussu, Histoire de Mous, p. 112. —Cet auteur rapporte qu'il résulte d'un
chassereau de l'an 1376 que la rue du Haut-Bois descendait jusqu'au moulin situé sur
la Trouille, que Ton appela le Moulin-jumeau, à cause que ses deux roues furent
faites ensemble.
— 174 —
l'un des plus importants du pays, les affaires ne se traitent que
par écliantillons et par l'entremise de facteurs *.
Halle aux Draps. — L'importance de l'ancienne draperie
monloise a été exposée déjà à plusieurs reprises ^. Nous nous
bornerons à constater ici que la Halle aux draps se trouvait entre
la rue de la Terre-du-Prince et la Grand'Rue, que vers la fin du
XVI<^ siècle, ce vaste local fut fermé, par suite de la décadence de
la draperie, et qu'en 1585, les drapiers étalèrent leurs marchan-
dises aux Polies, rue de la Halle. Depuis longtemps, il ne se
fabrique plus aucun genre d'étoffes à Mons. Quant à l'aiffcienne
Halle aux Draps, elle fut mise à l'usage de l'école dominicale en
1582 "\
Halle aux Pelleteries. — Cette Halle se trouvait en la rue
des Clercs (N» 27 actuel) : elle appartenait au chapitre de Sainte-
Waudru. Les pelletiers devaient y étaler leurs marchandises pendant
la fête (foire)de la Toussaint. Au XVI^ siècle, ils cherchèrent à s'af-
franchir de cette obligation : chaque année, ils faisaient des offres au
chapitre, à l'effet d'obtenir la permission de vendre à domicile. Les
chanoinesses la leur accordaient parfois, moyennant le paiement
de leurs étaux et une reconnaissance annuelle, qui consistait à faire
présenter au chapitre, par leur connétable, le jour de la canonisa-
tion de Sainte Waudru(2 novembre), une platine d'argent, du poids
d'une once et demie, rappelant le motif de cette reconnaissance.
Cette autorisation leur fut définitivement donnée, au siècle suivant.
' Fklix Hachez, Notes historiques sur les foires et les Marchés de Mons, \\. 2'2.
* De Boussu, Histoire de Mons, p. 87. — Pabidaens, Mons, pages 54, 88, 1)2 et
272. — F. Hachez, Noies historiques sur l'industrie du Hainaut, pages 23 et 26.
^ F. Hachez, Les fondations rharitahles de Mons, p. 189.
— 175 —
La halle des pelletiers avait été reconstruite au milieu du
XVIe siècle ; elle devint une habitation particulière connue sous la
dénomination de maison de la Crosse. Elle appartient aujourd'hui
à M. Marcel Grenier, commissaire de l'arrondissement de Mous,
qui l'occupe. C'est une belle construction, dont la façade, en
pierres de taille, présente : au rez-de-chaussée, une porte cintrée,
placée au centre du bâtiment, cantonnée de deux colonnes ioniques
soutenant un fronton triangulaire, et six fenêtres, au premier étage,
sep grandes fenêtres et autant de petites au second. Elle se termine
par une corniche horizontale. Les meneaux en pierre des fenêtres
ont disparu, sauf au second étage.
Boucheries. — En 44-89, les échevins firent construire, con-
formément à l'octroi qu'ils avaient reçu de l'empereur Maximilien,
deux boucheries, l'une sur le Grand-Marché (Grand'Place) et l'autre
dans la rue qui fait aboutir la rue de Notre-Dame (jadis rue Noble) à
la Grand'Rue et qui a pris le nom de rue de la Petite-Boucherie.
La première de ces boucheries fut considérablement agrandie
en 1589, ce qui lui fit donner la dénomination de Grande-Bou-
cherie, par opposition à l'autre. La ville avait acheté à Philippe
de Glerbois, l'hôtellerie du Cerf, qui en était voisine, le
6 novembre 1582 : une partie de cette propriété y fut annexée
et l'on jeta les fondements d'un nouveau bâtiment, le 5 mars 1 589 *.
La Grande-Boucherie, sans être un monument remarquable,
avait quelque droit à être conservée. Elle avait été construite dans
le style de la renaissance, en pierres d'Ecaussines, et était surmontée
d'une haute toiture Espagnole. Le rez-de-chaussée présentait trois
portes cintrées, surmontées d'œils-de-bœuf. L'étage, après avoir servi
' ViNCHANT, t. V, p. 3ïJ7. — DeBoussu, p. 16i. — Résoiuliuns du conseil de "ille.
— 170 —
de lieu de réunion aux membres d(; la confrérie des escrimeurs de
Sainl-iMichel, fut converti, en 175'.!, en salle de spectacle. — Outre
un parterre, un amphithéâtre et un paradis, ce tliéâtre se composait
de vingt-sept loges pouvant contenir chacune six personnes, et dont
dix se trouvaient au premier rang, onze au rang du milieu, et six
au rang supérieur. Il avait été parfaitement conçu et exécuté *.
Après avoir été abandonnée depuis 1825, la Grande-Boucherie
fut démolie 2 en mars 184-2, pour être remplacée par deux maisons
de commerce, dont l'élévation démesurée fait disparate avec toutes
celles de la Grand 'Place.
Quant à la Petite-Boucherie, elle a été supprimée au commen-
cement de ce siècle.
Le débit de la viande se fait aujourd'hui dans une nouvelle
boucherie, construite d'après les plans deiM. l'architecte Van Gier-
degom, sur l'emplacement de la Halle au blé, et qui fut ouverte
le 1 juin 4838. ^
Mons a aussi maintenant un abattoir, dont la nécessité se faisait
sentir depuis longtemps, et un marché couvert pour le débit du poisson.
Anciennes fontaines. — A la fin du XlVe siècle, le magistrat
de Mons résolut d'orner le Grand-Marché de cette ville ^ d'une
* Salle de spectacle de Moiis. Manuel de Vamateur, p. 2.
* On ne laissa debout qu'une porte d'issue (rue de la Clef), au-dessus de laquelle
sont sculptées en pierre les armes de la ville. — M. Lacroix possède un beau dessin
colorié de la façade de la Grande-Boucbcrie.
' La façade de cet édifice, <à front de la rue de la Halle, ofire au centre un avant-corps
percé de deux fenêtres et d'une porte chargée de bossages, que surmonte un grand arc à
jour encadrant la figure en bosse d'un bœuf ; les deux arrière-corps n'ont chacun qu'une
porte en plein-cintre, surmontée d'une fenêtre carrée. Un bel encadrement dorique
couronne le tout. Cette façade , qui a 26 mètres de largeur et 1 5 de hauteur, est con-
struite en briques et en pierres. — Schayes, Histoire de l'architecture en Belgique,
tome II, page 195.
* L'emplacement du Grand-Marche sert aujourd'hui au Marché aux Fruits.
— 177 —
fontaine. Le dnc Albert, ronitc de Ihiinaiil, lui en donna
l'octroi, le 20 décembre 1386 ^. On lit alors des étndes sur les
cours d'eau de Casteau, de Saint-Denis-en-Brocqueroye et d'Har-
mignies. Les sources de Saint-Denis, village situé à 1 V^ 1. N.E.
de Mons, furent préférées pour leur qualité et leur abondance.
Elles se trouvaient au-dessus de l'abbaye établie dans cette localité,
sur la seigneurie de la Roquette , entre Casteau et Thieusies : la
principale était la fontaine Wastlaul. Deux grands réservoirs
en pierre y furent construits, et l'eau fut dirigée par des tuyaux ^ qui
parcouraient les territoires de Saint-Denis et d'Obourg, les bois
et les bruyères de Mons.
Cet ouvrage si remarquable fut commencé en 1394, et terminé
cinq ans après. Toutefois, en 1-400, les canaux exigèrent de
nouveaux travaux. Les ouvriers causèrent alors certains dommages
aux terres, aux vergers et au jardin de l'abbaye de Saint-Denis.
L'abbé actionna de ce chef les échevins. Une sentence rendue, en
14-07, par le grand bailli de Hainaut, condamna le monastère à
* Octroi accordé par le duc Albert de Bavière pour In conduite des eaux à Mons. —
« Duc Aubert de Bavière, etc. A tous seigneurs, nobles, prélatz et justiciers ausquels
cestes nostres présentes lettres s'adresseront, salut. Scavoir faisons qu'à la prière des
échevins, jurez et conseil de nostre ville de Mons en Haynau, et pour l'anienderaent
d'icelle, nous leur avons accordé et fait grasce d'avoir et faire venir une fontaine en
nostre ditte ville, laquelle en icelle ne peut bonnement venir sans passer parmy les
justices d'aucuns. Si mandons et commandons à tous et à toutes encuy raeltes et justices
fouir et ouvrer conviendroit pour cause de la ditte fontaine, qu'à ce veulent consentir et
gréer à faire, parmy le domaige récompensant, sans antre mandement avoir ne attendre
de par nous : car ainsi le voulons par le tesmoing de ces lettres scelées de nostre scel,
données à Mons, le xx jour de décembre l'an MCCCLXXXVl. « — Orig. aux archives
communales de Mons.
* Ces tuyaux, au nombre de plus de !2,000, étaient en bois. Leur entretien nécessita
dans la suite des dépenses nombreuses. Pour la seule année 1437, la ville paya
l'énorme somme (pour ce temps) de 5,800 livres. Un maître charpentier était spécialement
chargé de cet entrelien.
— 178 —
supportei' cette servitude, mais sous la conditiou que la ville lui
paierait, à titre d'indemnité, une rente de 12 livres, dont le capital
fut bientôt amorti.
Le 1 juin 1.405, jour de l'inauguration de Guillaume IV, comte
de Hainaut, on posa en présence de ce souverain, la première
pierre du monument de la fontaine, qui fut élevé en peu d'années.
Depuis cette époque, une ordonnance du magistrat, souvent
republiée, défendit de faire la lissive dans le bassin de la fontaine
et d'en salir l'eau.
Divers quartiers de la ville eurent aussi dans la suite des foiTtaines.
Les eaux furent conduites au Petit-xMarché *, au Marché au Pois-
son, près de l'hôpital de Saint-Nicolas et à d'autres endroits»'^.
La fontaine du Grand-Marché, qui se trouvait en face de la
Grande-Boucherie, se composait d'un énorme vase à six pans,
soutenu par six colonnes, et à l'intérieur duquel se trouvaient sept
autres colonnes, dont celle du centre était destinée à supporter la
statue du Sauveur, et les douze autres les statues des Apôtres ^.
La fontaine du Petit-Marché n'était pas moins remarquable. Au
milieu du bassin, s'élevait une belle statue en pierre représentant
la Vierge. Elle était surmontée d'une toiture soutenue par huit piliers.
' Le Petit-Marclié ou Marclié aux Herbes ne figure pas sur le plan de Mous (jui
accompagne l'ouvrage de Bl.veii : Urhium totius Behjiis eu Germaniœ inferiom Tabulœ,
parsprior. Il fut pratiqué vers la lin du XV!"" siècle : en 1583, le conseil de ville permit
M aux héritiers marchissans au Nouveau Marché, de faire maisons mannables à front de
ce marché. » La fontaine du Petit-Marché élail donc, d'une date peu reculée.
* De Boiussii, fiisl. (le Mous, p. 113.
' Ces statues ne furent jamais exécutées. Aux jours de grandes solennités, la fontaine
était décorée avec luxe. Le 23 février 1600, jour de l'inaugiu'ation des archiducs Albert
et Isabelle, elle fut couverte par une riche décoiation représentant le Jardinet du ffaiiuiut.
Au sonnnet, se trouvaient les armoiries du comté, de la capitale et du duc de Croy,
grand bailli de Hainaut; plus bas, les bannières des abbayes, des pairies, des comtés,
di'S bai-onnies et des villes du pays (clergé, noblesse et tiers-état), entourées de fleurs,
(lui élaiiMil aiTdsiVs \av les statues des archiducs.
— 179 —
Quant à celle du Marché au Poisson, elle avait aussi un aspect
monumental. C'était une colonne rehaussée de la statuette de
Saint Pierre, patron des poissonniers.
Ces fontaines ne donnèrent plus leurs eaux à la ville, à
la fin du XVlIe siècle, à cause du mauvais état des canaux ^.
Après plusieurs restauralions, celle du Grand-Marché fut démolie,
par résolution du conseil de ville, du 2 juillet 1675, et l'on proposa
de la remplacer par un puits, ce qui n'eut jamais lieu. On conserva
comme monument celle du Petit-Marché; mais elle suhit le même
sort que son ainée, vers i79h
La fontaine du Marché au Poisson fut remplacée, en 1724, par
le puits qui décore actuellement cette place, devenue le Marché à
la Volaille. Ce beau puits se compose d'un pilier en pierre de taille,
de forme triangulaire, sur lequel sont sculptées des cristallisations.
Il était surmonté de la statuette de Saint Pierre; mais, vers 1825,
on a substitué à ce dernier débri de nos anciennes fontaines, un
vase qui ne correspond en aucune façon avec l'architecture gra-
cieuse de ce petit monument.
Un autre puits public de Mous, celui de la Place du Chapitre
(de Sainte-Waudru), datant de 1779, ^ mérite d'être mentionné. —
Celui qu'il remplaça pour cause de vétusté, avait été construit
de 1532 à 1535. Il était formé de quatre piliers auxquels se
trouvaient adossées des figures d'animaux, savoir : un lion, un
griffon, une licorne, un aigle; et une bannière aux armes du
chapitre noble (d'or à trois chevrons de sable) le surmontait.
Pierre Seuwart, peintre, en avait donné le plan ^.
* Les éoheviiis furent condamnés , vers 1650, à fournir de l'eau potable à la ville.
Dès cette époque, ils firent creuser de nouveaux puits dans les quartiers les plus populeux.
* Cette date est gravée sur la corniche de ce puits, et elle résulte, en outre, de la
décision prise parles dames du chapitre, dans leur séance du 17 février 1779.
^ La résolution capitulaire, en date du il février 1532 (n. st.), touchant la construction
— 180 —
Nous filerons pour mémoire seulement : le Rouge-Puils, situé
au earrflbur des rues de la Chaussée et de la Coupe, construction
massive et qui ne fait pas plus honneur à la ville que les lourds
pavillons placés à l'entrée du parc, et que les porches latéraux de
l'église de Sainte-Waudru, qui sont tous d'une même époque
(antérieurement à 1830).
Il n'existe aucun dessin des anciennes fontaines de Mons. Nous
n'avons pu faire leur description que d'après des documents
authentiques et des souvenirs traditionnels ^ .
de ce puits momimeiital, est ainsi conrue : « Fii lors concliid (ie faire une nouvelte clôture
de pierre d'Escaussines au puich de l'église Saincte-W'aidrn, et y faire ferrailles par-
dessus et une bannière pour y paindre les armes de la dite dame. »
Voici comment sont renseignées dans les comptes généraux rendus au cliapitre^pour les
années 1532-1533, 1534-1535, les sommes payées pour la construction de ce puits.
1532-1533.
« A Pierre Seuwart, paintre, pour avoir fait de recliief ung nouveau patron de
l'érigement d'une nouvelle clùlure de pierre d'Escaussines pour le puich de l'église, en
«bvrier xxxij, payet : xxx s. »
» A Antlioine Caignet, marchand de pierres demorant àEscaussines, pour livrance des
pierres pour faire un rond, les degrez, piliers et la couronne dessus, au puich estant
emprès l'église, selon la forme d'ung patron à lui hailliet; etc. »
1534-1535.
« A Pierre Seuwart, paintre, pour quatre patrons, en pappier, de ung lion, ung
griffon, une licorne et un aigle pour le puich de l'église : xl s. »
« A Pierre Seuwart, paintre, poui- avoir doret et estofTet les armes et banières estans
oudit puich : x 1. »
* 60 pompes puhliques fournissent aujourd'hui l'eau à la ville, mais d'une manière qui
laisse siugulièrement à désirer. On réclame ici depuis longtemps un système économique
et eflicace de distribution d'eau, dans le genre de ce qui a été fait à Bruxelles.
Il n'y a, pour y parvenir, qu'à jeter les yeux sur les sources dont le magistrat de Mons
a tiré un parti si remarquable, au XIV« siècle. L'eau y abonde toujours. Sur leur
teriiloire sont des étangs qui ne tarissent jamais. Là se trouve encore la Fontaine de
SainlP-Waiiilni, qui a été rendue célèbre par un prodige dont nos aticieiis annahstes ont
conservé la ri'lation et qu'ils font remonter à l'année 1011.
NOTICE HISTOKIOUE
m LE tllAPITBË COLLËSIAL
DE
SAINTE-DYMPME,
A GHEEeciniae sub praedicta parochia in tantuni excrescant,
ut jani aliquibus anuis mille niodiis siliginis elocatse sint ad utilitatem variorum
decimatoruni ecclesiasticorum ; quibus non obstantibus, necduni prœfatae commu-
iiitati provisum erat de numéro competenti personarum ecclesiasticarum necessario
ad prœstauda consueta ecclesiastica ofiTicia; utpote qui in unico pastore et unico
sacellano seu vicepastore consistât; cujus sacellani auxilio jam etiam a bimestri
frustrati fuerunt : unde factum ut juvenes uti et senes privarentur necessaria ad
salutem instructione, inio sa?pe morerentur absque assistentia et solatio sacerdolum
ex eorunideni insutridentia; uec tolius comniunitatis confessiones precipuis festis ^
excipi possent : qua; tandem in pejus ruèrent , nisi supplicantes resolvissent desuper
adhuncprasdictumsenatum querelas déferre; quapropter se ad eumdeni convertebant,
humillime peteutes citatoriales coram commissariis ad onus pastoris et aliorum
ecclesiasticorum decimatoruni, ut, coram iisdem partibus summaiic auditis, indilate
et per provisionem designetur numerus idoneorum vicepastorum, qui possent praes-
tare consueta et necessaria munia pastoralia una cum pastore, juxta sanctum
Tridentinuni concilium, et statuta episcopatus Buscoducensis, cui subsunt.
Qua supplica visa et exarainata in praefato senatu , suiipiicantibus conressaî et
expcdite fuerant prajdicta; citatoriales, vi quarum apparitor Thomas citaverat reve-
renduni dominuui episco[ium Antverpienseni, uti et apparitor Jacobus Hullet etiam
citaverat dominam abbatissam et conventuales monasterii de Koosendael, deuique
Petrus llerman, pruitor in Gelé, accepta auctorisatione, citaverat doniinùm Melciiiorem
— 18Î) —
Van don VVeyer pastoreni, el ilniiiiiiuiii ilecaïuiiii cl caiiilulairs ec(:li;si;e cdllcyihn
Saiict;e Dyinplinœ ibidem, ad coniparendum :2l) pra'fali mensis novembris , coraiii
domino Vaii deii Dicke, consiliario, et secrelaiio Loyens, tamquam commissaiiis
inter partes deputatis, ad aiidiendam coiiclusionem a supplicantibus pradiclis, et
dictai'um citatoiialium impetrantibus tune proponendam. Quando dicti impétrantes
comparuerunt per procuratorem suum Charliers, et citati per suos respective procii-
ratores Goubat, Mayolet et Van den Neuckere.
Dicebatque impetrantiura procurator, in verbali tune habite, ultra id quod in
pra;fatis litteris aliegabatur, adiiuc considerandum esse, prœfati muuicipii Gelensis
parochiara extendi ad duo milliaria cum dimidio in diametro ; esseque varias domos
ex opposite etiani tantumdem dissitas, quarum incolse ssepe eodem tempore deeum-
berent, et spirituali egerent animae medecina, idcoque impossibile esse eisdem
infirmis sacramenta niinistrari, eos visitari, solari et adversus diaboli tentationes
adjuvari , iiisi per competentcm nnmerum eccclesiasticorum; priefatum vero
pastorem super eo admonitura agnovisse se in iis providere non posse, absque
certo vice pastorum numéro, cum uno impedito in ofiicio ecclesiastico, altero in
administrandis infirmis, ad hue alii. necessarii sint ad invisendos œgros, et
obeunda reliqua onera pastoraha. Hinc concludebant impétrantes, ut singuli
citalorum in solidum , vel ad minus onines conjunclira eonideninarcntur,
ut supphcantibus provideant, aut provideri sinanl, de tribus ad minus ciipelianis
seu vicepastoribus, aut saltem eo capelianorum numéro, qui judieio hujus senatus
sufiiciant et capaces sint una cum paslore ordinario parochiae servire et functio-
nibus pastoralibus satisfacere , tam in exeipiendis confessionibus , calechisa-
tionibus, administrandis Sacrameritis , quam visitandis, assistendis et consoiandis
inlirrais : idque cum mandate, ut per citâtes unicuique capelianorum annue assignetur
et detur necessaria ipsorum corapetentia, ad ratam trecentorum tlorenorum annue,
vel aiiam quamcumque vel majerem suam (ultra accidentia) prout senatus pro
causae circumstantiis arbitrabitur ; et in casu ulterioris litis saltem per provisionem,
eo qued causa delationem haud patiatur ob periculum in mora ; permittentes
intérim ipsis citatis, ut, via amicabili vel juris, inter se dispiciant et conveniant
que ordine et pro qua parte quihbet ipsorum in dictani competentiam concui'rere
debeat : concludendo cura expensis ; super omnibus petentes jus dici, sive
conjunetum sive divisura, prout senatus secundum justitiam aequum judicabit.
Quibus predicti duo primi citati, nimirum episcopus antverpieusis et abbatissa de
Ruosendael, et quartus, scilicet capitulum sanctae Dympnae, respondentes, ita
concluserunt, ut impétrantes, in quantum contra ipsos reqnisierant et concluserant
in hac sua requisitione et conclusione, saltem in modo et ferma declararentur non
fnndati et non receptibiles cum expensis ; eo quod jam a quadraginta annis
idmrauiiilas Gelensis parum sit immunita vel aucla, qu« uumquani fuerit conquesta
190
de di'fiTdi iiniciiiiiiiii diviiiunim a|iiiii vit'anini gencrarcm BuscnducpnsfMii, ciii
privative roniiictt'iet illi ilercL-tiii iirovidcrc, jiixta synndiim et edicta rjuiP iiaiic
tiialciiani s|)i'('taiil ; neqiie etiaiii Icrtiiis citatns leclor sive pastor ordiiiarius Gcleiisis
iiniqiiain fiiisset ron(]iiestus ; ciijiis |irrd(i-css(ir laiidaliiliU'r fiirirtionibus pastnraiibus
salisfecerat, ciiiu to adjiitdiio rapcliaiionini seii vice|ias(oriiiii, qiiod siiii nccessa-
riuiii jiidicahat : quo iKiii obstaiite adliuc iiDlaijilitcr patriiiiunium suum aiixcrat :
quemaiiiiioduiii dii'tus tertius citafus paslor Gciciisis ctiain similes capellaiios sive
vicepastores assnmpseiat et diniiseiat , piout judicabal necessarium pro miinere suo
pastorali obeundo ; ciii sustiiiendo non pamni ipsi snbserviebant (lieet citra uUaiii
obligationeni) doniini (piartu loco citati ; quorum quatuor actuaiiter confessiones
excipiuut. Insuper, quod ex supplica et ratiociuio verbali impelrantium sua sponte
piollueret, ipsos nidlam actioiiem habere conlra primo, secundo, fertic respective
iocis citatos , qujr actionis exilusio sinyiilaritcr lorinii baltere respecta du<prnni
piiuruMi rilalorum; eo quod nullas deciuias ecclesiaslicas leveHt in parocliia
(".c'Ii'usi : et quod tertio lnco cilalus tantuni sobis liaberet, quaui quatuor ?x quarto
liico citatis, id est, canonicis Sanctte Dyiupiins; ac iusuper ejiis acrideutia
quolidiana ad majorem sunimain auiiue ascenderent, quaui annui proventus uuius
canonici.
Concluserat quoque tertius citatus, pastor Gelensis, in sno scripto Ad omiies
pues , ad hor , ut ini|)ctrantes declarentur non fundati , nec receptibiles cuni
expensis , prout contra ipsum concluserant 20 uovenibris ; hac inter reliquas rationc,
quod impétrantes debuis^-ent adiré viearium generaleni Buscoduceusem , utpote cui
privative competit de eoruni querelis dispicere et providere, quod ut adiiuc faciaiit,
liberuni permittit impefrantibus , queniadmodum et agere adversus reiiquos deci-
matores citatos. Insuper diceiiat quod terlia pars decimarum, qua^ cum capitulo
Sancta^ Dyniphn* dividebat , sibi competeret titulo oneroso et pastoratus , cujus
annui proventus, uno anno respective cum altero coliato, deductis deducendis
vix ascenderent ad trecentos patacones ; quodque se sempcr valde laudabiliter
exhibuerit in functionibus pastoralibus , in catecliisando , conci(mando , coufessiones
excipiendo , assistendo et administrando inlirmis, et omnibu.^ suis sui)ditis, quibus
tantum poterat satisfacere , totaliter seipsuni impendendo. Quod si quaudo(|ue ipse
et praedecessores sui assumpserint in commodum suum vicepastores aliquot, suoque
sumpta alueriiit , id ab iis absque ulla vel mininia obiigatione faclum esse. Fateri
ijuidem se , si permanentes aliqui vicepastores existèrent, communitafem melius
curandam, solandam et juvandam esse, (piam modo defectu permauentiuni coad-
jutorum ; en ipieniquam plane i (inlidat se ad petitionem impetranlium nidiatenus
retineri , ut tamen ostcndat incliiiatitMiem suam ad quietem et bnnam cum ipsis,
nti pa'-liir l'urum, correspoudentiam, si en adducere possint alios citatos ni aliqui
permanentes vieepa>toies pmcurarentur, se Inlieiiln pm imna jiarte (•oiitribiiluruin
— 191 —
ad id qund |iro cdnijictciilia eoniiii aut via aiiiicaliilis aiil jiiris dccerncrelur ; nnuio
vice versa itiipelraiites eum ab omnibus cueiibus publicii< , pro iiuiia sua parte,
qiiani in diclis deciniis possidet, e\iniant.
Quas ratiunes aliasque per citattis allatas ipsi inipelrantes in suo verbali rejeic-
rant ut abusivas, frivolas et impertinentes; adeoque perstiterant sinipliciter loco
replii^-e, petentes ut eitati similiter persistèrent loco duplica- ; utqne partibus hinc
inde iiijiigeretur scribere per advertissenientum , ut amnt .- quo injucto , utrinique
ita s(;riptuiu fuit, et conciusmn in causa.
Pustque duo primi eitati, scilicet episeo^wis Antverpiensis et abbalissa de
Rijosendael, 11 februarii 1684, per libellum eivilem, dixerant quod etianisi non
sine causa considèrent clare se demonstrasse, quod impétrantes perpeiwm et injuste
ad onus eorum conclusissent, sibi tamen ad majoreni cansœ elucidationem visum
fuisse exponere , quod quarto loco eitati, nimiruin canonlci Sancfae Dyniphiise , sint
[lastore primitivi Gel*, quod tertio citato pastore Gelensi taliter sit provisum de
tompeteiitia et canonica portiune , ut annue sumniam !2,0O0 florenorum reciperet :
quod ullerius in dicio niunicipio essent varia benelicia simjilicia, uti et personatus
aliquis niagni proventus. Sed duos prinios citatos levare décimas in dicta parociiia,
quemlibet pro tertia parte, alla tertia manente penas pastorcs primifivas, videlicet
quarto loco citatos , quique in ea qualitate , ex pra^dicta sua tertia , pro congrua seu
ranonica poitione et competentia, tertiani partem assignannit tertio citato pastori
Gelensi , quam et recipit ultra décimas uovales , qnge magna- ibidem sunt
considerationis. Quibus jungebant, décimas suas se non solum e manu laica accepisse,
verum etiam tilulo oneroso anniversariorura et aliorum onerum possidere :
specialiter secundo loca citatae, quœ initio suae fundationis pro primis suis bonis
dictam tertiam decimarum acceperant a domino ^gidio Berthout , idque in dotem
duarum suarum fdiarum in prsfato raonasterio profitentium, quarum una prima
ejusdem abbatissa extitit. Petebant igitur ut hsc orania per libellum eivilem prœce-
dentibus jungere liceret : super quibus senatus mandaverat, ut portionem suam
eorara commissariis exponerent, partibus ad id citatis. In cujus conformitatem
verbali habito, 26 prsedicti mensis, repeti curarunt tenorem ejusdem libelli civilis ;
concludentes ad ejusdem admissionem cum expensis ; exhibentes copias procuratori
impelrantium una cum duobus annexis. Qui iUi respondens conckidebat ad ejusdem
rejectionem cum expensis et pœna ; contentus niliilominus ut liti jungeretur, salva
impetrantibus facultate respondendi eidem libello. Quo responso exhibito dictum
fuit a commissariis, ut omnia actis litis jungerentur ; atque ita rursus in causa
utrimipie conclusum fuit, petitumque jus dici.
Itaqne visis et examinatis in prspfato Brabantis senatu pra^fatis citalorialibus,
ibidem ab im|iptrantibus obtentis 26 novembris praeterita, una cum verbah in
eorumdem conformitatem coiani commissariis liabilo. continenlf tlp^ ronclusionis a
— 192 —
[laliilnis liiiic iiide suin|ifHs; visis eliaiii respoctive scriptis advcitisscniciiti , ut
vocaiil , iiliiini|iie trailitis, uli et iibellocivili duorum prinioruni citatoiuni oblatoruni
11 ft'liiiiarii |uaHi'riti , uiia cum rationibus impurtinentias ab impetraiitibus opposilis;
oniiiil}iis alteutis, domini pi\Tfatum Brabantia^ senatura constituentes , jungentes
lili lil)elluni civilem 11 februarii , una cum ratioiiil)us inipertinentia^ illi oiipositis,
(Icclai ant citâtes leneri et oblis;atos esse curare , ut irilra quatuordecim dies impe-
traiitil)us provideatiir de duobus vicepastoribus , qui una cum tertio loco citato
cummunitali niinistrent et assistant in (ininii)us functionibus pastoralibns , nti decet ;
et in eum finein persolvere cuiiibet iiinruni ultra accidentia annue centum patacones
pro competentia; riuorum unus crit ad unns tertio loco cilati solius, alins ad onus
primo , secundo et quarto loco citatorum ad ratam pnvtioneni , quam in deciniis
pr;pfecti raunicipii Gelensis possiderit ; idque per provisionem , donec et quousque
aliter per senatum ordiuabitur , quibus mediantibus impétrantes absolvuntur ab
instantia : manentibus eo non obstante pnefatis citatis in inlegro quo adjirœfatain
competentiara ejusque ratam, tam inler se quam adversus quoscumque alios, ut
expedire eis videbitur : expensas ob rationes compensantes , exre]ito i|uod jndicatinii
remanebit ad onus praefatorum citatorum. »
Ita actum et pronuntiatum , Bruxellis, 14 martii 1684.
Signatum Goubau *.
Ll' doyen Uemi van Langendonck mourut le 8 novembre 1691.
1692-1G07. CORNEILLE VEl\SCHUEREN, XIII Doyen. —
En 1080, Corneille Verschueren avait été proclamé premier de
philosophie à la célèbre université de Louvain, parmi cent-seize
concurrents. Il avait été ensuite nommé professeur de théologie au
séminaire de Gand, ayant pris le degré de licencié en cette science.
Il fut enfin élu chanoine et doyen du chapitre de Saiiite-Dyniphne,
en 1692, en remplacement de Rémi Yan Langendonck. Cette
élection fui approuvée par la duchesse de Holstein, patronne laïcale
du chapitre; mais elle fut refusée par radministraleiii' du diocèse
de Bois-le-Duc, Staeyaert, qui soupçonna Verschueren comme
* Van Ksi'EN. Jus ftcilesiaslicmié i/nircrsuiit. 11. SOS.
- 193 —
attaché au jansénisme ^ Un assez long procès en suivit devant la
cour spiriluelle de Malines, qui se prononça en faveur de Vei-
schueren.
L'an 1696, le chapitre eut de grandes difficultés avec les
marguilliers de l'église pour la garde des clefs des cabinets oii l'on
conservait les reliques et les archives. Les chanoines, firent
examiner notariellemcnt quelques anciens marguilliers pour savoir
ce qui avait été observé à cet égard antérieurement :
Op heden desen 5 maij 1696, conipareerden voor my onderschreven openbaren
notaris ende getuyghen naergeiioeiiipt, Jan Van den Wyer, ouden kerckmeesler vaii
Sinte Dymphe alhier lot Glieel, oudt outrent seventicii jaeren, denwelcken, ten
versuecke van seer eenveerden heere Cornélius Verschneren, deken van den capit-
tele van Sinte Dympne, in den naeme van liet selve capittel, verclaerde waerachtich
te wesen ende hem comparant kennelyck, dat liy vyff jaeren is ondcrkerckmeester
geweest van de kercke van Sinte Dyrapna, ende entrent seven vierendeel jaers
opperkerckmeester, ende dat hy geduerende syn ainpt, by syne ^vetlle, noynt in syn
huys heeft medegedragiien den sleutel van de ierste denre door dewelcke nien gaet
totte archiven van f capittel acliter Sinte Dingenen aultaer ; dan, datten voorseyden
comparant wel weet dat den voorseyden sleutel in synen tyt gesloten wierde in
een casse, daer die peys in bewaert wort, van weleke casse beyde de kerckraees-
ters eeneu sleutel hadden, ende oyck den ceuster eenen, opdat desen dagelyckx soude
konnen haelen wyn ende smout vuytten kelder, die hy in de kerck noodich hadde.
Ende want redelyck is der waerheyt getuygenisse te geven, besonder des aensocht
synde, soo geloeffde der voorseyden comparant dit voorseyt verclaeren altyt te sullen
houden staen, ende lieffeiyck onder eede te sullen vernieuweu toties quoties voor
aile heeren en de gerechten, consenteerende biervan acte om die voorseyde
capitularissen te dient-n daer ende alsoo etc. Actum, ter presentie Van Wouter
Vanden Wyer, ende Michiel Aerts, als getuyghen hiertoe versocht, ende my notaris
dese stipulerende.
J.\x Vanden Wyer, Woiter Vanden W\ei'. , Michiel Aekts.
Qnod attestor
.1. WiLLEMS, nots.
' Coppens. Gesrliiedeiiis van liel hisdom i<an'S Ilertngfnhoscli. IV, 178. — Cotn-
logus jirimonan unireisifolis Lovaiiieiisis. 63. — Archives de la cathédrale d'Avve m.
— 11)1 —
Ton riaoïîhc erKie jaeru vowsclirevcn, cûmiiart'cnlen voor den ondersclirevcn
notaris, eiide getuygheu naergenoempt, Catharina Uiiicx, wcdiiwe van Gerebernus
Ooos, ceuster was in syn leven van de keicke van Sinte Dynipline, oudt ontrent
Tieilich jaeren, die welcke, ten veisuecke van den zeer eerweerden heere Cornélius
Veisclnieren, deken van den cappitele van Sinte Dympne alhier, in den naeme van
het selve capittel, verclaeiden waerachticli te vvesen ende iiaer nog wel kennelyck
dal den sleutel den welcken oiitsiuyt die deure naer den secrète achter Sinte Dingenen
aultaer van de selve kercke, plachte te iiggen in Sinte Dinghene choor in eene casse
daerin staen die deyn reliquien van Sinte Dympne, die genoempt worden den peys,
van welcke casse den voorseyden haren man plachte te hebben eenen sleutel om
daer vuyt te haelen den voorseyden sleutel in de casse liggende, nm te openen
daermede die deure van het voorseyt secreet, oni dan te gaen naer den kelder
aldâer ende daer vuyt te haelen \\^n ende smout tôt nootsaeckelyckheyt van de
kercke, ende oyck oni de reliquien van de hellige Dympne rustende fn de selve casse
uytter secrète te haelen ende wederom in te draeghen. Redenen van vvetenschap die
voorseyde comparante gevende dat sy somwylen seher den sleutel van den secrète
geliaelt heeft vuytter casse daerinne staen die cleyn reliquien van Sint^ Dympna
ende metten selven geopent heeft die deure van den secrète ; ende dat sy oyck
haeren raan diversche reysen heeft sien openen die deure van den secreteu ten
eyude voorseyt. Ende want redelyck is der waerlieyt geluygenis te geven, besonder
des acnsocht synde, soo b«loeffde die voorseyde comparante dit haer verclaeren
altyt te sullen houden staen, ende oyck des noot synde onder eeds te vernieuwen
toties (pjoties : consenterende hiervan acte om etc. Actum, ter presentie van
Guiliam Vanden Perre, en de Wiibooit Dauchy, getuyghen liiertoe versocht, ende
rny nolaris dese slipulerende.
Catiuna DiEHCKX, GiiiLLi.ui V.\.\DKN Perre, Wilboort Dausy.
Quod attester.
J. WiLLEMS, notS.
Op licden desen 7 maij lfi9r>, cnmpareerde de voor my ondersrhreven notaris
ende getiiighen waergenoenqit, Armant Laenen .lanssone, nu schepene deser vryheyt
ende ondi kerckoieester van Sinte Dympna, oudt ontrent tweeenvyftich jaeren, den
wclken, ter reqnisitie van den seer eerweerden heere Cornélius Verscheuren, deken
van der selven cappitele, in den naeme van het selve capittele, heeft in faveur van
jnstilie verclaert waeraciilich ende hem kennelyck te wesen, als dat hy nyet en
weet dat hy den grooten slenlcl van de vorste deure van de secreten achter
Sinte Dingenen aullaer oynt niede naer syn huys gedraghen heeft, maer
seer wel le welen dat ten (yde van Jan Afrts (ipperkrrckmeester was,
desen sicnl/'l (jhiclilc le liiïLji'ii in een rii^keii in Sinle Dingenen chudr, daerinne
— 195 —
staen die cleyn iclitiiiien van de lieylii^e Dympna, die geiioempi witrden
den peys, van welcive casse beyde die keiTi<nie.esters eeiien siciitel iwdden
ende oyck den ceuster eenen , onidat liy dagelycx soude connen haeien den sletitel
berustende in de selve casse, om daermede dan te haeleu vuytten kelder wyn ende
sniout die in de kercke van doen was. Item, attesteert den selven comparant dat
in synen tyde als liy opperkerc-kraeester was, eenige veranderinge gescliiet is, by
de heeren drossaerdl ende deken ende canonicken, raeckende den voorseyden
sleutel, te weten dat men den ceuster soude ontneraen het gebruyck van den selven
sleijfel ende datten selven soude bewaert worden by de kerckmeesters ; naer
welcken tyt den selven sleutel gemeynelyck gesloten wierde in den thooch staende
in de choor van Sinte Dympna , ende wierde den wyn ende smout naer dyen tyt
geleyt neffens een aultaer van Sinte Dympna naer den zuyden. Item, attesteert den
selven comparant dat aen den heere deken oft andere capitularissen in synen tyt
nyet en wierde geweygert den accès oft toeganck totte archiven van f capittel
soc dickwils als sy t' selve vraeghden. Ende want goddelyck is ende redelyck is
-der waerheyt getuygenisse te geven, besonder des aensocht synde , soo geloeffde
den selven comparant, dit syn verdaeren altyt te houden staen ende oyck, des
versoclit synde, voor aile hoven ende gerechten onder eedt te vernieuwen tolies
quoties, consenteerende hiervan acte om aen de reqniranten te dienen daer ende
alsoo etc. Actum, ter presentie van Cornelis van den Wyer ende Cornélius Willems,
geluygben liiertoe versoclit, ende my notaris dese stipulerende oirkonden-, etc.
Amant Lanen, Corneus van den Wyer,
CoRNELiLS Willems.
Quod attestor,
J. Willems, riots.
Op heden desen 11 niay 1696, conipareerde voor my ouderschreven openbaeren
notaris ende getuyghen naergenoempt , Peeter Kerckhorfs Henricx sone , ouden
kerckmeester van Sinte Dympna , oudt in de vyfftich jaeren , denweicken , ter
rerjuisitie van den seer eerweerden heere deken den heere Cornélius Verscliueren,
in den naeme van fselve capittel, heeft in faveur van justitie verclaert waerachtich
ende hem attestant kennelyck te wesen, dat, ten tyde als hy kerckmeester was
van de selve kercke, noynt geweygert en heeft de twee sleutelen te geven van de
secreten achter Sinte Dingenen aultaer als den rentnieester van t' capittel die selven
qnamp vraghen oft versoecken. Ende wat goddelyck ende redelyck is der waerheyt
getuygenisse te geven, besonder des aensocht synde, soo geloeffde den voorseyden
comparant dit syn verclaeren altyt, des versocht synde, te sullen houden staen
ende oyck, des miot synde, onder eedt te vernieuwen, consenteerende oversulcx
liiervan gemaerkt te woidcn acte om die heeren reqniranten te dienen daer ende
— 196 —
alsoo clr. Actum terpresentie van .Inn van den Wyer endo Gnilliam van dcn Wyer,
sjt'tiiyglii'n liicrtne vorsodif, i'nd(; niy notaris dese stipulercnde.
Peeter Kerckhoffs, Jan van des Wyer,
GiLIAM VAN DEN WyER.
Quod attesti)!',
.1. WiLLEMS, nots '.
Les chanoines proposèrenl alors le cas au jiu'isconsiilte Gisbertiis,
et lui demandèrent ce qu'ils avaient à faire dans cette occasion :
Hel capitel lieeft van allen tydeu geliadt een |ilae,lse arlitei Suite Dymiilma
authaer, genaempt de secreten, waernp syii alli^ de iM'ieven, acten ende documenfen
van r capitiel. •
Dese plaetse heeft twee denren, de eerste oni te gaen naer den kelder van de
kercke ende de plaetse daer staen de reliquien van de lieylige Dympna in de silvere
casse; dese deure moet men oock passeren om te komen tôt de tweeite deuic,
dewelc.ke is voor den trap om te gaen naer de plaetse daer syn allen de brieven
ende documenten van liet cappitei. Jan Van den Wyer, oudt kerckmeester, seglit
dat, als hy dienenden kerckmeester was, dese tweede deure niet en slote, maer
dat door syn toedoen op dese deure een slot gemaeckt is, oft tôt het slot eeiicn
sleutel, tgenehy nietwel en wete : dit magli geleden syn vyfthien of sestliien jaeren.
Den sente! van de eerste deure, ten tyden van Amandt Lanen , .lan Aerts , Jan
Van de Wyer ende andere oudt kereknieeslers, lagh in de kercke ende hleef altnos
in de kercke, als blyckt uyt de attestatien. Sno ist oock geweest van t' beginsel
dat de kerck geboudt is geweest, want voor den tydt Van Amandt Lanen lieeft
den wyii ende bet smaudt van de kerck altoos gelegen in den kerckeii kelder.
Ten tyde Van Amandt Lanen is de veranderinge g(!schiedt : hy is met den drossaert
in t' capitiel gekomen, versoekende dat men desen sleutel sonde trecken uyt de
handen van den ciister, ende den wyn ende bet smaudt leggen op een andere
plaetse; betgerie van t' cajiittcl toegestaen is. Van dien tydt dan, te weten over
twelf oft dertiiien jaeren, beliben de kerckmeesters alleen desen sleutel in banden
gebadt, soo nocbtans dat by overgegeven wierd aen de canonicken soo dicwiis als
sy bem vraegden, als blyckt uyt de attestatien.
Het is te noteren dat bet capittei vooi desen tydt de dispositie bad van desen
sleutel, dat sy bem gaven aen den cnslrr, die sy kosen ende stelden, gelyck sy tôt
nngb toe gcven aen ijcn (■M>li'r allccii de sienlels van de kerckdeiircii, van den lorcii
' Airhives de /'('(/lise Sniiilc-lhjtiijtiK'.
— 197 —
ende hornlogie, van de groole ctioore van Siiite Dymplina, van t' saci'istyn, etc.,
gelyck het capittel oock geeft den sieutel aen den orgaiiist, de sleutels van de
cleyne choorkens aen de canonicken.
Nu is men gekomen tôt soodanige ongehoorde vermetentheyt dat den tegen-
woordigen kerckmeester de sleutels van de secreten weygert aen den deken ende
rendtnieester van het capittel, soo dat nien haer niet en laet gaen op liaere arehiven
oft secreten, ten sy ais het den kerckmeester past ende belieft : waeruyt komen
onverdragelyksche ende raenivuldige inconvenienten ; persoonen, die van biiytea
komen, nioet men doorsenden, sonder dat men haere affairen kan afdoen; onze
brieven ende documenten en konnen wy op denbehoorlycken tydt niet naersien, etc.
Men vraegt : Hoe dat men dcse voorseyde vermetentheyt sal behoorlyck breken?
Men brenght by voor de kerckmeesters de possessie van de sleutels, de orden
van den drossaert, deken ende canonicken, waervan spreekt de attestatie van
Amant Lanen.
Le jurisconsulte Gisbertus donna son avis sur cette consultation,
le 24- septembre 1696 :
Den ondcrgi'schreven, gesien hebbende deze casus positie, ende geinfornieert
synde dat het eeisle slot waervan de kerckmeesters den sieutel syn bewarende , is
principaelycken gemaekt tut de conservatie oft behoudenisse van de reliquien van
sinte Dymphna, ende dat de selve reliquien aen de heeren deken ende capitularissen
syn bevolen om bewaert te worden, soo volght daeruyt dat de voorschreven heeren
deken ende capitularissen in hunne macht raoeten hebben den sieutel, waerniede
sy tôt die voorschreven rehquien moeten hebben accès. Ende terwylen by attestatien
is blyckende, dat den voorschreven sieutel door die voorschreven heeren aen
sekeren coster hiervorens is afgenomen ende door hun gestelt in handen van de
kerckmeesters als bewaerders, soo en konnen deselve egeen possessie formereu
independentelyk van die voorschreven heeren en tegeus hunnen danck van den
voorsciireven sieutel te moeten behouden, cum non sibi sed pissdictis dominis
possiderent ipsas claves, van de welcke zy die ontfangen hebben. Ende daer by
gezeght wordende dat die meergemelde heeren syn hebbende aile hunne documenten
ende papieren het capitlel rakende in eene secreete plaetse, soo soude wezen
absurdum dat sy souden moeten bidden oft cousent vraegen aen de voorschreven
kerckmeesters om daertoe te hebben accès. Daerom soo suUen de heeren wel doen
den voorschreven sieutel te sien bekomen van den kercknieesters ende den selven
te sien behouden, alsoo het perykeleus is dat den kerckmeester, wiens domicili is
S5 XVII 15
— 198 —
verre distcii'ruli' \;iii de knckc , uok sviuli' sdiuln i;rliiiiMCii , de Ltcineldc sloiiti'ls
soiiilf lilyvi'ii in li.iiideii IiouiIl'Ii.
Einle in cas de iieereii deii sieiitel alsoo soiideii kniiiieii hekomen , soude liet
devoir van de kerekmeesters bvn de gemelde lieereii opteroepen als adores,
lietwelek minder difficiiltjt soude liebheii in cas de iieeren capilularissen souden
nioeteu wezeii acloies selver, deweicke in dien gevaile liaer beklagh soude nioeten
doen in den lade, terwyl die scliepenen van Gheel nioeten worden getiouden
parlydicli , ende evenwel diisdanige differentien van geestelycke nioeten beslist
worden in dcu rade. Sic resohitum, in lîelhy, 24 septenil)ris.
J. GiSHERTUS, salvo nieliori. i
Le drossard de Gheel, Van Tong-erloo, son lieutenant, Hermans,
et plusieurs échevins, se présentèrent à l'église de Sainte-Dynipne,
le 5 décembre suivant, pour faire réintégrer les clefs en litige
entre les mains des marguilliers. Mais le chapitre s'y opposa for-
mellement, et dressa acte de ce refus le même jour :
Den 5 december 1696, is in bet capittel gekomen den heere drossaert, Van
Tongerloo, geassisteert met den stadthouder, Hermans, en Gilis van Tongerloo,
Amant Lanen, Jan van Geel, Jan Gebruers, Lanwereys Verscbueren en Willem
van Genecbten, versoeckende van den deeken ende canonicken dat sy wederom
souden geven aen de kercknieesters de sleutels van het secreet beseyden oft achter
den authaer van Sinte Dympna; ende waer bet saecken de heeren deken ende
capitulaiissen eenige clachten hadden tegen de kercknieesters, raeckende de voor-
screve sleutels oft haeren dienst , dat sy liaere dacblen souden willen doen
voor de schepenen.
Helwclck aen lieni voor aile twee de voorschreven poincten is afgeslaegen; soc
noclitans dat den beere deeken den vooisclireven heer diossaert ende schepenen
wel Wilde gebruycken als middelaers oni de differenten van de voorsclireven sleutels
tusscben bet capittel ende kercknieesters der selver keicke me! vrindiscliap le
neder te leggen.
Uyt het sacristeyn syn de voorseyde heere drussaert ende schepenen getrin ken
naer de cieyne choor van Sinte Dympna, alwaer sy gevonden syn met den smidt,
Wilboort Daucby, dreyi-ende de eerste deure natr bel secreet niel geweldl door
i Archives de l'Eglise Saiiilc-liijniiihne.
— 199 —
deii selven smidt opeii ti- slaegen soo de lieeren van tVapiftel de nieeigemelde
sltHitcls niet en wildcii nvergcveii aen de kerckineesters.
Hetwelck liun wederom geweygert is , ende tsamen is van den heere deken
voorgesteit de favorabele conditie die de heeren canonicken gepiesenteert liadden
ende alnoch presenteerden aen de kerckmeesters, te weten , dat nien de sleutels,
over deweirke het verschil is, soude sluylen in een massive kasse beriistende in
de kercke oft int sieckliuys, van welrke kasse de heeren capitulaiissen souden
liebben eenen sleutel ende oork de kerckmeesters, ten cynde daf de heeren capi-
Inlarissen sonden alsoo konnen hekomen de sleutels van het secreet, soo diekwils
aist liaer soude believen , ende soo oock de kerckmeesters.
Eyndelyck beeft den drossaert versocht dat men de eerste deiu'e van het secreet
soude open dnen ; maer midfs den drossaert gedreygt liadde de deureri open te
slaegen ende de sloten te veranderen, soo en heeft den deeken de selve denre
niet w'illeii openen, ten sy onder beloften dat sy de sloten niet en souden afsniyten
oft andere feytelyckhyt bedryven. Dit heeft den heere drossaert gelooft, ende alsoo
is met consent van de heeren deken ende capitularissen de denre geopent.
Ha^c ita esse acta testautur infrascripti.
C. Vebschueren, decaims, Lud. Rosa, .1. de Castro,
D. Van de Vorst.
Le suiicndcinaiii, 7 décembre, le chapitre s'assembla ilérati-
vement, et coiiclnt de faire présenter par écrit aux martfuilliers de
conserver les clefs à l'église, selon l'ancien usage, dans un lieu
fermé, dont le chapitre et les marguilliers auraient chacun une clef:
Op heden dezen 7 decembris 1696, soo hebben die seer eerweerde heeren deken
ende canonicken van de collegiaele kercke van Sinte Dympna doen presenteeren,
gelyrk sy te vorens mondelinghe noch gepresenteert hebben, en de noch presen-
teeren schriffetelyck mits desen, aen de kerckmeeslers van Sinte Dympna, dat sy
hun alnoch willen reguleeren gelyck noch voor desen geschiet is, dat men den
sleutel van het secret, daer die questie oni is tusschen die heeren capitularissen
ende kerckmeesters voorschreven, sal leggen oft laeten berusten in de casse, daer
die cleyn reliquien in staen, die men gemeynelyck noempt den peys, gelyck voor
desen noch is geploghen geweest, ende dat van de selve casse den heere di^ken van
t" capitlel sal hebben eenen sleutel ende die kerckmeesters oyck eenen, op dat
d"een d'ander van de selve daertoe accès niach hebben, als sy sulcx noodich bebben
ende Imn dat goetdunkt ; oft wel presenteeren daertoe een andere vaster plaetse
— 200 —
le ordonnerpii Icn eynde eade op deii voet vûorvermeit, oft wel daf die keick-
meesf«rs daertoe oen ander ende bêler verseekert slotli zulleii maeckeii, ailes op den
voorsejden voet, op dat d'een oft d'ander partye, nopeiide den accès tôt het secreel
voorseyt nyet geiriteresseert iioch vercort en worde in toeconiende. Versueckende
van de voorseyde presentatie acte geexpedieert te v^-orden door den secretaris oft
acluarius van nns capittel, ende daervan iusinuatie gedaen le worden aen Jaii
Van Broeckhov(^n ais iersteii kerckmeester van voorseyde kercke met leveringhe van
copye aen denselven, ende in gevalie van gheene acceptatie, soo protesteren die
vooiseyde heereii deken ende canonicken tegliens die selve kercknieesters van costen,
schaeden ende interesten, soo ten regarde van liuii aïs weglions luinne voorseyde
kercke, ende van onl)eh(iorei\ck refus oni etc. Oircoiiden dese by onsen gesworen
secretaris oft artuarius iaeten oiiderteecki'nen, die. niense et anno, als boven.
lia est.
J. WiLLEMS, Secret C(^>ltiili.
Op den 8 decenibris 1696, heeft den onderschreven als notaris van den Souve-
reynen rade van Brabant die voorscbreven acte van presentatien ende^ proteste
geinsinueert aen Jan Van Broeckboven als iersten kerckmeester van Sinte Dynipna
kercke, ende hebbe aen denselven daervan gelevert copye. Oiiconden dese
relaterende.
J. \\îlle:\is, iiols.
Au lieu d'accepter ces propositions du chapitre, aussi justes que
raisonnables, les marguilliers se rendirent à l'ég'lise de Sainte-
Dympline, le 12 décembre, et y firent enlever les serrures. Le 15,
le chapitre s'assembla et délégua le notaire Willlems pour s'en-
quérir auprès du serrurier Willebrord Dausy, sur quels ordres il
avait !!nlevé ces serrures :
Den advocaet Willems sal , in qualiteyl als notaris , reclitelyck afvraghen , <ioor
orde van de beeren capilularisseii , aen Wilbonrt Daucby , door vvyens last of
orde by het sloth van d'ierste sluytende deurc , om te gaen naer het secreet
acbter Sinte Digne cboor in de kerckn van Sinte Digne, beefl affgeslaghen ; ende
in cas van refiies van antwoordc CHtegnrifi| . sal den vonrseyilen noiaris protes-
teeren , in de naeme van de hcerun capitularisscn , van feylelyckbeyt ende gewelt,
ende van cos'en, schaeden ende intereesten, soo v;m hnnnen twegeii, aïs weghens
butine kinke, gclediii endf te lydcn. Kmlc liiin;iii sal den voorscvden nutaris
— 201 —
sl'ellen syn relaes om etc. Aclum , desen 15 december 1696. Oirconden dese by
den heere rentmeester van tiet ca[)ittele noiniiie capituli. Oiiderteeckent door ordre
van andere heeren van het capittel.
LuD. RosA, can. et capli receptor.
Den onderschreven verclaert als notaris hein getransporteert te hebben ten
huyse van Wilboort Dauchy, smith van synen sfielô, ende denseiven affgevraeght
te bebben , door wyens last oft ordre hy het voorseyt sloth heeft aiTgfsnieten ?
Heeft daerop geantwoort, in presentie oyck van den voorseyden heere Rosa,
canonick ende rentmeester van den voorseyden capittele, dat hy sulcx gedaen
heeft door ordre van de kerckineesters van de kercke van Sinte Dympne , ende
dat die selve kerckmeesters hem tôt dyen eynde hebben medegeleyt. Dweick den
onderschreven midts desen is relaterende, desen 15 december 1696. Oirconden etc.
J. WiLLEMS, nots *.
Enfin au mois de janvier 1697, le chapitre fit une dernière
demande aux marquilliers pour obtenir le libre accès aux archives
et documents de l'ég'lise; mais tout fut inutile. Un procès fut
intenté aux marguilliers par le chapitre devant des commissaires
délégués par le conseil de Brabant, qui, après de longs débats,
jugèrent selon la juste réclamation du chapitre.
Le doyen, Corneille Verschueren donna sa démission pendant le
courant de cette année 1697, et mourut à Gheel le 11 mai 1698.
' Archives de l'église Sainte-Dijmpne.
ANNALES
LA VILLE DE MAESTlllCIIT
M. Alexandre SCHAEPKENS ,
Membre conespumlaiil de l'Acadcmic , clu'valier de l'orilie de la
Couronue de Clicne, etc.
Les anciennes chroni(|vies ont du charme et intéressent riiistnirc
générale d'un pays. Elles sont d'autant plus curieuses si elles
relatent les annales d'une ville ancienne telle que Maestriclit,
torleresse qui date des temps les plus reculés, et dans lacjuelle ou
près de laquelle se sont passés des faits mémorables, faisant époque
dans l'histoire des Pays-Bas. Nous croyons donc que la publication
de la chronique de Maestriclit offrira de l'intérêt, et, pour lui
laisser toute son originalité, nous la donnerons (idèlement copiée
sur l'original Hollandais. Nous rappellerons ici que la seconde partie
de cette chronique, depuis 1632 jusqu'en 4707, a déjà paru dans les
bulletins de la Société historique et archéologique du Limbourg, à
i\Liestricht. Sans nous porter garant de la rigoureuse exactitude des
dates des premiers événements que l'annaliste mentionne briève-
ment, mais avec beaucoup de clarté, nous appelons l'attention du
lecteur sur les données (pii se rattachent à la lutte des commuiu^s
[tour leurs libellés et franchises au moyeii-àge, sous le goiiver-
— 203 —
nement indevis des Ducs de Brabant et des Evêqiies de Liège, qui
se partagèrent la souveraineté de l'ancien Trajectum ad Mosam.
CHRONYR YAN MAESTRICÎTT.
De stad Maestricht heeft zyn eerste be^inselon elf jaeren voor de ge-
boorte onses Heylands Jesu Cliristi, door Druziis Romeynse Legervoogd.
Anno 70. Na de geboorte onses Heere Jesu-Christi versterkte Claiidius
Labio Romeynse stedehouder de Brug van Maestricht, meenende de civi-
liste te beletten verder door te dringen ; dog deese zyne Duitse en Bata-
vieren de Maes hebbende doen oversweramen, sloeg den Romeyn op de
vingt.
Anno 9*2. Ivwam den Heylige Maternus te Maestricht, en na deChristen
Leer verkondigt te hebben, stichte hy aldaer eene houte kerk ter eeren
van den Heyland en Heylige àpostel Petrus, ter plaetse daer naderhand
de kerk van St-Servaes gebonwt is.
Anno 360. Soude keyzer Juliaen den afvallige te Maestricht gekoomen
zyn oni de Francken te beoorlogen.
A° 384. Begaf den Heyligen Servaes Bischop van Tongeren, met syne
geestelykheydt sig naer Maestricht, en bragt den Bisschoppelyke stoel
aldaer.
A" 385. Of niet lang daer na wierd Tongeren door de Hunnen verwoest,
zoo als den Heylige Servaes voorseyt hadde,
A" 395. Is den Heyligen Servaes Bisschop van Maestricht aldaer ge-
storven ende beeraven *.
' A" 388. Is den Heyligen Servatius, mel eene kleyne cortse bevangen geudiilen,
liet welcke hem naer 3 dagen uyt het leven geraekt heeft, den 13 Mey.
— 204 —
Ao 416. Korncii de Franken iii deese (luarlieren en makeii sig van
deselve meesler.
A" 581. Of daer entrent bouwde den Heyiige Monulphius Bisschop van
Maestricht de kerk van sint Servaes.
A" 610. Volgde Gondulphus Monulphius op, en volbouwde voorge-
noemde kerk.
A" 635. Wierd den Heylige Lambertus tôt Mae^liicht gebooren.
A" 656. Wierd hy Bisschop van Maestricht verkorcn.
A" 659. Bestrafte den Heylige Lambertus koning Pepinus ^over deszelfs
overspel met Alpais. •
A" 696. Of soo anderen willen 707 werd den Heylige Lambertus van
Dodo, Broeder vande Bysit van Pepinus en deszelfs bloedverwanfren ver-
moord.
A" 709. Brengt den Heylige Hubertus den Bisschoppelyken sloel van
Maestricht naer Luyk over.
A*' 777. En volgende jaeren stichte keizer Rarel de Groote, de stad
Aaken.
A" 847. Konien den keizer Lotharius met zyne twee Broeders Lodewyk
en Karel koning van Vranckryk, te saeinen tôt Meersen in de Proosdy, en
raaken daer te samen een vredes tractaat.
A" 870. Bckwam Lodewyk van Duytsland in de verdeeJinge van het
Lotterykse Ryk Maestricht ende de graafschappen van .Maesland.
A° 872. In vvynmaend heeft Karel Koning van Vrancki7k met den
Noorman Roruk te Maestricht een mondgesprek gehad.
Roruks Neef, Rudolf, wasookten selfdeeynde te Maestricht verscheenen,
dog alsoo hy te veel vorderde, en zig ondertussen in t'vermoeden bragt,
dat hy Karel heimelyk iets heuvel brouwde, werd 'er niets met hem ge-
slooten zelfs waarschuwde Karel zyne vrinde tegen de listige aanslagen van
l'.iiddlf.
— 205 —
A° 881. Wierd Maestricht tloor de Noormaniieii verwoest.
A° 889. Gaf keyzer Arnulphus de Abdy van St-Servaas aan Radboiid
Aertsbisschop van Trier.
A" 898. Herstelde den koning Ziientibold de Abdy van St-Servaes aan
den Aertsbisschop van Trier, die Reginniaer of Raginier Hertog van neder
Lotteringen hem onthielt.
A" 900. Koning Zuentibold in een bataille gedood zyndeen tôt Siisteren
begraven, herneemt Regimnarius de Abdy van St-Servaes wederoni
tôt zig.
Ao 908. Geeft keyzer Lodewyk aen den Bisschop van Luyk den Toi rn
munte der stad Maestricht soo als andere daer uit opmaeken.
A" 917. Bekomt Giselbertus soon van Regimnarius weder Maestricht,
Jupil, Hersla', en andere plaetsen, die hem Karel den eenvoudige koning van
Vrankryk ontnonien hadde.
k° 920. Geeft koning Karel weder aen den Aertsbisschop van Trier
d'Abdy van Sl-Servaes, welke Giselbertus geweygert hadde aen den selven
te laeten volgen.
A" 928. Geeft keyzer Hendrik d'Abdy van St-Servaes aen Giselbertus
voor syn leven, met toestemminge van den Aertsbischop van Trier.
A" 939. Sterf Giselbertus graef van Maestricht Hertog van neder
Lotheringen.
A" 944. Vallen d'erfgenamen van Giselbertus, die van St-Servaes seer
hard, de giestelykheid van Maestricht brengen de Reliquienvan St-Servaes
na Duysburg, om het ongelyk aen haer aengedaen.
A*» 946. Hersteld Keyzer Otto den eersten d'Abdy van St-Servaes aen den
Aertsliisschop van Trier.
A" 984. Confirmeert Keyzer Otto den derde de gifte wegens Maestricht
aen den Bïpïchop van Luyck gedaen.
— 206 —
A'' UUo. Geeft Keyzer Otto don dcido weder aen den Aertsbissclinp t;iii
Trier d'Abdy van St-Servacs die hy tegenseenander t^oed, met de Keriv van
Trier verwisseld hadde, do!>' desniet tei>enslaende isdeKerkvan St-Servaes
aen don Keyzer altyd gebleven.
A" lOOG. Confirnieert Keyzer Hendrik de giften wegens Maestricht aen
den Bisscliop van Luyk, door zyn Prédécesseurs.
A" 1070. Sterft Godefricd met den huit Hertog van Bouillon te Maes-
tricht, nae dat hy te Antwerpcn swaer verwond was.
A'' 1080. Veranderde Bisschop Hendrik den naem van Bisscliop van
Tongeren, dien sy altyd gedragen hadden, in die van Bisschop van Luyk.
A" 113:2. Verklaert Keyzer Lotharius de derde, dat de Kerk van
St-Servaes alleen in Maestricht het regt van tiende en terniyn heeft, ^n dat
aile de Inwoonders behalven de Famille van St-Lambertus en 0. L. V. tôt
den Keyzer behooren soo als 300 jaren te voren was onderhouden.
A° 1139. Geeft C'^enradus de tweede Booids Koning, de Maesbrugge
aen de Kerk van St-Servaes die te vooren, de Keyzers hadde toebehoort.
A° 1202. Hadden te Maestricht een by een koaist Keyzer Otto, Adolf
Aertsbisschop van Ceulen en Guido Pausens Leg-aet.
A" 1204. Geeft Keyzer Philippus aen Hendrick den tweede Hertog van
Braband de stad Maestricht en de Kerk van St-Servaes ter leen.
A" 1214. DenGraaf van Looneenigregtop Maestricht, of van Pandschap,
wegens eenige Penningen door hem aen den Keyzer vnorstreckt, ofuiteenige
andere oorsaek, afstanddoet, tenbehoeven van den Hertog van Braband, en
in t' selve jaer, werd Maestricht andermael door den Keyzer Frederik de
tweede, als een Hoogleen aen Ilerlog Hendrick on zynen zoon gegeven, op
dozou voot hebbende Hertogen van Braband rogt op Maestricht verkregen,
oiidortusson oefende de Bisschoppen van Luyk ook ocnig rogt in die stad.
X" 1219. Gonririiio,ert Keyzer Fiederik dccse gilten.
— 207 —
A" 1222. Meeft Kcyzer Ilcndrik dm Vil de voorschreven gifte t^-ccon-
firiiieert.
A" 1224. Was een groote duurte en hongersnood te Maestricht en
(indiggende quartieren.
A** 1229. Accordeerde Heitog Hendrik aen de Burgery van Maestridit,
om haere stad te moogen versterken.
De Luykenaers eenig verscliil met die van Maestricht gekregen hebbende,
verbreeken de boute Maesbrugge doen se hooger op de Maes leggen
en verwoesten de bystaende buysen ora het welk voorte koomen de
Brugge meer na beneden tussen Maestricht en Wyck herleyt word.
A° 1230. Komen de PP. Predikheeren tôt Maestricht.
A» 1234. Bouwen de PP. Minderbroeders haer oud klooster langs den
Jeeker.
A» 1241. Geeft het capittel van St-Servaes een capeile in de voorstad
aen d'order van den H. Anthonius.
A" 1244. Al voor dese jaren waren de PP. Âugustynen te Maestricht
gekoomen, en hadden haere woningen genooraen op de Bockstraet ter
phietse die Maria ad Littus genoenit wierd.
A" 1248. Koning Willem Graaf van Holland, belegerde de stad Aken
en bemagtigt dezelve, terwyl het vuur des oorlogs sloeg over tôt de naaste
steden, van welken sommigen den Graaf erkende als Rooms koning; de
Paus spilde, ondertusschen zoo veel gelds in Duytsland, en de Predik-
heeren en Minderbroeders yverden alorame soo sterk dat Willenis aan-
hang van tyd tôt tyd toenam, dat hy op Allerhyiigen dag met de gewoon-
lyke plegtigheden in Aken gekroond wierd.
A" 1267. Maakt den Bisschop van Luyck sig geheel meester der stad
Maestricht, verwoestende de Maasbrugge en Wyk, van welkers ruiuen
hy het kasteel van Montfort in Gelderland deed opbouwen.
— 208 —
A"' 1268. BL'L;iiineii de l'P. Boot>aei"den haer Clooster te Maestricht op
te tiiiimei'en.
A" 1:275. Stoi'te de Maesbrugge in met veel volk.
A" 1277. Storte de Macsbriigge andermael in waer by wel 200
ineiischen in de Maes jammerlyck verdroncken.
A" 1280. Zya de Ridders van het Dnits order tôt Maestricht aenge-
koomen, en hebben ald ler een heerlyck slot of Hof opgeregt.
A° 1281. Wiei'd met behulp der Borgery de Maesbrugge van steen
opgebouwt.
A° 1283. Wierd de oude kaert gemaekt, eiide daer door de ver^-hillen
tussen de tvvee genadige Heeren en Princen bygeleid.
A° 4284. Verklaei'de Walram Heer van Valkenburg, die van Maestricht
den oorlog aen en overwon deselve.
A" 1286. Verhoopten den Hertog van Gelder en den Aertsbisscliop van
Ceulen Maestricht te bcmagtigen, dog wierd daer in door den Hertog van
Brahant belet.
A» 1288. Wind den Hertog van Brabant de Bataille van Woeringen
tegens den Hertog van Gelder, en verkrygt daer door Limbourg en
s'Hertogenraede.
A« 1295. Was een opstand te Maestricht tussen de Luykse en Bra-
bandse dog wierden d'eerste overwonnen, en gedwongen om sig onder
den Hertog van Braband te begeven.
A° 1296. Belegerde den Bisschop van Luyck Maestricht t' welk den
Hertog van Braband tragte te ontsettten.
A" 1297. Maekten de beyde Genadige Heeren en Princen een accoord
over Maestricht, en verdeelden het selve onder haer.
A" 1303. Verklaerde Hertog Jan Van Braband, de Macstrihtenacrs toi
vrv in l)ral)and.
— 209 —
A" 130.4, De Luyckenaers den ooiiog van Braliant Y(Mkl;u'it lichlinKifi,
hclegpren Maestricht, dog sonder liet sclven te koiinen iiikiygen.
A" 1318. Beswai'rt de Heer van Valkenhurg de Landeryen van de
Maestrichtenaers met schattingen, waerdoor eenen ooiiogontstaet.
Ao 1327. De stad Valkenburg werd van den Hertog van Braband bele-
gerd , dog werd de vreede daer op geinaekt op die voorwaerdens dat de
mniiren van de stad Valkenburg souden afgeworpen worden.
A" 1328. Den oorlog met den Heer van Valkenburg weder ontstaen
synde, werd de stad van Valkenburg ingenoomen en het kasteel verwoest.
A° 133 [. Belegerd den Bischop van Luyc Maestricht, en dwingt de stad
ecn groote boeten te betalen om dat sy den Hertog van Braband tegens hem
geholpen hadde.
A» 1362. Vergunde het Capitlel van St-Servaes eene plaetse aen de
Bidders van het Diiyts order om e n Capelle in Maestricht te mogen
timmeren.
A" 137-4. Staen de Luyckenaers tegens haeren Bisschop op, waer uit
swaercn oorlog en verwoestingen onder haer ontstaen syn.
A" 1376. Nemen de Luyckenaers voor Maestricht, dat den Bisschop
gelrouw was gebleven, te belegeren, dog wierd kort daer op de vreede
gemaekt tussen den Bisschop en syn onderdaenen.
A° 1381. ¥.iprd de stad van Maestricht na de kant van St-Pieter uyt-
gelyd, en de nieiiwe stad in muuren besloten.
A» 1393. Den Grave van Meurs doet de Luyckenaers den oorlog aen,
de Maestrichtenaers in weerwil van de Magistraet uitgetrockken, worden
van de selven geslagen.
A° 1-403. Begeeft sig den Bisschop van Luyck met syne clergie nae
Maestricht, ora den opstand der Luyckenaers , doch kort dat-r nae keerde
hv wedeioin na Luvck.
— 210 —
A" 1405. Aiidoraiael konit, oni vooi'sclircveii loden deii Bisscliop van
Liiyck met syne Geestelykheiil lot Maestricht.
A" 1407. Wierd Maestricht om die reden van de Liiyckenaers belegert,
do^- moesten sy om de opgekoiiiene vrost de Belegeringeopbreeken.
A" 1408. Belegeren de Liiyckenaers andermael Maestricht, dog wird
de Belegeringe door de vriiideii des Bischops van Liiyck, die hem te hulpe
kwamen opgeslagen.
A° 1419, Schenkt vroiiwe Jacoba Hertoginne van Brabant, het Eyland
genaanit de Grindt gelegen op de Maes, benede de Maesbrugge aen de
Cannonick Réguliers van S'. Anthonis.
•
A'^ 1420. Was oorlog tussen den Bisschop van Lnyck en don Graaf van
Naemen, waer in 300 Maestrichtenaers , die aile wel gewapent haeren
Bisschop te hulpe waeren getrokken, in een hinderslaag vervallen* uieest
deerlyck syn oiiigekoomen.
A" 1438. Syn de Cruysbroeders van Namen tôt Maestricht aengekoomen,
en hebben aldaer een clooster gebouwt.
A" 1441. Werd het cloosterken van S*^. Anna in de Capoenstraet
gefondeert.
A° 1442. Is tôt Maestricht de vrede gesloten tussen den Prins van
Luyk, die van Hasselt en van Thoor.
A" 1448. Werd de vrede getroffen tôt Maestricht, tussen den aertsbis-
schop van Ceulen en den Hertog van Gelder.
A'' 1449. Geeft Philippus Hertog van Brabant aen de Maestrichtenaers
Tidvrylicid in de lande van Overniaze.
A° 1453. Wierden de Maestrichtenaers naer Luyck gëi'voceerl oui het
verbannen van een Luyckse officiant, dog wierden door den Hertog van
Braband daer tegen gemaintineert en vry verkiaert.
A" 1470. Is het Clooster der Cellebroeders als mcede dat van de Falie
susters opgeregt.
— 211 —
Â" 1 i73. Komt Karel de stoute Hertog van Bourgondipn met syn léger
omtrent Maestricht, den Hertog van Gelder den oorlog willende aendnen.
A" liTG. Wierd liet clooster van den Beyaert anders liet Dal van
Josaphat genaemt, buyten de onde Tweeiibergen Poorten gestigt.
A° 1482. Vlngte den Bisschop Jan van Hoorn te Luyck uit de gevan-
genisse ontkonien nae Maestricht waer den oorlog ontstont, de Maestrich-
tenners belegeren lietCasteel van Sichem, dog wierden door de Luyckenaers
geslagen en veele nae Luyck gevanckelyk weggevoert.
A" 1485. Wierd Willem van Arenberg Protector van het Land van
Luyck tôt Maestricht up het Vrythoff onthooft.
— Omtrent desen tyd heeft den koning van Vranckryk Ludovicus den XI
naest de Kerk van S' Servaes een capel gestigt ter eere van den Heylige
Ludovicus, alsmede het gasthuis op het Vrythoff ten dienste van de
Fransche Pelgrims.
A" 1-189. Ataqueeren de Luyckenaers te vergeefs Maestricht t' geen
nootsaekte de Bagynen van den Nieuwenhof, sig uit St-Pieter binnen
de stads muuren te retireeren, daer sy haer Clooster Bouwde.
A" 1494. liwam keyzer Maxiniiliaen den Eersle met syne Bruyd Blanca
tôt Maestricht, daer hem den Hertog Philippus syn zoon met den voor-
naemsten Adel der Nederlanden verwelkomden.
A" 1496. Philippus, keyzer Maxiniiliaen zoon, trek door Maestricht,
en wierd van de Burgers versogt om nevens hen naer den vogel te
schieten, en sig daer toe liet beweegen, en door het neder werpen van
den selven, te gelyk den prys, en de genegentheid syner mede schutleren
won .
A" 1515. Wierd de groote kiock van St-Servaes wegende 18,000
ponden in de Proosdy gegooten.
A" 1520. Den 1 october komt key/er Karel de V tôt Maestricbt, en
Word van de Hegeering dier st.id, verseisl van 4,000 wel uitgediiste
— 212 —
vo<;t knegten biiiiieii gflevd, tMi met ong'enieene fPrbewysiiiLçe nnthaelt,
o\] wierd op tien 14 ingeluikl als hertog van Braband.
Â" 1530. Neemt keyzer Karel de V de Leenpiigtigheid, onder welke
Maestricht tôt nog toe gestaen had t'eenemael weg, en geeft sig selven
als Hertog van Braband de stad Maestricbt de kerk van St-Servaes, en
verder aile baare onderhoorigheeden in vollen eygendom, en begrypt de
Waestiichlenaers onder de Brabandse Privilégie der Goiule Bulle.
° 1531. Was veel oproer te Maestricbt om dese sclieydinge van liet
Booms Ryck.
A" 1542. Neemt Martin van Bossein met zyne Geldersche veele jflaetsen
in de kempen, waerom Maestricbt tegens aile overval wel vuorsien wierd.
Dit jaer kwamen de eerste Paters Jesuiten te Maestricht.
A° 1553. Wierden op versoek der staaten van Braband verscbeyden
geregtelyke haudelingen vernietigd, in welken den Bisschop van Lnyck
naer s' Keyzers oordeel, de piialen van syn gezag had te Maestricht te
buyten gegaen.
A" i5B6. Begonnen de gereformeerden tôt Maestricbt en d'omieggende
plaetsen te Predicken.
A° 1567. Kwam den Hertog van Alva in de Nederlanden, daer hy seer
Tirrannisch buis hield, bebbende onder anderen te Maestricht eenen vader
doen ophangen, omdat by syn zoon die lang buiten Lands was geweest,
een nacht geherbergt badde, gelyk ook een andere man omdat by een arme
weduwe (wiens man om de Religie met de dood was gestraft) een weinig
graen voor een Aelmoese badde gegeven, zynde ook nog een derde gehan-
gen om dat die aen zyn vrind in Engeland een weinig geld gesonden badde.
A° 1574. Wierd de stad van Maestricht door bet Spaans garnisoen seer
gekwelt en benaainvt.
A» 1575. Is bet Collegie der Paters Jesuiten opgeregt.
— 213 —
A» 1576. De Maestricliteiiaers tragten liet spaans garnisoen iiit de stad
te dryven, en den gouverneur gevangen te nenien, dog scliielyk hulpe aen
de Spaanse gekoomen synde, inislukte haer voorneemen, tôt geweldige
schaede der Burgery die jannnerlyk mishandelt en geplundert wierden.
A° 1577. Vertrekken de Spanjaerts uit Maestricht en de Nederlanden.
A" 1578. De Bondgenoten krygen gelegentlieid daer op, om deese stad
met garnisoen te voorsien. Don Jan van Oostenryck poogdc Maestricht by
verassing magtig te worden dog sulx mislukten hein.
A° 1579. Den Hertog van Parma belegerd de stad van Maestricht, het
beleg duurde -4 niaanden, die van binnen besloten het uiterste te verduuren
en sloegen verscheidenerley kopere nood munten, dog de Borgers door
siccktens, pest, waeken en vegten afgeraat synde, wierd de stad den
28 juni by verassing ingenomen, de stad wierd drie dagen ter phinderin-
gen aen de soldaten overgegeven, die aldaer seer veele wreedheden
aenregten en niemand spaerden waer door over de 8,000 menschen elendig
vermoord wierden.
A" 1580. Doet Prins Willem van Oranje eenen aenslag op Maestricht,
dog wierd genoodsaekt wederoiii af te trekken.
A° 1587. Wierd de stad van- Maestricht in 4- Parochien verdeelt te
weeten, Maestricht in drie en Wyck in een.
A" 1592. Meende Prins Maurits van Oranje Maestricht door list te
winnen, dog den aenslag mishikte.
A» 1594. Heeft Prins Maurits andermael eenen vrugteloosen aenslag
op Maestricht gedaen.
A" 1601. Weygerde de Maestrichtenaers meerder Spaans Garnisoen
in te ueenien, en sloegen de spaensche Fouriers dood.
A° 1609. Dit jaer hebben de PP. Capucynen haar Clooster beginnen te
bouwen.
25 XVII 16
— 214 —
Kt'ii It apiil is tit Aiilwciiini ci'ii stilst.iiiil vaii wapoiis voor twaall'
jaarcn i^olckeiit, wacr door iMaestriclit l)ei;on wal adcm le i^clieppen.
A" 101:2. Boiiwde de PP. Jesiiiten liare kercken.
A" 1615. lleeft den konini,^ vaii Spanien deri lleer Claude de Lannoi,
Heer van la Molterie als Gouverneur van Maestricht aengestelt.
Dit jaer wierden de Bagynen in het Gasthuys van St-Servaes gesteld,
plaets der meyden die daer te vooren waeren.
A" 1619. Is de Heer de St-May als comniant * van Maestricht, wegens
in don knning van Spanien aengekoomen.
A" 16:21. Beginnen de onlusten wederom in de Nederlanden. •
A" 16:26. Verkregen de Bonnefanten ofteKanonikeersen van het H. Graf,
permissie om haer clooster te Maestricht op te bouwen. »
A° 1627. Is de Heer Brunel als commandant van Maestricht in plaets
van de Heer St-May geworden.
A" 1628. Heeft Maria Straeven (Stroeven) begonnen het clooster van
den Berg van Calvarien op te rechten.
A° 1629. Is eenige volck uit Maestricht getroeken tôt secours van
S'Hertogenbosch.
A" 1630. Is de duurtedergraanen in de Nederlanden soogroot geweest,
dat van beyde zyden deese zoomer geen leegers te velde konde geraecken,
synde de rogge van 80 en 90 t it 320 gereesen, soo dat de gemeene man
genoeg soude te doen gehad hebben de mond op te hnuden indien de
Regeerders der steeden daar niet lolfelyck voor gesorgt hadden.
1 Coniiiiaiidant'
NOTICE IlISTnPiIOUE
L'ANCIEN COMTÉ D'EVERGHEM
M. J MUYTTEIVS,
Membre effectif de l'Académie.
(Suite, voir Tome XVh, par/e 255.J
LE VILLAIIE DE WONDELGHEM.
HISTORIQUE.
Le village de Wondelghem est situé à une lieue de la ville
de Gand ; une chaussée partant de cette ville et qui se dirige
sur Everghem traverse le village. Quand on suit l'ancienne
route qui part de la porte de Bruges, on jouit du panorama
entier de la ville qui vient se dérouler aux pieds de la plaine que
l'on traverse pour arriver au village. Une lisière de prairies ar-
rosées par la Lys sert de limites entre la ville et le village et
vient animer ce séduisant tableau ; à gauche on a la vue de nom-
breux châteaux ou campagnes, habités la plupart par des notables
de la ville qui y viennent passer la belle saison.
L'étymologie du village de Wondelghem a donné lieu à des
origines de tout genre; nous croyons que la plus plausible est
— 216 —
celle (le demeure de Gundel, ear autrefois ou écrivait Gundeighcm.
Marcus van Vaernewyck fait dériver le nom de Wandelheym,
demeure des Vandales.
La population de ce village est de 1223 habitans et sa super-
ficie de 780 hectares.
Comme tous les villages des environs de Gand, la terre y est
très légère, sablonneuse et ne produit des récoltes que grâce à l'ac-
tivité et à l'industrie des habitans.
L'histoire du village de Wondelghem, comme celle de la plu-
part de nos communes, remonte à la plus haute antiquité sans
toutefois rien nous révéler de son origine ou fondation primitive :
A-t-il formé jadis une seigneurie particulière, sous un seul
maître? — Ou bien Wondelghem a-t-il toujours été une dépen-
dance du comté d'Evergliem, sous la juridiction féodale et souve-
raine des sires de Gavre? l'histoire ne nous a rien laissé qui nous
puisse éclairer : de tout temps nous trouvons le village de Won-
delghem ne faisant qu'un avec le comté d'Everghem ; même ad-
ministration, mêmes lois, même organisation, comme aussi mêmes
seigneurs.
Nous trouvons cependant que bien avant que la maison de Gavre
en eût fait la cession définitive en 1282 à l'abbé de St-Bavon,
ces mêmes moines y possédaient des terres et des serfs : ils exer-
cèrent au village de W^ondelghem un certain droit de suzeraineté,
et avaient une sorte de tribunal où ils jugeaient eux-mêmes leurs
serfs et exerçaient la justice souveraine. Nous les trouvons même
propriétaires d'une seigneurie ou enclave située à Wondelghem
qui, au lieu de relever du comté d'Everghem, avait recours direct
et ressortait de la cour de l'abbé de St-l*avon; cette seigneurie
portait le nom de Houlkinne.
— 217 —
Dans un seul acte ou charte nous trouvons cité le nom de trois
frères portant le nom de Gundelghem « Eybertus, Walterus, Ar-
noldus de Wondeighem » cet acte ou charte est daté de l'année
1130 : Thierri d'Alsace donne aux moines de St-Bavon un grand
nombre de serfs en l'honneur de St-Liévin. Les seigneurs de Gundel-
ghem étaient-ils des Gavres ou des membres de cette famille, ou des
anciens seigneurs du village? Rien n'est venu nous mettre sur la
voie pour éclaircir ce fait.
La première fois que nous rencontrons le nom du village de
Wondeighem ou Gundelghem, c'est dans la charte du roi Lothaire
en 967.
Lotharius Rex varia praedia Bavonensi monasterio an. 967 confirmât
petente Balduino comité camaracensi.
Appendentia aiitem liac roboramus omnes mansiones
ultra legiam de portu Gandavo : in Heckcrghem mansiones decem cum
Ecclesia et omnibus appendenciis id est in Maglina, mansiis unus et villa
Gondelghera, cura omnibus appendiciis suis, id est terris, pratis, pascuis,
silvis etc.
La charte de Thierri d'Alsace, de 1130, que nous donnons
comme annexe, mentionne aussi le nom de Wondeighem.
Ensuite Wondeighem suit le sort des autres villages du comté
d'Everghem; et vendu conjointement avec le comitat à l'église
de St-Bavon et il ne s'en sépara plus.
S'il y a un avantage marquant pour un village de voisiner une
grande ville en temps de paix en revanche rien de plus désastreux
que d'être sa voisine en temps de guerre ou de troubles politiques.
Le village de Wondeighem en est un exemple frappant : ruiné ,
bouleversé, pillé, il sert de place de guerre, de campement à
— 218 —
tous les partis qui se |3résentenl : le bourgeois pille le campai^nai'd
pour se pourvoir de vivres qu'il transporte dans la place, à son tour
l'ennemi détruit les moissons du laboureur, atin de couper les
Vivres à la ville qu'il assièg'e, il eut à soutlrir tour à tour des
Espagnols, des Gueux et de l'armée unie (jui s'y donnent rendez-
vous, pour guerroyer et cène se fut que bien des années après celte
g'uerre désastreuse que le village parvint un peu à se relever de
ses ruines.
Une des causes principales qui attira sur lui la colère du parti
Espagnol, furent les prêches, les conciliabules, qui aux diverses
époques de notre histoire du XVIe siècle se tinrent dans le uillage,
et les excès incessants auxquels se livrèrent les sectaires de la
nouvelle religion qu'on voulait introduire dans la Flandre. ^
Le père de Jonghe et la chronique de Kempenaere, éditée par
Blommaert, nous en donnent de nombreux exemples. Un bourgeois
de Gand, nommé DierickJooris, avait mis sa campagne ainsi que la
ferme de son fermier à la disposition des calvinistes qui y tenaient
leurs réunions journalières : ce fut là que le fameux et fougueux Her-
mannus Strikerius prêcha la religion calviniste à plusieurs milliers
de bourgeois, qui pour la plupart étaient venus de la ville pour y
entendre un s "rmon que le magistrat n'aurait pas souffert dans
la ville. Bien des fois ces prêches furent suivis de voies de
faits, où la force publique fut appelée à intervenir : c'est ainsi que
le ministre calviniste Willem Moyacrt est cité devant le magistrat
pour avoir aidé un des premiers à délivrer des mains de la police,
un nommé Govendries, homme loué par l'opinion publique, mais
fougueux apôtn; de la secte nouvelle.
Enhardis par l'impunilé , et voyant tous les jours leur nombre
s'accroître, les nouveaux sectaires furent bientôt seuls les maîtres
— 219 —
au vilhii^c de Wondeli^heni, ci loul courba devaut eux. En 1578,
ayant ouï que quelques catlioli(|ues romains s'étaient donné le
mot pour venir entendre la [larole de leur pasteur à l'église du
village, ils refusèrent de donner les clefs; non contents de cet ex-
ploit l'année d'après ils comniencèrent à abattre l'église, mais ils
furent heureusement arrêtés par un ordre du magistrat de Gand, et
par la chute de leur chef. Au reste les chroniqueurs du temps avouent
eux-mêmes que l'influence des autorités ne s'éteudait guère au-delà
des limites de la ville, et que souvent leurs édits n'avaient force de
loi qu'autant qu'ils étaient accompagnés de la force armée: à l'appui
de ce que j'avance nous trouvons dans Kempenaere : « le 19 no-
» vembre 1580. Nos soldats se rendirent de Tronchiennes à
» Wondelghem où selon leur coutume, ils brisèrent et incendièrent
• tout ce qu'ils ne pouvaient emporter. »•
En 1572 le village de Wondelghem eût beaucoup à souffrir
des rapines des brigands qui le fouillaient ; ils pillèrent toutes les
fermes et maisons, n'épargnant ni les châteaux, ni les chaumières.
Le 6 juillet 1575. Nous trouvons la note flegmatique et sans
aucun commentaire : • Ses soldats firent au village de Wondel-
» ghem tant de dégâts, que le grand bailli, le sieur de Mouscron
» s'y transporta de sa personne pour y rétablir l'ordre. •
Le 14 octobre 1581. Presque toute l'armée des Etats vuit
se cantonner aux environs de la ville de Gand, et à sa suite
des désastres de tout genre. Wondelghem ne fut pas plus à
l'abri que les villages voisins, les débordements de la soldatesque
qui s'y trouvait campée étaient si intolérables que la plupart
des habitants abandonnant leur demeure se réfugièrent en ville : à
la suite de ces désordres une requête fut présentée aux Etals (|ui
ordonnèrent à leurs troupes de quitter le comté d'Evergliem, et il
— 220 —
ralliil loiilc l'éneri^ie du balli du comté Lirviii de llerde pour les
(.ontraiiidn' à se soumeltre à la loi.
Le iO août 1583. Le duc d'Alenron et le prince d'Orange
vinrent loger au château du Seig. d'Assclie, situé dans la com-
mune. A cette occasion le magistrat de Gand publia une ordon-
nance par laquelle il ordonne à tous les habitants de Wondel-
ghem de se jiourvoir de vivres et de tous les objets nécessaires à
loger les seigneurs de leur suite, ce qui était plus facile à dire qu'à
faire, remarque le chroniqueur qui nous relate ce fait.
L'année d'après, nous voyons ce même château du sire d'Assclie,
occupé par les soldats du prince d'Orange, saccagé et ruijié par
eux et ne laissant debout que quehjues ruines qui à leur tour
servent de refuge aux bourgeois battus par l'armée espa^'uole.
Jusqu'au 1583 les bourgeois avaient respecté les propriétés des
habitants de Wondeighem, ainsique leurs denrées. Cette année nous
voyons le magistrat obligé d'envoyer des troupes afin d'escorter les
vivres que les marchands importaient dans la ville, et d'empêcher
le pillage dont souffraient particulièrement les habitants de Won-
deighem qui venaient approvisionner les marchés.
Il y avait autrefois à Wondeighem un château magnifique; il en
est fait mention, pour la première fois dans l'acte même par lequel la
seigneurie de Burch ou Boirli. passe entre les mains du comte
Louis de iMale. Voici l'acte de cession ou de vente tel qu'il est
relaté dans un cartulaire de St-Bavon intitulé Leenboek.
« Ileerst hcere Philips heoi'c van Maldenghemhitt (il lecn in Wondclgcm te
wettene de Durch mette graclite ende de tvveedeel van dcn niderhove wclc
leen mincn heer van Vlandercn cnchte '\c^\\e dcn heor van Maldoi^hcm in
vvicns presccncio lioor Lamhrocht Vrnnidnd conseillor mins licoro van
— 221 —
Vlanderen in dien tyt dede inanscepe ten bevelcne van mine licerc van
Vlanderen ende in sine name op sinte Thomas dach in den winter in 't
jaer Ixx an mine heere van sinte Baefs; présent myn heere van Maldegliem,
Jacob van de Putte, Lievin Leyscoef, Mattiiys Stiml, Cornelis van Aineghem de
mane der kercke van sinte Baefs en doen de vorst heere Lambrecht Vromond
doet vvas ende de casteel te Wondeighen beghonne was Jan de Brnne
mins heere secretaris van Vlanderen heele bevelene van myne vorts lieere
van Vlanderen dede manscepe mins heere van Ste Baefs in de name van
mine heere van Vlanderen den xx" dach in april int jaer Ixxii présent
Janne van Herberghe, Lievin Slnute, Cornelis van Afllighem ende Jeanne
Steverke raançn der kercke van sinte Baefs vorst waer af de kerke goet
bescyhelt heeft.
Le château fut commencé en 1309 sous l'échevinag-e de Jean
van der Sichelen, il était connu sous le nom « Du PaviUion »
une tradition populaire veut qu'on se servit pour sa construction
de froment au lieu de chaux.
Lesbroussart dans une note surd'Oudegherst parle en ces termes
de ce manoir : Le château de Louis de Maie à Wondelgem était
magnifique ; la construction seule lui avait coûté plus de deux
millions de la monnaie actuelle. Le comte de Flandre y avait déposé
ses trésors. Les Chaperons blancs (\vitte caperonen) sous la conduite
de Jean Heyons, après avoir pris Audenaerde et Termonde,
saccaerèrent et brûlèrent le château. Voici comment est relaté ce
fait dans la Chronique des Flandres, publiée par la Société des
Bibliophiles :
Joanne Ilyons troc op eenen nacht mit Gent ende beclaera den Casteel te
Wondelgem, wanneme ende staeken 't fier in ende in aile huiizen dire
omtrent stonden in despytc van den grave Lodewyck.
Marcus Van Vaernewvck, avance contrairement au Memorie
222
boeli qu'il fui lirùlé par Jean de Leeiiw, capilaine des niiajierons
blancs.
Pen aju-ès, selon l'expi'ession de riiistorien de Mcyer, Lonis de
Maie « parvint à loiee île caresses et de l)assesses à oldenii' la
- jiaix (pii hii était si nécessaire, il promit lonl ce qu'on voulût,
• et cette paix fut appelé d'Andenaerde. • Parmi les diverses
conditions dictées dans cette paix, nous trouvons la clause que les
Gantois s'ent^at^-eaient à rétablir le château de Wondelg'liem.
D'après Sanderus, on disait ipTil y avait un chemin soulerain
qui coniluisail du chàteiiu de Wondelghcm à celui du comtat,
il n'a point encore été découvert jusqu'ici, mais touleibis la
tradition en exisic.
En 1372, Jan de Bruyne, secrétaire du comte, prêta hommat^'e
à l'abbé de St-Bavon comme tenancier de ce fief. Voici cette pièce
curieuse :
De homœdio castri de Wondel(jhein.
Wy I^ieter de Rike baliu en wettelic iiuieniie myns lieer sabs en der
kerke van sinte Baeis van den manne Jan van Hertberne, Cornelis van de
Bosselle die men heet van Affeli^^heni, Lievin liocne en Jan de Slerke die
men heet Buck ghenoenide manne ons heer sabs ende der kerke vornunit
doen te wetene allen den ghene die desen pres(Miten tsaerte sulltm sien
of horen lesen dat in onse presencie c men es J n de Brune secretaiis ons
gheduchts heer en prinche ons heer sgravie van Vlaendere de welke Jan
(le Brune vor ons kende ende lide dat ons heer van Vlandere vorseyd hilt
en srnldicli was te lioudene van onscn heer den alidt en der ki'i'ken vorseyd
een leen dats te wetene casteel en de tweedeel van den nederhove mette
grachten te Wondcl^liein \.'n welken leen hein niyn heer van Vlandere
hadde bovulen niaiiscip le docnc in den iinne van liem onsen lieer den
abdt vorseyd ende seide dais myn lieere van VhuMidi'ren onsen lieer den
abdt l'hebeden hadde dat bine onlt'aen wilde in den nanie van lieiii aise te
— 223 —
dirr vvaeii' on oiiKiiic -Janne den Brune io riiaiine oiitt'aen heel't lii spocialir
gracien waei'l also dat Jan Stoniie heer dan niyn lieer van Vlanderen
vorsevd dat on se heer de abdt van de voirnoemden leene dan gheen relief
lieltlien nocli ontl'aen en soude. Maer mine heer van Vhienderen vvaere van
s(';!lilich selve manscap te doene onsen heer den abt en der kerke vorsevd
ol'le eeneri anderen iiian te stelne ende te hiverne over hem in zine steile
in nianieren dat onse heer de abdt en de kerke vorsevd hem dan consen-
teern wiblen. En wanneer dat myn heer van Vlandere sal corne zyn van
levé ter doodt sal zyn hoyr manscap rnoeten doen onseii heer den abdt en
der kerke vorseyd en den ghene suie recht aise men van eenen vu lien
leene te sente Baefs diecostnineert heeft toet haere. Van welken leene Jan
de Brune vorseyd heeft ghedaen in den name van myne heer van Vlandere
eedt onsen heer den ahdt in der kerke vorseyd en al dat liy sculdich was
te doene mette rechte. En \vy nians vorn(nit hier up ghemaent zynde van
de rechte besproke on s en wysden dat dese vorseyde dinghen so wel en so
wettelike ghedaen \v ,ren dat zy sculdich syn stede te houdene en te blivene
van worden weerdcn. In der manière vorseyd. En orne dat zy blinc zuUen
wel ghehouden hebbenwy baliu en manne voruomt desen presenten tsaerter
bezeghelt elc onser sonderlinghe met zine zeghele uuthanghende. In
orcondsepen en kennessen der waiheit. Dit was ghedaen int jaer ons heer
doen men screef Dusentich driehondert tseeventich en twee op den xxste
dach van aprille. (Cartulier N° J3, p. J 16.)
ANNEXES.
^o I.
inc femme du nom de Wulfiedu, de condition libre se déclare esclave
de l'abbaye de St-Pierrc.
In noinine Patris et Filii et Spiritus amen. Notum sit nniversis s.inctae
Matris ecclesie lidelibus jiresentibus et l'nturis. Qnaliter quedam natalibus
2-U
millier île Ever^iiem noiniiie WiiUianlis cuni esset liberis orta natalibiis se
cX omiiciii posterilaU'iii ex se l'utiuis temporibns pretatiirani tribiitariani
constituil ad allaro |iiiiiii|iis apostolorum in Ecdesia Blaiidinensi tali
conditione qiiud iinaquc persoiia enriim singidis aiinis in festo beati Martini
pro censu duos den. in niatriinoniis sex et in morte diiodecim persolvet ad
eandem Ecclesiain advocati insuper nulluin praeter abbatem prelibati loci
habebunt. Actuni annn Domini MC. xx quinto.
(Boîte en bois. Ardtiv.,.de la province. Anno 1100-1 16 i).
L'ne femme du nom de Warhurgis , de coîidition libre se déclare esclave de
l'abbaye de St-Pierre. •
Sciant tara présentes quam futuri quedam Warburg-is de Everghem en
esset libéra sese optulit ecclesia? sancti Pétri in Ganda cum onini poileritate
sua singulis annis de duos denarios in contractu matrimonii ad sex in obitu
ad pii, Hec sunt noniina posteritatis ana filia Warburgis. Lismot soror ei.
Ana filia ei. Ana filia ana. Ana filia ana. Gertruda filia Gissle. Inima soror
ei. Grata Damiers soror ei.
(Arch. de la jyrovinee. Boîte en bois. Anno S15-109V).
afo II.
Le comte Thierri d'Alsace donne aux moines de St-Bavon, en l'honneur de
St-Liévin un (jrand nombre de serfs dont les noms sont exprimés dans
celte charte.
Theodericus cornes Flandriarumuniversis ecclesie doi filiis in pcrpotunni
ob iiiemoriam et sahitem meam et prœdeccssnrum nieornm (|ucdani niaiici-
pia nioa quorum nomina sid)scriliuutur cum omni soholo sua et postcritate
saucto Livino \n\ cioso martyri in Gandcnsi ecdesia sancti Bavouis libeia
et absoluta tr,idilione coram liomiuibus et barouibus meis pni'sente abbale
Vulfrico ci l'raliibu^ eiusdcm ecclesie tradidi et siuc iure et exactionc atque
— 225 —
petitione seii placito vel quolibet spniitio cuioslibet adiioceti tam eos quam
omnesposteros siios esse ronstitiiti ita saiie qiiatimissoliini ;iljl)alfiiii vsi
ipse solusnon siifficit ad tuitioneiu eorum me ciiiiialihate sub ^aucào JJvino
dominum et aduocatuni babeant ipsi soli seruiantipsi censiiiii sokiaiit ipsiiis
placito non alterius assideant ipsius licentie feniine et uiri non de aliis
quam de famila saiicti Bavonis ipse maritos ipsi uuores accipiaut nisi forte
lemina liberuni vel uir liberam ducat vel quamlibet personani que de iure
alterius in seruitutem ecclesie transeat. In obitu de substantia defuncti vel
defuncte ius suum ut sol et de talibus fieri ecclesie exigat nisi forte pro
paupertate eorum aliqua reniissio fiat. Hec sunt nomina horum mancipiorum
Boutdert uxor vuilnodi cum omni posteritate sua. Woittgerus frater eius
(ilsuind uxor Rntgeri Thize mm omni posteritate sua. JSoi/i/er/ uxor tietgeri
cum omni posteritate sua. Hiîdeborcli cum omni posteritate sua. Roholf
pater eius. Re'mgurt uxor nlbaldi cum omni posteritate sua. Boudert uxor
suasini cum omni posteritate sua. Imma cum omni posteritate sua, Lutteta
cum omni posteritate sua. Hi testes fidèles subrogati sunt. Eiierardus de
Gand. Balduinas frater eius Gerardus frater eius. Diremnnnus de Locren.
Arnoldus filius eius, Eggehertus de Gundlegen. Arnoldus frater eius. Walterus
frater eius. Balduinus de Assne. Willemus de Danse et alii fidèles. Item
Winemants de Gand castellanus. Gozuinus de Niukerca. Geruasius de
Sumergem, Gozuinus de Sloten. Godscaleus de sancto Bavone, Lambertiis
de Landegen. Willelmus filius Gelnodi. Balduinus de Furslare.
Actum publiée in castro Gandauo anno dominici incarnationis millesimo
centesimu tricesimo indictione octavo concurrenlibus II epactis VUII.
(Archives de Gand, car lalaire de St-Bavon.)
2'K) —
LE HAMEAU DE DOOIÎENSEEI
Déjà à deux fois, le hameau de Doorenseele a cherché à se
séparer du village d'Everghem, mais en vain, toutes ses demandes
en séparation lurent toujours rejetées par le gouvernement assez
peu soucieux d'abattre entièrement le beau village d'Everghem.
La population de Doorenseele est de 1400 à 1500 âmes.
Le hameau de Doorenseele, qu'on pourrait à juste titre qualifier
de village, est aujourd'hui une dépendance d'Everghem et faisait
jadis partie de la seigneurie et comtat d'Everghem ; cet eucfavement
ressortait en 11 00 du couvent de Ste-Godelieve de l'ordre des Ci-
teaux, institué à Bruges. Marguerite, comtesse de Flandre, fille de
Baudouin et sous la régence de la comtesse Jeanne, jeta les premiers
fondements du hameau de Doorenseele lors de l'érection du couvent
qu'elle y fonda; ou plutôt, le hameau de Doorenseele, qui comme
l'indique suffisamment son nom, n'était à cette époque qu'une
vaste bruyère avec quelques huttes éparpillées , s'aggrandit
et s'éleva successivement à l'abri et sous les auspices du couvent,
qui, puissant alors, acquit successivement tous les droits seigneu-
riaux des terres adjacentes. Nous voyons par une charte que
successivement Marguerite, supérieure de Ste-Godelieve à Bruges,
le souverain pontife, et l'évêque de Tournay ratifient unanimement
la donation faite par l'abbesse de Ste-Godelive, du territoire de
Doorenseele en faveur du couvent susdit. La même charte nous donne
la description du monastère.
11 était, dil hî chnrie, situé dans le comlé (rEverghi.'m au hameau
— 227 —
de Doorcnseole, donnant du nord sur la commune de Cluysen;
l'entrée du monastère est an midi, à l'ouest le lleiive du Sas coule
ses ondes autour du monastère, un driscli très-long et très-large,
]»lanté de beaux arbres et entouré de maisons le longe an
septentrion : le couvent est situé à deux lieues de Gand.
Il existe aux archives de la province un manuscrit sur parchemin
qui nous relate l'origine de la fondation du couvent. Cette pièce est
écrite en latin et j'en donne une traduction libre.
« La pieuse comtesse Marguerite de Flandres, tille de Baudouin,
avait pour habitude de se retirer tous les soirs dans son oratoire :
elle y passait souvent des heures entières en méditations pieuses,
et avant que de se livrer au sommeil elle offrait à Dieu un cœur
pur et sanctifié par la prière. Une nuit qu'elle reposait du doux
sommeil des justes, elle eut une vision aussi étrange que merveil-
leuse. Elle vit les cieux ouverts, l'éternel assis sur un trône
resplendissant, les archanges, les chérubins, les anges aux genoux
du Père céleste, puis, flottant sur des nuages d'or, passant et
repassant devant le trône céleste , vingt-quatre religieuses
revêtues de la robe de St-Bernard , la Vierge Marie les
précédait, entourée d'un cortège d'anges et aux sons d'une
musique céleste, les menait aux pieds du trône où brillait
le divin Créateur; ce spectacle enchanteur dura quelque temps,
puis s'évanouit comme une vapeur légère : éveillée en sursaut
la pieuse \laguerite, grandement étonnée et émue de la céleste
vision , y vit un ordre du Seigneur , et sans perdre du
temps elle fit rassenihler tout ce qui était nécessaire pour
exécuter la divine mission, dont le ciel avait bien voulu la
charger, elle ordonna donc qu'à l'instant on apporta toutes sortes de
matériaux, afin d'édifier un cloître digne du Seigneur. A sa voix,
— 228 —
et sous sa volonté expresse, on transporta à un endroit vulgairement
nommé Cluysen tout ce qui était nécessaire pour liàlir, bois, pierres,
marl)res : et des centaines d'ouvriers rassemblés par ordre de
Marguerite, jetèrent les premiers fondements du couvent. Mais
nouveau miracle, le lendemain, les ouvriers trouvèrent les fonde-
ments enlevés, les matériaux disparus, et les ouvrages comblés, et
la terre où avaient eu lieu les premières constructions, couverte
d'herbes et de genêts, comme si jamais main d'homme n'y eût
remué le sol. Marguerite informée de ce prodige fit recommencer
l'ouvrage, et la nuit i)our plus de sûreté fit surveiller les travaux
par des serviteurs dévoués et fidèles; mais, le lendemain, »ouvelle
surprise : tout avait disparu au grand étonnement des surveillants
qui ne s'étaient aperçu de rien. La pieuse comtesse, aussi xlésolée
que malheureuse de ne pouvoir exécuter la mission dont elle se
croyait chargée, adressa au Seigneur de ferventes prières, et voulant
persévérerjusqu'au liout dans l'œuvre pieuse qu'elle avait entreprise,
s'adressa a un saint hermite qui habitait un lieu désert et sauvage
situé à Cluysen ; même elle lui fit part de sa révélation et lui narra les
diverses phases et circonstances qui avaient accompagné la volonté
de Dieu. Le saint homme la consola et tout en lui parlant le lan-
gage du Seigneur la conduisit dans un endroit affreux, tout couvert
d'épines et de ronces, hanté seulement des bêtes sauvages, et dont
lui seul connaissait l'existence ; là ellevitlesfondcments queles anges,
dans leur saint zèle avaient transportés, et qu'eux-mêmes avaient
disposés en forme de monastère. A cette vue la pieuse Marguerite se
jetant à genoux, fondit en larmes et rendit grâce au Seigneur de ce
qu'il avait bien voulu reconnaître son zèle par un nouveau prodige.
Les ouvriers furent mandés et on acheva le monastère qu'elle
dota royalement; elle y plaça vingt-quatre religieuses de l'ordre de
— 229 —
Giteaux. Mais un nouveau miracle aussi remarquable que la vision
de la comtesse, s'opéra toujours depuis dans cette sainte de-
meure et vint confirmer ainsi, par un témoignage non équivoque,
et la volonté du Seigneur et ia véracité de la légende susdite, c'est
que si jamais on outrepasse le nombre de vingt-quatre , nombre
des religieuses que la comtesse vit dans sa vision, aussitôt l'une
d'entre elles quitte cette terre pour les régions célestes.
» Le révérend abbé des Giteaux en 1234, d'après l'ordre qu'il
reçut du saint Père, et à la suite de ce prodige ordonna que jamais
on n'accepterait au couvent au-delà du nombre prénommé, depuis
cet ordre fut toujours observé tant qu'exista le couvent.
» En 1577 les bérétiques Gantois renversèrent le monastère de
fond en comble, et dispersèrent le pieux troupeau. Les saintes sœurs
ne se rassemblèrent qu'à l'époque de la pacification de Gand en
158i, et elles s'établirent près de l'église de St-Sauveur à Gand
où elles sont encore. Le Seigneur pour montrer sa toute-puissance
et l'intérêt qu'il attachait à ce monastère, ne voulut point que le
souvenir du prodige de sa fondation se perdit dans la suite du
temps, et chaque année, à l'époque où se faisait la procession
solennelle qui avait été instituée en mémoire du miracle de la trans-
lation des fondements de Gluysen à Doorenseele, on voyait un
flambeau ardent, sortant desruinesdu monastère détruit, se diriger
par le Drisch jusqu'à la chapelle antique, fondée à Gluysen au
lieu même où s'était opéré le miracle, retourner de l'autre côté
jusqu'aux fondements détruits, et disparaître au milieu des tom-
beaux. Lors de la fondation que l'on fit, quatre ans après la des-
truction du couvent, d'une chapelle sur les ruines de l'ancienne
église, on ouvrit divers tombeaux d'où s'exhala une odeur des
plus suaves, qui pendant trois jours embauma les airs, et
■25 XVH 17
— 230 —
(Kml l'iireiil Irnioiiis plusieurs pt'i'souiii's riicorc vivaiilcs, seulo-
iiienl le temps de sa t'aulx (.lestruclive avait etl'acé toutes les
inscriptions, et leurs noms nous son! inconnus, mais se trouvent
inscrits dans les Cieux. »
LISTE DES SUPÉRIEURES DU COUVENT.
La première fut noble dame Aleyde Van de Walle qui fut la fon-
datrice de rét'lise de Doorenzeele, elle mourut en. . . . 1^15
La seconde fut Elisabetli Bi'ysters, née de parents nobles, à
liarlebeke ; elle fit creuser et prolonger le fleuve venant
de Gand, jusqu'au monastère sur une étendue de quatre*
cent quarante-six verges, qui, circonscrivant le monas-
tère, tit qu'entouré des eaux fluviales, il jouit du flux •
et du reflux des eaux du fleuve. Elle mourut en 1219
La troisième fut Marguerite, qui mourut en 1263
La quatrième fut Maria, qui mourut en 1285
La cinquième fut Marguerilte, qui mourut en 1295
La sixième fut Haleydis Van de Poêle, elle mourut en. . . 1299
La septième fut Haleydis Van de Wale, cousine de la fon-
datrice, elle mourut en 1 305
La huitième fut Gertrudis Wittewaters, elle mourut en. . .
La neuvième fut Catherine Wyleyns d'extraction noble
elle mourut en 1331
La dixième fut Marpfuerite Silverbcrgs, elle mourut en. . . 1342
La onzième fut Pascinio van de Pitte
La douzième fut Haleydis
La treizième fut Sophie
La qiialorziènio fut Gertrude
La quinzième fut Marguerite
— 231 —
La seizième fut dame Catherine Steenlants, d'extraction
noble; elle abdiqua et mourut en 1396. On retrouva sa
pierre sépulcrale en 1657.
La dix-septième fut dame Marguerite Uterhove, d'extraction
noble, elle abdiqua et mourut en 1420
La dix-huitième fut dame Marguerite Van Axpoele, d'extrac-
noble, elle régit le couvent 49 ans et mourut en. , . . 144-0
La dix-neuvième fut Marguerite Van Axpoele, la jeune,
également d'extraction noble, elle régit le couvent 17 ans
et mourut en 1 457
La vingtième fut dame Marguerite Utterhove, d'extraction
noble, elle régit le couvent 6 ans et mourut en 1464
La vingt-unième fut Marguerite Bruwant, elle régit 9 ans
et mourut en 1473
La vingt-deuxième fut Jeanne Rabouts, elle régit le couvent
17 ans, abdiqua et mourut en . . 1492
La vingt-troisième fut Marie s'Vogels, elle régit le couvent
25 ans, abdiqua et mourut en 1517
La vingt-quatrième fut Catherine s'Bocx, elle régitle couvent
34 ans, abdiqua et mourut en 1564
La vingt-cinquième fut dame Marie de Bourgogne, d'ex-
traction noble, elle régit le couvent 24 ans, abdiqua et
mourutenjanvierl385,âgéede74 ans; elle est enterréeà
Gand, dans l'Eglise de St-Sauveur; ce fut sous sa régie
que fut détruit le monastère en l'an 1577, et relevé à
Gand en l'an 1 584
La première, depuis l'installation du couvent à Gand, fut
dame Gertrude de Monténégro, d'extraction noble, elle
régit le couvent 34 ans, abdiqua en 1609 et mourut
— 232 —
le 29 janvier âgée de 85 ans, en 1623
La seconde fut Marie Duremans, qui régit le couvent 12 ans,
abdiqua en 1631 et mourut le 17 septembre, âgée de
60 ans 1643
La troisième fut Marguerite Coene qui régit le couvent
8 ans, âgée de 88 ans, elle mourut en . 1639
La quatrième fut Ad orna Le Grand, elle régit le couvent
19 jours et mourut le 1 mars, âgée de 42 ans, en . . 16-i6
La cinquième fut Jacqueline van der Durme, elle régit le
couvent 10 semaines, elle mourut le 1 septembre âgée de
43 ans, en * 1640
La sixième fût Catherine Goyvelet, elle régit le couvent
18 mois et mourut le 8 février, âgée de 77 ans en l'an 1660
La septième fût Marguerite Gaudier, qui est encore notre su-
périeure, âgée de 42 ans, elle est notre supérieure depuis 25 ans.
Ici finit la charte, que nous avons transcrite à la lettre.
En 1794 le cloître fut sécularisé, et les religieuses, dispersées à
jamais, s'éteignirient peu à peu : la dernière mourut à Gand en
1847.
Les bâtiments et une partie des propriétés du monastère
échurent à M. Van Sacegem; il y ériga une école dominicale pour
les deux sexes. En 1843 M. Van Sacegem y rebâtit un cloître de
l'ordre religieux dit des sœurs de St-Francois de Paule, destiné
principalement à l'éducation de la jeunesse.
Gomme nous l'avons vu plus haut, les religieuses de Doorenseele
érigèrent une chapelle sur les ruines de leur monastère. Gette cha-
pelle ne suffisant plus à la i)opulation toujours croissante du hameau,
on fonda en 1776, sur le Drisch, une nouvelle chapelle et une
— 233
cure pour le coadjuteur; M. Van Sacegem fit en 1833 agrandir la
susdite chapelle.
Donatio7i de la comtesse Marguerite au couvent de Doorensele.
Nos Margareta Flandriae et Hanoniae comitissa notum facimus universis
quod nos venditionera tertiae partis viginti bonariuni WastiniB nostras
cum moro existente in eadem, jacentiuminofficio de Assenede juxta doraum
Abbatissœ de Doorenzeele quae vocatur Triest, quara dilectus clericus
noster Magister Johannes de Monte St-Eligii custos Montensis fecit Bal-
duino de Curta oppidano nostro Gadense de mandate nostro, ratam habe-
mus et firmam ; ita tamen quod ipse Balduinus et ejus successores in dicta
Wastina nobis et nostris sucessoribus comitibus FlandrkB pro quolibet
bonario dictae Wastinae sex dinarios annui census in perpetuum ad brevia
nostra de Asnede in festo S. Remigii annuatim solvere teneantur.
In cujus rei testimoiiium et munimen présentes litterar sigiUi. nostri
munimine duxiraus roborandas. Actum et datura Gandavi anno domini
1263 die sabbati post cineres.
JUSTIFICATION
DES
NOBLES, NOTABLES ET COMMUNE
DE GAND,
au sujet de l'arrestation et de l'emprisonnement du Duc d'Arschot
et de quelques autres Seigneurs.
15 7 7.
PUBLIEE PAR
I. L. A. DIEGERICK,
Vice-Président de l'Académie, [irofesseur à l'AUiéuée royal d'Anvers, etc.
Après que Don Juan d'Autriche se fut, par stratagème ,
rendu maitre du château de Namur, et que les États-Généraux
eurent appelé à leur secours le prince d'Orange, une partie de la
noblesse belge fît offrir à l'archiduc Mathias le gouvernement des
Pays-Bas.
A la tête de cette fraction de la noblesse se trouvait le duc
d'Arschot, chef de la maison la plus illustre et la plus puissante de
ces pays. Ayant abandonné Don Juan et jalousant le prince d'Orange,
ce seigneur crut se débarasser de l'un et empêcher l'élévation de
l'autre en appelant dans ces provinces le frère de l'empereur
Rodolphe ; mais la suite ne répondit pas à son attente, car Guillaume
de Nassau fut nommé gouverneur du Brabant et lieutenant-général
de l'archiduc.
Comme la charge de gouverneur du Brabant n'avait été conférée
— 235 —
;iii prince d'Oradi^e que sous le bon plaisir des provinces, le duc
d'Aischot, jugeant roccasioii favorable pour humilier celui dont il
était l'antagoniste , employa tous les moyens possibles pour faire
rejeter par les Etats de Flandre la nomination conditionnelle faite
par les Etals-Généraux: mais hi popularité du prince était aussi forte
à Gand qu'à Bruxelles ; une vive irritation se déclara contre le duc
d'Arschot et contre ses partisans, et le 28 octobre 1577, à
11 heures du soir, il fut arrêté avec plusieurs autres seigneurs de
sou parti.
Ce hardi coup de main excita dans tout le pays une indignation
universelle, et ne contribua pas peu à amener la scission entre les
provinces flamandes et les provinces wallonnes, en fournissant aux
troupes, connues sous le nom de Mécontents ou Malcontents, un
prétexte pour ravager les terres de Flandre.
Les Gantois en voulaient beaucoup aux partisans du duc d'Archot
et surtout à ceux qui avaient engagé l'archiduc à venir dans les
Pays-Bas. Le 30 octobre ung des plus grands mutins de
Bruxelles, vint dire au conte de Lalaing et 5'' de Hèze que sij
l'on scavoit qu'ilz eussent estédeceulx qui aviont faictvenir l'ar-
chiduc, leur teste estoit endangier ^.
Nous croyons inutile d'entrer dans des détails sur ce fait si
grave et qui eut des conséquences si funestes : Nous dirons seule-
ment que les États-Généraux envoyèrent aux Gantois une dépu-
tation pour exprimer leur mécontentement, et demander les motifs
qui les avaient excités à un acte si inoui, si arbitraire, si dange-
reux pour le repos du pays entier.
' Gachard, Cornr.simiiclanrr rjr GinHanmr-le-Tric.it unip, prince d'Orange,
Tnine IV, iatrodiiclion.
— 236 —
Le 5 novembre, c'est-à-dire six jours après l'arrestation, plu-
sieurs gentilshommes et notables de la ville exhibèrent aux députés
des Etats-Généraux, en présence des échevins des deux bancs, le
mémoire justificatif suivant.
Ce document a été traduit par Bor et publié dans ses Neder-
landsche oorloghen, mais nous croyons qu'il ne l'a jamais été en
français : Nous pensons rendre service aux amis de notre histoire
nationale en le publiant ici d'après une copie écrite et signée par
le secrétaire Hembyse, qui assistait à l'exhibition de la présente
justification.
Sommier et préparatif recueil selon la briefvete da tciiips
de quelque poliids dejastiiicatioîi des nobles nolables et
commune de la ville de Gand, aijans fait le saississement
du duc d'Arschot et aultres seigneurs et personnaiges
en leur ville, lesquels ils amplifieront et vérilieront plus
amplement en temps et heure. Exhibé en présence de
leurs magistrats aux députée de Messieurs les estats
généraulx.
Ainsy qu'il a pieu à Messieurs les Estats généraulK envoyer leurs députez
avecq lettres de crédence vers les nobles notables et commune de Gand,
faisans et remonstrans grandes doléances et regrets sur farrest faict en
la personne du duc d'Arschot et d'aultres Seigneurs et gentilzhommes et
personnaiges par d'aulcuns desdictz nobles notables et comuuine de la
dicte ville, à cause d'importance de la dignité de la personne dudict Sei-
gneur duc ft des aultres personnaiges, aussy pour la conséquence des
grands griefz lroul)los ot disionrtions fjuy, en ce temps présent tant ca-
— 237 —
lamiteux et dangereux, dudict arrest pourraient souldre de tous les Pays-
Bas en général, qui causeroit la ruyne totale desdictz pays, et surtout
ignorans la cause et ne pouvant penser y avoir occasion de telle grande
et griefve emprinse, touttefois que là où il pourroit avoir cause raisonnable
et fondée pour avoir faict ledict arrest pour le prouflict et bien pul)lic le
service de Dieu et de Sa Majesté et maintenir lesditz pays en concorde paix
et union, que messieurs les Estatz-Généraulx vouldroient mesnies remer-
cier grandement ceulx quy seroient employez à l'exécution dudict arrest
pour eulx et leurs adhérens s'estre employez à tel acte valeureux et impor-
tant au bien publicq aussy que n'y ayent fondement, affin que les affaires
ne tombent en plus grand rigueur, requérons prompt relaxement dudict
seigneur duc et aultres personnaiges arrestés désirans et offrans se mestre
moyenneurs de touttes difficultez quy pourroyent survenir. Les nobles no-
tables et commune de ladicte ville de Gand ayans fait l'arrest susdict re-
nierchient bien honorablement messieurs les Estatz-Généraulx de la
bonne veulle qu'ilz monstrent d'avoir à la paix union et tranquillité géné-
rale de ces Pays-Bas, et déclarent que de leur costel, prenant le souverain
seigneur en tesmoignage, qu'ilz n'ont aultre chose plus recommandé que
icelle dicte union paix et tranquillité pour laquelle maintenir ilz présentent
non seulement leurs contingens de quotes desia accordées des deniers
servans audict maintenement, mais comtent en oultre de continuer en
tous bons offices et employer corps et biens jusques au dernier.
Mais comme pour mauvaise intelligence volonté ou inspiration ledict
duc s'est oublié, avec les aultres personnaiges arrestez, jusques là que de
vouloir par diverses menées et machinations mectre disjonction et troubles
entre ces Pays-Bas avecq une apparante totale ruyné, saccagement et
perdition misérable par les guerres les(iuelles par telle disjonction pour-
roient survenir.
Sy qu'il faict avecq les aultres personnaiges arrester tous adhérens
faulteurs ou instigateurs de tel mauvais acte, ledict Seigneur Duc a contre-
venu à l'accord union et pacilicatiou de Gand tant solemnellemeut faite et
jurée entre tous les pays généraulx de pardeça et le prince d'Oranges, de
laquelle dépend tout le bien et repos desdicts pays et exemption de la tyran-
nie espaignolle.
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Car ledict Seigneur Diicq avecq les aultres siisdicts a voulu en premier
lieu introduire au pays de Flandres l'archiduc Matthias, frère de l'Empereur,
pour le mectre gouverneur général aulx Pays-Bas sans respect ou adveu
non seuUenient des aultres provinces et pays , mesiues de sa majesté,
entreprenant d'auctorité privée ce qui conipète aulx estais en général, et
principallement pensant jjour le moings l'investir dedans le pays et comté
de Flandres, pour par ce moyen disjoindre et desunir les généraulx pays
avecq ung institution d'ung conseil d'estat forgé à leur mode, et mandé
à ceste fin d'Assonvile, Foncq, Berty, et Scharenberghe, le tout sans la
résolution générale des éstats de pardeça.
Et pour mieux parvenir à son desseing a voulu induire les estats de
Flandres de protester contre l'aggréation desia faicte par estats particuliers
de Brabant et des estats généraulx du gouvernement dudict Brabai*t à la
personne dud' prince d'Oranges pour j)ar telle voye brouiller les cartes et
mectre tout le pays en discorde et confusion.
Comme le semblable a esté faict et remonstré depuis peu de temps lutr
M. d'Assigny en plaine assemblée des estats de la ville de Lille, au nom des
magistrats venans de la maison du Seigneur de Rasseghem, pour avecq
ceulx de Flandres acci^pter ledict archiduc pour gouverneur général et
plustost entreprendre la guerre que d'y faillir, et vouloir arrester l'argent
desia assemblée à Douay lequel debvoit estre envoyé es mains des estats
généraulx pour au contraire l'employer au faict de la guerre d'icelle division
et contre les aultres pays et principallement contre ung pernicieulx, comme
ils le nonient quy estoit venu au pays pour l'expulser du tout, ainsi qu'il
apperra bien par les commissaires qu'il plaira à mesdicts Seigneurs à ceste
lin y envoyer pour s'en informer.
Ce que sont actes tuiiuilentes et prétendans de remectre les pays arriére
en tous extrêmes dangiers, guerres, péills et calamités. Et oultre aussy
que ledict sieur Duc avecq les autres arrosiez pour mieux surprendre la ville
de Gand et en avoir savolenté n'a voulu laisser l'edresser ladicte ville en ses
anchiens privilèges usances et coustumes toutteslbis leur octroyez etrcsta-
bliz par acte en date du xxij d'octobre xv<^ soixaiite-dix-sept de par Messieurs
les estats généraulx en suyvant la copie autenticque icy jointe le oultre qu'en
la générale ralitieation et avecq riininn et accord de tous les pays de
— 239 —
(lardera lesdicts de Gand estoient restahliz en leurs dictes anciens privi-
lèges coustiunes et usances, mais cherciioit tous moyens de les les esloi-
gner et empescher et jusques en faire parler mal, et par manière de
menaces, contre ceulx lesquels s'estoient employez à poursuyte desdicts
privilèges jusques a les blasmer comme moteurs rebelles et sedititîulx,
et par subtilifez et surprinses vouloir faire entrer en ladicte ville de Gand .
nu'siiit's aussy à Teuremonile, diverses garnisons pour par force aussy les
suppéditer, osterlavie et les biens à ceulx lesquels de bon zèle désirans le
bien j)niilicq et l'accord et union des géuéraulx pays de pardeça sy eussent
voidu opposer.
Et niesmes comme ledict seigneur Duc depuis l'arrest fait en sa personne
a mesmes confessé, que l'euipescheinenl et retardement qu'il aui'oit donné,
et pensoit plus oultre de faire, avoir esté par reuliorteuient de la pluspart
des seigneurs et gentilzbonmies arrestez quant et luy désirans ladicte
disjonction.
De sorte que lesdicts de Gand voyans les dangiers évidents de tomber
en division contre le pays de Brabant et aultres de pardeça, et la calamité
extrême quy en pourroit survenir des guerres intestines, et la contravention
directe de ladicte paix union et accord des pays généraulx, pour y obvier
et garder leurs personnes biens femmes et enfans ont esté constrintz
soubdainoment se saisir du Duc d'Arscbot et des inspirateurs et faulteurs
de telles mauvaises et exécrables demandes . lesquelz plustost que de faillir
de point mectre les pays en disjonction prendroient non seulement faiie
venir ledict Archiduc au gouvernement général sans le sceu des aultres
pays et estatz generaulx mais par faulte d'icelluy mesmes les franchoys
anchiens ennemiz de noz previleges et franchises, soubs la conduite du
duc d'Alençon, soubz fanlx ombre de quelque alliance de la fdle du Roy
d'Espaigne, conte de Flandres, nostre Sire, et depuis ledict saisissement
du Duc, des Seigneurs et aultres personnaiges, on a descouvert des lettres
du conseiller Hessele escriples au gouverneur de Namur jMonsieur du
R(eulx, de laquelle l'on n'en doubte que Messeigneurs ne soient plainement
informez, par où se descouvrent aussy les mauvais offices faicts et prestz
a avoir exécution.
Et comme de j'.'ur à aultre se découvr.iient île plus en plus les mauvaises
— 240 —
menées et desseings practiquez Ipsdicts nobles notables et commune de la
ville de G;uid, pour ne faillir à satisfaire en leur endroict, selon que la
briefveté du temps le peniiect, ont déclairé ses justifications sommèrenient
eu présence de leurs magistratz en témoignage soubsignez par le premier
seci'étaire, esperans avecq le temps et meilleure commodité les amplefier et
vérifier comme dessus.
Concluantz lesdictz de Gand avoir eue bien deue et legittime occasion
pour le saisissement desdictz Seigneurs, pour empescher les mauvais
dessings proposez et aultros quy se pourroient encores descouvrir, implorans
en faveur de justice et maintiennement de l'accord et union entre les pays
généraulx de pardeça la conjonction et aggréation de messeigneu-rs les
estats généraulx au faict de la dicte saisine, et illecq en leur ville de Gand
ou en aultre place plus seure au contentement de ceulx de Gand lescfictes
seigneurs Duc, auttres gentilshommes et personnaiges estre et demeurer ar-
restez soubz bonne et deue garde jusques queleur cause legittimement et (ieue-
ment connue, demeure et soit ordonné comme de raison se trouvera convenir.
Le susdict escript ou recoeil ait esté exhibé aux députez de messeigneurs
messieurs les Estats Généraulx en présence de messeigneurs les eschevins
des deux bancqs de ceste ville de Gand, par aulcuns gentilzhomraes et no-
tables d'icelle, ce iij^ de novembre xv*= septante sept. Et par expresse charge
desdicts eschevins des deux bancqz a ceste esté par moy signée.
(Signé) hembyse.
{Aux archives d'ï'pres.)
EXTRAIT BIÎS l'IiOCIiS-VKUliAUX
DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE.
— L'empereur du Brésil, le roi des Deux-Siciles, le roi de
Bavière, le Grand-Duc de Hesse — Souverains auxquels l'Acadé-
mie a continué à faire hommage de ses travaux, — ainsi que
plusieurs compagnies savantes, remercient l'Académie, dans des termes
flatteurs, de l'envoi qu'elle leur a fait de ses dernières publications.
— M. le conseiller Seibertz, de l'Académie royale des sciences
de B